La destinée cycliste de Greg LeMond
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La destinée cycliste de Greg LeMond

La version courte de la destinée cycliste du champion américain Greg LeMond, premier américain vainqueur du Tour de France.

Le 20 avril 1987 dans les forêts de Sacramento en Californie, le champion cycliste Greg LeMond, pris pour du gibier, est abattu par son beau-frère lors d’une partie de chasse. Son corps criblé de balles et vidé de son sang est situé à des dizaines de kilomètres de tout secours possible.

Quelques mois auparavant, LeMond, né le 26 juin 1961 à Lakewood en Californie, est le premier américain à s’imposer sur le Tour de France. A l’issue d’une terrible épreuve physique et mentale, il écarte le Blaireau(1) qui, malgré sa promesse de 1985, se montre terrible et ne s’efface pas devant son coéquipier. L’ascension de l’Alpe d’Huez, ce 21 juillet 1986, orchestrée ou non par le patron de La Vie Claire, l’homme d’affaires Bernard Tapie, offre de magnifiques titres à la presse, de belles images aux téléspectateurs d’Antenne 2, des images empreintes de mystères, Hinault affirmant le soir même que le combat n’était pas fini (2). Le suisse Zimmerman est pointé à plus de cinq minutes, Anquetil et Chapatte le crucifieront.

A la fin des années 70, le cyclisme sur route est un sport secondaire aux Etats-Unis. L’adolescent Greg LeMond excelle sur les pistes de ski, remporte de nombreux titres, et entretient sa forme physique pendant la période estivale en pratiquant le cyclisme. Il se découvre un véritable talent et une ambition naît, celle de conquérir le vieux continent. LeMond gribouille sur une feuille de papier ses objectifs (3). Il s’y tiendra. Les cyclistes sont obstinés.

Champion du monde junior en 1979, privé des Jeux Olympiques de 1980 par le boycott des Etats-Unis, LeMond tente sa chance en Europe en 1981 au sein de l’équipe Renault dirigé par Cyrille Guimard. En 1982, l’américain s’impose dans le Tour de l’Avenir – le quotidien l’Equipe titrera dans sa version magazine du 18 septembre 1982 « La bombe LeMond » – et sera vice-champion du monde de cyclisme sur route à Goodwood en Grande-Bretagne. 1983 sera déjà l’année de la confirmation pour ce champion précoce : vainqueur du Critérium du Dauphiné libéré, sacre aux Championnats du monde d’Altenrhein en Suisse. En 1984, sur les routes du Tour, l’américain abandonne son maillot arc en ciel pour le maillot blanc, et termine meilleur jeune de l’épreuve et sur le podium (3ème) pour sa première participation. 1985 sera l’année des places d’honneur : 2ème du Tour de France et des Championnats du monde, 3èmedu Tour d’Italie, 4ème de Paris-Roubaix ; mais aussi celle de la promesse du Blaireau, auréolé de ses cinquième et troisième succès sur respectivement les Tour de France et d’Italie.

En 1987, Greg LeMond, qui  vise un deuxième succès consécutif dans le Tour de France, se fracture la main lors de Tirreno-Adriatico et se soigne chez lui, aux Etats-Unis. A trois jours de son retour en Europe, il chasse en famille. Se souvient-il de ces coups de fusil qui le projetèrent à terre, de ces minutes éternelles avant d’être pris en charge par les secours, de ces opérations pour extraire les balles ? Se souvient-il de son état d’esprit lors de sa ré-éducation, de sa longue convalescence ? Par quelle grâce un hélicoptère censé intervenir sur les accidents de la route se trouvait à proximité de l’accident, et évita à l’américain de trop longs transports vers un hôpital adapté à la gravité de ses blessures, le sauva tout simplement ? Comment se portent aujourd’hui les quarante balles toujours présentes dans son thorax ?

Encore diminué en 1988, LeMond court pour les hollandais de PDM, une équipe qui ne le conservera pas à l’issue d’une saison blanche. Ce n’est que dans la modeste formation d’ADR que Greg LeMond évoluera en 1989. Il aspire à retrouver son niveau et se dit prêt à se retirer du peloton en cas de nouvelles déceptions. Le suiveurs s’interrogent sur la capacité du champion à de nouveau s’imposer. Ils ne seront pas rassurés par le Tour d’Italie bien transparent de l’américain, lâché en montagne, 39ème au classement final, mais s’étonneront tout de même du dernier chrono de LeMond achevé à la 2ème place, et miseront plutôt pour la Grande Boucle sur un Fignon étincelant lors de ce Giro ou bien sur un Delgado, vainqueur sortant.

L’histoire est telle dans le cyclisme que la dramaturgie est souvent présente dans la carrière de ses champions. LeMond, victime de cet accident de chasse, n’échappe pas à la règle : perdu à l’arrière du peloton, sans référence depuis sa victoire dans le Tour en 1986, soit près de trois ans, il nous offre une résurrection quasi biblique en juillet 1989. La cicatrice portée à Fignon s’est-elle un jour refermée ? Une cicatrice de huit centimètres, de huit secondes. LeMond gagne son deuxième Tour, un Tour aux multiples revirements, dont l’issue ne s’est dessinée qu’entre Versailles et le bas de l’avenue des Champs-Elysées, ultime étape, un contre-la-montre de 21 Km, avec un guidon de triathlète, une infection à la selle, une queue de cheval, ce bas de l’avenue des Champs-Elysées où le soleil a changé de peau, pour toujours.

