Quelques histoires du Tour de France…
Photo Panoramic

Quelques histoires du Tour de France…

Quelques anecdotes de la Grande Boucle, en coulisses des exploits des géants de la petite reine ...

- 1913, l’odyssée d’Eugène Christophe : le coureur français brise sa fourche dans les Pyrénées. Cet incident est la conséquence du fait qu’Eugène Christophe ait été renversé par une voiture dans la descente du col du Tourmalet. Après avoir parcouru 14 kms à pied, Christophe effectue une réparation de fortune chez un forgeron de Sainte-Marie-de-Campan. Une plaque commémore désormais cet acte de légende. En 1919, Christophe, premier maillot jaune de l’Histoire, casse à nouveau sa fourche. Perdant plus d’une heure à la réparer seul, sans assistance, il cède le maillot à Firmin Lambot dans l’étape Metz – Dunkerque, la veille de l’arrivée à Paris… Coureur maudit, Christophe brise à nouveau une fourche en 1922, dans la descente du col du Galibier, alors enneigée, rejoignant Saint-Jean-de-Maurienne, sur le vélo d’un prêtre !

- 1938, l’ex-aequo du Parc des Princes : à Paris, les deux coureurs français les plus populaires, André Leducq (double vainqueur du Tour en 1930 et 1932) et Antonin Magne (également double lauréat de l’épreuve, en 1931 et 1934), arrivent ex-aequo sur le vélodrome du Parc en se tenant chacun par l’épaule et, fait exceptionnel, ne sont pas départagés par les commissaires de course. Le Tour de France, quant à lui, est remporté sans discussion par l’Italien Gino Bartali, grimpeur virtuose qui a écrasé la course dans l’Izoard.

- 1947, le mariage porte-bonheur de Robic : la veille du départ du Tour 1947, Jean Robic épouse Raymonde, jeune fille dont les parents sont tenanciers d’un bar, Au Rendez-Vous des Bretons, à proximité de la gare Montparnasse. Le lendemain de sa nuit de noces, Biquet se lève à 7 heures du matin pour faire quelques kilomètres en vélo. Avant le départ, Robic promet à son épouse la chose suivante… Je n’ai pas de dot, mais je t’offrirai le premier prix du Tour ! Le Tour quitte ensuite la capitale. Trois semaines plus tard, Robic tient parole et revient à Paris pour y ceindre le maillot jaune à l’ultime étape, devant le public du Parc des Princes.

- 1947, le cidre de Vietto : dans le contre-la-montre Vannes – Saint-Brieuc (139 km), le roi René perd le Tour de France, jambes coupées. La moto accidentée de son ami Jean Leulliot lui aurait détruit le moral. En 1981, une autre version parvient aux oreilles de Louis Nucera, écrivain niçois amoureux du cyclisme, ami de l’ancien grimpeur. Un Breton, alors adolescent, s’accuse d’avoir donné un bidon de cidre à Vietto, pour se venger de propos arrogants que ce dernier aurait tenu sur Jean Robic. Or, le cidre, comme tout Breton le sait, est l’ennemi n°1 de la bicyclette !

- 1948, le coup de fil de Gasperi : alors que le Tour arrive à Cannes, la situation politique se dégrade fortement en Italie. Le député communiste Palmiro Togliatti a été victime d’un attentat. Gino Bartali, meilleur espoir de victoire finale pour la Squadra Azzurra, reçoit un appel téléphonique du président du Conseil, Alcide de Gasperi. Ce dernier ne pose qu’une question à l’Homme de Fer : Gino, penses-tu pouvoir gagner ce Tour ? A cette seule phrase, Bartali comprend la mission fixée par Gasperi, ramener le maillot jaune à Paris pour détourner l’attention des Italiens, éviter que l’affaire Togliatti ne fasse exploser la péninsule… Impérial dans les Alpes, Bartali sort en triomphateur de la montagne, en maillot jaune hégémonique.

