F1 : Ces circuits jamais apparus au calendrier mondial
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F1 : Ces circuits jamais apparus au calendrier mondial

Autopolis (1992)

Sponsor de l’écurie Benetton Ford en 1991 (celle où Michael Schumacher poussa Nelson Piquet à la retraite en seulement 5 Grands Prix communs), le projet Autopolis est le plus loufoque jamais vu pour un circuit de F1. Le Grand Prix du Mexique annulé en 1993 devait être remplacé à l’origine par un Grand Prix situé en Asie, à Autopolis, circuit bâti en 1990 dans le nord de l’ile japonaise du Kyushu, île située au sud de l’archipel. Le projet Autopolis avait été financé par un homme d’affaires du nom de Tomonori Tsurumaki. Ce dernier avait fait parler de lui en 1989 en achetant un tableau de Pablo Picasso aux enchères, les Noces de Pierrette (peint par l’artiste espagnol en 1905 durant sa période bleue) pour la somme astronomique de 48.9 millions de dollars. Le richissime homme d’affaires japonais, également propriétaire de toiles de Magritte, Van Gogh, Monet, Braque, Chagall ou encore Renoir, avait fait son offre depuis sa chambre d’hôtel du New Otani à Tokyo, alors que la vente du 30 novembre 1989 avait lieu à Paris. Ce jour là, le tableau de Picasso est mis en vente aux enchères, par Binoche et Godeau, à l’hôtel des ventes Drouot Montaigne, avenue Montaigne dans le VIIIe arrondissement de Paris. Devant la menace du ministre français de la Culture (Jack Lang) de bloquer la sortie de France du tableau, son propriétaire dois Frederick Roos fait don à la France de La Célestine, une autre toile de Pablo Picasso (don effectué par Roos depuis sa retraite suisse de Zoug, qui lui-même avait acheté cette œuvre 100 millions de francs au galeriste Didier Imbert). Ce don à l’État français permet en échange (le terme est de Jack Lang lui-même) à Roos de bénéficier de l’autorisation d’exportation du tableau. Mais jusqu’au dernier moment, le don de la Célestine fut compliquée, Valérie de Sariac, la sœur de l’avocat parisien Bernard Baque de Sariac,  prétendant que Roos avait acquis la Célestine illégalement en juin 1988 … Jusqu’en 2002, la France pouvait bloquer l’exportation d’une œuvre d’art. Depuis 2002, le ministre de la Culture, après avis du directeur des Peintures du Louvre, est seul habilité à proclamer si une oeuvre qu’un propriétaire privé désire vendre doit être considérée ou non comme un trésor national. Si c’est le cas, celle-ci peut être retenue durant trente mois, le temps d’essayer de trouver un accord financier pour que le tableau reste en France. Passé ce délai, si aucune solution n’a été trouvée, l’oeuvre peut être vendue à l’étranger.  Le contexte de 1989 était doublement complexe, d’abord sur le fonds Picasso en France et ensuite sur Tsurumaki lui-même. Primo, le musée Picasso inauguré en 1985 par François Mitterrand dans le quartier du Marais à Paris ne comptait que deux œuvre de la période bleue, L’Autoportrait (1901) et Le Portrait d’Homme (1902-1903). Jack Lang était donc satisfait de pouvoir récupérer, au nom des collections nationales, la Célestine, auquel Picasso tenait tant. Dans son discours du 25 octobre 2014, François Hollande rendra hommage à la malice de Jack Lang. Secundo, Tsurumaki avait une réputation plus que sulfureuse. Il faut dire que Tsurumaki était lié aux yakuzas (gang Usami dépendant d’un puissant syndicat du crime de Tokyo), étant arrêté pour des faits de faux-monnayage à hauteur de 70 millions de yens en 1986 … La vente des Noces de Pierrette à l’hôtel Drouot Montaigne fut rapidement conclue. Le commissaire-priseur parisien Hervé Odermatt fit commencer les enchères à 280 millions de francs, en présence d’Alain Delon. L’offre de Tsurumaki, en duplex depuis sa chambre d’hôtel de Tokyo, fut de 300 millions de francs, soit 48.9 millions de dollars, proche du record des 53.9 millions de dollars pour les Iris de Van Gogh, vendus en 1987 à New York. L’ambition du magnat japonais Tsurumaki, qui avait fait fortune comme promoteur immobilier ainsi que dans la banque d’investissement, était de permettre au circuit d’Autopolis de recevoir les bolides de Formule 1 à l’horizon 1993, et il décida de sponsoriser l’écurie Benetton Ford en 1990 et 1991. L’idée de Tsurumaki était d’exposer ses toiles de maître dans une galerie d’art située sur le mont Aso, à proximité du circuit Nippon Autopolis. Le circuit nippon accueillit en 1991 une course d’endurance de 430 kilomètres, épreuve remportée par le tandem de jeunes espoirs de Mercedes, l’Allemand Michael Schumacher et l’Autrichien Karl Wendlinger. En 1992, les espoirs de voir Autopolis accueillir la F1 diminuaient, puisque le circuit était trop éloigné des hôtels. Le site n’était en effet accessible que par des routes de montagne et situé à 40 minutes de la ville la plus proche, Kukushi. En septembre 1992, en visite au Grand Prix du Portugal à Estoril, Tsurumaki fut victime d’un cambriolage dans sa chambre d’hôtel, perdant des bijoux ainsi que 250 000 dollars en cash ! L’empire financier de Tsurumaki partant en banqueroute en 1993, cela permit à Donington Park de remplacer Mexico au calendrier, pour une course inoubliable d’Ayrton Senna sous la pluie anglaise lors du Grand Prix d’Europe 1993, le dimanche 11 avril jour de Pâques.

