Paris 2024, la grande fête qui pourrait (nous) coûter très cher !

Paris 2024, la grande fête qui pourrait (nous) coûter très cher !

Entérinée le 13 septembre à Lima (Pérou), l’organisation des J.O. de 2024 à Paris promet d’ores et déjà une grande et belle fête à tous les amoureux du sport et des Jeux. Mais doit-on pour autant se réjouir aveuglément de ce gigantesque évènement à venir ? Pas si sûr, surtout au vu de ce que risque de représenter le montant total de la facture finale…

Secret de polichinelle depuis fin-juillet, date à laquelle Eric Garcetti, le maire de Los Angeles, avait révélé avoir trouvé un accord financier avec le CIO (Comité International Olympique) pour que la métropole californienne accueille l’édition de 2028, l’attribution de l’Olympiade 2024 à la capitale hexagonale ne faisait plus guère de doute. Toutefois, avant même que l’on ait vraiment pu s’enthousiasmer, cette décision a d’emblée suscité polémiques et autres tollés. La raison ? Vous devriez vous en douter… Sans surprise et comme toujours, il s’agit bien évidemment du budget !

Un dossier vainqueur par forfait

Dans la perspective des Jeux, le défi majeur des sept prochaines années pour l’équipe chargée du dossier sera donc de tenir le cap, officiellement fixé à 6,6 milliards d’euros. En effet, l’explosion des coûts (à chaque fois avérée à Sydney 2000, Athènes 2004, Pékin 2008, Londres 2012 et Rio 2016) demeure le principal argument des opposants les plus réfractaires au projet. Depuis deux décennies, le scénario est, de fait, toujours le même. Pour chacune des villes-hôtes des J.O., la note définitive à payer a fini par s’envoler (parfois de moitié, voire même beaucoup plus) par rapport au montant initialement annoncé ! A ce petit jeu, c’est d’ailleurs l’édition pékinoise qui a remporté la médaille d’or avec un « record » qui culmine à près de 33 milliards d’euros dépensés par rapport aux 5,3 que l’estimation d’origine prévoyait !

Economiste du sport à la Sorbonne, Vladimir Andreff analyse que « le mécanisme économique qui explique ce dépassement des coûts est directement lié à la surenchère ». Ne soyons donc pas dupes : recalée pour 2012, la ville de Paris n’accueillera pas les JO de 2024 parce qu’elle a écrasé la concurrence, mais uniquement parce que les autres cités candidates (à savoir Boston, Budapest, Hambourg et Rome), refroidies par cet immuable (et désastreux) scénario bancaire, ont toutes fini par se rétracter. Après les déboires criants d’Athènes, voire même de Rio l’année passée, le CIO a donc mis en place une procédure de double attribution inédite (Paris + Los Angeles) pour sauver les apparences, tout en sécurisant par là même son modèle jusqu’en 2028.

Le budget, un dérapage à contrôler

C’est un fait, depuis Atlanta en 1996, aucune édition estivale des Jeux Olympiques n’a été rentable et la propagande « du pain et des Jeux » utilisée à des fins politiques masque les déficits. Par exemples, le montant de l’organisation des Jeux d’Athènes s’est élevé à 9 milliards d’euros et ceux de Londres à 11 milliards, soit plus du double de ce qui était pourtant prévu lors de leur première candidature en 2005. Mais pour ne pas affoler l’opinion publique, les organisateurs ont tendance à surestimer le potentiel du retour sur investissement, tout en sous-estimant également certains coûts comme ce fut le cas en Grande-Bretagne en 2012 pour la sécurité. Un véritable casse-tête qui, de surcroît via le prisme de la menace terroriste, devrait (à n’en pas douter) entrainer une hausse considérable des sommes pour l’heure imaginées.

Par ailleurs, alors que le dossier de candidature a été élaboré sur la base du programme de 2016, cinq disciplines sont depuis devenues olympiques (escalade, karaté, skateboard, softball et surf). De nouveaux sports qui auront eux aussi besoin de lieux, alourdissant encore un peu plus la facture. Alexandre Delaigue, professeur agrégé d’économie à l’université de Lille, estime ainsi qu’avec une moyenne de dépassement de 176% par Olympiade, le budget de Paris 2024 ne serait pas de 6,6 milliards, mais plutôt de 18 milliards d’euros ! Une thèse corroborée par la propre commission d’évaluation du CIO qui avait déclaré début juillet que « les coûts liés à la sécurité, à l’aménagement des sites et aux infrastructures temporaires avaient peut-être été sous-évalués ».