- 1950, un parcours élagué sur la Riviera : dans les Pyrénées, Gino Bartali est agressé par des spectateurs lui reprochant d’avoir fait tomber Jean Robic. La scène se déroule dans le col d’Aspin, où deux spectateurs se précipitent sur l’Homme de Fer, couteau et saucisson à la main… Pourtant, cet épisode malheureux n’empêche pas le grimpeur toscan d’enlever la victoire ce jour là. A l’arrivée de l’étape, à Saint-Gaudens, Bartali décrète que l’équipe d’Italie se retire, ce qui provoque le retrait des cadetti Italiens, où évolue le maillot jaune du Tour, Fiorenzo Magni (vainqueur du Giro en 1948). Par peur des représailles, Jacques Goddet décide alors de raccourcir la quinzième étape Toulon-San Remo, qui s’arrêtera finalement à Menton, juste avant la frontière italienne.

- 1950, la fausse cuite de Zaaf : le coureur nord-africain, dans l’étape Perpignan-Nîmes, manque de s’évanouir et se repose contre un arbre. Certains le croient ivres, mais en tant que musulman, Abdelkader Zaaf n’avait pas bu une seule goutte d’alcool. Dans cette région viticole, des supporters l’avaient aspergé de pinard… ce qui l’avait conduit à un état second et à l’abandon !

- 1950, le bain de Sainte-Maxime : durant la quatorzième étape, qui conduit les coureurs de Toulon à Menton, la chaleur est accablante. Malgré la proximité de la côte méditerranéenne, le peloton souffre, à la recherche de la moindre fontaine ou d’un jet d’eau. A Sainte-Maxime, Apo Lazaridès donne le signal d’une baignade générale. 62 coureurs vont se rafraîchir dans la Mare Nostrum, sous le regard réprobateur de Jacques Goddet, directeur du Tour. Certains coureurs ne prirent même pas la peine de descendre de leur vélo et se trempèrent pieds aux pédales !

- 1951, la minute de Monsieur Adam : dans un Tour dominé par Hugo Koblet, coureur suisse, on ne peut pas dire que la précision helvétique fut au rendez-vous pour le chronométrage. Raoul Adam officie en tant que chronométreur sur la première étape contre-la-montre de cette édition 1951. La victoire revient au final à Louison Bobet. Hugo Koblet est surpris d’être classé aussi loin alors qu’il a terminé le parcours fort honorablement, malgré la fatigue. Il constate qu’il termine à 5’44’’ devant Bernardo Ruiz, qu’il a dépassé, alors que le coureur espagnol était parti six minutes avant lui. Koblet demande à Jacques Goddet de vérifier le chronométrage. M. Adam est convoqué par le jury. Les commissaires se rendent vite à l’évidence, le temps de Koblet a été injustement majoré d’une minute. La victoire est rendue au coureur suisse. Marqué par l’effort, Koblet sort de cette étape avec un appétit d’ogre. A deux heures du matin, il s’en va réveiller Alex Burtin. La faim le tenaille. Le directeur sportif doit se lever pour aller chercher à son coureur un poulet en gelée qu’il déniche, après plusieurs détours, au buffet de la gare d’Angers… “Adam n’a pu désigner le premier homme” se moquent les gazettes du lendemain.

- 1954, la glace de Bahamontes : le Tour de France 1954 voit les débuts du grimpeur espagnol Federico Martin Bahamontes. Dans le col de Romeyère, celui qu’on surnomme déjà l’Aigle de Tolède fait la démonstration de ses incroyables qualités d’escaladeur. Piètre descendeur, Bahamontes ne vise que le classement du Grand Prix de la Montagne. C’est alors qu’après le sommet, le coureur castillan d’arrête pour déguster une glace à la vanille, regardant d’autres concurrents amorcer la descente, au km 115 de cette étape Lyon – Grenoble !

- 1954, Bobet sans maillot : en 1954, Louison Bobet est maillot jaune à Saint-Brieuc. Le soir même, le champion breton reçoit la visite de sa sœur et lui donne son maillot jaune. Mais Bobet a oublié que cette année-là les maillots fournis par l’organisation ne sont changés que tous les deux jours… et le lendemain était censé être le second jour pour ce maillot. Son soigneur Raymond Le Bert, qui habite non loin de là, repart vite à son domicile pour chercher un ancien maillot jaune que Louison lui a donné en 1953. Mais le maillot a rétréci au lavage. Bobet ne peut pas l’enfiler. On fait alors appel à un boxeur poids lourd de Saint-Brieuc, qui a pour tâche d’élargir le maillot jaune, ce dont il s’acquitte honorablement. Et Bobet put prendre le départ de l’étape suivante, vers Brest, avec un maillot jaune élargi.