Eurodisney (2010)

La disparition de Nevers Magny-Cours du calendrier 2009 avait offert des espoirs à d’autres régions que la Bourgogne. La Côte d’Azur, avec le Castellet, espérait reprendre l’organisation de ce Grand Prix de France si nomade entre la Champagne (Reims), la Normandie (Rouen), les Pays de Loire (Le Mans), l’Auvergne (Charade) et donc la Bourgogne (Dijon Pernois puis Nevers Magny-Cours). L’Ile-de-France voulant sa part du gâteau, plusieurs sites furent envisagés, comme Evry, le Bourget, Melun, Sarcelles ou encore Flins, mais surtout à Eurodisney, parc d’attractions inauguré en 1992 et ayant déjà accueilli des épreuves sportives (départ des étapes parisiennes des Tours de France 1994 et 1997, ainsi qu’un contre-la-montre individuel en 1997, remporté par l’Espagnol Abraham Olano). Sous l’égide du Premier Ministre François Fillon et de son cabinet à Matignon, le projet Eurodisney fut étudié, avec l’aide d’un consultant comme Alain Prost.  Mais le groupe Lagardère qui souhaitait porter ce projet à Disneyland Paris ne put jamais boucler son business plan, faute d’un soutien de la commune de Val d’Europe, près de Marne-la-Vallée.

Fuengirola (1984)

Le dimanche 21 octobre 1984, Niki Lauda remporte son troisième titre mondial lors du Grand Prix du Portugal remporté sur le circuit d’Estoril par Alain Prost, son rival et coéquipier chez McLaren TAG Porsche. Mais cette course aurait pu se dérouler sur une autre station balnéaire, non pas au bord de l’océan Atlantique mais sur le littoral méditerranéen. A l’origine en effet, la manche du 21 octobre 1984 devait se dérouler en Espagne, à Fuengirola, station balnéaire de la Costa Del Sol, en Andalousie. La ville de Fuengirola était, comme Benidorm sur la Costa Blanca ou Marbella également sur la Costa Del Sol, une des stations de tourisme de masse, stratégie décidée par le général Franco. Avant cette métamorphose, Fuengirola n’était qu’un modeste village andalou de pêcheurs dominé par un château en ruines sur la colline environnante. Le pays attendait un Grand Prix depuis 1981 et la victoire du virtuose pilote canadien Gilles Villeneuve à Jarama, près de Madrid. C’est à Monaco, le 2 juin 1984, que la FIA annonce le remplacement du Grand Prix d’Espagne par celui du Portugal, les travaux à Fuengirola ayant pris trop de retard. L’Espagne attendra deux ans de plus pour retrouver son Grand Prix de Formule 1, toujours en Andalousie mais à Jerez de la Frontera, à l’ouest du détroit de Gibraltar, Fuengirola se trouvant elle à l’est des colonnes d’Hercule. En 1986, année où la démocratie espagnole adhère à la Communauté Economique Européenne, c’est le funambule brésilien Ayrton Senna (Lotus Renault) qui l’emporte à la photo-finish à Jerez devant Nigel Mansell (Williams Honda).

