A quand des Jeux olympiques et paralympiques réunis ?
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A quand des Jeux olympiques et paralympiques réunis ?

Disputés environ un mois après ceux des « valides », les Jeux paralympiques sont (hélas) encore une fois passés au second plan en cette année olympique. Ne serait-il pas temps de remédier enfin à cette situation manifestement injuste en réunissant une fois pour toutes les épreuves olympiques et paralympiques ? La question mérite assurément d’être posée.

Malgré l’effort de certains médias, dont France Télévisions fait (heureusement) partie, la plus grande manifestation handisport du globe ne jouit toujours pas de la reconnaissance populaire à laquelle elle aspire pourtant légitimement aux vues des valeureuses performances accomplies par les athlètes infirmes… Ultime preuve, la semaine passée à Rio où les quatre premiers du 1500m paralympique des malvoyants ont tout simplement couru plus vite que le champion olympique de la discipline !

Le manque de reconnaissance à l’origine de la séparation…

C’est en Angleterre que le mouvement paralympique a pris sa source. Suite à la seconde guerre mondiale, les Britanniques décidèrent en effet de réintégrer socialement les nombreuses personnes blessées au combat par le biais du sport. A la fin des années 1940, les Anglais sont ainsi devenus les pionniers du handisport moderne en lançant un vaste programme de rééducation et de réhabilitation via le prisme de différentes activités physiques adaptées aux incapacités des uns et des autres. Aujourd’hui considéré comme le Pierre de Coubertin des paralympiques, le docteur Ludwig Guttman eut ainsi l’idée d’organiser en juillet 1948, dans l’enceinte même de son hôpital de Stoke-Mandeville, une grande rencontre sportive pour handicapés en parallèle des Jeux Olympiques de Londres. La première pierre du paralympisme venait d’être posée…

Dans le but de profiter du rayonnement international de l’olympiade londonienne, le chirurgien allemand insista alors pour que sa compétition ait lieu pendant les Jeux. Une décision à double-tranchant, car (bien que minime) la distance entre Stoke-Mandeville et Londres eut pour principal effet d’amener ses officieux premiers jeux paralympiques à se dérouler dans l’indifférence générale. De fait, encore peu sensibles aux problèmes d’invalidité, les gratte-papiers de l’époque avaient alors clairement rechigné à effectuer les 80km séparant Stoke-Mandeville de la capitale londonienne… Un cruel manque de reconnaissance qui provoqua alors colère et tristesse parmi les athlètes infirmes ! C’est donc suite à ce malheureux état de fait originel que les dirigeants prirent ensuite la décision de ne plus organiser les deux évènements exactement en même temps.

La technologie au service d’un évènement à l’engouement croissant

Sauf que depuis, les choses ont bien changé. Jusque-là officieux, avec seulement 400 participants, les 1ers Jeux Paralympiques de l’Histoire ont officiellement eu lieu à Rome en 1960. A Los Angeles en 1984, la 7e édition rassembla déjà 4000 athlètes handisports, soit 10 fois plus qu’en Italie 24 ans plus tôt ! A partir de 1984, les compétitions olympiques et paralympiques se déroulent dans la même ville, mais jamais au même moment… En 2008 à Pékin, de nouveaux sports font leur apparition, près de 150 nations sont représentées et le nombre de places vendues frôle la barre des 2 millions. Mais c’est finalement en 2012 au Royaume-Uni, pays où le mouvement handisport a pris son essor, que les « paras » ont signé un « retour à la maison » par la grande porte. Quelques 64 ans après Stoke Mandeville, la manifestation est en effet revenue en Angleterre, mais cette fois-ci directement à Londres ! Tout un symbole.

Par le biais des nouvelles infrastructures mais aussi des nouvelles technologies (notamment des prothèses plus souples et plus légères qui ont considérablement contribué à améliorer les performances des handicapés), les Jeux de Londres auront définitivement fait basculer le paralympisme dans une autre dimension : près de 5000 participants originaires de 170 pays, 2 millions de places vendues (soit 200 000 de plus qu’en Chine en 2008), ainsi que 80 000 spectateurs pour les cérémonies d’ouverture et de clôture, sans oublier la tête de gondole Oscar Pistorius, 1er athlète handisport à avoir concouru (un mois auparavant) aux côtés des « valides ». Plus grands et plus spectaculaires que jamais, ces jeux londoniens ont ainsi marqué les esprits de par leur inattendu succès populaire.

Une médiatisation en hausse… mais néanmoins toujours insuffisante !

Une illustre réussite publique qui a bien évidemment attiré les médias comme des mouches. Dès lors, l’engouement autour de la compétition des « invalides » a donc, lui aussi, fait un énorme bond en avant. Aujourd’hui, la médiatisation des « paras » n’a ainsi plus grand chose à voir avec la couverture discrète (pour ne pas dire carrément anonyme) de ce que fut autrefois Stoke-Mandeville. Jadis réticents à suivre ce qu’ils considéraient alors comme une sorte de « freak show », les journalistes se montrent désormais enthousiastes à l’idée de relayer les performances des athlètes handisports. Preuve de cet intérêt croissant, pour la toute première fois à Rio, France Télévisions a mis en place un dispositif XXL afin de retransmettre les paralympiques quasiment de la même manière que les olympiques.

Pourtant, malgré les efforts de la presse et des chaines de télé qui tentent de faire oublier l’écart entre les deux compétitions, l’impact médiatique des paralympiques demeure insuffisant et par là-même largement inférieur à celui des J.O. pour une seule et unique raison : le décalage dans le temps entre les deux compétitions. Cette non-synchronisation amène toujours (pour l’heure) à une évidente sous-médiatisation des jeux paralympiques, ainsi que (par effet domino) à une regrettable sous-estimation des résultats obtenus par les champions infirmes aux yeux du grand public.