- 1958, l’âne Marcel : non sélectionné par Marcel Bidot en équipe de France, Raphaël Geminiani décide de se venger. Au départ de Bruxelles, le coureur auvergnat réunit ses nouveaux équipiers de la sélection du Centre Midi, dont Henry Anglade ou Jean Dotto. Anquetil a exigé de Marcel Bidot de ne pas sélectionner le duo Bobet – Geminiani… “Ou Bobet, ou Geminiani, mais pas les deux !” avait dit Anquetil. Geminiani n’a même pas été contacté par Marcel Bidot qui a choisi Bobet après avoir rendu visite à ce dernier. A Bruxelles, Geminiani et ses équipiers se voient offrir un âne… que Geminiani décide de baptiser Marcel, maigre vengeance, mais consolation tout de même.

- 1959, le hors-bord d’Anquetil : l’équipe de France dirigée par Marcel Bidot a fière allure : Bobet, Geminiani, Anquetil et Rivière. Mais la rivalité exacerbée ronge l’entente cordiale exigée par le directeur sportif. Cela profite à Federico Bahamontes. Au final, Bobet abandonne, Anquetil finit troisième, Rivière quatrième. L’arrivée au Parc des Princes se solde par une véritable bronca contre l’équipe de France. Marqué par cet épisode, Anquetil, qui achète quelques jours plus tard un hors bord, le baptisera Sifflet 59 !

- 1960, l’hommage de Colombey-les-Deux-Eglises : lors de l’avant-dernière étape, qui relie Besançon à Troyes, Jacques Goddet fait arrêter le peloton pour un hommage au général de Gaulle, alors président de la République. Le général souhaite bonne chance au maillot jaune Gastone Nencini. Certains coureurs étrangers, ne comprenant pas la raison de cet arrêt, vident leurs vessies dans Colombey ! Quant à Pierre Beuffeuil, lâché par le peloton avant de traverser le village du président, il en profite pour s’échapper et gagner l’étape à Troyes !

- 1964, les prédictions funestes du mage Belline : ce mage annonce que Jacques Anquetil se tuera avant d’atteindre Toulouse, terme d’une étape pyrénéenne partant d’Andorre. A Andorre, Anquetil souhaite conjurer cette malédiction en participant à un méchoui, où on le voit croquer avec appétit, en compagnie de Raphaël Geminiani, son directeur sportif. L’étape de Toulouse est homérique, Anquetil défaillant dans Envalira, métamorphosé dans la descente… et finalement devant Poulidor dans la ville rose. Oublié le sort du mage, le maillot jaune est proche pour le coureur normand !

- 1964, un pugilat sur la route de Hyères : lors de la dixième étape du Tour 1964, entre Monaco et Hyères, deux coureurs liquident leur stock d’injures. Spécialiste des queues de poisson dans le peloton, l’Italien Vito Taccone épuise rapidement son répertoire de noms d’oiseaux face à l’Espagnol Fernando Manzaneque. C’est dans la côte de Beauvallon que les deux coureurs en viennent finalement aux mains ! Echappant de peu à la mise hors course, Manzaneque avait aussi essuyé sa colère sur la direction du Tour, insultée comme Taccone… L’Espagnol finit ce Tour 1964 à la douzième place du classement général. En 1965, les organisateurs n’autorisent sa venue sur la Grande Boucle que dans les ultimes jours précédant le départ de Cologne.

- 1965, les bons comptes de Pezzi : pour sa première année professionnelle, chez Salvarani, Felice Gimondi termine troisième du Giro derrière Adorni et Motta. Suite à un forfait de dernière minute dans l’équipe Salvarani, Luciano Pezzi fait appel à Felice Gimondi pour le Tour de France 1965, dont Poulidor est le favori suprême en l’absence du quintuple vainqueur, Jacques Anquetil. Avant le départ de Cologne, Felice Gimondi veut absolument signer son contrat pour 1966. Pezzi le dissuade, le persuadant que sa valeur marchande explosera après le Tour. Le directeur sportif avoue à son coureur qu’il le voit exceller sur la Grande Boucle. Gimondi n’écoute pas Pezzi et signe son contrat avant le départ du Tour, pour une valeur de quatre milliards de lires. Un mois plus tard, après avoir muselé Poulidor au Ventoux et avoir affirmé sa suprématie au CLM du mont Revard, le jeune coureur bergamasque ramenait le maillot jaune à Paris… les spéculations de Pezzi étaient justes, mais il était trop tard pour Gimondi, qui avait paraphé son contrat chez Salvarani pour 1966 !

