Les couleurs du sport automobile
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Les couleurs du sport automobile

En 1907, lors des premiers feux du sport automobile en Europe, les nations ont défini leurs couleurs : bleu pour la France, vert pour la Grande-Bretagne, rouge pour l’Italie, blanc pour l’Allemagne. Mais les ramifications historiques des choix de ces couleurs nous mènent jusqu’en Uruguay ou encore en Irlande.

Le bleu France tire son origine de la couleur bleue symbole des rois de France, depuis la dynastie des Capétiens. Le bleu apparaît souvent comme fond pour le lys royal, et le bleu fut également la couleur du manteau utilisé par les rois lors du sacre, à Reims. Les Mérovingiens, ancêtres des Capétiens, ont adopté dès Clovis une figure tutélaire en la personne de Martin de Tours. Or la cape de Martin de Tours était bleue. Le bleu se retrouve aussi dans les couleurs de la capitale française, Paris, qui a pour couleurs le bleu et le rouge sur son blason depuis 1358, quand Etienne Marcel fit revêtir à ses partisans des chaperons mi-bleus, mi-rouges.

Plusieurs écuries hexagonales ont repris la couleur bleue française, telles Ligier, Matra (championne du monde des pilotes en 1969 avec Jackie Stewart) ou encore Prost (1997-2001), mais pas Renault qui débuta en F1 en 1977 à Silverstone sous une livrée jaune, qui inspira aux Britanniques le surnom de yellow tea pot, la théière jaune.

Le vert de la Grande-Bretagne, alias British Racing Green, vient en fait du vert irlandais, le “shamrock green”. Les couleurs de l’Union Jack, le bleu, le blanc et le rouge étant déjà choisies respectivement par la France, l’Allemagne et l’Italie, la Grande-Bretagne se rabattit sur le vert. En effet, lauréate de la Coupe Gordon Bennett en 1902 par un de ses ressortissants, la Grande-Bretagne se devait d’accueillir l’édition 1903 de cette compétition. Mais le Motor Car Act empêche la tenue de cet évènement, limitant la vitesse sur les routes du Royaume à 14 mph (environ 22 km/h). La Coupe Gordon Bennett 1903 s’exporte donc chez le voisin irlandais … C’est dans le comté de Kildare, au sud ouest de Dublin, que la course se déroule. La Napier engagée par les Britanniques sera donc de couleur verte, en hommage à leurs hôtes irlandais … Le vert irlandais tire son origine de la couleur verte utilisée par le mouvement catholique de libération de l’île, le vert étant traditionnellement associé à l’Irlande, surnommée The Emerald Isle. En 1798, les United Irishmen, afin de symboliser leur rébellion contre le gouvernement anglais, utilisent un drapeau avec une harpe dorée sur fond vert, le Green Flag … Et si l’on parle de shamrock green pour le vert irlandais, il ne faut pas oublier que le vert est la couleur du trèfle, symbole national irlandais, que le saint-patron, Saint-Patrick, aurait utilisé pour expliquer la Trinité.

L’écurie Lotus de Colin Chapman a longtemps couru en vert, notamment à la glorieuse époque de Jim Clark. Le vert Lotus sera révolu en 1968, quand Chapman décide de troquer le vert contre le rouge, couleur de son sponsor, le cigarettier Gold Leaf … Le commentaire d’Enzo Ferrari est acerbe : Mes voitures ne fument pas …

Mais les bolides écarlates du Commendatore finiront par fumer aussi, avec Marlboro, sans pour autant perdre leur mythique parure rouge. Il serait utopique d’imaginer une Ferrari sans sa couleur naturelle, là où McLaren et Renault ont délaissé leurs couleurs d’origine au gré des sponsors (livrée rouge et blanche Marlboro puis argentée chez McLaren, livrée bleutée Mild Seven puis blanche et orange ING à Enstone / Viry), l’orange pour Woking et le jaune pour le Losange.

Lotus changera encore de livrée, pour le magnifique noir et or John Player Special (jusqu’en 1986), puis le jaune Camel à partir de 1987, date de la dernière victoire de la marque avec Ayrton Senna (exception faite de celles de Kimi Räikkönen en 2012 à Abu Dhabi et en 2013 à Melbourne). Rivale de Lotus au début des années 60 via le talent de Graham Hill, BRM imposa le vert britannique en 1962 par la première couronne du Londonien, vainqueur de Jim Clark sur le circuit sud-africain d’East London.

Il faut noter que le vert britannique, découlant du vert irlandais historiquement, a donc été repris par l’écurie irlandaise Jordan à ses débuts en 1991.

