Le n°6 moderne
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Le n°6 moderne

Busquets, Thiago Motta, Casemiro, Ngolo Kanté… aujourd’hui ces noms nous renvoient directement au poste de n°6 ou milieu récupérateur. Si, dans le passé, ce poste s’exerçait avec une quête de peu de technicité et plus d’impact physique, aujourd’hui il est devenu la rampe de lancement des actions offensives sur attaque placée. Spectrosport part à l’étude du comportement tactique des milieux récupérateurs modernes.

Dans l’antiquité footballistique, le rôle du n°6 était particulièrement d’ordre défensif et s’attelait autour d’un seul concept : la destruction ! Il était question d’annihiler les actions adverses mais aussi, et surtout, de mener la vie dure au joueur le plus talentueux de l’équipe adverse, habituellement le n°10 ou meneur de jeu. On se souvient encore des marquages à la culotte de Gattuso sur Ronaldinho en Champion’s League, de l’agressivité intense de Nigel de Jong, de la hargne légendaire d’Edgar Davids ou encore du caractère trempé de Roy Keane. La marque de fabrique des 6 à l’ancienne était surtout l’embonpoint physique qu’ils imposaient. Peu importe la taille, tous dégageaient une force imposante et s’appuyaient surtout sur une condition physique étonnante, à l’image de Patrick Vieira, Michael Essien ou encore Gilberto Silva.

Mais à la fin des années 90, l’agressivité a laissé place à la technicité, à la vision du jeu et au replacement tactique. Aujourd’hui, être 6 ne signifie plus être un tamponneur éternel. La modernité a notamment inscrit davantage ce poste dans le jeu sur attaque placée.

Le concept de milieu défensif apparaît de moins en moins dans le jargon footballistique. On parle plus de sentinelle, de rampe de lancement. C’est surtout ce dernier statut qui apparaît comme la meilleure description quand on voit l’impact d’un certain Sergio Busquets sur le jeu du Barça.

La transition entre milieu défensif destructeur et milieu défensif constructeur a été ressentie en partie. Cela a commencé avec les écuries néerlandaises, avec un certain Franck Rijkaard à la baguette dans les années 90. Ancien joueur du Milan AC et de l’Ajax Amsterdam, Rijkaard était un fantastique récupérateur. Avec Marco Van Basten et Ruud Gullit, le Néerlandais formait une triplette de folie qui a régné sur l’Europe à la fin des années 80. Puis il y a eu un certain Fernando Redondo au Real Madrid. L’élégance footballistique, un 6 aux gestes de 10, un charisme hors pair, un joueur de classe, c’était Redondo ! Même s’il n’a pas eu une carrière aussi dorée en sélection, il est inscrit à jamais au panthéon des grands joueurs du Real Madrid.

C’était le début de la métamorphose du poste. Aujourd’hui, la clarté des attaques placées débute par la dextérité du milieu récupérateur de l’équipe. A l’image du FC Barcelone, forgé par Guardiola lui-même ancien à ce poste, les équipes modernes ont chacune un milieu récupérateur technique, capable d’enclencher des actions, d’être précis dans les longues comme dans les courtes passes, de donner des passes décisives ou même d’être à la conclusion des actions comme un certain Michael Essien, un Casemiro, un Ngolo Kanté… Ce dernier est d’ailleurs le double tenant du titre de meilleur joueur d’Angleterre.

Ce qui est intéressant avec les récupérateurs modernes, c’est qu’ils n’ont plus grand chose à envier aux n°10 ou aux n°8 strictement relayeurs. Certains même sont utilisés comme tels au cours de certains matchs ou dans certaines organisations tactiques. Luka Modric était dans une posture de sentinelle à Tottenham mais sa technicité et son volume de jeu en ont fait un électron libre, capable d’être autant récupérateur que n°10. Le jeune Marco Verratti, surnommé le nouveau Pirlo, a lui aussi su tirer son épingle du jeu avec cette particularité. Etant peut-être plus agressif (avec Casemiro) que les autres, il n’en reste pas moins un 6 atypique, porté vers l’avant, capable de distiller de longues passes à la précision chirurgicale ou d’être à la conclusion des actions. On pourrait aussi citer le Français Paul Pogba. Doté d’une technicité hors pair qui lui permet d’être totalement polyvalent, il est aussi dans ce courant des récupérateurs à l’impact technique.

Jouer milieu récupérateur demande aujourd’hui de la précision, de la spontanéité, de la créativité mais aussi de l’intelligence, surtout dans le placement. Il faut savoir quand anticiper, quand accompagner les phases d’attaque, quand rester en retrait, avoir une marge de manœuvre et une agilité qui permettent de prendre l’information sur ton environnement. Aujourd’hui être 6, c’est être capable de donner le bon tempo pour pouvoir impulser la bonne musique sans cacophonie.

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