- 1967, l’affaire du Perroquet Vert : le Perroquet Vert est un restaurant situé dans le quartier de Montmartre, à Paris. C’est là qu’une partie de l’équipe de France se retrouve à dîner après la victoire de Roger Pingeon dans le Tour 1967. En début de soirée, Marcel Bidot a convié l’ensemble de l’équipe au restaurant la Closerie des Lilas, dans le quartier de Montparnasse. Jean Stablinski prend ensuite un taxi entre Montparnasse et Montmartre, accompagné par Raymond Riotte et Lucien Aimar. Au Perroquet Vert, Jacques Anquetil, reconverti en chroniqueur sportif pendant cette Grande Boucle, retrouve donc Jean Stablinski, son coéquipier en équipe de marques pendant le reste de la saison. Pendant ce mois de juillet 1967, Anquetil avait découvert la frustration du coureur ne disputant pas le Tour. De plus, il en voulait à Stablinski d’avoir aidé Roger Pingeon à gagner le Tour, et également d’avoir aidé Raymond Poulidor, dont la popularité montait en flèche auprès du public. Les retrouvailles furent donc tendues entre Stablinski et Anquetil… Ce dernier, qui avait commenté le Tour à la radio pour Europe 1, s’était rendu très impopulaire en déclarant au journal France-Dimanche que tous les cyclistes se dopaient. Cette déclaration d’Anquetil avait fait scandale dans le peloton, habitué à l’omerta sur ce sujet.

- 1967, le pain d’épice providentiel de Gimondi : dans l’ascension du Ballon d’Alsace, alors que Roger Pingeon est victime d’une fringale, son rival italien Felice Gimondi lui offre du pain d’épice. Orphelin de Raymond Poulidor complètement en perdition dans le sommet vosgien, Pingeon évite le pire et parvient à sauver son maillot jaune !

- 1973, la découverte de Luis Ocaña : à la suite d’un entretien avec un ingénieur de Sud-Aviation, Ocana découvre le titane et utilise ce matériau jusqu’alors réservé à l’aéronautique. Coureur d’exception, l’Espagnol virtuose au regard de braise domine ce Tour 1973 de la tête et des épaules, en l’absence d’Eddy Merckx, qu’il avait failli battre en 1971.

- 1974, l’orgueil de Danguillaume : vainqueur d’étape au sommet du col du Tourmalet, Jean-Pierre Danguillaume est vexé de voir que le quotidien L’Equipe titre sur le duel Merckx / Poulidor, après que le Limousin ait repris 45 secondes au Cannibale. Le lendemain, Danguillaume remet le couvert et attaque, avant de s’imposer à Pau !

- 1975, récompenses mutuelles pour Merckx et Poulidor : avant le départ de Charleroi, Eddy Merckx est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, distinction remise par Pierre Mazeaud, Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, tandis que le gouvernement belge élève Raymond Poulidor à la dignité de Chevalier de l’Ordre de Léopold.

- 1975, l’arrivée sur les Champs-Elysées : en 1974, tout juste élu Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing multiplie les initiatives pour se rendre populaire : VGE joue de l’accordéon, ou va dîner dans des familles de Français moyens (dîners filmés par la télévision). Lors d’une rencontre fortuite avec Yves Mourousi à Chantilly, où le président est venu à titre prévu voir sa fille concourir dans un concours équestre, le journaliste suggère de créer une manifestation populaire sur les Champs-Elysées, style Tour de France. Le Président renvoie alors Mourousi vers son Ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski. L’affaire se fait rapidement en vue de l’édition 1975 de la Grande Boucle, et Jacques Goddet sort alors un vieux dossier jauni de son bureau, qu’il montre à Mourousi : il en avait eu l’idée dès 1947 pour la renaissance du Tour, mais les autorités de l’époque avaient refusé. En 1975, VGE salue sur le podium élyséen le maillot jaune Bernard Thévenet, son dauphin Eddy Merckx ainsi que le vainqueur d’étape Walter Godefroot.

