Interview – Alexandre Sidorenko : “j’ai du mal à trouver des points négatifs au métier de tennisman”.
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Interview – Alexandre Sidorenko : “j’ai du mal à trouver des points négatifs au métier de tennisman”.

Il est le dernier joueur français à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem : c'était en junior à Melbourne en 2006, lors de l'Open d'Australie. Dix ans plus tard, Alexandre Sidorenko n'a toujours pas renoncé à son rêve et le destin semble lui donner enfin raison. Après de longues années de doutes marquées par les blessures et des résultats en dent de scie, il affiche depuis le début de cette saison une forme étincelante, récompensée par 2 victoires en tournois. A 28 ans, une nouvelle carrière semble s'ouvrir à lui. A la recherche du temps perdu, comme pour prouver que dans la vie il n'est jamais trop tard. Entretien.

Salut Alex, alors pour les gens qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Alexandre Sidorenko et je suis né à Leningrad en Russie, enfin à Saint-Pétersbourg – la ville a changé de nom en 1991 – le 18 février 1988. Je suis arrivé à l’âge de 4 ans en France pour suivre mon père et j’ai commencé à jouer au tennis assez tard, à l’âge de 8 ans. Je suis passé professionnel en 2006 l’année de mes 18 ans après ma victoire à l’Open d’Australie junior et j’ai atteint le meilleur classement ATP de ma carrière lors de la saison 2009 : n°145 . Actuellement, je suis n°237.

Tu as la particularité d’être né en Russie, à Saint-Pétersbourg où tu as vécu jusqu’à l’âge de 4 ans avant d’arriver en France avec ton papa, (sélectionneur de l’équipe de Russie de handball championne Olympique 1988) promu entraîneur d’Ivry. Raconte-nous tes débuts sur le sol français.

A mon arrivée en France, j’ai commencé le handball car mon père était dans le milieu pour son travail, avant de vite me tourner vers le tennis. J’ai suivi le cursus scolaire classique jusqu’au collège avant d’intégrer le CNED (Le Centre national d’enseignement à distance) pour pouvoir me consacrer plus au tennis.

Le monde du tennis t’a découvert il y a déjà 10 ans, en 2006 alors que tu as 18 ans lors de ta victoire à l’Open d’Australie Junior. A ce moment là, comment voyais-tu la suite de ta carrière ?

A cet instant là, je voyais ma carrière décoller. J’ai atteint assez rapidement le Top 200 et je me voyais atteindre facilement le Top 100 dans la foulée. Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme je l’aurais espéré…

Comme pour beaucoup de champions chez les juniors, la transition avec le monde professionnel a été compliquée pour toi avec des résultats en deçà de tes espérances. Aujourd’hui tu as 28 ans, quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes joueurs pour franchir ce cap entre les juniors et le monde pro ?

Le premier conseil serait la patience ; la transition n’est jamais évidente et chaque joueur progresse à son rythme. Rien ne sert de se précipiter, de se donner des limites d’âge pour atteindre un niveau déterminé. Cet état d’esprit mène forcément à des déceptions ; il faut de la longévité et une progression constante sur des mois voire des années. Mon second conseil serait le travail. Il faut de la persévérance, des sacrifices, des heures d’entrainement pour atteindre ses objectifs ; les places sont chères car elles sont rares.

En ce début de saison 2016, tu affiches une forme éblouissante (22 victoires/7 défaites) avec déjà 2 victoires en tournois (ITF de Villers-les-Nancy et surtout le challenger de Saint-Brieuc) ce qui t’as permis de passer de la 450ème à la 237ème place à l’ATP. Quel a été le déclic ?

Il y en a eu plusieurs. D’abord, le fait de jouer une saison complète sans douleur m’a donné du rythme et j’ai beaucoup progressé sur cette saison là, même en revenant de loin. Ensuite, il y a eu des finales en futures, ma qualification à l’ATP 250 de Saint-Pétersbourg, ma ville natale, et des victoires régulières contre des joueurs issus du Top 200 mondial, cela booste la confiance.  Aujourd’hui, mes deux derniers titres m’ont encore fait passer un autre cap. Le plus important reste tout de même ma progression constante depuis 2 ans.

Ton parcours est une belle leçon d’espoir pour ceux qui galèrent pendant de longues années sur le circuit. A 27/28 ans, ce n’est pas fini on peut encore exploser !

Bien sûr ! Tout dépend de ce qui se passe dans la tête ; à cet âge on peut se sentir usé et vouloir diriger autrement sa carrière mais moi j’ai encore des choses à montrer et du chemin à faire. Je me sens encore jeune.

Ton nouveau classement devrait t’ouvrir les portes des qualifs à Roland, quel effet ce retour en grâce te procure t’il ?

