Luc Abalo : artiste sur le terrain et dans la vie
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Luc Abalo : artiste sur le terrain et dans la vie

Rayonnant en club ou en équipe de France depuis plusieurs années, Luc Abalo a gagné de nombreux titres. Mais derrière le sportif se cache l’humain, charismatique et passionné d’art. Portrait d’un sportif accompli.

Une précocité rare

C’est en 1984 à Ivry que commence la vie de Luc Abalo. Son aventure avec le handball démarre elle au collège Henry-Wallon, dans la même ville. Son professeur d’EPS est un ancien joueur d’Ivry (Michel Dubrez), qui lui fait découvrir le handball (à l’âge de 14 ans). En 1996 après quelques matchs avec l’association sportive, Luc est orienté vers le club de la ville. Ses qualités athlétiques (détente et gestuelle) sont déjà remarquées et le fait qu’il soit gaucher renforce encore son potentiel.

Ses débuts en D1 se font en 2000 (il n’a même pas 17 ans à l’époque), à la faveur de deux blessures à son poste. Cette précocité se confirme avec une première sélection en équipe de France en 2005 (à seulement 20 ans). C’est aussi en 2005 qu’il est élu pour la première fois meilleur arrière droit de la ligue avec Ivry. Ces honneurs sont rarement décernés aussi tôt dans une carrière.

Un changement de poste symbole d’intelligence de jeu

Comme vous l’avez remarqué, Abalo a été élu meilleure arrière droit et non pas ailier. En effet, il a commencé au poste 2. Assez petit pour un arrière (1m82), il a compensé ce manque de taille par une vivacité hors-norme et surtout une intelligence dans les déplacements trop souvent négligée. Il a dû changer de poste pour la première fois lors de son arrivée en équipe de France en devenant ailier droit.

C’est à cette position qu’il évolue toujours, et ce changement lui a été bénéfique. Son intelligence ne s’est pas manifestée que dans son jeu, mais aussi dans sa personnalité. A ses débuts, son coach Daniel Hager a expliqué qu’Abalo manquait parfois de rigueur, mais ceci a été comblé par une soif d’apprendre insatiable, notamment auprès des joueurs plus âgés.

Des changements de club pour grandir

Après de belles années à Ivry (notamment un titre en 2007), le départ à Ciudad Real semblait inévitable en 2008 pour l’enfant prodige. Le club madrilène domine la scène espagnole et européenne et permet à Abalo de gagner 2 championnats d’Espagne et une ligue des champions ainsi que de nombreuses coupes nationales. La plus grande déception est d’avoir perdu 3 finales de ligue des champions en 4 participations. Il prend une nouvelle dimension à l’aile droite et remporte les 4 trophées de meilleur ailier droit en 4 années dans des clubs ibériques.

Suite aux graves problèmes financiers ayant touché l’équipe de Ciudad Real (devenue le BM Atlético Madrid) à cause de la crise économique, et aussi à l’envie de revenir dans sa ville de toujours, « Lucio » débarque à Paris en 2012. Depuis, c’est 3 titres de champion de France, 2 coupes de France et 2 trophées des champions en 4 saisons complètes. Sur la scène européenne, il compte des présences au Final Four de la ligue des champions avec l’ambition de jouer les premiers rôles, mais pas encore de titre.

Un parcours presque parfait en équipe de France

Vainqueur de nombreux trophées en club, son palmarès en équipe de France est lui aussi très rempli. Après une 1ère sélection en 2005, il a participé à presque toutes les campagnes depuis. Il n’a manqué qu’une seule compétition -le mondial 2015 au Qatar- pour une blessure aux adducteurs. Il est donc triple champion d’Europe (en étant deux fois élu meilleur ailier droit de la compétition), double champion du monde et double champion olympique (ainsi que vice-champion olympique à Rio et médaillé de bronze à l’Euro en Norvège en 2008). Il est membre de la génération dorée du handball français et participe à sa stabilité au plus haut niveau.

Son titre favori reste l’or olympique en 2012, pour deux raisons. Tout d’abord, l’équipe de France était en plein doute après une piètre 11ème place à l’Euro quelques mois avant. De plus pendant la compétition, les Bleus ont perdu leur dernier match de poule contre l’Islande. La médaille a été le plus en péril lors d’un quart de finale d’anthologie face à l’Espagne. La France est en difficulté face à une très solide équipe. William Accambray joue son premier match du tournoi (il était joker médical) et plane sur la rencontre avec 7 buts dont celui de la gagne à 2 secondes de la fin. Durant ce match fantastique, Abalo a lui scoré seulement 2 buts mais le principal est ailleurs. Le scénario fût fantastique, rendant le titre encore plus savoureux.