- 1977, le tuyau de Merckx : porteur du maillot jaune depuis l’Alpe d’Huez, Bernard Thévenet ne compte que 8 secondes d’avance sur Hennie Kuiper avant le contre-la-montre de Dijon, qui sera décisif. La veille de l’épreuve, Eddy Merckx croise Thévenet. Les deux hommes s’entendent bien. Le Cannibale renseigne le leader des Peugeot sur le braquet de Kuiper. “Combien de dents as-tu mis à l’arrière ?” demande Merckx. “Treize dents”, répond Thévenet. “Avec douze dents, Kuiper va aller plus vite que toi dans les descentes”, rétorque Merckx. Ecoutant le champion belge, Thévenet calque son braquet sur celui de son rival chez Raleigh, et arrivera en vainqueur sur le circuit automobile de Dijon-Prenois.

- 1977, Chirac, Thévenet et la pluie : à la veille de l’étape des Champs Elysées, Bernard Thévenet ne possède qu’une avance réduite sur son dauphin, Hennie Kuiper. La pluie qui s’abat sur les pavés de la capitale rend leur franchissement encore plus périlleux. Thévenet chute mais conserve les secondes suffisantes pour sauver son maillot jaune. Le voilà double vainqueur du Tour de France. Sur le podium, le nouveau maire de Paris, Jacques Chirac, confie au maillot jaune que la pluie fut un élément du suspense ! Thévenet confiera plus tard ce qu’il a pensé après la confidence du chef du RPR… Celui là, il n’a pas du rouler souvent sous la flotte !

- 1978, la poire de Michel Pollentier : vainqueur à l’Alpe d’Huez, le Belge Michel Pollentier triche lors d’un contrôle anti-dopage. Pollentier utilise une poire remplie d’une urine exogène, propre, celle de quelqu’un d’autre, mais le commissaire sportif ne tombe pas dans le piège. Nouveau maillot jaune, Pollentier est exclu du Tour sur-le-champ.

- 1979, Bacchus s’invite sur le Tour : en 1979, alors que Bernard Hinault, ceint d’un maillot jaune qui semble devenu sa seconde peau, fonce tout droit vers un deuxième triomphe dans l’épreuve suprême du cyclisme, un spectateur promet au premier coureur passant devant sa propriété, à Echevronne, en Côte-d’Or, un trophée particulier… son poids en vin ! Le généreux pourvoyeur de vin bourguignon a préparé cinq caisses de vin pour sa récompense. Seulement trois trouveront preneur. Le coureur italien Sergio Parsani (futur directeur sportif chez Mapei), de gabarit modeste, est l’heureux vainqueur de ce trophée officieux, dans l’étape Saint-Priest – Dijon, qu’il remportera devant Gerrie Knetemann.

- 1979, le cheptel d’Agostinho : avant le départ du Tour, une histoire parvient jusqu’aux oreilles de Zoetemelk et Kuiper. Outre Hinault, il va leur falloir composer avec un autre rival… Joaquim Agostinho. Le coureur portugais, propriétaire d’un troupeau de génisses, a du parcourir plus de 80 kilomètres à pied dans la montagne pour retrouver une partie de son cheptel qui s’était éparpillé. La résistance et l’endurance retrouvée du coureur lusitanien, 3e du classement général en 1978, refont de lui un outsider.

- 1980, Hinault, réfugié à Lourdes : après son abandon à Pau, Hinault quitte de nuit l’hôtel de l’équipe Renault. Cyrille Guimard a demandé à Hubert Arbes, ancien coéquipier d’Hinault, d’accueillir ce dernier dans sa maison de Lourdes, à l’abri des journalistes. Comme Louis XVI qui avait fui vers Varennes en 1791, Hinault évite à tout prix le contact avec ceux dont ils ne veut pas entendre parler, les journalistes ! A la différence du roi, Hinault ne se fit pas attraper …

- 1986, l’abandon programmé de Miguel Indurain : à l’issue de la douzième étape du Tour 1986, disputée entre Bayonne et Pau, Miguel Indurain reçoit la visite dans sa chambre d’hôtel, de son directeur sportif Jose Miguel Echavarri, et de son père. Echavarri indique à Miguel qu’il doit abandonner. Ce dernier rétorque qu’il se sent bien et veut finir le Tour, au service de son leader, Pedro Delgado. Mais le père de Miguel insiste, arguant qu’il a besoin de son fils pour la récolte, dans la ferme familiale de Villava.