Deux mois se sont écoulés, le ciel n’est plus bleu et estival mais gris et pluvieux, nous sommes toujours en France, à Chambéry, théâtre des Championnats du Monde de cyclisme. Fignon veut sa revanche, au point de rouler sur Claveyrolat, valeureux combattant si proche du titre suprême, Fignon doit être champion du monde, pour oublier, pour sourire à nouveau. LeMond ne lui laissera pas cette chance et effacera dans le sprint des échappés le russe Dimitri Konyshev, dont ce fut la révélation, et l’irlandais Sean Kelly. Fignon est 6ème, le cyclisme résolument cruel.

En 1989, LeMond est sacré sur ses deux courses de prédilection, revêt les deux maillots pour lequel il se bat depuis toutes ces années, avec de la grenaille dans le ventre. Au diable les autres courses, un vent nouveau souffle sur le cyclisme, un vent d’Ouest soufflé par un coureur américain, premier rival des champions français mais tant apprécié du peuple de France.

Recruté par la formation Z, apâté par un salaire conséquent, l’américain s’impose une troisième fois sur le Tour, en 1990, dans une course tactique, dans laquelle il ne gagnera pas d’étape malgré de brillants contre-la-montre et une belle chevauchée à Luz-Ardiden. Lors de cette édition, il démontra tous ses talents de descendeur, en particulier dans la descente du col de Marie-Blanque où il prit tous les risques pour rattraper le temps perdu suite à une crevaison proche du sommet. Certains regretteront un Champion du Monde qui ne leva pas les bras, d’autres salueront au contraire une exceptionnelle performance pour un coureur toujours en surpoids quelques semaines avant le départ, aux conventions et méthodes différentes du vieux cyclisme européen. Qu’importe, LeMond rejoint Thys et Bobet dans le cercle très fermé des triples vainqueurs de la Grande Boucle, à deux unités des quintuples vainqueurs de l’épreuve (Anquetil, Mercks et Hinault à l’époque). Cette même année, LeMond réalise à nouveau de beaux Championnats du Monde en se classant 4ème à Utsunomiya au Japon.

Greg LeMond ne gagnera plus le Tour de France ni d’autres courses de renom. Son ultime succès date de 1992, au Tour DuPont. Le début des années 90 marque l’avènement d’autres champions , d’un autre cyclisme, dans lequel se développent sans résistance les injections d’EPO. La fracture est grande entre la génération des Fignon-LeMond et la celle des Indurain et consorts, trop grande. Greg LeMond, diminué par une myopathie liée au saturnisme (conséquence possible de son accident de chasse) mettra un terme à sa formidable carrière de coureur cycliste en 1994.

(1)  Bernard Hinault, coureur français surnommé « le Blaireau ».

(2)  http://www.telegraph.co.uk/sport/othersports/cycling/tour-de-france/8648055/Tour-de-France-Bernard-Hinault-and-Greg-LeMonds-Alpe-dHuez-duel-was-the-highlight-of-greatest-ever-Tour.html

(3)  Objectifs du jeune LeMond écrits le 18/10/1978 :

-  1979 : Champion du Monde Junior sur route.
-  1980 : Champion Olympique sur route. Mais les JO furent boycottés par les Etats-Unis.
-  Avant 22 ans : Champion du Monde Pro su route.
-  Avant 25 ans : gain du Tour de France.

  1. avatar
    14 janvier 2015 a 16 h 21 min

    Beau résumé, objectifs presque atteints, à chaque fois il manqua 1 ou 2 mois pour respecter stricto sensu l’objectif sur le Mondial avant 22 ans ou le Tour avant 25 ans.

    en 1990, mentionnons toutefois que bien que le plus fort malgré Indurain sacrifié au profit de Delgado, LeMond fut bien heureux de voir Chiappucci perdre 4 minutes sur la route de St Etienne.

    Sans quoi, le grimpeur toscan réalisait le coup du siècle en profitant de l’échappée fleuve du Futuroscope.

  2. avatar
    15 janvier 2015 a 9 h 12 min

    Bonjour Axel, merci pour ces compléments qui viendront enrichir la prochaine version!

    Il est vrai qu’Indurain fut sacrifié en 1990: nul ne sait ce qui serait advenu autrement!!

    Chiapucci était ce coureur un peu fou, avec tellement de panache, çà nous manque un peu tout de même…

  3. avatar
    28 janvier 2015 a 12 h 07 min

    Oui Chiappucci était un peu taré, il manque vraiment cela dans le cyclisme actuel de robots prisonniers de leur oreillettes …

    Même si marqué par l’EPO, Sestrières 92 est aussi l’oeuvre d’un coureur offensif et qui n’avait peur de rien.

    Virenque, Pantani, Jose Maria Jimenez aussi étaient un peu comme ça.

    Maintenant les grimpeurs modernes sont tous stéréotypés, un peu dommage.

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