Bien plus tard, Jaguar reprendra le vert britannique de Lotus. Ecurie née des volontés de Ford, sur les cendres de Stewart, Jaguar appartenait donc au constructeur de Detroit. Mais Jaguar, malgré son bailleur américain, demeure britannique, et permit au British Racing Green d’effectuer son retour sur les circuits de Formule 1 entre 2000 et 2004. Clé de voûte de Jaguar pendant trois ans, Eddie Irvine réussira deux podiums à Monaco en 2001 et Monza en 2002. Ironie du destin, le Nord Irlandais se classa par deux fois derrière les pilotes Ferrari, Michael Schumacher et Rubens Barrichello. Le vert Jaguar fut torpillé par le rouge Ferrari, durant une période d’implacable hégémonie du Cavallino Rampante. Pendant les cinq ans de la présence de Jaguar, la F1 vira non pas au rouge, mais à l’écarlate, tant la Scuderia et le Kaiser portèrent l’art de la vitesse au pinacle …

Le rouge de l’Italie, alias Rossa Corsa, rendu célèbre à travers le monde par la prestigieuse Scuderia Ferrari, est l’héritier du rouge des chemises rouges de Garibaldi. En 1860, lors du Risorgimento, les chemises rouges de Garibaldi s’illustrent lors de l’Expédition des Mille, et conquièrent le Royaume des Deux-Siciles.
Le film Le Guépard, de Luchino Visconti (1963), avec Alain Delon, Burt Lancaster et Claudia Cardinale, résume bien cet épisode historique de l’unité italienne. En 2011, la Scuderia Ferrari, outre son traditionnel rouge, a baptisé sa monoplace F150th Italia, en hommage au 150e anniversaire de l’unité italienne réussie par Garibaldi.

Né à Nice en 1907, Giuseppe Garibaldi est un des quatre pères fondateurs de l’unité italienne réussie en 1861, au même titre que Victor-Emmanuel II, Camillo Cavour et Giuseppe Mazzini.

Entre 1835 et 1848, Garibaldi a vécu en exil en Amérique du Sud, luttant pour l’indépendance des peuples locaux avec la même ardeur que s’il s’agissait de la patrie italienne. S’installant d’abord à Rio de Janeiro, Garibaldi participe à la Grande Guerre en Uruguay, dirigeant à partir de 1843 la légion italienne à Montevideo. Cette légion utilise des chemises rouges (camicie rosse) destinées au départ aux ouvriers des abattoirs argentins de Buenos Aires ! La légion italienne se distingue en défendant Montevideo face aux troupes argentines … Soutien du général Fructuoso Rivera en Uruguay, Garibaldi utilise, ironie du destin, la même couleur que les troupes de Rivera, le rouge. Ces dernières utilisent le rouge en vertu du nom du parti de Rivera, le Partido Colorado (colorado signifiant rouge en espagnol) …

Dans les années 50, Juan Manuel Fangio imposa avec trois écuries différentes le rouge italien. L’Argentin gagna trois couronnes mondiales chez les pilotes avec des écuries italiennes : 1951 avec Alfa Romeo, 1956 avec Ferrari, 1957 avec Maserati.

Le blanc de l’Allemagne vient du blason blanc et noir des Hohenzollern (dynastie dont l’influence politique se termina avec la fin du règne de l’empereur Guillaume II en 1918), couleurs reprises par l’équipe nationale de football, la célèbre Mannschaft triple championne du monde (1954, 1974, 1990) et triple championne d’Europe (1972, 1980, 1996)..

En 1934, afin d’atteindre le poids règlementaire de 750 kg pour concourir aux Coupes de l’Eifel, sur le majestueux circuit du Nürburgring, Alfred Neubauer fait poncer la carrosserie blanche de la Mercedes d son pilote Manfred von Brauchitsch, pesée à 751 kg … Sans peinture blanche, les Mercedes deviennent les flèches d’argent, de par l’éclat argenté de l’aluminium … La légende des silver arrows vient de naître, et le mythe perpétré par Rudi Caracciola sera pérennisé par les virtuoses Fangio et Moss dans les années 50, et bien plus tard Häkkinen, Räikkönen, Alonso, Button ou encore Hamilton et Nico Rosberg.

Le rival Auto Union, porté par la virtuosité de Bernd Rosemeyer, reprendra aussi la couleur argentée, mais les flèches d’argent demeureront à jamais les Mercedes, dont la renaissance en 1954 à Reims Gueux, via un doublé magistral Juan Manuel Fangio – Karl Kling, restera à jamais gravée dans les annales de la F1.

Héritière d’Auto Union, Audi a repris la couleur argentée de sa mythique devancière lors de ses innombrables victoires aux 24 Heures du Mans dans les années 2000, imposant sa férule sur le double tour d’horloge.

En 2006, lorsque BMW racheta Sauber, le constructeur münichois fit courir Jacques Villeneuve et Nick Heidfeld en blanc. Jusqu’en 2009, la marque à l’hélice fut fidèle à la couleur blanche du sport automobile allemand.

