Jonas Folger : Jurisprudence Stoner ou pari insensé d’Hervé Poncharal ?
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Jonas Folger : Jurisprudence Stoner ou pari insensé d’Hervé Poncharal ?

On ne peut pas dire que le jeune allemand Jonas Folger, pilote de la #94 chez Dynavolt en Moto2, lointain 6e du championnat à l’heure où j’écris ces lignes, attise les attentes et les superlatifs, hors des frontières de son pays ou de son futur employeur de chez Tech3, j’ai nommé Hervé Poncharal. Et pourtant…

Avant de développer les raisons qui peuvent laisser espérer, ou douter, d’un succès relatif, grand, ou au contraire inexistant, du pilote allemand dans la catégorie reine, revenons sur son étrange semi-ascension…

Des promesses dès son plus jeune âge…

Des ses premiers tours de roues en 50cc au championnat d’Allemagne, à l’aube de ses 10 ans, le jeune prodige gagne les 14 courses du championnat pour s’adjuger le titre. S’en suit 2 autres titres en 2004 et 2005 dans la catégorie 65cc qui lui ouvre les portes à l’Académie RedBull MotoGP (3 lauréats sur 1500).
En 2006, alors âgé de 12 ans, il participe au championnat d’Espagne de 125cc (équivalent aujourd’hui au CEV Moto3) qu’il termine à la 3e place ayant bataillé avec Pol Espargaro (14 ans) et Tito Rabat (16ans), tout deux aujourd’hui en catégorie reine.
S’en suit une saison de disette, assez symptomatique du jeune allemand, avant de faire ses premiers pas en mondial dans la catégorie 125cc avec KTM, mi-2008, à tout juste 15 ans.
Il obtient un guidon chez Aprilia l’année d’après en mondial 125cc et c’est au grand prix de Jerez que personnellement je le remarque. Après un problème en qualif, il part 35e, et, au prix d’une remontée spectaculaire, pointe au 3e rang après la mi course. Les superlatifs pleuvent à l’époque, le comparant déjà à Rossi, mais le jeune allemand chute et abandonne, laissant un certain Marc Marquez monter sur le podium à sa place.
Loin d’être accablé par cette chute, il confirme les espoirs placé en lui dès la course d’après au Mans en prenant la 2nde place à l’arrivée alors qu’il partait 16e, profitant notamment de l’abandon du poleman Marc Marquez.

Des promesses en l’air ?

Et pourtant, après 2 courses sous le feu des projecteurs, Folger tombe de Charybde en Scylla et vogue dans le ventre mou jusqu’à la fin de la saison. L’année d’après est encore pire. Sous le règne d’un Marc Marquez intouchable, l’ex-prodige ne signe aucun podium et se contente de deux 4e place comme meilleurs résultats.
Pourtant, en 2011, Redbull confirme néanmoins son soutient au jeune allemand qui, sur une Derbi du Team Ajo retrouve un peu de couleur en début d’année, signant trois podiums dont une victoire, à Silverstone, sur piste séchante, face à un Johann Zarco qui fini par ne pas prendre trop de risque – jouant le titre face à un Terol en perdition sur cette piste changeante.
Là encore, après un accomplissement important, Folger ne confirme pas et fini la saison entre la 5e et là 10e place à chaque grand prix pour une 6e place finale au championnat.
Le début d’année d’après est peut-être son pire souvenir, mais c’est sans doute ce qui lui a remis les pieds sur terre. Il contracte une mononucléose entre les deux saisons, et voit son budget anéanti par le risque qu’il ne puisse pas concourir. Obligé de chevaucher une Ioda – autant dire un scooter, qu’il ne pourra amener dans des points qu’au Mans, grâce à sa maitrise sous la pluie, mais à une néanmoins lointaine 11e place, le jeune Jonas tombera en semi dépression avant que marché ne lui offre une deuxième chance.

Fulgurante renaissance… et plus d’essence ?

Moncayo viré de chez Aspar Martinez en milieu de saison, Jonas saisit l’occasion de sortir du marasme Ioda et de se rappeler au bon souvenir de tous, au cours de ce premier championnat de Moto3. En huit courses, il signe 4 podiums dont une victoire, mais fini 9e du championnat derrière des Cortese, Salom, Vinales, Rins, Fenati, Oliveira, Kent ou encore Khairudin, laissant penser qu’il a laissé passer le train en marche et qu’il a d’hors et déjà un, voir deux wagons de retard – son ancien rival Marc Marquez – du même âge que lui, fort de son titre Moto2, étant déjà promu en MotoGP pour l’année suivante, chez le HRC qui plus est, en remplacement du jeune retraité Stoner.
Folger, lui, est contraint de redoubler une n-ième fois dans la petite catégorie, et pire, sera incapable l’année suivante, de contrecarrer sur la longueur d’une course, le trident Vinales-Salom-Rins, et se verra même ravir la 4e place du championnat par Alex Marquez. En bref il végète, il poireaute et sa croissance physique lui donne un handicape dans cette petite catégorie. C’est décidé, il faut qu’il monte de catégorie pour pouvoir s’émanciper. Seulement, Folger n’est plus le prodige entrevue en 2010. Ce n’est désormais qu’un bon pilote parmi tant d’autres…

Un deuxième souffle en Moto2 ? Ou une apnée du sommeil ?