Pourquoi pas deux épreuves simultanées sur un mois ?

Principal argument invoqué par les réfractaires à une unification des deux manifestations, la capacité d’accueil du village olympique qui devrait être quasiment doublée pour chaque édition afin de pouvoir contenir l’ensemble des délégations paralympiques et les olympiques sur la même quinzaine. Par conséquent, aucune ville ne pourrait raisonnablement se permettre de financer un tel projet… Cependant, afin d’organiser les deux compétitions en même temps sans pour autant augmenter la taille du village olympique, d’autres alternatives existent assurément… Mais elles ne sont toutefois que trop rarement évoquées par les dirigeants du CIO (Comité International Olympique).

Par exemple, certains fervents supporters du paralympisme proposent d’enchaîner directement les J.O. puis les J.P. ou (mieux encore) les J.P. d’abord puis les J.O. ensuite, de façon à supprimer le « temps-mort » séparant actuellement les deux épreuves. Un délai d’un mois qui nuit in fine incontestablement à la visibilité des « paras ». Plus audacieux, d’autres fans défendent quant à eux la thèse d’une réunion des deux manifestations via des Jeux Olympiques et Paralympiques unifiés et disputés, à l’instar de la Coupe du Monde de Football (l’autre évènement quadriennal majeur du sport mondial), non plus sur 15 jours mais plutôt sur un mois plein ! Et si c’était ça, la solution ?

Les « paras » : véritables athlètes à part entière !

Même volonté, même rage de vaincre, même beauté dans l’effort… De ces nageurs sans bras à ce tireur à l’arc avec les pieds en passant par le pongiste raquette en bouche, pour ceux qui ont suivi les « paras » cet été en terres cariocas, impossible de ne pas être admiratif devant ces héros aux parcours de vie qui forcent sans conteste le respect. En outre, toutes les conditions (performances, spectacle, esprit sportif et intérêt populaire) semblent aujourd’hui réunies pour pouvoir rassembler les deux plus grands évènements multisports de la planète.

A une époque où l’intégration des handicapés par la voie du sport est tant prônée que vantée par la plupart de nos dirigeants politiques à travers le globe, il serait grand temps de ne plus cliver sport et handisport sous la bannière olympique. Mesdames et messieurs du CIO, la balle est dans votre camp.

Lionel Ladenburger

  1. avatar
    27 septembre 2016 a 14 h 25 min
    Par Fredegar

    Pertinent article. Aucune réaction de la pourtant “exigeante et puriste” communauté de Your Zone.

    Il y aurait donc un olympisme de première et de seconde zone? Ce silence veut dire oui.
    Pour moi ce devrait etre un seul événement, avec des catégories différentes mais les sports sont les mêmes. Même sports, même événement.
    Ce n’est pas ça l’esprit olympique? L’intégration, le dépassement de soi? Pour moi oui.

    Je serais curieux de voir les réactions d’autres rédacteurs plutôt des réactions sur l’équipe de légende du FC Quimper…

    • avatar
      28 septembre 2016 a 12 h 50 min
      Par Guga57

      Salut Fredegar, et merci pour ton commentaire !
      Effectivement, je ne peux que te donner raison. Je m’attendais moi aussi à pluss de réactions sur ce sujet…
      Personnellement, c’est la 1ere fois que je suivais les Jeux Paralympiques avec autant d’intérêt (merci France TV). Et je dois bien avouer que j’y ai pris autant de plaisir que pendant les J.O. un mois plus tôt.
      Après, évidemment, quand je parle d’unifier les deux évènements, je ne parle pas d’une fusion mais plutôt d’un rassemblement des deux compétitions (les épreuves olympiques et paralympiques resteraient donc distinctes mais se dérouleraient en parallèle l’une de l’autre).
      Dans ce cas de figure, je suis convaincu que les athlètes handisports bénéficieraient (enfin) de l’exposition médiatique à laquelle ils aspirent et qu’ils méritent d’ailleurs autant que les autres.

  2. avatar
    2 décembre 2016 a 8 h 59 min
    Par MAST

    Bonjour à tous,

    le fait de la séparation des jeux n’est pas dû réellement à la différence d’engouements et de médiatisation, mais principalement dû au fait qu’il est chronophage d’installer les équipements nécessaires à la pratique de certaines disciplines, et la mixité des épreuves deviendraient ingérables.

    le staff d’encadrement est aussi plus nombreux, les fauteuils et autres matériels sont volumineux et donc, l’espace viendrait vite à manquer.

    Je suis d’accord avec vous pour la médiatisation, qui certes s’intifie de jeux en jeux, mais reste très faible (surtout en France) entre les jeux.

    Notre site Coeur Handisport prouve que pourtant l’actualité est dense, que ce soit au niveau national ou international (plus de 500 matchs de basket fauteuil pour une saison, et pas un seul retransmis sur les chaines nationales ou spécialisé).

    Pour en revenir à la réunion des deux événements, je pense qu’il n’y pas de temps à perdre à y penser, mais plutôt réfléchir à comment intéresser nos médias à le diffuser ENTIEREMENT, et pas seulement quelques heures de DIRECT STUDIO avec 40% de blabla et à peine 60% de DIRECT avec des épreuves dont on connaît déjà le score !

    Merci pour votre intérêt pour l’handisport !

    S. MAST
    Webmaster du site Coeur Handisport

  3. avatar
    6 janvier 2017 a 21 h 41 min
    Par A. Sylvie

    La réunification des 2 jeux au même moment est une très bonne idée, la couverture médiatique “minable” des jeux paralympiques contribue aux inégalités !

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