Indurain aurait-il pu gagner le Tour de France 90…
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Indurain aurait-il pu gagner le Tour de France 90…

...si Delgado n’avait pas été le leader de la Banesto ? Quintuple vainqueur du Tour en 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, Miguel Indurain rate en 1996 un sixième maillot jaune historique, battu par Bjarne Riis. Pour l’Espagnol, le record mythique restera utopique. Certains pensent que c’est en 1990 et non 1996 que le Navarrais a laissé passer la chance de devancer Anquetil, Merckx et Hinault en palmarès. S’il n’avait pas été le coéquipier de Perico Delgado en 1990, le roi Miguel aurait-il pu battre Greg LeMond, vainqueur devant Claudio Chiappucci et Erik Breukink ?

Juillet 2004. Maillot jaune implacable, Lance Armstrong gagne un sixième Tour de France consécutif.
Contrairement à l’édition 2003 où il avait été malmené par un Jan Ullrich aux airs de phénix, le Texan a été hégémonique, avec pas moins de six victoires d’étape.

Plantant une première banderille à la Mongie, l’Américain porte l’estocade à Ullrich et Hamilton dès le lendemain au Plateau de Beille. Seuls Ivan Basso et Andreas Klöden limitent les dégâts vers le champion de l’US Postal, qui impose sa férule pour le sixième été de suite sur les routes de France et de Navarre.

Revenant ceint du maillot jaune à Paris, maillot qu’il a pris à Thomas Voeckler à Villard-de-Lans, Armstrong réalise un authentique exploit, resté utopique pour les autres quintuples vainqueurs du Tour, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain.

L’Américain enfoncera le clou un an plus tard avec un septième maillot jaune, en 2005, avant que ne lui soient retirés tous ses titres en octobre 2012 sur décision de l’UCI, fortement influencée par le rapport au vitriol de l’USADA, l’agence américaine anti-dopage … L.A. passe du Capitole à la Roche Tarpéienne en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la faute à une boîte de Pandore que l’instance de Lausanne voulait à tout prix laisser refermée, afin de préserver la poule aux oeufs d’or.

La Grande Boucle se retrouve donc avec un septennat (1999-2005) orphelin de vainqueur, l’UCI ayant eu la décence et le bon sens de ne pas rajouter de l’huile sur le feu en offrant des maillots jaunes à des ex-dopés notoires, en l’occurrence les cinq dauphins d’Armstrong, Alex Zülle (1999), Jan Ullrich (2000, 2001, 2003), Joseba Beloki (2002), Andreas Klöden (2004) et Ivan Basso (2005).
Mais le Tour de France se retrouve aussi de nouveau avec quatre hommes au pinacle de son propre panthéon : Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain, comme entre 1995 et 2003.

Chacun d’eux avait commis le péché d’orgueil, vouloir à tout prix cette sixième victoire. Revenu en 1966 après une édition 1965 orpheline de sa majuscule présence, Jacques Anquetil avait échoué et s’était mué en coéquipier du futur maillot jaune Lucien Aimar. Le Normand faisait ainsi d’une pierre deux coups : le jeu de l’équipe Ford tout en garantissant l’échec de Raymond Poulidor, son vieux rival.

Homme de tous les superlatifs, le Cannibale belge Eddy Merckx débarque en 1975 ceint du maillot irisé de champion du monde (son troisième), et avec cinq victoires en cinq participations. Le Bruxellois n’a jamais connu la défaite sur le Tour. Malgré son panache, celui qui sera victime du coup de poing d’un spectateur au Puy-de-Dôme perdra toutes ses illusions dans l’étape Nice – Pra-Loup. En quelques kilomètres, Bernard Thévenet sonne le glas des espoirs d’un Merckx frappé de plein fouet par l’usure du pouvoir … Sur le goudron fondu de Pra-Loup, le Jupiter du cyclisme, l’ogre de l’asphalte, celui qui a dépassé Coppi, Van Looy et Anquetil dans tous les esprits, ne va guère plus vite qu’un facteur de campagne ! Malgré son refus viscéral de la défaite, rien n’y fait … Le virtuose belge est battu à plate couture et l’hémorragie du temps lui fait perdre le maillot jaune. La perte est d’autant plus irréversible que Thévenet, son bourreau, parachève son triomphe le lendemain par un succès vers Briançon, passant seul en tête du col de l’Izoard ceint du maillot jaune.

En 1986, ayant promis d’aider son jeune coéquipier Greg LeMond a conquérir la Toison d’Or dans l’équipe La Vie Claire, Dream Team montée par Bernard Tapie et Paul Koechli, Bernard Hinault se laisse griser. Tel Harpagon face à sa cassette, le Breton est un autre homme face à l’objet que représente le maillot jaune. A Pau, le natif d’Yffiniac brise le pacte de non-agression scellé en 1985, franchissant le Rubicon. A Luz Ardiden en 1985, LeMond avait failli céder à la tentation mais Paul Koechli l’avait dissuadé de toute attaque contre son leader. Hinault, en 1986, fonce accompagné de Pedro Delgado dans la capitale du Béarn, où il prend le maillot jaune et devance de 4’36’’ Greg LeMond, repoussé à 5’25’’ au classement général ! Victoire certes (même si l’étape revient à Delgado), mais victoire à la Pyrrhus tant les pertes seront terribles par la suite pour Bernard Hinault, qui vient de déclencher la fureur de LeMond. Le courroux du dauphin de 1985, bien décidé à ceindre la couronne de roi en 1986, rend LeMond intouchable le lendemain vers Superbagnères. Personne ne peut l’accompagner au sommet, et l’Américain déchaîné reprend 4’45’’ à son coéquipier et rival. Quittant les Pyrénées, Hinault est donc toujours en jaune mais LeMond a amorcé la rebellion dans les cols aidé de son fidèle lieutenant Hampsten. Vainqueur à Superbagnères, le Californien reprend espoir. C’est finalement vers Briançon que l’Américain prend le dessus sur le Français. L’Alpe d’Huez, mise en scène orchestrée par Tapie, ne sera nullement le juge de paix de ce Tour, mais la passation de pouvoir initialement prévue, LeMond succédant à Hinault au palmarès de la Grande Boucle.

En 1996, Miguel Indurain arrive favori suprême en Hollande, un mois après avoir terrassé l’opposition dans le Dauphiné Libéré. Ayant déposé Virenque et Jalabert dans le col de l’Izoard, l’Espagnol va pourtant déchanter en juillet. En léger surpoids, le Navarrais ne pourra se délester de ces quelques kilos superflus, la faute au froid inattendu qui accompagne le peloton durant la descente vers les Arcs. Dans la montagne, les masques tombent et Miguel Indurain ne peut cacher ses limites du moment aux Arcs. La défaillance se confirme le lendemain dans le chrono de Val d’Isère, enlevé par Evgueni Berzin. Mais le Russe n’est qu’un leurre, car le Danois Bjarne Riis prend le pouvoir à Sestrières par une victoire autoritaire. Le Scandinave confirme son maillot jaune dans les cols pyrénéens, tout d’abord vers Lourdes Hautacam où il dresse la guillotine, puis le lendemain dans le fief de Miguel Indurain, Pampelune, où l’Espagnol est définitivement vaincu, ainsi que Rominger et Olano. L’accolade Riis – Indurain sur le podium de Pampelune scelle la reddition du roi Miguel devant les siens. Cruelle ironie du destin …
Mais le champion de Banesto laisse une oeuvre immense, avec cinq maillots jaunes de rang.