Presque cadre dès son arrivée en équipe A, il souffre depuis l’éclosion de Valentin Porte d’une concurrence renforcée. Néanmoins, il reste le titulaire presque incontestable à l’aile droite, et ce pour quelques années encore sûrement. Il n’est pas dépaysé par l’arrivée à la tête de l’équipe de France de Didier Dinart, qui est un de ses meilleurs amis en plus d’avoir joué plusieurs saisons à ses côtés. Sa longévité au plus haut niveau n’est pas due au hasard, lui qui possède une hygiène de vie irréprochable. Ainsi, il a expliqué avoir besoin de 10 heures de sommeil pour être en pleine forme ou encore perdre du poids en vacances. Pas étonnant qu’il soit soucieux de son physique, avec de telles capacités athlétiques.

Une passion pour l’art

Mais hors du terrain, le Parisien ne reste pas focalisé que sur le handball. Son autre passion : l’art avec le dessin, la photographie ou les films. Petit, Abalo souhaitait devenir dessinateur ou peintre, pas handballeur. Cette passion lui provient des cours de dessin aux ateliers municipaux d’Ivry. Provenant d’une famille ne vivant pas dans l’opulence, il admet sans mal qu’il a commencé ces cours car ils n’étaient pas très chers. Il a d’abord réussi à combiner art et handball, s’autofinançant une école d’arts appliqués avec ses premiers salaires de joueur. Mais il a dû faire un choix entre ces deux passions, et le handball a pris le dessus.

Néanmoins pendant sa carrière de joueur, il ne renie pas ses premiers amours, loin de là. En Espagne, il continue à peindre dans son atelier tandis qu’à l’âge de 21 ans, il se met à la guitare. Le comité national olympique et sportif français (CNOSF) lui propose de dessiner le bracelet permettant de financer la candidature de Paris pour accueillir les Jeux Olympiques de 2024, tâche qu’il a volontiers accepté. C’est un rêve qui se réalise pour lui, une expérience fantastique liant ses deux passions : sport et art. Très humble, Abalo peint pour son seul plaisir et ne sera prêt à exposer ses œuvres seulement lorsqu’il les jugera parfaites. Sa reconversion, il l’envisage loin des terrains, évidemment dans le domaine artistique. Néanmoins, sa passion ne l’aveugle pas et il reste lucide, le handball pourra servir de roue de secours en cas d’échec.

Une créativité au service du jeu

Artiste, le joueur d’origine togolaise décrit la roucoulette comme son geste préféré. Maitrisant celle-ci avec une aisance incroyable, il n’hésite pas à la tenter peu importe le score ou l’importance du match. Véritable showman, il veut partager ses émotions avec le public et le faire vibrer. Pour lui, le match est aussi un spectacle avec pour objectif de partager son plaisir avec les fans. Fantaisie, élégance, folie, créativité sont des mots qui résument son jeu. C’est un véritable esthète, capable de gestes de folie avec des chabalas incroyables ou des tirs dans le dos improbables, l’exceptionnel est attendu à chaque fois qu’il touche la balle. L’« homme-élastique » possède un hang-time impressionnant lui permettant d’avoir le temps de fixer le gardien pour ajuster le tir parfait. Il fait partie de ces sportifs qui maitrisent tellement leur discipline qu’ils dégagent une impression de facilité déconcertante, se permettant de sourire en plein match, rappelant ainsi que le sport reste avant tout un loisir. Sa créativité s’exprime aussi lors des préparations physiques, comme lorsqu’il termine une série de saut de haies par un 360°.

Vous l’aurez compris, Luc Abalo est un ovni dans le monde du sport. Un homme éclectique et créatif, un sportif instinctif et généreux, sa carrière est pour l’instant un modèle du genre. Sans une blessure majeure pouvant ruiner sa fin de carrière, il est indéniable qu’il va laisser une trace indélébile dans le handball français. En attendant cela, ses yeux sont rivés vers la ligue des champions qu’il veut remporter avec un club français, afin de boucler la boucle.

Antoine Bossard

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