Moscou (1983)

En 1982, Bernie Ecclestone avait contacté le Kremlin, en la personne de son chef suprême Léonid Brejnev, afin d’organiser un Grand Prix de F1 en Union Soviétique. Ayant succédé à Nikita Khrouchtchev en 1964 à la tête de l’état soviétique, Brejnev était lui-même un collectionneur de voitures de luxe, Rolls Royce et Ferrari. Le projet a pour ambition de faire courir les bolides du sport le plus capitaliste qui soit sur le mont Lénine (actuelle colline aux Moineaux) à Moscou en août 1983, mais la mort de Brejnev le 10 novembre 1982 fait avorter le projet. Finalement, c’est près de Budapest, mais toujours de l’autre côté du Rideau de Fer, que le grand argentier de la F1 réussit à exporter la discipline reine du sport automobile dans un pays communiste, à cinq ans de la fin de la guerre froide. La négociation a lieu avec Tamas Romonhyi, Hongrois organisateur du premier Grand Prix du Brésil en 1973, et le Ministre des Sports magyar, sur le Danube, à bord d’un bateau à vapeur. L’accord définitif n’est signé qu’en septembre 1985. C’est dans l’avion du retour entre Moscou et Londres qu’Ecclestone et Romonhyi avaient pour la première fois évoqué l’idée d’un Grand Prix en Hongrie, pays dont Mister E. ignorait même jusqu’à l’emplacement géographique sur la carte du Vieux Continent. Construit entre février et novembre 1985, le Hungaroring ouvrit ses portes en juin 1986. La première victoire en terre magyar revient à Nelson Piquet (Williams Honda) en août 1986 devant des spectateurs venus de Hongrie mais aussi de RDA, de Tchécoslovaquie ou encore de Pologne. Trois ans et demi plus tard, le mur de Berlin s’effondre, la Roumanie et la Tchécoslovaquie font leurs révolutions, et le joug soviétique, qui s’est concrétisé par la répression de l’insurrection hongroise à l’automne 1956 ou l’écrasement par la force du printemps de Prague en 1968, prendra définitivement fin en 1991. C’est dans une Russie devenue capitaliste que la F1 viendra par contre courir en 2014 à Sotchi, ville hôte des Jeux Olympiques d’hiver et station chère au président russe en place depuis le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine. Le premier lauréat du Grand Prix de Russie sur le circuit d’Adler, au bord de la Mer Noire, n’est autre que Lewis Hamilton sur Mercedes AMG.

New York City (1983)

Le 25 octobre 1983, le premier vainqueur du Grand Prix d’Europe fut Nelson Piquet (Brabham BMW) sur le circuit de Brands Hatch. En alternance avec Silverstone pour l’organisation du Grand Prix de Grande-Bretagne, Brands Hatch était orphelin de F1 les années impaires, et le circuit du Kent fut donc choisi comme hôte de cette épreuve européenne. Mais Brands Hatch n’était en fait que le remplaçant d’un Grand Prix prévu à New York pour le 25 septembre 1983, à Flushing Meadows dans le Queen’s, tout près des courts accueillant l’US Open de tennis depuis 1978. Dix semaines avant cette course new-yorkaise, l’évènement fut annulé au profit de Brands Hatch, Jimmy Connors et Martina Navratilova, vainqueurs de l’US Open sur le court Louis Armstrong, restant les seules stars sportives en septembre 1983 à Big Apple. L’évènement avait été prévu dès octobre 1982 par Bernie Ecclestone avec Daniel Koren (président du New York Grand Prix Corporation) mais ne put avoir lieu pour des problèmes juridiques. Koren avait l’appui de la famille Rosart (les frères John & Douglas Rosart), magnats canadiens de l’immobilier. Le site de Flushing Meadows avait été préféré au Meadowlands Sports Complex situé près d’East Rutherford dans le New Jersey, ainsi qu’au Roosevelt Raceway de Long Island (utilisé dans les années 30 pour la Coupe Vanderbilt). Le projet d’East Rutherford était un circuit de 2.7 kilomètres autour du Giants Stadium, théâtre notamment des adieux du roi Pelé en octobre 1977 avec le Cosmos New York. Le projet retenu à Flushing Meadows était lui un circuit de 4 kilomètres (pour 75 tours de piste) tournant autour d’un autre stade, le Shea Stadium, enceinte de baseball rendue célèbre par un gigantesque concert des Beatles durant l’été 1965.