- 1989, le cafouillage Delgado : à Luxembourg, le tenant du titre prend le départ du prologue… en retard. S’approchant de la rampe de lancement quelques minutes avant son tour, Perico interprète mal un geste d’un de ses mécaniciens. C’est la panique chez Banesto. Delgado, qui avait tourné les talons, part donc en retard. Avec 2’30’’ de retard initial, le voilà complètement déconcentré. Le natif de Ségovie finira le prologue avec un retard de 2’40’’ sur le vainqueur. Le lendemain, déprimé, Delgado transforme le contre-la-montre par équipes de Banesto en véritable calvaire. Le voilà rejeté à sept minutes de Laurent Fignon au classement général. Dernier du classement, l’Espagnol finira troisième de cette Grande Boucle, sorte d’arbitre derrière le duel LeMond – Fignon.

- 1991, la solidarité du peloton : Urs Zimmermann, mis hors course pour avoir effectué le transfert Nantes – Pau en dehors de l’avion officiel du Tour de France, est réintégré en course à la demande des coureurs. 3e en 1986 derrière Greg LeMond et Bernard Hinault, le coureur suisse de l’équipe Motorola finira 116e à Paris, à 2h13’58’’ de Miguel Indurain.

- 1993, une crevaison opportune au lac de Madine : grand vainqueur du CLM au Lac de Madine, Miguel Indurain devance Gianni Bugno de 2’11’’ à l’arrivée de cette étape. Prenant le maillot jaune, l’Espagnol aurait pu créer un écart encore plus important et se rapprocher de l’exploit réalisé en 1992 au Luxembourg. En effet, le Navarrais a été victime d’une crevaison, qui a sauvé de l’élimination son coéquipier chez Banesto, et propre frère Prudencio, 171e et dernier de ce chrono à 17’48’’ de son aîné (soit un écart colossal de 18″1 par kilomètre, sur 59 km).

– 1995, l’oeil de Virenque : échappé avec Fernando Escartin (Mapei) vers Cauterets, le grimpeur varois constate dans le col du Tourmalet que l’Espagnol est au sommet de son rythme cardiaque. Trahi par le cardio-fréquencemètre de son vélo, Escartin a donné sans le vouloir une information en or à Virenque, son compagnon d’échappée. A 180 pulsations par minute, Escartin est proche de la rupture. Le leader de Festina en profite pour placer une accélération décisive, et gagne à Cauterets sa deuxième étape dans le Tour, un an après la victoire de Luz Ardiden.

- 1997, le piano remplace l’accordéon : quatre décennies après Yvette Horner, qui jouait de l’accordéon à l’époque où Bobet enfilait les maillots jaunes comme des perles, c’est le virtuose du piano François-René Dûchable qui offre un récital de musique sur le Tour de France. Au sommet du col du Tourmalet, pendant l’étape de Loudenvielle, le pianiste joue des oeuvres de Bach et Liszt, ainsi que des valses de Chopin, en ce 14 juillet qui verra la victoire de Laurent Brochard (Festina).

- 1997, les pots-de-vins de Virenque : dans l’étape Colmar – Montbéliard, alors que le maillot jaune Ullrich est en difficulté dans un petit col des Vosges, Richard Virenque tente de monter une échappée avec les principaux ténors du classement général, Olano, Pantani et Escartin … Quelques jours après avoir acheté à Ullrich sa victoire de Courchevel, le grimpeur varois aurait proposé 10 000 francs de l’époque (environ 1500 euros) à Marco Pantani, qui n’avait rien à gagner dans cette échappée, en contrepartie de sa collaboration. Le veto de l’Italien fut direct… les velléités des Festina furent donc anéanties et Jan Ullrich préserva son avance …

- 1998, une exclusion politique pour Festina : bien qu’inévitable, l’exclusion des Festina aurait pu intervenir légèrement après le week-end corrézien du Tour de France en 1998. Mais Jacques Chirac, présent en Corrèze pour le contre-la-montre remporté par Jan Ullrich, souhaitait éviter tout scandale, son épouse Bernadette étant associée à un certain Richard Virenque pour certaines opérations extra-sportives du Varois… Invités à dîner au château de Bity la veille du chrono par le couple présidentiel, Jean-Marie Leblanc et Jean-Claude Killy furent également invités à forcer le destin et à accélérer le processus d’exclusion des moutons noirs du peloton, marqués du sceau de l’imposture EPO depuis le départ de Dublin, après l’interception du soigneur Willy Voet à la frontière franco-belge. Mais l’interception de Voet était programmée, le soigneur des Festina étant surveillé de très près par les gendarmes depuis un contrôle positif de Christophe Moreau au printemps 1998 sur le Critérium International, course remportée par le Belfortain.