Ce sixième Tour qu’il n’a pu conquérir en 1996, au crépuscule de sa carrière, Miguel Indurain aurait peut-être pu le remporter en 1990.
Certes, le leader de Banesto avait encore pour nom Pedro Delgado alors.
Le coureur de Ségovie, 2e du Tour en 1987, maillot jaune en 1988, 3e en 1989 malgré le catastrophique entame au Luxembourg (2’40’’ perdues en arrivant en retard au prologue !), était bien décidé à s’offrir le scalp du double vainqueur de l’épreuve, Greg LeMond, en 1990.

Auteur du doublé Tour – Championnat du Monde en 1989, le rescapé de la mort a vengé son annus horribilis 1987. Laissé pour mort après un terrible accident de chasse lors du lundi de Pâques à Rancho Murieta en Californie, Greg LeMond revient dans les pelotons dès 1988.
Le miracle s’accomplit l’année suivante et l’Américain triomphe en 1989 dans le Tour de France, pour huit secondes devant Laurent Fignon. A Chambéry, LeMond s’offre un deuxième maillot irisé après celui conquis en 1983 en Suisse, alors qu’il n’était qu’un espoir.

Pour voir Indurain triompher en 1990, il faut partir du postulat que José Miguel Echavarri et Eusebio Unzue l’auraient désigné leader de Banesto au détriment de Perico Delgado.
Double lauréat de Paris – Nice en 1989 et 1990, Indurain avait laminé la concurrence sur les pentes du Mont-Faron en 1990 avant de résister dans le col d’Eze.

Un deuxième postulat sera de considérer que l’échappée du Futuroscope, celle lancée par le quatuor Maassen – Bauer – Chiappucci – Pensec, profitant d’un peloton apathique avant le chrono par équipes de l’après-midi, et de leaders se regardant en chiens de faïence, aurait tout de même réussi.

Miguel Indurain, 10e en 1990 en étant joker de luxe de Delgado, aurait donc du battre Greg LeMond (1er), Claudio Chiappucci (2e), Erik Breukink (3e) et Gianni Bugno (7e) quatre profils bien différents.

LeMond, tenant du titre et double maillot jaune, Américain de 29 ans, sortant d’un printemps catastrophique perturbé par la mononucléose. Tombé de Charybde en Scylla, le leader de l’équipe Z termine deuxième du prologue au Futuroscope, derrière le spécialiste Thierry Marie. Coureur complet, excellent pour gérer la pression de la course, LeMond est donc un outsider sérieux, et même le favori n°1 le soir du prologue, ayant rassuré tous les observateurs sur son état de forme. Malheureusement, comme tous les autres ténors, il va redevenir un simple outsider dès le lendemain après le coup de Jarnac de la première étape.

Chiappucci, anonyme bien que 12e du Giro, grimpeur venu de Toscane, 27 ans et une propension à lancer des offensives comme on enfile des perles. Manquant d’expérience, celui qu’on surnomme El Diablo est un redoutable compétiteur mais son talon d’Achille reste le chrono, il devra donc défendre dans les épreuves Vittel – Epinal et du Lac de Vassivière. Propulsé sur le devant de la scène par l’offensive du Futuroscope, l’Italien doit aussi apprendre à gérer la pression médiatique qu’il découvre.

Breukink, 27 ans, espoir du cyclisme qui tarde à réussir au plus haut niveau. 3e du Giro en 1987, 2e en 1988, le Néerlandais est un excellent rouleur, presque complet car il passe plutôt bien la montagne.

Bugno, maillot rose du dernier Giro de bout en bout, ressuscité par la musicothérapie, mène la formation Château d’Ax. Excellent rouleur, bon grimpeur, l’Italien s’est débarrassé de ses problèmes d’oreille interne. Pas certain cependant que cela suffise à doubler Giro et Tour, prouesse qui demeure l’apanage des titans du cyclisme, Coppi (1949, 1952), Anquetil (1964), Merckx (1970, 1972 et 1974), Hinault (1982, 1985) et Roche (1987). Mais Gianni Bugno est euphorique en 1990, vainqueur de Milan – San Remo puis du Tour d’Italie.

Sans son jour sans à Luz Ardiden, Eric Breukink aurait été un candidat crédible au maillot jaune, puisqu’il a tenu la dragée haute voire carrément battu Greg LeMond dans toutes les étapes décisives de ce Tour de France 1990.

Regardons maintenant les pertes et gains d’Indurain comparé à LeMond lors de l’édition 1990.

Pour les pertes, Indurain enregistre 13 secondes de retard après le prologue du Futuroscope, où le phénix américain étonne tout le monde. Puis à l’Alpe d’Huez, où il a effectué un travail colossal pour Pedro Delgado après être parti en éclaireur dans le col de la Madeleine (avant que Thierry Claveyrolat ne le rejoigne à mi-col dans le Glandon), Indurain s’effondre dans le final et perd plus de 12 minutes sur Greg LeMond, qui coupe la ligne dans la même seconde que Gianni Bugno, lequel ouvre sans le savoir une décennie transalpine de domination sur l’Alpe d’Huez (il récidivera en 1991 devant Indurain, avant de voir Conti en 1994, Pantani en 1995 et 1997 puis Guerini lui succéder au palmarès).

Enfin, Indurain perd 36 secondes sur le champion du monde en titre et leader de l’équipe Z dans la fameuse étape de Saint-Etienne, celle où le Tour de France bascule en faveur de Greg LeMond aux dépens de Claudio Chiappucci. Pour son premier jour en maillot jaune, le Toscan est victime d’une escarmouche de Breukink et LeMond. L’Italien finira à 4’53’’, son avance fond alors comme neige au soleil sur le Néerlandais et l’Américain, favoris du Tour. Miguel Indurain, lui, a de nouveau effectué un travail stakhanoviste pour Pedro Delgado, décrochant vers Perico à la demande express de José Miguel Echavarri, pour soutenir le coureur de Ségovie dans le terrible col de la Croix de Chaubouret, celui là-même où Chiappucci vivra un calvaire et donc doit baisser pavillon.

Concernant les gains, Miguel Indurain gagne 47 secondes entre Vittel et Epinal lors du premier CLM, puis 13 secondes dans le chrono en altitude de Villars-de-Lans, 10 secondes au Causse Noir de Millau, 6 secondes à Luz Ardiden, et enfin 17 secondes au contre-la-montre final du Lac de Vassivière.