C’était mon objectif au début de cette saison : atteindre les qualifs de Roland. Maintenant, ça va me permettre de disputer de nombreux tournois challenger et ATP, principalement. Tout ça fait du bien au moral car le circuit des futures est compliqué et dur à vivre, aussi bien physiquement que mentalement, pour les joueurs.

Te fixes-tu des objectifs de progression au niveau de ton classement ?

Mon bon début de saison me donne de bonnes perspectives pour la suite et j’aimerais me rapprocher au plus vite de mon meilleur classement – 145ème – avant de le dépasser !

D’une manière plus générale, quelle est la chose que tu préfères dans ta vie de joueur professionnel et celle que tu aimes le moins ?

Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est qu’il peut nous faire vivre des émotions extraordinaires, comme les moments que j’ai vécu ces dernières semaines avec mes bons résultats. Tout joueur travaille pour vivre de tels moments et j’espère les revivre de nombreuses fois sur des tournois plus importants : l’ambiance, les encouragements du public et de nos proches, les victoires, etc. Il y a tellement de “bons côtés” que j’ai du mal à trouver des points négatifs à cette profession que j’adore, car il faut l’avouer on a la chance d’avoir un “métier-passion”. S’il fallait trouver des choses que je n’aime pas, je dirais les défaites bien évidemment et l’exigence quotidienne qu’implique la réussite au plus haut niveau, notamment l’ enchainement régulier et ininterrompu des voyages.

Quelle est ton activité principale quand tu patientes sur un tournoi entre les tours ?

Je regarde des films, je lis pas mal de livres et je joue un peu aux jeux vidéo pour me détendre.

Est-ce que tu as déjà eu des péripéties ou anecdotes croustillantes lors de certains voyages sur des tournois ?

Une fois, alors que je partais pour New York en faisant une escale à Londres, j’ai embarqué très tôt le matin, vers 6 heures. J’étais à moitié endormi et me suis assis à ce que je pensais être « ma place ». Avec la fatigue, je me suis directement endormi. En me réveillant, j’appelle l’hôtesse pour demander quelque chose à grignoter avant de constater le confort des sièges dans cette compagnie. A son arrivée, elle a été surprise de trouver quelqu’un à cette place et m’a demandé ma carte d’embarquement. Je n’étais apparemment pas au bon emplacement, mais plus loin derrière, en économie. Je me trouvais en fait en business ! Quand j’ai regagné ma « vraie » place, je me suis rendu compte que ce n’était pas pareil !

Quelle est l’ambiance sur les tournois Challengers/ITF par rapport aux tournois ATP que tu as aussi connu au cours de ta carrière ?

Je mettrais plutôt les tournois ITF d’un côté et les challengers/ATP de l’autre. Il y a vraiment une différence entre les deux. Souvent les joueurs des futures sont inexpérimentés et jeunes, ne connaissent pas bien le fonctionnement et les règles d’un tournoi. Il faut donc toujours “se battre” pour des futilités : avoir un terrain d’entrainement, avoir des balles… Sur les challengers et ATP, l’ambiance est beaucoup plus sereine et amicale dans l’ensemble, on est dans le monde pro.

On parle toujours des difficultés financières des joueurs classés au-delà de la 200e place au classement ATP. Comment fonctionnes-tu ?

Effectivement, ce n’est pas toujours évident sur le plan financier mais j’ai réussi à trouver un bon rythme de fonctionnement en alternant des interclubs, à l’étranger et en France, des tournois CNGT (Circuit National des Grands Tournois) et des tournois ATP. Ensuite, comme je ne suis pas fan des longs voyages j’essaye de privilégier les tournois les plus proches, de rester le plus possible en Europe afin de ne pas consacrer de trop gros frais pour les déplacements.

Ton meilleur souvenir sur le circuit à ce jour ?

J’ai du mal à en isoler un seul. Mes meilleurs souvenirs sont : ma victoire à l’Open d’Australie, mes deux huitièmes de finale à Roland-Garros en double, mon match sur le cours central Philippe Chatrier contre Marat Safin en 2009 (défaite 6/4 6/4 6/4) et mon quart de finale à l’ATP 250 de Stuttgart. J’espère que les meilleurs sont encore à venir !

Ton rêve ultime pour ce qui est du tennis ?

Pour ce qui est du tennis, le rêve ultime serait de remporter un Grand Chelem.

Et dans ta vie d’homme ?

Fonder une famille soudée.

Propos recueillis par Geoffrey Lieutaud (@Geoffrey2b)

  1. avatar
    12 avril 2016 a 15 h 11 min

    Merci Geoffrey.

    Ça fait plaisir d’entendre un joueur au-delà du Top 100 qui ne se plaint pas de sa condition.

    Ça permet de prendre conscience du nombre d’espoirs qui n’ont jamais réussi à percer à cause de blessures.

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