Paris (1985)

Le Grand Prix de France 1985 aurait pu avoir lieu à Paris intra-muros sans l’intervention de  François Mitterrand. Le vieux rêve de Bernie Ecclestone est de faire courir les F1 dans les grandes métropoles du monde, Paris, Londres, Rome, Madrid, Pékin, Moscou, Berlin, Rio de Janeiro, Tokyo ou encore New York City …  Le projet d’un Grand Prix de Formule 1 dans Paris fut envisagé par Bernie Ecclestone en 1985, avec le support du journaliste de télévision Bernard Giroux (mort en 1987 au large de l’île de Wight sur le bateau offshore de Didier Pironi), la Ville Lumière offrant un magnifique décor pour une telle course. Si Jacques Chirac, le maire de Paris, était d’accord pour réaliser ce projet (avec l’aide de son conseiller municipal Jacques Toubon, élu en 1983 maire du XIIIe arrondissement, puis désigné secrétaire général du RPR en 1984), le Président de la République, François Mitterrand, s’y opposa, malgré l’insistance de son ami Guy Ligier, de peur que ce Grand Prix ne donne trop de gloire au rival politique qu’était Jacques Chirac, chef du puissant RPR (premier parti d’opposition en France au début des années 80) et futur adversaire du candidat socialiste en 1988 à l’issue du premier septennat de François Mitterrand. Même la première cohabitation et l’arrivée de Jacques Chirac au poste de Premier Ministre en 1986 ne changera pas la donne. Officiellement  cependant, le veto fut donné par les Bâtiments de France. Le projet fut donc abandonné, quatre décennies après la Coupe de Paris organisée en 1945, 1946, 1947 et 1951 dans les allées du Bois de Boulogne. Lauréat trois années consécutives entre 1945 et 1947, l’as français Jean-Pierre Wimille remporta donc le 9 septembre 1945 une course symbolique, appelé Coupe des Prisonniers, première épreuve automobile européenne au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Mort en janvier 1949 en Argentine, Wimille est inhumé au cimetière de Passy et a laissé son nom à un stade situé avenue de l’amiral Bruix, près de la Porte Dauphine et du Bois de Boulogne. Auteur de Michel Vaillant, Jean Graton put consulter le tracé de la course envisagé, qui empruntait une partie de l’avenue Albert Ier de Monaco (située autour du bassin des jardins du Trocadéro), et tournait autour de la Place de la Concorde jusqu’au Grand Palais. Il s’en inspirera largement pour l’album 300 à l’heure dans Paris (tome 42 des aventures de Michel Vaillant, bande dessinée parue en 1983) même s’il prit la liberté de l’adapter afin de rendre la course dans l’album plus spectaculaire. Ainsi, le passage sur les Champs-Elysées, la place de l’Etoile ou les ponts de Paris n’étaient pas possibles pour les bolides de Formule 1 en raison du manque d’adhérence : Place de la Concorde, Champs-Elysées, via chicane Clémenceau et chicane du Fouquet’s, Arc de Triomphe, redescente d’une partie des Champs-Elysées, avenue George V, virage de l’Alma, cours Albert Ier, Pont Alexandre III, quai d’Orsay, Assemblée Nationale, Pont de la Concorde. Jean Graton demanda l’autorisation à Alain Prost de l’utiliser dans cet album et de s’y retrouver battu par Michel Vaillant au dernier tour. Toutefois, lorsque Jean Graton offrit l’album Alain Prost lors du Grand Prix des Pays-Bas 1983 à Zandvoort (de triste mémoire pour Prost, qui s’accrocha avec Nelson Piquet), ce dernier l’avait déjà lu et lui déclara : Tu sais, à la fin, le coup du rétroviseur, Michel ne m’aurait jamais eu avec cette ruse. Le Grand Prix de France 1982 avait été une défaite cuisante pour le Professeur, trahi par René Arnoux et surtout par l’écurie Renault (Gérard Larrousse en tête) au Castellet alors qu’il pouvait reprendre plus de points à Didier Pironi en profitant d’un doublé de l’écurie du Losange … Le dimanche soir, le retour d’Alain Prost vers son domicile de Saint-Chamond fut l’occasion du fameux épisode de l’insulte du pompiste, qui le confondit avec son coéquipier René Arnoux : Vous avez bien fait, M. Arnoux : Ce Prost, quel petit con ! Trois décennies après le projet avorté par François Mitterrand, c’est Alain Prost qui est ambassadeur d’un Grand Prix automobile dans un Paris désormais dirigé par une maire socialiste (Anne Hidalgo), sur un circuit non permanent tracé autour de l’esplanade des Invalides et du tombeau de Napoléon Ier, mais en Formule E, avec son fils Nicolas au volant, né en 1981, année de l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République.  