Au total, sur les épreuves chronométrées, Miguel Indurain a repris 1’04’’ à Greg LeMond. Sans être encore au pinacle puisqu’il n’ouvrira son compteur de victoires sur les CLM qu’en 1991 à Alençon, l’Espagnol s’affirme déjà comme un meilleur rouleur que l’Américain dès 1990. Cependant, courir un chrono dans l’optique du maillot jaune offre à la fois plus de pression mais aussi de possibilité d’oublier la douleur pour aller repousser encore un peu plus loin ses propres limites, chercher les ultimes ressources d’un organisme en feu dont le cerveau commande pourtant de freiner et de laisser les jambes se reposer, comme Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault savaient si bien le faire. Pour Greg LeMond, les CLM auraient été plus critiques avec comme rival Miguel Indurain plutôt que Claudio Chiappucci, bien faible dans l’exercice solitaire. Là aussi, l’Américain aurait pu très bien y laisser quelques secondes tout comme se sublimer via l’adrénaline d’un duel à distance avec le champion espagnol. L’analyse globale des performances chronométrées de l’édition 1990 permet cependant de conclure à une supériorité de Miguel Indurain. Mais le Navarrais, dont le panache n’a jamais été le point fort, aurait-il pu limiter sa perte en montagne à une petite minute entre les cols alpestres et pyrénéens ?

S’il avait été leader de Banesto, Miguel Indurain n’aurait pas été autant exposé par Unzue et Echavarri dans les deux étapes qui lui ont coûté le plus de temps sur Greg LeMond et Erik Breukink, en l’occurrence Alpe d’Huez et Saint-Etienne.

Certains pourront arguer que Thierry Claveyrolat, l’Aigle de Vizille, qui fut le compagnon d’échappée du roi Miguel entre le col du Glandon et l’Alpe d’Huez, ne s’est pas effondré dans les 21 lacets de l’Alpe, contrairement au champion navarrais.

On pourra aussi dire qu’Indurain aurait été moins de liberté pour attaquer LeMond dans le final de Luz-Ardiden, d’autant que l’offensive gratuite au panache n’a jamais été dans la culture collective de la maison Banesto. Si l’étape du Val Louron en 1991 fait figure d’exception par l’initiative du roi Miguel, l’édition 1996 montrera combien le quintuple maillot jaune et les Banesto seront timorés à l’heure d’attaquer Bjarne Riis dans les cols du Massif Central (Superbesse) et des Pyrénées (Lourdes Hautacam), et ainsi de joindre les paroles aux actes …
Aurait-il été inhibé par la pression ? Peu probable, tant l’homme afficha une sérénité digne d’un moine tibétain pendant cinq ans, gérant comme un épicier le capital acquis dans les chronos, reprenant la tactique si porteuse de Jacques Anquetil jadis.

Enfin, avec Robert Millar, Gilbert Duclos-Lassalle, Eric Boyer et Ronan Pensec, les coéquipiers de Greg LeMond chez Z semblaient plus solides que Pedro Delgado, Julian Gorospe et Abelardo Rondom chez Banesto, qui aura le concours précieux de Jean-François Bernard pour l’édition 1991.

A chacun de se faire une idée donc, mais l’expérience et la ruse de LeMond face à la jeunesse et la puissance d’Indurain eut pu accoucher d’un duel d’anthologie pour le Tour de France 1990, celui qui aurait donc pu être la passation de pouvoir, qui eut finalement lieu, mais avec une violence rare, dans les derniers hectomètres du col du Tourmalet, lors de l’étape Jaca – Val Louron de l’édition 1991.

Autant il est évident que Greg LeMond aurait été maillot jaune en 1985 si Paul Koechli l’avait préféré à Bernard Hinault au sein de l’hégémonique équipe La Vie Claire, autant il est plus difficile d’affirmer que Miguel Indurain placé leader en lieu et place de Pedro Delgado chez Banesto aurait ramené la Toison d’Or en Espagne en 1990.

LeMond vainqueur devant Indurain ? Indurain maillot jaune avec LeMond en dauphin ? Aucun scénario ne serait plébiscité tant ce duel virtuel se joue sur le fil du rasoir.

La réponse à la question posée est plus que complexe et invite donc au scepticisme, position qui fut adoptée par José Miguel Echavarri lors de l’arrivée du peloton de l’édition 1990 à Paris. Constant le sacrifice énorme fait par Miguel Indurain envers Perico Delgado dans l’Alpe d’Huez, malheureusement sur l’autel de la défaite, le directeur sportif de Banesto déclarera : Ce résultat amène à une profonde réflexion.

La réflexion d’Echavarri, qui avait emmené Miguel Indurain chez le druide Francesco Conconi en 1987 et qui en fera l’ultime cobaye EPO via Sabino Padilla et Francesco Conconi, futur fossoyeur du col du Stelvio et mentor du docteur Michele Ferrari, sera la bonne … L’Espagnol gagne le Tour de France cinq fois consécutivement et sans véritable concurrent pérenne en 1991, 1992, 1993, 1994 et 1995, avant qu’un autre porteur d’eau, le Danois Bjarne Riis, ombre de Laurent Fignon chez Cyrille Guimard n’enlève l’édition 1996, l’autre sixième Tour de France perdu et utopique d’Indurain …

  1. avatar
    6 mars 2015 a 16 h 51 min

    Toujours très difficile de refaire un scénario de course cycliste car ce n’est pas juste de l’arithmétique.

    Mais il faut bien se mouiller et je vote LeMond de très peu devant Indurain qui aurait selon moi devancé Chiappucci et Breukink en 1990, faisant donc mieux que la 4e place de Perico Delgado.

  2. avatar
    9 mars 2015 a 21 h 23 min

    Salut Axel, effectivement, exercice difficile, mais intéressant, et exactement à sa place sur ce site !

    De mon côté, je me demande si le seul cuop de poing reçu par Merckx lui a coûté la victoire, ou si c’est “l’usure du pouvoir” tel que tu le mentionnes par la suite. Était-il bien positionné avant ce scandaleux incident de course ? Car par la suite, il a pu être démotivé d’avoir perdu tant de temps…

    Qu’en penses-tu ?

  3. avatar
    10 mars 2015 a 11 h 10 min

    Salut Fabrice,

    Pour 1975, difficile à dire, l’épisode du Puy-de-Dome a forcément fragilisé Eddy Merckx.

    Très difficile à quantifier après l’impact exact du coup de poing, que ce soit physiquement ou psychologiquement.

    Le transfert en avion Clermont-Ferrand / Nice n’a pas aidé en terme de récupération, les coureurs s’en plaignaient.

    Merckx était moins fort en montagne depuis septembre 1969 et sa terrible chute au vélodrome de Blois après aurait-il battu Thévenet sans ce coup de poing sur le volcan auvergnat ?
    Nul ne peut le dire honnetement

    Par contre je pense qu’en 1973 il n’aurait pas battu Luis Ocana, pas plus qu’il n’aurait pu rattraper l’Espagnol maillot jaune en 1971 avant sa chute au col de Menté.