Le jaune de la Belgique vient du jaune or de son drapeau, symbolisant la sagesse. Le drapeau belge, noir, jaune et rouge, vient de celui de l’ancien duché de Brabant, représentant un lion d’or aux griffes et à la langue rouges, sur fond noir. Le Belge Jacques Swaters, célèbre importateur Ferrari en Belgique, utilisait le jaune pour son écurie privée Francorchamps, dauphine de la Ferrari de Rindt et Gregory aux 24 Heures du Mans en 1965 face à l’armada Ford.

Le blanc du Japon, possédant un disque rouge, est directement tiré du drapeau national, Hinomaru, qui représente le soleil via un cercle rouge. Le disque rouge fut présent sur le capot blanc des Honda quand l’Américain Richie Ginther imposa la monoplace japonaise en 1965 à Mexico. Rachetant BAR fin 2005, Honda eut une livrée blanche en 2006, que Jenson Button conduisit au succès à Budapest, un an avant la catastrophique livrée Earth de 2007, qui plongea Button et Barrichello dans les profondeurs du classement.

Le jaune du Brésil fut utilisé par l’écurie Copersucar fondée en 1976 par les frères Fittipaldi. Champion du monde 1972 et 1974, Emerson Fittipaldi tomba de Charybde en Scylla dans ce projet, tandis que son frère Wilson sacrifia sa carrière de pilote pour diriger l’équipe à partir de 1976. Complément du vert représentant l’Amazonie sur le drapeau national, le jaune symbolise les ressources naturelles du pays. Le Brésil possède en effet un sous-sol extrêmement riche : or, argent, fer, uranium, pierres précieuses. La région du Minas Gerais tire d’ailleurs son nom des nombreuses mines de pierres précieuses présentes, notamment des mines d’émeraude.

  1. avatar
    22 janvier 2015 a 23 h 00 min

    La couleur la plus célèbre reste le rouge italien de Ferrari, même si Lotus a popularisé le vert britannique.

    Mercedes remet l’argent allemand, dérivé du blanc, à la mode tandis que ni Ligier ni Prost n’ont su hisser le bleu France sur le toit du monde automobile …

  2. avatar
    22 janvier 2015 a 23 h 01 min

    Et le bleu de Renault en 2005 et 2006 lors des deux couronnes d’Alonso était celui du cigarettier japonais Mild Seven, sponsor depuis 1994 de Benetton. Bleu ciel et non bleu roi …

    • avatar
      23 janvier 2015 a 15 h 39 min
      Par Jayce

      Bonjour Axel. Bon, déjà, petite correction puisque l’artcile ne tient pas compte du quatrième titre de la Mannshaft en 2014!!!

      Renault a jusqu’au bout conservé le jaune sur ses monoplaces, même s’il fut parfois discret. En revanche, McLaren a très vite abandonné le orange, dès le début des années 70 avec ses premiers sponsors (Yardley notamment). La livrée la plus historique du team de Woking est donc le blanc et rouge, adopté sur l’inoxydable M23 de 1973 jusqu’à la MP4/11 de 1996, soit 24 saisons disputées sous ces couleurs. A partir de 1997 et jusqu’à 2014, le Gris Argent de Mercedes a habillé les McLaren.

      Plus que la reconnaissance d’une nation, la couleur d’une monoplace est avant tout question d’identification. Ferrari est associé au Rouge, car rares ont été les exceptions (John Surtees fut toutefois sâcré en 1964 sur une Rossa bleue et blanche…). Bien qu’ayant débuté en vert, la livrée la plus célèbre des Jordan fut le jaune. Pour Lotus, ce fut le noir et or tiré de JPS. Williams fut également marquée par le bleu et jaune qui ne furent présent qu’entre 1985 et 1993. Sublimée aujourd’hui par une livrée dûe à Martini, les Williams ne font pas oublier les Brabham des année 70 qui furent ornée de ces mêmes couleurs.

  3. avatar
    23 janvier 2015 a 15 h 51 min

    Salut Jayce,

    C’est un vieil article du Vox que j’ai recyclé, relu trop vite autant pour moi sur le 4e titre oublié de l’équipe nationale de football allemande obtenu en juillet 2014.

    Oui le jaune Renault fut dilué dans le bleu Mild Seven ou le orange ING en effet, par contre le orange McLaren a très vite disparu au profit du rouge et blanc Marlboro entre 1974 et 1996.
    Ironie du destin, Emerson Fittipaldi sacré champion 1974 avec McLaren est un nostalgique du orange, en tant qu’admirateur de l’oeuvre de Bruce McLaren, décédé en 1970.

    Pour les écuries, je suis d’accord, à part Ferrari en rouge, les couleurs les plus marquantes sont le vert puis le noir et or (Lotus), le rouge et blanc (McLaren), le bleu et jaune (Williams), le jaune (Jordan et Renault) , le gris argent (Mercedes), le bleu et blanc (Brabham), le bleu indigo (Red Bull), le bleu roi (Ligier) …

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