Avec ce Grand Prix électrique, Paris imite d’autres métropoles telles que Pékin, Moscou, Buenos Aires, Londres ou encore Berlin ! Un album de Michel Vaillant viendra illustrer ce nouvel ePrix de Paris en avril 2016, intitulé Renaissance ! Puisse le Grand Prix de France imiter l’ePrix de Paris, renaître de ses cendres tel le phénix. Le samedi 23 avril 2016, le Brésilien Lucas Di Grassi devance le Français Jean-Eric Vergne et le Suisse Sébastien Buemi dans les rues de la Ville Lumière pour le premier ePrix de Paris. La Formule E attire même l’acteur hollywoodien Leonardo Di Caprio, propriétaire de l’écurie Venturi Grand Prix. Quant à Alain Prost, privé d’une course dans Paris au faîte de sa gloire dans les années 80, il avait eu droit à une triomphale remontée de l’avenue des Champs-Elysées dans le cockpit de sa McLaren TAG Porsche en 1985, accompagné des Peugeot 205 championnes du monde WRC sous l’égide de Jean Todt. Finalement, le seul qui a pu assouvir ses pulsions de vitesse dans Paris fut Claude Lelouch en août 1976 pour son court métrage C’était un rendez-vous, où une Mercedes 450 SEL 6.9 (au montage, le bruit du moteur fut couvert par celui d’une Ferrari 275 GTB) rejoint en 8 minutes 39, en partant du périphérique intérieur (sortie Porte Dauphine) la Basilique du Sacré Cœur au sommet de la Butte Montmartre, via la place du Maréchal de Lattre de Tassigny, l’avenue Foch, la place de l’Etoile, l’avenue des Champs-Elysées, la place de la Concorde, le quai des Tuileries, le Carrousel du Louvre, l’avenue de l’Opéra, la rue Halévy, la rue de la Chaussée d’Antin, Place d’Estienne-d’Orves, la rue Blanche, la rue Jean-Baptiste-Pigalle, la place Pigalle, le boulevard de Clichy (tournant abandonné rue Lepic), la rue Caulaincourt, l’avenue Junot, la place Marcel-Aymé, la rue Norvins, la place du Tertre et enfin l’esplanade du Sacré-Coeur. La vitesse moyenne est de 75 %, en partant de la Porte Dauphine, tout près du stade Jean-Pierre Wimille et du Bois de Boulogne où feu le pilote français remporta la Coupe de Paris après-guerre. Le court métrage aurait été tourné sur les restes de pellicule du tournage du film Si c’était à refaire. Le film a été réalisé en une seule prise, sur route ouverte (au milieu de la circulation automobile réelle), sans préparation, ni autorisation, ni garde fous, tôt le matin. L’itinéraire ne pouvait être garanti et la bobine disponible ne laissait que peu de marge pour terminer le parcours et encore moins pour refaire une prise en cas de problèmes. De fait, le parcours fut modifié en raison de la présence d’un camion de livraison bouchant la rue Lepic, rue en sens unique et très étroite. Le film indique que le pilote commence à s’engager rue Lepic avant de revenir sur le boulevard de Clichy et d’effectuer un détour, qui aurait pu compromettre le film par manque de pellicule. Le trajet contient une intersection aveugle : le passage aux guichets du Louvre ne permet aucune visibilité. Élie Chouraqui, alors premier assistant de Claude Lelouch, y avait été posté muni d’un talkie-walkie afin d’assister le pilote en cas d’impossibilité de passer. Ne recevant aucune indication, Lelouch sortit du passage à grande vitesse. Cependant, Lelouch a révélé par la suite qu’à son insu, l’appareil était tombé en panne et que Chouraqui aurait en réalité été incapable de le prévenir. Du fait du caractère illégal du film, Lelouch n’ayant pas les autorisations pour le tourner, une rumeur prétend qu’il aurait été arrêté lors de la première du court-métrage. On ne sait pas si cela est vrai. Des rumeurs ont prétendu qu’un pilote professionnel (Jacky Ickx, Jean-Pierre Beltoise, Jacques Laffite, Jean Ragnotti) était aux commandes de la voiture. Selon Claude Lelouch, c’est lui-même qui pilotait la Mercedes 450 SEL 6.9, bolide qui peut atteindre 235 km/h, n’est disponible qu’avec une boîte automatique à 3 vitesses ; la bande son laisse toutefois entendre que la 5e vitesse est atteinte. Claude Lelouch a lui-même déclaré que la vitesse maximale atteinte se situait entre 230 km/h et 240 km/h. Des calculs entrepris par plusieurs groupes indépendants montrent toutefois que la voiture n’aurait jamais dépassé jamais 140 km/h en vitesse de pointe. Il a été suggéré que la bande-son correspondrait en fait à la Ferrari 275GTB de Lelouch, qui possède le nombre de vitesses adéquat et dont le son du moteur V12 est nettement différent de celui d’un moteur V8, comme celui de la Mercedes 4505 SEL 6.9. Dans un documentaire sur la réalisation du film, Claude Lelouch indique qu’il pilotait lui-même la voiture, qu’il s’agissait d’une Mercedes et que la bande-son est celle d’une Ferrari.