Arrivé en Moto2 en même temps que Vinales, c’est l’espagnol qui attire tous les regards à juste titre, fort de sa place dans le Team Pons, alors que Folger se contente d’une place dans le Team AGR. Mais alors que le prodige espagnol confirme les espoirs placé en lui, Jonas Folger n’est pas en reste puisqu’il signe le meilleur tour en course couplé d’un podium à Jerez, suivit d’une pole au Mans, et d’un autre podium au Mugello le tout après 6 courses dans la catégorie. Mais derrière,  après cet accomplissement, silence radio. Folger est-il l’homme des bouts de saison ?
Ça en devient presque caricaturale l’année d’après. Il gagne la première course au Qatar, profitant d’un incident mécanique de Zarco, réitère à Jerez avec maestria face à Rabat, avant d’une nouvelle fois rentrer dans le rang. Il signera néanmoins deux podiums, au Japon et en Malaisie sur la fin de saison, mais le talent inné entrevu à ses débuts semble ne pas supporter le poids des années… de là à le détourner d’un Hervé Poncharal qui voulait absolument le placer sur une de ses Mistrals à l’aube de l’année 2015? On n’en sait rien à l’époque.
Et 2016 alors ? Une pole au Qatar, un départ sur les chapeaux de roue, loin devant la meute, et une chute. S’en suit trois courses solides ponctuées par deux podiums dont une deuxième place sur son circuit fétiche de Jerez, et derrière, une signature chez Tech3 pour l’année d’après en MotoGP, signe d’accomplissement… et donc le néant, 16 points en 4 courses. Symptomatique. Sauf que… chez lui, Jonas signe une course des plus mature. Prenant la tête assez vite sous une piste piégeuse, malgré une 13e place sur la grille, il fini par laisser filer, par précaution, se retrouvant 5e, avant de remettre un coup de turbo, après les chutes de Morbidelli et Alex Marquez, entrainant celle de Rins après coup, et de finir au coude à coude avec son futur coéquipier de chez Tech3, le boss de la catégorie, Johann Zarco. Le constat est là, parmi les ténors, ils sont les deux seuls à ne pas avoir chuté et terminent dans le même dixième au prix d’un dernier virage somptueux pour l’un comme pour l’autre. Jonas a relevé la tête beaucoup plus vite qu’à l’accoutumée, et j’espère pour lui qu’il ne prend pas cela pour un nouvel accomplissement, mais comme le début de sa rédemption… celle d’un pilote plein de promesse sur qui Poncharal a misé sa crédibilité face à la désapprobation généralisée.

Folger, pilote fantasque ?

Il y a des pilotes comme Pedrosa, Lorenzo, Marquez, Vinales ou Rins qui ont un destin linéaire et tout tracé vers les sommets depuis leur plus jeune âge, et on remarquera qu’ils sont tous espagnols. Comme l’ont pu être les Biaggi, Capirossi et Rossi, (voir Melandri et Dovisiozo) avant eux, côté italien. Ce genre de carrière, on les voit désormais venir à des kilomètres (à quelques exceptions près comme Bautista), et pourtant, dans la catégorie reine, seuls Rossi, Lorenzo et Marquez ont tâté du graal pour le moment. Et depuis 2007 d’ailleurs, un seul pilote a pu mettre à mal cette hégémonie du pré fabriqué (terme non-péjoratif, je ne minimise pas le talent des ces trois fantastiques), il s’agit de Stoner. Alors que tout a été fait pour que Pedrosa prenne la suite de Rossi en attendant éventuellement un Lorenzo un peu plus fantasque, à l’époque, que le catalan, c’est un australien, vierge de tout titre en catégorie inférieure qui vient damné le pion dès sa première saison sur une usine, qui plus est une usine elle aussi vierge de tout titre, Ducati, et mettre à mal tous les pronostiqueurs du tant attendu duel Rossi-Pedrosa.
Avant la MotoGP, Stoner c’est 7 victoires, 2 en 125cc et 5 en 250cc face à Pedrosa, Dovisiozo et Lorenzo. Pas de quoi en faire un champion en puissance, en encore moins suite à sa première saison en MotoGP qui lui a valu le très amusant surnom de Rolling Stoner, du fait de ses nombreuses chutes sur la monture de Luccio Cechinello et ce malgré une pole et un podium, lors de ses trois premières courses dans la catégorie. Et pourtant, il est certains pilotes qui sont de plus en plus efficaces au gré de l’augmentation de la puissance de leur monture. Stoner en fait partie, avec son style tout en glisse. Alors pourquoi pas Folger, avec lui aussi avec un style naturel de glisse, une taille peut-être désavantageuse sur des cylindrées moindres – c’était le cas sur les Moto3 de source sûre – et pouvant mettre à profit un basculement du corps assez saignant au vu de son style d’attaque, même s’il s’est assagit cette année, jurisprudence Zarco/Rins en Moto2 oblige. Mais chassez le naturel, et il revient au galop…