  4. avatar
    10 mars 2015 a 23 h 28 min
    Par Fabien

    Hello,

    Ma réponse est sans hésitation oui.

    Il a dominé LeMond en clm et a au pire fait jeu égal avec lui en montagne, hormis cette fameuse étape de L’Alpe, où il s’est relevé dans la traversée du Bourg d’Oisans, après avoir creusé plus de 2 minutes sur le peloton avec son leader Delgado en 20 km.

    Dans Chaubouret, il décroche effectivement pour aider Delgado qui contrairement à lui s’était fait piéger par l’attaque de LeMond et comptait déjà 1’30 de retard à l’entame du col. Au moment où il prend en charge son leader -un peu avant le Plateau de la Celarie-, Delgado avait profité des premiers km pour attaquer, suivi de Bugno, Lejarreta et Philippot, et ne se situait plus qu’à 1 minute. Après les 2 km de plat/descente du Plateau, Indurain a bouché 40″ dans les 5 derniers km du col à un rythme très élevé fatal au pauvre Fabrice Philippot. Comme dans Luz Ardiden plus tard, Indurain paraissait plus fort que LeMond.

    Pour le Causse Noir, ça ressemble un peu à ce qu’il a fait au Faron dans Paris-Nice. Bugno et lui sont un ton au-dessus de LeMond, Delgado et Breukink.

    A Luz Ardiden, c’est Indurain qui a lâché LeMond.

    Enfin, en tant que jeune premier du dopage EPO, Indurain avait un avantage énorme sur LeMond : personne ne l’attendait à ce niveau ! Comme Marco Giovanetti à la Vuelta ou Chiappucci sur le Tour, il pouvait bénéficier de bons de sortie, se constituer un matelas et contre toute attente résister. Ne s’était-il pas écroulé l’an passé en perdant 4’30 dans les 5 derniers km de la montée de La Cambasque sur son leader Delgado et 4′sur Fignon-LeMond-Mottet ? Comme Bugno au départ du Giro, Indurain n’était pas encore pris au sérieux avant le Tour.

    Donc, pour moi, oui, Indurain aurait pu gagner s’il avait été leader. Mais vu d’où il venait comparé à Delgado, qui malgré son éthique sportive border line était une véritable idole dans l’Espagne des années 80, il aurait été incompréhensible pour Echavarri de transformer le lauréat du Tour 88 et 3ème du Tour 89 en équipier d’un Indurain qui en 5 ans chez les pros n’avait jamais fait mieux que 17ème.

  5. avatar
    11 mars 2015 a 0 h 06 min
    Par Fabien

    Cela dit, sans le dopage EPO des PDM, de Bugno, Chiappucci et Indurain, LeMond aurait probablement gagné les deux étapes-reines du Tour (L’Alpe d’Huez et Luz Ardiden)… mais peut-être pas le Tour.

    En effet, si Chiappucci n’était pas encore au top du dopage (cela ne suffisait même pas encore pour suivre LeMond, Hampsten, Delgado ou Boyer en montagne), son niveau n’avait déjà plus rien à voir avec celui de la période 87-89. Sans sa “métamorphose”, il n’aurait jamais pu challenger Pensec en montagne. Par conséquent, malgré son contre-la-montre raté, c’est bien Pensec qui aurait eu le maillot à la sortie des Alpes avec une confortable avance (> 6′).

    Sur l’étape de Sainté, ça aurait tout changé.
    Pensec ayant un maillot jaune solide, il ne se serait jamais grillé à attaquer dans la Côte d’Ardoix. Quant à LeMond, il était condamné à attendre une éventuelle défaillance de Pensec et faire de la patinette dans les échappées. Bloqué par la tactique d’équipe pour protéger le maillot de Pensec, il ne pouvait pas attaquer comme il l’a fait à Boulieu-les-Annonay. Par conséquent, LeMond et Breukink n’auraient pas attaqué Chaubouret avec 1’30 d’avance. En revanche, il est probable que dans Chaubouret, Delgado aurait attaqué et que LeMond aurait pu le suivre pour prendre du temps à Pensec. Dès lors, deux hypothèses :
    - soit Pensec est franchement défaillant, s’écroule dans Chaubouret et ne garde son maillot que de justesse. LeMond a alors un boulevard en tant qu’unique leader capable de faire gagner les Z et domine facilement Delgado dans un Tour semblable au vrai mais sans Chiappucci et avec un Breukink moins fort ;
    - soit Pensec se défend pas trop mal (comme à l’Alpe) et ne concède que peu de temps (2 minutes max). Comme en 85 et 86, LeMond est alors handicapé par la course d’équipe jusque dans les Pyrénées. Il ne peut pas ostensiblement jouer contre son coéquipier en jaune dans l’étape-reine des Pyrénées. Par conséquent, il est obligé d’attendre l’attaque de Delgado ou d’autres challengers pour faire de la patinette… alors que pour la petite histoire le Ségovian était en petite forme en cette fin de Tour (gastro qui s’est déclenchée au Causse Noir). Pas simple !

    Vu son tempérament fougueux, je pense que Pinpin était à la merci d’un gros coup de bambou. Mais comme Ronan Pensec est un de mes coureurs préférés, je pense à 88 où il finit très bien la dernière étape de montagne. Et à 86 où il fait une très belle traversée des Alpes + Massif central.
    Après, il restait très inférieur à LeMond dans le clm et aurait pu comme Chiappucci perdre sa tunique à l’issue du clm de Vassivière.

  6. avatar
    11 mars 2015 a 12 h 01 min

    Salut Fabien,

    Oui en juin 1990, le palmarès d’Indurain est encore bien maigre : Paris Nice 1989 et 1990, aucune référence sur les grands Tours (17e du Tour de France en 1989)

    Donc le fait qu’Echavarri et Unzue aient choisi Delgado n’est pas illogique, surtout que l’Espagnol sortait d’une superbe saison 1989 : maillot amarillo de la Vuelta et 3e d’un Tour de France qu’il perdit dans les deux premiers jours (le fameux video gag de son retard sur la passerelle de lancement du prologue du Luxembourg, et le contrecoup mental qui lui fit perdre du temps dans le chrono par équipes)

    Miguel Indurain aurait eu en sa faveur l’effet de surprise tu as raison, aurait-il supporté la pression d’un duel au sommet dans le CLM du Lac de Vassivière ? Vu la carrière qu’il a fait après et le sang-froid qu’il a toujours témoigné (sauf sur la route de Mende en 1995) notamment en 1992 derrière Roche dans la fameuse étape de Saint-Gervais, on peut se dire que Greg LeMond aurait été poussé très loin dans ses retranchements.

