George Mikan, le magnifique cobaye de la NBA
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George Mikan, le magnifique cobaye de la NBA

On est ici bien loin de la NBA actuelle, avec ses trois points à tout va, ses dunks aériens et son jeu rapide. Non, le basket-ball de Mikan était tout l'inverse : un jeu très lent, souvent ennuyeux avec un public qui régulièrement quittait l'arène bien avant la fin du « spectacle ». Mais ce basket-ball là, Mikan en était le roi.

Le basket-ball dont George Mikan était le roi, ce n’était pas forcément la NBA. Car oui, Mikan commença à gagner avant même que l’on connaisse la NBA sous ce nom.

C’est chez les Gears de Chicago que Mikan débute sa carrière professionnelle en 1946 dans la National Basketball League, une autre ligue de l’époque. Il y connaît déjà le succès, puisqu’il y est sacré champion dès sa première saison. Pour la saison 1947-1948, il rejoint les Lakers de Minneapolis avec qui il remporte son deuxième titre de NBL en autant de saisons. Sa franchise quitte sur ce titre la NBL pour la BAA (Basket-ball Association of America), appelée la NBA un an plus tard pour la saison 1949-1950. Mais une seule saison suffit à George Mikan pour remporter un titre BAA et en finir le meilleur marqueur, avec 28,3 points par match. Ce titre sera officiellement compté comme un titre NBA. Des titres NBA, Mikan en a 4 autres, tous avec les Minneapolis Lakers. En 1950, où il enquille d’ailleurs toujours plus de 27 points par match, mais aussi et surtout le premier « threepeat » de l’histoire (être sacré trois fois champion d’affilée) entre 1952 et 1954. Trois années durant lesquelles il fait partie de la « All-NBA First Team ». Il est aussi le meilleur rebondeur de la ligue lors des saisons 1951-1952 et 1952-1953 mais surtout MVP de cette saison 1952-1953. Lorsqu’il prend sa retraite en 1956, la NBA vient de perdre ce qui était alors sa plus grande figure, un homme qui a tourné à 22,6 points en carrière. Mikan, c’est aussi une image exceptionnelle pour tous les fans de NBA de cette époque, à tel point que lorsque Minneapolis se déplaçait, par exemple chez les Knicks, on affichait généralement devant l’arène « Ce soir, George Mikan contre les Knicks ».

Oui, Mikan était bien trop fort pour un basket-ball qui se cherchait encore. Un basket-ball qui ne connaissait pas encore la règle des 24 secondes. Un basket-ball dont Mikan, du haut de ses 2m08 était un géant, le premier « Big man » de l’Histoire. Un basket-ball au jeu si lent que lors d’un soir de novembre 1950 a eu lieu le match le plus pauvre en points de l’histoire de la NBA, un record qui ne va probablement jamais être vaincu. Les Lakers de Mikan reçoivent les Pistons, alors situés à Fort Wayne, qui avaient pour seul objectif de faire tomber des Lakers invaincus à Minneapolis depuis une petite année. Pour parvenir à leurs fins, les Pistons gèlent le jeu à un tel point que la moindre passe peut faire sursauter le public. 8-7 en faveur de Fort Wayne à la fin du premier quart-temps, qui s’avère être le plus fructueux de tous. Ainsi, lorsque les Lakers reprennent l’avantage, ils ne voient pas l’utilité d’emballer le jeu. Devant les spectateurs les plus courageux, ou les plus passionnés, qui étaient restés, Fort Wayne l’emporte finalement 19 à 18.

Pour déterminer les quelques règles nécessaires pour que le basket connaisse le succès d’aujourd’hui, mais aussi pour contrer, ou du moins diminuer la domination de Mikan, les différentes ligues font quelques essais. Mikan connaît cela dès son parcours universitaire à DePaul en NCAA, où il est déjà trop fort. Sa taille, qui lui permettait de contrer un nombre de tirs astronomique, va faire naître une règle encore d’actualité aujourd’hui : l’interdiction de contrer un tir lorsque la balle est en phase descendante. Cette règle basique aujourd’hui, évidente pour éviter que certains joueurs ne fassent qu’attendre de pouvoir toucher la balle juste avant que celle-ci ne rentre dans l’arceau, est bien due à George Mikan.

Mais après son cursus universitaire, le numéro 99 des Lakers dut encore faire face aux règles « anti-Mikan » mises en place par la NBA. Parmi celles-ci, l’élargissement de la raquette pour la saison 1950-1951. Avec la règle des 3 secondes dans la raquette déjà en place, l’élargissement de la raquette de 1m80 à 3m60 fût aussi un formidable moyen d’éviter que le grand attaquant ne prenne une position trop avantageuse sous le cercle. Max Winter, responsable des Lakers à l’époque menaça alors de ne plus faire jouer Mikan, ce qui réduirait le nombre de spectateurs et par là, les recettes. Mais il n’en fût rien, et Mikan dû donc s’adapter à cette obstacle. Et même s’il ne fût plus jamais le meilleur marqueur de la ligue, qui réussit par là son pari, son talent lui permit toujours de rester un joueur clé de la NBA et de gagner, avant que les blessures ne viennent s’en mêler.

Mais au-delà de ces mesures marquantes prises respectivement par la NCAA et la NBA, la grande ligue s’illustra aussi par l’essai d’une règle « anti-Mikan » le 7 mars 1954, lorsque s’opposent Minneapolis Lakers et Milwaukee Hawks (oui, les localisations des franchises ont bien changé depuis). Les paniers sont à l’occasion placés à 3m60, ce qui était censé neutraliser Mikan. Mais ce fût évidemment un échec, Mikan semblait plus dominant que jamais et les Lakers s’imposèrent. S’en suivirent des plaintes de joueurs qui allaient devoir réajuster leurs tirs à cause de cette décision. Ce match sera finalement le seul à voir les paniers placés aussi hauts, la mesure étant tout de suite annulée.

Jordan, Magic, Kobe, le Shaq, LeBron… autant de joueurs qui ont marqué et marqueront la ligue par leur style si dominant. Si avec le temps, Mikan est plus un oublié aujourd’hui, il a tout eu à son époque : domination, influence médiatique et surtout, impact à jamais pour le basket-ball grâce aux règles créées pour (tenter de) le contrer.

  1. avatar
    18 juillet 2017 a 10 h 42 min
    Par DENTSDESABRE

    Je ne connaissais pas du tout ce joueur !!

    Tu parles d’un univers que peu connaisse je pense. C’est très enrichissant, merci pour cet article.

    L’exemple du match finissant par le magnifique score de 19 à 18 est édifiant, surtout à notre époque où les scores fleuves deviennent la norme.

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