Rijeka (2003)

En septembre 1982 lors du Grand Prix d’Italie à Monza, Bernie Ecclestone, alors âgé de 52 ans, fait la rencontre de Slavica Radic, une jeune mannequin yougoslave de 24 ans présente en Lombardie pour représenter Armani. Née en 1958 à Rijeka sur la côte adriatique, Slavica deviendra en 1985 Mrs Ecclestone en épousant le patron de Brabham mais surtout le grand argentier de la Formule 1. Malgré leurs 28 ans d’écart (1930 – 1958) et leurs 29 centimètres d’écart sous la toise (1.59 m pour Bernie et 1.88 m pour Slavica), Cupidon et son arc firent leur oeuvre. Le couple divorça en 2008 après 23 ans de mariage, Slavica ayant eu deux filles avec Bernard Charles Ecclestone : Tamara, née en 1984, et Petra, venue au monde en 1988. La ville natale de Slavica, Rijeka, appartint à l’Italie entre 1924 et 1947, avant que les troupes du maréchal Tito n’occupent la cité après la Seconde Guerre Mondiale, obtenant le rattachement à la Yougoslavie par le traité de Paris, qui démantela les possessions de l’ancienne Italie fasciste, en offrant également l’archipel du Dodécanèse à la Grèce, le plateau du Mont-Cenis et le Mont Thabor à la France tout en rendant les colonies africaines indépendantes (Ethiopie, Libye). C’est sur la côte dalmate que se trouvait Bernie Ecclestone le lundi 10 juillet 2000, entre les Grands Prix de France et d’Autriche tous deux remportés par McLaren Mercedes (David Coulthard à Nevers Magny-Cours et Mika Häkkinen à Spielberg). A Rijeka, Mister E. discute d’un éventuel Grand Prix de l’Adriatique à horizon 2003-2004 sur un circuit près de Zagreb, la Croatie ayant l’avantage de n’être pas membre de l’Union Européenne, soumise aux normes anti-tabac. La course de l’Adriatique ne verra jamais le jour, mais le tabac va devenir le facteur déterminant du déclin européen dans le calendrier mondial …

Rome (1985)