    Mais encore une fois ce n’est pas qu’une affaire arithmétique et Chiappucci aurait couru différemment dans l’étape de Luz Ardiden si Indurain avait encore été en lice pour le maillot jaune. Au lieu d’attaquer dans le col d’Aspin, l’Italien aurait peut-être attendu la montée finale, et là qui sait si LeMond et/ou Indurain n’auraient pas explosé ? Même si l’on peut penser qu’en 3e semaine et son inexpérience, Chiappucci n’aurait pas pu lutter au sommet avec le Navarrais et le Californien.

    Pour Ronan Pensec, vu le salaire colossal que Z et Roger Zannier versaient à Greg LeMond, je pense que Roger Legeay aurait du favoriser l’Américain au détriment du Français, surtout que LeMond était populaire, au contraire d’Armstrong dix ans plus tard.

    Pas une idole comme Raymond Poulidor avant lui ou les Coppi / Bartali en Italie, mais suffisamment populaire et fédérateur pour justifier un choix très clair du sponsor en sa faveur, en dehors de son statut incontestable de leader sportivement, renforcé par son aura de phénix ayant réussi le doublé Tour – Mondial 1989 deux ans après le terrible accident de chasse du lundi de Pâques 1987.

    Et LeMond parlait de façon impeccable la langue de Molière ne l’oublions pas.

  7. avatar
    11 mars 2015 a 14 h 17 min

    Un autre article relatant un duel virtuel concerne le Tour de France 1999 et le duel Pantani / Armstrong qui n’avait pu avoir lieu après l’exclusion du Pirate sur le Giro d’Italia début juin 1999.

    Pantani volait dans les cols du Giro mais Armstrong était déjà la référence en 1999 en matière de dopage, ce que montrera son septennat d’imposture jusqu’en 2005, seul Jan Ullrich frôlant l’exploit en 2003 de battre le Texan sur les routes de France et de Navarre.

    A débattre quand l’article paraîtra, j’espère bientôt.

  8. avatar
    11 mars 2015 a 20 h 39 min
    Par Fabien

    Axel,

    Je suis fan de Ronan Pensec. Un vrai grimpeur aux démarrages foudroyants et un type attachant aussi. D’où les scenarii qui vont avec.
    LeMond était en effet favori et en meilleure forme, je suis bien d’accord.

    Toutefois, il n’empêche que dans les deux étapes des Alpes où Pensec était maillot jaune, LeMond n’a pas été libre de ses mouvements. Il n’a pas pu attaquer à St Gervais. Le lendemain, il n’a pas pu collaborer avec Indurain, Delgado, Indurain et Bugno pour protéger Pensec alors qu’il semblait très fort. Résultat, quand Delgado a commencé à craquer, les 2’15 que possédaient Bugno, Delgado et lui au pied ont fondu comme neige au soleil. C’est ainsi que Breukink a pu les rejoindre à 4 km de l’arrivée alors qu’un LeMond sans entraves avait les moyens de le mettre à 1’30 ou 2′. Au lieu de ça, il a dû se contenter d’une ascension en 45’30, qui doit être le 12 ou 13ème temps de la montée.

    Dans l’hypothèse toutes choses égales par ailleurs selon laquelle Indurain aurait été désigné leader (avec son EPO), je pense que Chiappucci aurait de toute façon attaqué car il avait déjà en la personne de Breukink et LeMond deux rivaux très dangereux et il a attaqué quand même. Alors avec un 3ème, pourquoi changer ?

    A+

  9. avatar
    11 mars 2015 a 20 h 59 min
    Par Fabien

    Naturellement, LeMond est un immense champion. Il restera le seul coureur de la décennie 90 à remporter un Grand Tour sans EPO.

    L’arrivée de l’EPO est une catastrophe pour son palmarès. Ne pas oublier que LeMond fait encore 4ème du championnat du monde au Japon derrière Dhanens et De Wolf (deux échappés dopés de chez PDM qui auront résisté dans le final à l’immense surprise des favoris), le 3ème étant… Bugno.

    Bugno a prouvé à maintes reprises qu’il était un extraordinaire sprinteur.
    Toute la question est de savoir si sans sa botte secrète il aurait pu suivre le groupe LeMond dans la dernière ascension. Ce groupe comporte quand même une quinzaine de coureurs à l’arrivée et vu le talent de Bugno, c’est pas dit qu’il n’y serait pas parvenu quand même !

  10. avatar
    12 mars 2015 a 9 h 02 min

    Salut Fabien,

    Le cas de Greg LeMond est très spécial car en 1991 il finit 7e, mais en 1992 il explose complètement en montagne, et pas seulement par rapport aux 3 coureurs lotis de potion magique EPO (le trio méditerranéen Indurain Bugno Chiappucci).

    La myopathie de LeMond, conséquence des plombs restés sdans son organisme après l’accident de chasse d’avril 1987, aurait faussé sa fin de carrière même sans l’arrivée de l’EPO dans le peloton.

    En 1991, si on enlève le trio magique, LeMond se serait battu avec un trio français (Mottet, Fignon, Leblanc) ainsi qu’Andy Hampsten (8e), voir Erik Breukink si les médecins de l’équipe PDM n’avaient pas péché par excès de zèle dans le dosage EPO.
    Le podium lui était acquis, le maillot jaune certainement encore possible car Leblanc trop inexpérimenté, Fignon encore marqué mentalement par la défaite de 1989 qu’il n’oublia jamais vraiment, Mottet coureur excellent mais pas un champion au sens canonique du terme, Hampsten idem, Breukink également un profil de dauphin plus que de roi.
    L’attaque de LeMond dans l’étape de Paris, le crime de lèse-majesté qu’il commet en privant Banesto d’une entrée en tête sur les Champs-Elysées montre qu’il n’a pas abdiqué face à Indurain en vue du Tour de France 1992, ce que confirmeront ses décalarations. suivant le Giro 1992 en forme d’avertissement face à son rival espagnol : Il est plus facile de gagner le Tour de France une première fois que de reproduire l’exploit.

    Mais en juillet 1991, l’Américain ignorait primo que l’Espagnol et ses dauphins italiens avaient l’arme absolue avec l’EPO, secundo que lui même était atteint d’un mal qui réduirait considérablement son formidable potentiel année après année.

    En 1992, il tient son rang dans le CLM du Luxembourg seul Bugno faisant mieux que lui dans les favoris en dehors bien entendu de la performance inhumaine de Miguel Indurain
    Dans l’Alpe d’Huez il explose littéralement avant d’abandonner sur la route de Sestrières.
    Là très honnêtement comme discuté récemment par rapport à Andy Hampsten, la victoire se seraitp lus jouée entre Snow Rabbit, Erik Breukink, Pedro Delgado et Stephen Roche en l’absence du trio impérial.

    Pour l’offensive de Claudio Chiappucci en 1990 dans Aspin, oui fort possible l’attaque à outrance était la marque de fabrique du petit grimpeur toscan. Je dis juste que le scénario aurait été différent avec Indurain leader à la place de Perico Delgado, mais la probabilité la plus forte est qu’El Diablo aurait quand même démarré dans ce col !

  11. avatar
    13 mars 2015 a 0 h 28 min
    Par Fabien

    Salut !