Tous les Français devront payer !

Evidemment, dans cette optique, on se demande par quel miracle ce budget étriqué ne serait pas dépassé autrement que par l’emploi d’une main-d’œuvre à la « sauce Bolkestein » comme cela avait été le cas en Grèce au début des années 2000… Pour info, la France compte aujourd’hui environ 300 000 travailleurs étrangers illégaux et 250 000 travailleurs étrangers légaux. Une main-d’œuvre bon marché, idéale pour faire les affaires des grosses multinationales qui se frottent déjà les mains en vue des dizaines de chantiers olympiques prochainement à réaliser ! Mais qui va payer ?

La ville de Paris est déjà endettée à hauteur de 5 milliards d’euros (soit près de 2000 € par habitant) et la région Île-de-France accuse elle aussi un trou dans ses caisses de l’ordre de 3 milliards d’euros au seul titre de la dette communale, à laquelle il faudrait encore ajouter la dette nationale qui s’élève pour sa part à plus de 2000 milliards d’euros ! De facto, Parisiens et Franciliens doivent s’attendre à une augmentation significative de leurs impôts pour le financement des J.O… Mais soyons réalistes, en pleine révolution Macron, alors que l’État français s’est lui aussi lancé dans une politique de rigueur particulièrement drastique afin de réaliser une économie de plus de 50 milliards d’euros sur trois ans, ce sont certainement tous les Français qui seront tôt ou tard sollicités au travers de ce dossier !

L’argument des sites déjà bâtis

Néanmoins, afin de couper court aux contestations, le comité d’organisation a multiplié les annonces. Paris 2024 comptera a priori sur un budget raisonné et équilibré : la moitié pour les infrastructures, l’autre pour les charges opérationnelles. Le chef de l’État s’est d’ailleurs voulu rassurant : « le projet n’est pas inconsidéré sur le plan budgétaire, il est extrêmement limité », avait ainsi insisté le président de la République, Emmanuel Macron, à Lausanne à la mi-juillet. En outre, Bernard Lapasset, co-président du comité de candidature, n’a eu de cesse de répéter que le budget était parfaitement tenable, estimant que « le projet est à l’abri de tout dérapage financier » puisque (argument de poids) plus de 90% des futurs sites olympiques existent déjà.

Pour le coup, c’est vrai ! Au contraire d’Athènes (où une grande partie des bâtiments sont désormais à l’abandon), Paris dispose déjà de tout un tas de sites dédiés de manière pérenne à la pratique sportive : de Roland-Garros au Stade de France en passant par le Parc des Princes, le Grand Palais ou encore Bercy et le Zénith… Par conséquent, le chantier parisien aura l’avantage de n’avoir que trois sites à construire : outre les deux villages olympique et médiatique (qui seront ensuite reconvertis en logements), seule une piscine olympique sortira de terre. Sauf accident, le coût des infrastructures et des aménagements d’accessibilité (pour les personnes handicapées) ne devrait donc pas excéder les 3 milliards d’euros.

De quoi rester optimiste ?

Reste alors l’épineuse question des retombées. Des retombées économiques pour l’heure difficilement quantifiables face à des dépenses qui sont, quant à elles, 100% certaines ! En partant du postulat que la ville se dotera de nouvelles infrastructures (stades, routes, moyens de transports, etc.) et que les touristes afflueront en masse (alors que la France est déjà championne du monde en terme de visiteurs avec près de 100 millions de touristes par an), le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) envisage déjà des recettes potentielles estimées entre 5,3 et 10,7 milliards d’euros, principalement pour les secteurs du tourisme (de 27 % à 35 % des retombées) et de la construction (autour de 18 % des retombées).

Qui plus est, sur le papier, la noce programmée entre notre capitale nationale et la grand-messe du sport, le temps d’un été à l’occasion de ces « jeux du centenaire » (un siècle après les J.O. de Paris 1924), constitue une belle idée : l’héritage immatériel de l’événement, en terme d’image à l’international (après des années marquées par la peur des attentats) ainsi que sur le développement du sport dans l’Hexagone, ne peut être (a priori) que bénéfique. Ceci étant, au contraire de Montréal (J.O. 1976) qui a mis près de trente ans à avaler sa couleuvre olympique, gageons simplement que Paris pourra rapidement rembourser sa dette une fois la fête terminée.

Lionel Ladenburger

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