Verdict ?

Autant je pense que Jonas a tout pour être un grand dans l’avenir sur des machines puissantes, autant on peut effectivement émettre de nombreuses réserves. Déjà, la Yamaha n’est peut-être pas la machine qui lui permettra de s’exprimer le mieux, mais seulement si l’ont pense Lorenzo-like. En effet, Rossi n’a pas le style de pilotage coulé de Lorenzo et pourtant il fait marcher à merveille cette M1 depuis plus d’une décade, et le style de Folger est assez proche de celui de Rossi, même s’il me fait plus penser à celui de Stoner intrinsèquement et donc plus Ducati/Honda-like, avec grosse accel, mais c’est encore plus vrai pour Lowes. D’autre part, l’âge de Folger ne prête pas à l’optimisme si tant est que l’on veut en faire un futur fantastique. En effet, Pedrosa, Stoner, Lorenzo et Marquez tout comme Rossi avant eux, sont arrivés en catégorie reine autour des 20 ans alors que Jonas en aura 23 au Qatar en 2017. Ça reste néanmoins dans la moyenne des Iannone, Simoncelli ou Dovizioso avant lui donc pourquoi pas une carrière de trouble fête. Mais il reste toujours Vinales et Rins (voir Miller), plus précoces dans la catégorie pour lui damner le pion. En bref, il faudra à l’ancien prodige allemand, faire montre de tout son talent dès le Qatar, un de ces circuits fétiches, et surtout à Jerez, son jardin, plus à même de faire briller la Yamaha, pour faire taire tous les sceptiques du choix d’Hervé Poncharal en le signant. Je pense que Folger sera globalement devant Zarco l’année prochaine de part sa jeunesse et un temps d’adaptation moindre, mais que s’il ne montre pas l’étendue de son talent (entraperçu dès son plus jeune âge), dès sa première année dans la catégorie reine, le français, fort d’un travail acharné dont lui seul a le secret, le renverra à ses études dès 2018. En gros, Jonas Folger, tu as un an pour séduire, après, tu n’auras plus d’excuse de mononucléose, de taille, de cylindrée ou autre… La balle est dans ton camp.

Voilà, plutôt que de parler de Johann Zarco, je voulais parler d’un pilote méconnu par chez nous, et aussi sous estimé aujourd’hui qu’il a peut-être pu être sur estimé lors de ses premiers tours de roues à l’époque, mais ça, seul l’avenir nous le dira. Reste surtout à l’allemand de prouver qu’il peut faire montre de régularité au plus haut niveau ce sur quoi il pèche depuis toujours, notamment après un accomplissement notable, comme sous entendu dans l’article. Quoi qu’il advienne, je pense qu’Hervé Poncharal aura le meilleur duo de pilote qu’il n’a jamais eu depuis longtemps avec Zarco et Folger, dans deux registres très différents, et ces deux là viennent en tout cas de lui prouver au Sachsenring, que sous la pluie, il faudra compter sur eux pour aller chercher de gros points l’année prochaine !

Meiwen Lavenant

 

  1. avatar
    18 février 2017 a 11 h 46 min
    Par mwn44

    Je me permets de faire une rectification sur cet article qui date un peu : Folger n’a pas contracté de mononucléose à l’aube de la saison 2012. Il était engagé avec le team MZ qui n’a finalement pas pris part au championnat, et s’est donc retrouvé à pied, obligé d’accepter un contrat chez Ioda pour pouvoir rouler, autant dire la pire moto du plateau cette année là. Je ne sais pas d’où m’est sortie cette histoire de mononucléose, j’ai du confondre.

    Par ailleurs, à l’heure qu’il est, après les essais de Philip Island, Jonas semble donner raison à Hervé Poncharal. Vivement le Qatar.

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