    Pour LeMond, la réponse est peut-être dans la malédiction de l’anneau d’or tant convoité, qui se répète d’année en année.

    1986 : après avoir trahi son serment pour s’emparer de la précieuse tunique dans les Pyrénées, Wotan Hinault dut la céder au dragon Fafner Lemond. L’année suivante, LeMond est victime d’un terrible accident de chasse qui le prive de ses plus belles années.

    Après avoir conjuré une tentative du nain Chiappucci de le dérober en 90, l’”anneau” continua son oeuvre en 91

    J

  12. avatar
    13 mars 2015 a 0 h 54 min
    Par Fabien

    Ah mince fausse manip.

    Je voulais dire après avoir conjuré une tentative du nain Chiappucci de lui dérober l’année précédente, le dragon LeMond abordait le prologue de Lyon avec la précieuse tunique. Mais l’anneau continuait son oeuvre, brisant la clavicule du Danois Sorensen et semblant procurer une puissance sans limite à LeMond à l’approche des Pyrénées.

    C’était sans compter sur Siegfried Indurain, élevé par Mime Padilla dans l’ignorance de la peur et de la douleur, qui terrasse un dragon assoupi, sur les pentes de Val Louron.

    A creuser cette malédiction du maillot jaune : la blessure de Roche en 88, après le dernier triplé Giro-Tour-Mondiaux de l’histoire, le naufrage de Delgado au prologue de Luxembourg et la cruelle défaite de Fignon dans les premiers et derniers hectomètres du Tour 89, la défaite de Chiappucci dans le dernier WE…

  13. avatar
    13 mars 2015 a 10 h 07 min

    Salut Fabien,

    La malédiction la plus célèbre du cyclisme reste celle du maillot irisé.

    Coppi (1953) qui ne gagnera plus rien après le titre mondial tout comme Roche (1987), Ockers (1955) et Monséré (1970) qui meurent l’année suivant leur sacre, Bugno (1992) dont la carrière s’effondre à partir de 1993, Armstrong (1993) qui doit interrompre sa carrière fin 1996 pour cause de cancer, Leblanc (1994) qui se retrouve dans l’équipe du Groupement dirigée par une secte et ne dispute pas le Tour de France 1995, Brochard (1997) balayé par l’affaire Festina en 1998 … Les exemples sont légion

    Mais dans les années 80, c’est vrai que les maillots jaunes ont tous été touchés par la malédiciton, Hinault et son genou en 1983, Fignon en 1985, leMond et son accident de chasse en 1987, Roche en 1988, Delgado en 1989 avec le départ raté au Luxembourg …

  14. avatar
    13 mars 2015 a 22 h 51 min
    Par Fabien

    Intéressant cette malédiction du maillot irisé…

    Cela dit, je peux le dire car je réserve mon suspense pour le Tour 92 mais LeMond est largement mon favori pour la victoire au Tour 91 en l’absence du trio magique et en dépit de l’énorme éclat qu’il a pris à Val Louron.

    Pourquoi ?

    - Son excellent début de Tour lui donnait une confortable avance sur tous les leaders au départ de Jaca. A l’exception de Leblanc à qui il devait reprendre 2’35, LeMond avait par exemple déjà 3’11″ d’avance sur Bernard, 3’34 sur Hampsten, 4’30 d’avance sur Delgado et 5’12 sur Fignon.
    - C’était de très loin le meilleur contre-la-montre.
    - Il était le plus à même de piéger ses adversaires dans des étapes de “transition” comme il l’a d’ailleurs fait à Lyon et Gap (2’10 de gagnées). En la matière, LeMond n’a qu’un seul maître : Bernard Hinault.

    - En revanche, il est vrai que comme en 89, LeMond était inférieur à Fignon en montagne. Et d’un niveau équivalent à Mottet, Hampsten ou Delgado… tant qu’il n’explosait pas subitement. Cependant, sans le rythme infernal de Chiappucci dans le Tourmalet, LeMond n’aurait jamais craqué aussi loin de l’arrivée et n’aurait jamais perdu 4’30 sur Fignon et 3’30 Mottet. Avant qu’il n’aille au-delà de ses limites, il était bien et son attaque avait déjà réussi à mettre Delgado, Rooks et Theunisse hors course et Fignon dans le dur. La même remarque vaut pour Luc Leblanc qui n’aurait jamais perdu 10′ sur Fignon et serait resté en lice pour le maillot jaune.

    Je vois donc bien un LeMond franchement dominé en montagne mais qui arrache une 3ème victoire dans le money time en 3 ans au contre-la-montre de Mâcon à l’infortuné Luc Leblanc. Mottet complétant le podium. Sans Bugno, Chiappucci et Indurain, la course aurait été extrêmement serrée avec sûrement de grandes manoeuvres dans les étapes de transition.

  15. avatar
    14 mars 2015 a 11 h 39 min

    Salut Fabien,

    Pour 1991, oui ça se défend la victoire du Yankee, après le CLM d’Alençon LeMond avait une avance énorme sur tout le monde, Breukink et Indurain compris.

    La défaite du Val Louron aurait été moins grande sans les dopés EPO c’est évident.

    Leblanc aurait repris du temps à LeMond en montagne notamment à l’Alpe d’Huez où il avait accompagné Bugno et Indurain.

    Mais il aurait craqué par manque d’expérience, avec en effet le CLM de Mâcon pour redonner in extremis le maillot jaune à LeMond, comme en 1989 à Paris ou 1990 au Lac de Vassivière.

    LeMond disait lui même en 1991 qu’il arrivait sur le Tour dans la forme de sa vie, bien plus fort qu’en 1989 et surtout 1990. Une victoire sans les 3 dopés EPO était donc bien possible.

    • avatar
      14 mars 2015 a 13 h 49 min
      Par Fabien

      J’avais exclu Breukink de mon calcul. S’il avait été là, c’était très différent pour LeMond, qui à mon avis aurait eu du mal à le battre.

      En effet, avec sa trousse “PDM”, Breukink était meilleur contre la montre que lui. Il l’était également aussi en montagne, même si le progrès était moins spectaculaire que chez Indurain, Bugno et Chiappucci et que le match Breukink-LeMond en montagne s’était soldé par un match nul au Tour 90 jusqu’à la défaillance du Hollandais dans le Tourmalet.

      Pour le reste, comme tu dis, LeMond était déclinant après 91.
      Il s’est quand même fait voler une double victoire à l’Alpe et Luz Ardiden en 90, trois victoires clm à Alençon 91, Mâcon en 91 et Luxembourg en 92. Et peut-être comme je le disais un championnat du monde en 90, un Tour 91 et bien d’autres courses. Il y a de quoi être déçu.

      En revanche, Mottet était encore loin de décliner en 91-93, comme le montre sa victoire au Dauphiné en 92. Au fil des saisons, la moisson devenait de plus en plus faible et se contractait sur le calendrier français mais le niveau absolu de Mottet restait au top. Cf. même si ça ne dure que quelques km, il est quand même le seul à parvenir à suivre Chiappucci, Indurain et Bugno dans Marie-Blanque au Tour 92.

      Leblanc est également l’étoile montante du cyclisme français. Malgré une apparence de fragilité, il semble dans une forme exceptionnelle à l’aube du Tour 92. Comme LeMond, le Français, en présence d’attaques en montagne, a pour politique de s’accrocher, coûte que coûte. “C’était sa grâce et ce sera sa tragédie” (F. Mitterrand à propos de Nicolas II).

      • avatar
        14 mars 2015 a 17 h 11 min

        Salut Fabien,

        Pour Breukink, c’est vraiment difficile de juger. Il fait son meilleur Tour de France en 1990, et après l’affaire PDM de 1991, plus vraiment de résultat jusqu’au championnat de Hollande 1996 où il transmet le flambeau à un certain Michael Boogerd, qui en fera bon usage avec une victoire d’étape à Aix-les-Bains 96.

        Le Batave était un cran (voire deux) en-dessous de LeMond sur le plan mental.
        Donc sans EPO, à dopage “classique”, je pense que l’Américain aurait quand même battu le Batave mais bon c’est sur que Breukink aurait été plus menaçant que Leblanc, Hampsten, Fignon, Herrera ou Mottet pour moi en 1991.

        Oui Indurain au Galibier en 1993 c’est un de ses plus gros coups de force en montagne, avec Hautacam 1994 aussi et bien entendu La Plagne 1995.
        Tout en force sans jamais se mettre en danseuse à la façon de Jan Ullrich plus tard, avec des écarts monstrueux en quelques kilomètres.

        Mais l’Allemand a fait pire en écrasant Virenque et Pantani en 1997 à Arcalis. Larguer deux purs grimpeurs au train, franchement c’était du grand n’importe quoi.

        Moins spectaculaire que Hautacam 96 (Riis) ou Ventoux 2013 (Froome) mais vraiment du pur mode bulldozer.

        • avatar
          14 mars 2015 a 22 h 57 min
          Par Fabien

          Hello,

          Pour le coup je suis totalement de ton avis. Breukink sans EPO bien que talentueux n’arrivait pas à la cheville de LeMond, qui était un maître dans la gestion des courses par étapes. En plus, Breukink avait toujours des jours sans.

          En fait, mon hypothèse (on s’y perd lol) était celle d’un Breukink avec EPO. Un peu mieux qu’en 90 et sans affaire PDM.

          Sinon, je me suis surpris à regarder Paris-Nice. J’aime bien la manière de courir de Kwiatkowski, qui a posé des difficultés aux Sky en les attaquant dans les descentes. Enfin, on a eu une course intéressante, même si à la fin c’est Gallopin qui a tiré les marrons du feu de cette étape courue à 37,8 km/h de moyenne. J’ai trouvé l’arrière-pays niçois et la corniche très beaux malgré le temps. C’était aussi l’occasion d’entendre les commentaires de Thierry Adam dont je suis devenu vraiment fan depuis 2014. “L’information du jour, le 7ème du général n’est pas dans ce groupe” !”Chapeau les coureurs, chapeau aux cameramen, chapeau aux motos”. Ce sont des classiques, j’adore !

  16. avatar
    14 mars 2015 a 13 h 09 min
    Par Fabien

    Pour revenir à Indurain, j’ai revu hier la fin de la montée du Télégraphe et la montée Galibier 93. Des fois, je me trouve un peu rageux en tapant sur les monstres fabriqués par le dopage “scientifique”, en me disant que ce sont juste des hommes pris au coeur d’un système.

    Mais franchement, en revoyant cette montée : mais quelle escroquerie !!

    Indurain n’a aucune expression. Il est assis sur sa selle tel un motard à plus de 2500 m d’altitude ! Le pire, c’est qu’il en a encore sous la pédale à en juger par l’accélération qu’ils font avec Rominger dans le dernier km du Galibbier. Hampsten, bien que vraisemblablement EPO n’a pas le même médecin : il est tout blanc comme avant ses défaillances. Quant aux écarts derrière le quintette infernal, c’est juste inconcevable en si peu de km et à un tel niveau de compétition. Breukink et Rincon (6 et 7ème) Virenque, qui vient de découvrir les ampoules d’EPO (dixit Willy Voet au procès Festina) et sprinte avec panache pour la 8ème place au sommet du Galibier est à 3’30 avec un ovni (Javier Mauleon). Delgado, Mottet et Claveyrolat passent à 4’30. Le groupe de Fignon et Bugno passe pas trop mal classés aux alentours de la 15ème place mais ils sont déjà à 6’30, Chiappucci est à 7’45.

    Claveyrolat et Mottet ont bien attaqué de loin fidèles à la stratégie qui leur avait apporté tant de succès auparavant (Superbagnères 89, Saint-Gervais 90, Jaca 91). Cela leur a tout juste permis de finir l’étape à 5 minutes du Roi Miguel.

    Etrange malaise de ce cyclisme 93, où derrière les nouveaux maîtres Indurain et Rominger, les groupes de poursuivants voient pédaler côte à côte d’authentiques champions au fait de leur forme, d’anciens seigneurs reconvertis en domestiques ou/et retapés par l’hormone magique et des ovnis sortis de nulle part. Fait marquant, pour la 1ère fois de sa vie, Bjarne Riis franchira un col Hors catégorie en compagnie de son ancien leader, Laurent Fignon. Il ira de mieux en mieux au fil du Tour. Merci Ferrari !

    Pour voir par soi-même :
    https://www.youtube.com/watch?v=fAWXq2_QWsM

    Pour une comparaison avec l’Indurain de 1989, sans doute déjà sous dopage sanguin (victoire à Paris-Nice, course qui lui était hors de portée auparavant) mais avec une ampleur infiniment moindre que 4 ans plus tard. Que c’est dur pour lui dans la partie difficile de la montée de La Cambasque : 5 derniers km à partir (visibles après la minute 32′ de la vidéo suivante) : https://www.youtube.com/watch?v=TzCOShJBM-s

    Visage grimaçant, allure de souffrance, impression de lourdeur et une avance qui fond comme neige au soleil : Fuerte qui lui reprend 2 minutes en 5 km, Delgado 3 minutes, Fignon, LeMond, Rooks, Theunisse et Mottet 2’30. Quelle contraste pour le futur Roi Miguel.

  17. avatar
    15 mars 2015 a 1 h 17 min
    Par Fabien

    Oh, Axel, pour finir le WE en beauté, si tu peux, regarde cet épisode de La légende consacré à Claudio le Magnifique. Plutôt intéressant mais bourré d’erreurs factuelles : Paulo la science a fait son fumiste ! Sans compter le petit élément d’explication manquant sur les performances d’Il diavolo (mais inavouable). Il parle très bien français Claudio…

    https://www.youtube.com/watch?v=LGz_5y41NPY

  18. avatar
    16 mars 2015 a 10 h 42 min

    Salut Fabien,

    Ah je regarderai le youtube sur Chiappucci, voir ce que racontait Paulo la Science à l’époque sur El Diablo.

    Breukink et LeMond sont juste incomparables, le Néerlandais n’a jamais su confirmer son talent par de grandes victoires, son palmarès est vraiment indigne de sa classe quand on fait le bilan.

  19. avatar
    16 mars 2015 a 21 h 08 min
    Par Fabien

    Pour Breukink, l’explication est peut-être en partie dans son âge. Pour un champion très doué, naître en 64 est plus défavorable que naître en 61 comme LeMond (61). Quant à naître en 66 (Leblanc, Delion…), c’est encore plus dur car cette génération a couru la majorité de sa carrière dans le cyclisme EPO, qui a nivelé les valeurs et défavorisé les vrais champions même dopés. D’ailleurs, Breukink, même dans une équipe de chaudières (Once) n’a pas fait mieux que 20ème du Tour 1995. Sept ans plus tôt, il finissait 2ème du Giro et 12ème du Tour de France (non sans avoir pris un monumental éclat dans l’étape de l’Alpe !). Sinon, il y a quand même d’autres explications : Breukink (avt 90) était un coureur complet mais quand même bien meilleur rouleur que grimpeur.

    En revanche, pour Tony Rominger et Bjarne Riis naître en 61 et 64, c’est beaucoup trop tôt ! D’où le début obscur de leur carrière et leur révélation à 30 ans passés.

    Sinon, Chiappucci est sympa et il a la classe. Un vrai escroc en somme !

    A la prochaine !

  20. avatar
    17 mars 2015 a 13 h 52 min

    Salut Fabien,

    Pour Breukink en 1995, il fait 20e mais bon pas leader d’ONCE, partagé entre Zulle et Jalabert.

    Il avait déjà perdu sa crédibilité comme maillot jaune potentiel après ses échecs de 1992 et 1993.

    A force d’être un espoir déçu, Breukink n’était plus un top rider pour le mois de juillet … Ce fut la même chose pour Chiappucci détrôné par Marco Pantani chez Carrera.

    Sinon bien vu pour Gilles Delion et Luc Leblanc, leur palmarès aurait été tout autre s’ils étaient nés 5 ou 10 ans plus tôt.

  21. avatar
    17 mars 2015 a 21 h 24 min

    Décidément Quintana aime l’Italie, le voilà lauréat de Tirreno Adriatico devant Mollema, Contador et Nibali, moins d’un an après le Giro.

    Mais gagner la Course des Deux Mers ne suffit pas pour gagner le Tour de France, Nibali en 2012 et 2013, Contador en 2014 peuvent en attester.

  22. avatar
    22 avril 2015 a 22 h 02 min
    Par NONO

    C’est une bonne question et difficile de répondre, la course aurait été différente. Etchevarri s’est trompé de cheval en 1990 en tout cas, mais il est vrai que Delgado avait un statut de leader: 1er en 1988 et 3è en 1989 (après les 3mn perdues on sait comment le premier jour). Il a sacrifié Indurain trop tôt, dès les Alpes.

    Mais Delgado est en forme dans les Alpes et est en mesure de l’emporter et je crois qu’il fléchit dans les Pyrénées et le clm de Vassivière. Un Indurain avec Delgado a son service aurait fait podium sûr, gagner par contre je ne suis pas certain.

    A la sortie des Alpes, le Tour reste très serré en tout cas: LeMond, Delgado, Breukink, Lejarreta mais aussi Raul Alcala peuvent tous gagner. L’espoir de victoire de Pensec s’étant sérieusement évaporé dans le clm de Villars-de-Lans.

    Très beau Tour de France (pas aussi beau que 1989) avec un scénario atypique et finalement le favori LeMond qui l’emporte sur le gong. Le dernier Tour “humain” selon moi.

  23. avatar
    23 avril 2015 a 12 h 41 min

    @nono, nombreux sont ceux qui convergent sur ta conclusion du dernier Tour de France “humain” en 1990, avant que l’EPO ne s’empare du maillot jaune via Indurain dès 1991

  24. avatar
    14 janvier 2016 a 19 h 41 min
    Par M. birdy

    Comme fabien, je suis fan de “PinPin”, qui aurait mérité un plus beau palmares.
    Je crois que Indurain n’aurait pas gagner ce Tour; Je ne suis pas sur que la tactique des banesto aurait été meilleurs avec un Indurain leader et un Delgado lieutenant. Et c’est bien la tactique des Z qui a permis à Lemond de gagner le tour.

  25. avatar
    15 octobre 2016 a 15 h 07 min
    Par J. Durand

    Au début du tour 90 la question ne se posait pas chez Banesto de savoir lequel de Perico ou de Miguel serait leader sur le tour.
    Perico sortait d’une victoire en 88 et d’un tour 89 qu’il aurait gagné sans son départ manqué et son craquage psychologique dans le contre la montre par équipes. On l’oublie souvent, tellement le duel Fignon Lemond nous a tenus en haleine, mais incontestablement le plus fort sur ce tour était l’espagnol.
    En 90, l’année en question, la Banesto confie davantage de reponsabilités à Indurain et le propulse chef de file sur la Vuelta qui avait lieu avant le tour à l’époque. Résultat, Indurain ne parvient pas à tenir le rythme et Delgado qui était là juste pour l’aider doit prendre le relais en cours d’épreuve pour au final terminer second derrière Marco Giovannetti.
    Sur le tour 90 Delgado est encore très fort, il prend du temps à ses principaux adversaires à St Gervais, dans le contre la montre de villard de lans (qu’il finit 2eme derrière Breukink en raison d’une crevaison). Malheureusement pour lui il la joue mal stratégiquement dans l’alpe d’huez (panique du temps à reprendre sur les Pensec, Bauer Chiappucci qui avaient participé à une échappée fleuve en début de tour) et il emmène sur des km Lemond et Bugno qui ne lui prennent pas un relais (Lemond avait l’excuse de défendre le maillot de Pensec mais l’attitude de Bugno est plus mystérieuse) pour exploser à quelques encablures de l’arrivée. Malade dans les pyrénées, il ne peut alors que constater l’avènement de son coéquipier Indurain.
    Ceci dit pour répondre à la question “Indurain aurait-il gagné ce tour?”, je pense qu’il en était tout à fait capable effectivement, il était déjà impressionnant. Les tours suivants ne feront que confirmer son irrésistible ascension et la relégation de Delgado au rôle d’équipier de luxe.
    Cette période 90 91 pour le moins trouble marquera l’explosion des Chiappucci Bugno Indurain, on entre dans l’ère des résultats et des performances titanesques.

  26. avatar
    11 août 2017 a 12 h 33 min
    Par Jojo

    Si l’EPO était déjà disponible… Oui. La question serait plutôt : sans dopage, Indurain, 80 kilos, aurait-il remporté un grand tour ?

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