Le Grand Prix du 13 octobre 1985 fut annulé après que le circuit romain ait reçu la visite de la FIA le 14 février 1985, dans le quartier de l’EUR (Exposizione Universale di Roma) où devait être organisée l’Exposition Universelle de 1942, annulée du fait de la Seconde Guerre Mondiale. Sur une proposition de Giuseppe Bottai, alors gouverneur de Rome, ce quartier devait être la vitrine architecturale de l’Italie et célébrer les 20 ans de l’accession au pouvoir de Benito Mussolini et du fascisme. En accord avec le BIE, les travaux commencèrent à partir de la seconde moitié des années 1930 sous la supervision de l’architecte Marcello Piacentini et du commissaire Vittorio Cini, en vue d’accueillir l’exposition universelle prévue pour l’année 1942, mais celle-ci fut annulée en 1939 en raison de la Seconde Guerre mondiale. Le projet comprenait différents bâtiments encore visibles aujourd’hui, la plupart furent achevés après la guerre, les travaux durant jusqu’au milieu des années 1950 : le palais des Offices (Palazzo degli Uffici), le palais des Congrès, le palais de la civilisation italienne (à l’époque Palais de la Civilisation du travail). En 1951, le conseiller d’État Virgilio Testa est chargé de gérer et valoriser l’EUR, poste qu’il occupe jusqu’en 1973. Il accueille, notamment, les Jeux Olympiques de Rome en 1960 : sont alors construits un palais des Sports, un nouveau palais des Congrès, un vélodrome et une piscine olympique. C’est aujourd’hui à la fois un centre de loisirs, un quartier ministériel et d’affaires situé à la périphérie de la capitale italienne, relié au centre par la ligne B du métro et par la Via Cristoforo Colombo, souvent définie comme une autoroute urbaine, mais qui est en effet une très longue avenue (27 kilomètres environ du centre à Ostie) avec de nombreux croisements à niveau.

Zhuhai (1999)

Construit en 1996 dans une province située à proximité de Macao, le circuit de Zhuhai fut le premier circuit permanent de Chine. Mais ce fut insuffisant pour accueillir le premier Grand Prix de Formule 1 de Chine en 1999, malgré sa publication par la FIA au calendrier provisoire du 50e championnat du monde. L’ambition de la Chine d’accueillir la F1 avait été affichée dès avril 1992, avant que l’Empire du Milieu ne récupère Macao (enclave portugaise jusqu’alors) en 1999, Macao où se déroula le championnat du monde officieux de Formule 3 durant des années, avec notamment des lauréats aussi prestigieux que Riccardo Patrese (1977 et 1978), Ayrton Senna (1983), Michael Schumacher (1990), David Coulthard (1991), Ralf Schumacher (1995) ou encore Takuma Sato (2001).

 

  1. avatar
    29 mars 2017 a 14 h 25 min

    L’incroyable histoire d’Autopolis et de son propriétaire lié aux yakuzas reste pour moi la plus savoureuse, avec cette intervention de Jack Lang sur le fonds des Picasso en France.

    Sur des problématiques purement sportives et économiques, Moscou et Paris sont les plus connues et plus intéressantes des Histoires, car elles expliquent la suite au niveau de Bernie Ecclestone, que ce soit Budapest (1986) pour Moscou, mais surtout Singapour (2008), Valence (2008) et Bakou (2016) pour Paris.

  2. avatar
    29 mars 2017 a 17 h 22 min

    Superbe.

    Il y a quelques répétitions à propos de l’anecdote sur C’était un rendez-vous.
    Étrange choix que la limousine Mercedes, certes puissante, mais sûrement laourde et pataude. Justement la 275 GTB aurait été bien plus appropriées pour un parcours urbain sinueux.

    Bon, deux raisons peuvent expliquer le choix de la Mercedes:
    1. la caméra, que l’on imagine assez encombrante, serait difficile voire impossible à attacher sur la gracile Italienne

    2. La discrétion relative de la Mercedes, dont la silhouette (et la couleur ?) est plus banale que celle de la Ferrari.

  3. avatar
    31 mars 2017 a 6 h 46 min

    Salut Fabrice,

    Pour en rajouter sur C’était un rendez-vous (1976)
    Evidemment un tel film ferait un tollé dfe nos jours tant les mentalités ont évolué sur la sécurité routière.

    Mais la France sortait des années Pompidou, lequel ne donnait pas l’exemple en ne portant pas la ceinture de sécurité.

    Egalement sur Paris, il faut voir les tours à moto du périph’ par le fameux Chevalier Noir.

    La bonne nouvelle est que la France, grâce à Christian Estrosi et Eric Boullier notamment, va retrouver la F1 en 2018, au Castellet, loin de Magny-Cours et de ses contradictions …

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