- 2000, les intrus basques de Courchevel : à la fin d’une étape de montagne remportée par Marco Pantani, des intrus déguisés en maillot jaune franchissent les barrières de sécurité et parcourent les derniers hectomètres aux côtés de Lance Armstrong et Roberto Heras. Ce sont des militants basques …

- 2000, l’Orient-Express pour relier Paris : l’avant-dernière étape du Tour 2000 est remportée par Erik Zabel à Troyes. L’ultime étape est prévue dans Paris intra-muros avec un premier circuit spécial, avant le traditionnel circuit passant devant le Louvre, les Tuileries, la place de la Concorde et l’avenue des Champs-Elysées. Pour relier Troyes à la capitale, le peloton utilise le célèbre Orient-Express, train créé en 1883 pour relier Paris à Constantinople (Istanbul) via Venise. Depuis 1982, le train a été rénommé Venise-Simplon-Orient-Express. Lance Armstrong, Jan Ullrich et tous les autres coureurs utilisent donc un train autrement plus luxueux que le traditionnel TGV.

- 2005, quatorze kilomètres de moins grâce aux loups : au départ de la dixième étape du Tour, Grenoble – Courchevel, une manifestation contre la réintroduction des loups dans les Alpes contraint les organisateurs à raccourcir de 14 kilomètres l’étape de montagne qui verra Alejandro Valverde battre Lance Armstrong sur la ligne, loin devant Ivan Basso, Jan Ullrich et Alexandre Vinokourov, grands battus du jour dans cette première étape de montagne. Le départ est donc donné de la commune de Froges et non de la ville de Grenoble.

- 2009, l’hymne danois pour Contador : le coureur madrilène remporte son deuxième Tour de France (après 2007). Sur le podium, il devance Andy Schleck et son coéquipier chez Astana, Lance Armstrong. Mais Contador, en jaune sur les Champs-Elysées se recueille sur un hymne qui n’est pas lesien ! Par erreur, l’hymne danois est joué au lieu de l’hymne espagnol !

  1. avatar
    28 novembre 2013 a 16 h 32 min

    Il serait intéressant de faire l’exercice pour d’autres compétitions sportives, je ne suis pas certain que les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de football ou le Mondial de F1 puissent receler autant d’anecdotes !

  2. avatar
    29 novembre 2013 a 12 h 10 min
    Par skancho

    Il est vrai que le tour de France a forgé sa légende grâce à toutes ces anecdotes qui ne peuvent exister dans aucun autre sport. Merci pour cette petite revue de quelques uns de ces moments magiques.
    Me viennent à l’espritégalement l’image de René Vietto en pleurs sur un parapet, celle d’Anquetil et Poulidor au coude à coude dans le Puy de Dôme en 1964 (étape à l’issue de laquelle Anquetil affirmera avoir été sur le point d’abandonner en cas de perte de 15 secondes supplémentaires – et donc du maillot jaune), la chute de Guerini à cause d’uun photographe amateur dans l’Alpes d’Huez en 1999, et tant d’autres moment.
    J’en ai découvert certains qui m’ont amusé en tous cas.
    Et Eugène Christophe, ils tiraient pas un peu trop sur le guidon ? Même en début de 20ème siècle, casser sa fourche autant, il y a de quoi se poser des question !!

  3. avatar
    29 novembre 2013 a 13 h 32 min

    Oui, Giuseppe Guerini percuté par le photographe en 1999 dans l’Alpe d’Huez, Jalabert qui chute à Armentières en 1994, Armstrong en 2003 dans Luz-Ardiden, Abdoujaparov en 1991 à Paris sur les Champs-Elysées, cela reste des faits de course, pas des anecdotes à proprement parler.

    On peut mentionner comme anecdotes le déguisement de Mario Cipollini en Jules César au départ du Grand Bornand vers Sestrières en 1999, ou les maillots noirs de Radio Shack pour l’étape parisienne en 2010.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter