La malédiction des Ballons d’Or en Coupe du Monde
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La malédiction des Ballons d’Or en Coupe du Monde

Jamais un Ballon d'Or en exercice n'a pu soulever la Coupe du Monde l'année suivant son sacre comme meilleur joueur d'Europe (1956-2009) ou du monde (2010-2013).

- Coupe du Monde 1958 (Alfredo Di Stefano Ballon d’Or 1957) : virtuose du Real Madrid, naturalisé espagnol en 1955 pour faciliter le transfert de Raymond Kopa vers la Castille en 1956, l’ancienne figure de proue de River Plate ne se rendra pas en Suède, l’équipe nationale d’Espagne n’étant pas qualifiée. Pire, comme quelques autres grands joueurs (Giggs, Weah, Cantona), Di Stefano ne jouera jamais de Coupe du Monde, étant blessé en 1962 au Chili. Le Mondial 1958 sourit à cinq joueurs, les Brésiliens Garrincha, Didi et Pelé, les Français Raymond Kopa et Just Fontaine. Egalement vainqueur de la Coupe d’Europe des Clubs Champions avec le Real Madrid face au Milan AC (3-2) à Bruxelles, dans un Heysel voisin du nouvel Atomium, Kopa devient Ballon d’Or fin 1958, son coéquipier Just Fontaine. Et Helmut Rahn, dauphin de Fontaine chez les buteurs (ex aequo avec Pelé à 6 buts), termine deuxième d’un podium 100 % déterminé par le Mondial suédois.

3e de la Coupe du Monde en Scandinavie avec l’équipe de France, Kopa (3e du Ballon d’Or 1957) a été élu meilleur joueur du tournoi par un collège de journalistes. Mais dès 1959, année impaire, Di Stefano remet les pendules à l’heure. A nouveau grand artisan du sacre européen du Real Madrid, l’Argentin marque en finale de C1 pour la quatrième année consécutive, au Neckarstadion de Stuttgart, et profite de l’absence du Hongrois Ferenc Puskas (interdit d’entrer sur le territoire ouest-allemand après ses allégation sur un possible dopage de la RFA pour la finale mondiale de 1954) pour reconquérir le Ballon d’Or, le dauphin du Divin Chauve étant Kopa.

- Coupe du Monde 1962 (Omar Sivori Ballon d’Or 1961) : argentin de souche comme Di Stefano, Omar Sivori dispose d’une technique de velours comme son ex-compatriote. Clé de voûte de la Juventus Turin, l’Oriundo voit l’Italie échouer dans le tournoi 1962 dès le premier tour, devancée par la RFA mais aussi par le pays organisateur, le Chili. Absent face au Chili, Omar Sivori reste muet pour ses deux titularisations avec la Nazionale, contre la RFA et la Suisse. Le Ballon d’Or 1962 revient au Tchécoslovaque Josef Masopust, finaliste du Mondial chilien face au grand Brésil porté par un insatiable Garrincha.

- Coupe du Monde 1966 (Eusebio Ballon d’Or 1965) : Eusebio, la perle noire du Benfica brille de mille feux à la World Cup anglaise de 1966. Auteur d’un quadruplé face à la Corée du Nord en quart de finale, la Panthère du Mozambique sauve le Portugal d’une élimination face à l’épouvantail asiatique, qui avait déjà créé l’exploit au premier tour face à une Italie moribonde. Orphelin de Pelé blessé au premier tour, le Mondial anglais s’en remet au génie offensif d’Eusebio, l’enfant de Lourenço Marques. Mais le réalisme anglais, en demi-finale, a raison des desseins portugais … Un doublé de Bobby Charlton, 5e du Ballon d’Or 1965, propulse les Three Lions en finale à Wembley.

Geoff Hurst se charge avec un triplé d’offrir la Coupe du Monde à l’Angleterre face à une brillante RFA. Mais c’est le meneur de jeu de Manchester United, Robert Charlton, survivant de la tragédie de Münich en 1958, qui devient Ballon d’Or 1966 pour un point devant Eusebio, meilleur buteur de la World Cup avec 9 buts et troisième avec le Portugal. Vice-champion du monde et 3e du podium de ce Ballon d’Or, le jeune Franz Beckenbauer, grand espoir du football ouest-allemand, fait honneur à son statut de révélation du tournoi anglais.

- Coupe du Monde 1970 (Gianni Rivera Ballon d’Or 1969) : créateur d’exception au Milan AC, Rivera gagne le Ballon d’Or 1969 dans la foulée du triomphe européen obtenu à Madrid face à l’Ajax Amsterdam. Mais en sélection nationale italienne, le Rossonero doit partager les commandes du jeu azzurro avec son alter ego nerazzurro Sandro Mazzola. Défensive, l’Italie montre son potentiel offensif en demi-finale dans un match d’anthologie contre la RFA de Beckenbauer et Müller , pour ce qui restera la plus belle prolongation de l’Histoire (4-3 a.p.). Mais ce sera une victoire à la Pyrrhus pour l’Italie, qui laisse trop de forces physiques et mentales dans cette joute contre la RFA.

En finale, le Brésil de Pelé est intouchable. Plantant la première banderille brésilienne, Pelé porte l’estocade aux Italiens médusés par deux passes décisives, dont une merveille de passe aveugle pour le capitaine auriverde Carlos Alberto, qui parachève le triomphe sud-américain par une frappe surpuissante (4-1). A Mexico, Rivera passe donc à côté du titre mondial mais comment avoir des regrets devant l’insolente supériorité de ce Brésil, plus fort encore que celui de 1958 ? Meilleur buteur du tournoi mexicain avec 10 buts, le bombardier allemand Gerd Müller deviendra Ballon d’Or fin 1970, devançant l’attaquant italien Luigi Riva au classement.

- Coupe du Monde 1974 (Johan Cruyff Ballon d’Or 1973) : locomotive d’un Barça aux airs de phénix en 1973-1974, Cruyff est le premier joueur depuis Di Stefano à gagner un deuxième Ballon d’Or en 1973. Le Hollandais Volant doit autant ce trophée au troisième sacre européen obtenu avec l’Ajax Amsterdam contre la Juventus Turin (1-0 en finale à Belgrade) qu’au redressement opéré en Catalogne sous les couleurs des Blaugrana. Le football panache produit par l’Ajax a séduit l’Europe, atteignant son pinacle au printemps 1973 en humiliant le Bayern Münich 4-0 au stade Olympique d’Amsterdam ! En 1974, pour le Mondial organisé en Allemagne de l’Ouest, Cruyff arrive nanti d’un prestige inouï, pour un tournoi orphelin du roi Pelé. Grand rival de Cruyff en Europe, Franz Beckenbauer, le virtuose libero de la RFA, sera pourtant celui qui soulèvera la Coupe du Monde en finale à Münich, au stade Olympique.

C’est grâce à un but de Gerd Müller, son quatorzième en phase finale (record qui tiendra jusqu’en 2006 avant que Ronaldo ne le batte), que la RFA vient à bout d’une Hollande pourtant grande favorite après un parcours impressionnant. Mais le penalty marqué par Johan Neeskens dès la première minute après une percée de Cruyff dans la défense de la RFA, n’a fait que renforcer le complexe de supériorité des Oranje, qui les perdra face au réalisme des coéquipiers de Beckenbauer. Ce n’est donc pas Cruyff qui devient champion du monde en 1974, mais Gerd Müller (3e du scrutin 1973) et Franz Beckenbauer. Ce dernier, également champion d’Allemagne et d’Europe avec le Bayern Münich en cette année 1974 aux airs de millésime exceptionnel, devra pourtant se contenter de la place de dauphin au Ballon d’Or. Car le nom de Cruyff est encore plus viscéralement lié au prestige des as du ballon rond que celui de Beckenbauer, malgré un rêve mondial resté utopique pour le nouveau roi de Catalogne.

- Coupe du Monde 1978 (Allan Simonsen Ballon d’Or 1977) : le Danemark ne disputant pas ce Mondial (les Vikings devront attendre l’édition 1986 au Mexique), Allan Simonsen n’avait évidemment aucune chance de soulever la Coupe du Monde qui reviendra à l’Argentine de Mario Kempes. Meilleur joueur européen du tournoi, le Néerlandais Robbie Rensenbrink a pris ses responsabilités dans une équipe oranje orpheline de Cruyff (dont on apprendra en 2008 qu’il avait décliné la sélection non pas en raison de son opposition à la dictature argentine mais d’un cambriolage mal vécu par sa famille à Barcelone peu avant le Mundial). Mais pour le chef d’orchestre d’Anderlecht, qui a gagné la C2 avec le club bruxellois, ce sera insuffisant pour priver Kevin Keegan de son premier Ballon d’Or, tant le génial attaquant anglais a brillé avec Hambourg, lui qui prenait le risque de découvrir la Bundesliga après avoir conquis l’Europe en 1977 sous les couleurs de Liverpool.

- Coupe du Monde 1982 (Karl-Heinz Rummenigge Ballon d’Or 1981) : plébiscité Ballon d’Or en 1981, Rummenigge pérennise les exploits sous les couleurs du Bayern Münich, où il a succédé à Beckenbauer comme capitaine et joueur dominant, et à Gerd Müller comme cheville ouvrière du secteur offensif. Buteur d’exception, le capitaine de la Mannschaft sera un des grands joueurs de l’édition 1982 de la Coupe du Monde. Au même titre que le Brésiliens Zico et Socrates, le Français Alain Giresse, le Polonais Zbigniew Boniek ou l’Argentin Diego Maradona, Rummennigge éclabousse de son talent le Mundial espagnol. Mais pour le grand malheur de la RFA, le rival à vaincre en finale à Madrid a pour nom l’Italie. Proche du niveau zéro au premier tour, la Squadra Azzurra d’Enzo Bearzot ressuscite tel un phénix au deuxième tour.

Le phénix Paolo Rossi s’offre un triplé contre le grand Brésil de Zico, Falcao et Socrates, créant l’exploit au stade Sarria de Barcelone. Le Brésil au tapis, l’Italie élimine ensuite la Pologne avec un doublé de Rossi. Implacable, le paria devenu héros, revenu in extremis pour le Mundial après deux ans de suspension liés au Totonero, marque en finale à Santiago Bernabeu. Vaincu 3-1 avec la RFA, Rummenigge voit s’éloigner son rêve de Coupe du Monde. Il perdra une autre finale en 1986 à Mexico face à la RFA, et devra laisser le Ballon d’Or 1982 à Paolo Rossi, meilleur buteur du tournoi espagnol avec 6 buts, plébiscité par les journalistes européens devant Giresse et Boniek. En trois matches, Rossi a offert la Coupe du Monde et le Ballon d’Or 1982 à l’Italie, la Botte attendant le premier trophée depuis 1938 et l’époque de Giuseppe Meazza, le second depuis 1969 et la grande année de Gianni Rivera.

- Coupe du Monde 1986 (Michel Platini Ballon d’Or 1985) : meilleur joueur du monde entre 1983 et 1985 avec la Juventus Turin, Michel Platini porte les espoirs d’un premier titre mondial pour l’équipe de France. L’ancien Stéphanois a en effet été un des grands artisans des épopées mondiales de 1982 (4e en Espagne) et 1984 (champion d’Europe à domicile). Mais Platoche arrive diminué au Mexique pour la Coupe du Monde. Ereinté par une saison où la Vecchia Signora gagne son vingt-deuxième Scudetto, Platini est diminué par une tendinite. Il marque contre l’Italie puis contre le Brésil ses deux ultimes buts en équipe de France. Mais comme en 1982 à Séville, la RFA est impitoyable et brise le rêve bleu. En finale, Diego Maradona, meilleur joueur du tournoi, est passeur décisif pour Jorge Burruchaga qui bat Toni Schumacher, l’Argentine bat la RFA par 3-2.

Platini, lui, ne gagnera jamais la Coupe du Monde, comme Puskas, Di Stefano, Eusebio, Rivera ou Cruyff avant lui, Zico ou Rummenigge dans sa génération, Van Basten, Baggio, Maldini, Batistuta, Figo après lui. Vainqueur de la C2 avec le Dynamo Kiev face à l’Atletico Madrid au printemps 1986, auteur d’un triplé mémorable contre la Belgique en Coupe du Monde, le Soviétique Igor Belanov est sacré Ballon d’Or 1986 devant deux autres figures marquantes du tournoi mexicain, l’Anglais Gary Lineker, meilleur buteur avec 6 réalisations, et l’Espagnol Emilio Butragueno, auteur d’un quadruplé avec le Danemark, lui qui avait gagné la C3 avec le Real Madrid. Mais ce n’est pas faire injure à Belanov d’affirmer que s’il avait été éligible au Ballon d’Or en 1986, le Napolitain et Argentin Diego Maradona, alias El Pibe del Oro, aurait été plébiscité sans discussion. Car encore plus que Pelé en 1970, l’Argentin a dominé le tournoi mondial, poussant son talent exceptionnel au zénith. Maradona s’attire tous les superlatifs, lui gagnera un Ballon d’Or d’honneur fin 1994 pour l’ensemble de son oeuvre.

- Coupe du Monde 1990 (Marco Van Basten Ballon d’Or 1989) : en dehors de Diego Maradona, meilleur joueur du monde et héritier de Pelé, Marco Van Basten fait l’unanimité en Europe. Avant-centre super doué, le cygne d’Utrecht doit son premier Ballon d’Or en 1988 au titre européen des Pays-Bas, Van Basten finissant meilleur buteur du tournoi en Allemagne. Sa volée mythique en finale contre l’URSS est restée dans toutes les mémoires. En 1989, Van Basten marque deux buts en finale européenne contre le Steaua Bucarest, au Nou Camp de Barcelone, antre de son mentor Johan Cruyff qu’il espère dépasser avec un titre mondial en 1990. Mais les Pays-Bas, également menés par Gullit, Koeman ou encore Rijkaard, sont méconnaissables en Italie.

Auteurs d’un premier tour insipide, les champions d’Europe 1988 tombent sur l’ogre allemand en huitièmes de finale. A Milan, la RFA de Lothar Mätthaus prend sa revanche sur la demi-finale européenne de 1988, où le voisin hollandais avait créé l’exploit de sortir le pays organisateur, également vice-champion du monde en titre. Van Basten quitte le tournoi italien sans avoir marqué le moindre but. Et, capitaine des champions du monde 1990, Lothar Mätthaus (4e du Ballon d’Or 1989 après un Scudetto gagné avec éclat sous les couleurs de l’Inter) est élu Ballon d’Or devant le meilleur buteur du Mondiale, l’Italien Toto Schillaci, et son coéquipier allemand Andreas Brehme, auteur du penalty vainqueur en finale contre l’Argentine de Carlos Bilardo.

- Coupe du Monde 1994 (Roberto Baggio Ballon d’Or 1993) : joueur de grande classe, Roberto Baggio fait les beaux joueurs de la Juventus, laquelle subit pourtant l’hégémonie du Milan AC de Fabio Capello. L’homme au catogan traverse le premier tour comme un fantôme , tel Rossi en 1982 ou Zidane en 2006. Baggio subit même un terrible affront de la part d’Arrigo Sacchi, étant remplacé par le deuxième gardien contre la Norvège suite à l’expulsion du titulaire Pagliuca. Mais la deuxième phase de la World Cup américaine, celle des matches couperets, offre à Baggio l’opportunité de montrer qu’il est le meilleur joueur du tournoi avec le Brésilien Romario, devant le Bulgare Hristo Stoïtchkov, l’Italien Paolo Maldini et le Roumain Gheorghe Hagi. Auteur d’un doublé contre le Nigeria, d’un but d’exception en fin de match contre l’Espagne puis d’un doublé façon sniper contre la Bulgarie, Baggio est le sauveur de la patrie.

Mais comme Franco Baresi, il ratera son tir au but à Los Angeles en finale, match où aucun des artistes n’aura brillé, pas plus Baggio côté italien que Romario ou Bebeto côté brésilien. Dunga peut soulever la quatrième Coupe du Monde du Brésil dans le ciel de Californie, Baggio passant fort près du titre mondial, bien plus que d’autres Ballons d’Or vaincus en finale, tels Rivera (1970), Cruyff (1974) ou encore Rummenigge (1982). Romario n’étant pas éligibile pour le Ballon d’Or, ce qui servira comme pour Maradona en 1986 d’argument pour ouvrir le périmètre aux joueurs non européens dès 1995 (ce dont profiteront par la suite George Weah, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Kakà, Lionel Messi), c’est le meilleur buteur du tournoi, le Bulgare Hristo Stoïtchkov, également finaliste de la Ligue des Champions avec le Barça, qui devient Ballon d’Or, deux ans après sa terrible désillusion face à Marco Van Basten. Finalistes aux Etats-Unis, Roberto Baggio et Paolo Maldini sont 2e et 3e du scrutin, le Milanais ayant sur son CV 1994 un argument de plus que le Turinois : un titre européen acquis en C1 contre la Dream Team barcelonaise de Johan Cruyff (4-0 à Athènes).

- Coupe du Monde 1998 (Ronaldo Ballon d’Or 1997) : Ronaldo arrive au Mondial français avec une épée de Damoclès sur la tête. En effet, jamais joueur n’aura été autant attendu que Ronaldo en 1998, pas même Lionel Messi en 2010. Elu sans concurrence Ballon d’Or 1997, la star de l’Inter Milan a déjà réussi 1998 avec un titre en C3 face à la Lazio, acquis au Parc des Princes. Mais c’est dans un autre stade francilien, le Stade de France à Saint-Denis, que Ronaldo veut gagner la Coupe du Monde. Auteur de 4 buts, sauveur du Brésil contre les Pays-Bas en demi-finale, l’attaquant génial joue la finale contre le bon sens et contre l’avis des médecins, après sa crise d’épilepsie, alors qu’il regardait Michael Schumacher triompher avec Ferrari sous la pluie de Silverstone à la télévision.

Quelques heures après ce cauchemar, Ronaldo est bien présent au Stade de France, sous la pression de Nike. Mais le héros de la soirée a pour nom Zinédine Zidane, 3e du Ballon d’Or 1997, avec un doublé contre le Brésil. Victoire 3-0 de la France à domicile. Champion d’Italie avec la Juventus, finaliste de la C1 avec la Juventus, Zidane a réalisé un Mondial très moyen, mais son exploit en finale efface tout, son expulsion contre l’Arabie Saoudite et son manque de passes décisives contre l’Italie et la Croatie. Il sera facilement élu Ballon d’Or 1998 devant le meillleur buteur du Mondial français, le Croate Davor Suker, et le roi déchu du football mondial, le Brésilien Ronaldo. A 22 ans, le phénomène, qui vacillait à Rio de Janeiro à son retour au pays, a le temps de mûrir sa revanche, lui qui est tombé du Capitole à la Roche Tarpéienne en ce terrible dimanche 12 juillet 1998.

- Coupe du Monde 2002 (Michael Owen Ballon d’Or 2001) : fer de lance de la grande année 2001 de Liverpool, Michael Owen devant Raul et Oliver Kahn au Ballon d’Or. Le Wonderkid, révélation du tournoi mondial de 1998 avec un but d’anthologie contre l’Argentine, est une des pierres angulaires de la sélection anglais pour le Mondial 2002 joué au Japon et en Corée du Sud. Mais l’Angleterre est une sélection faible, victime de la puissance de ses grands clubs et de la formidable machine qu’est la Premier League. Calendrier infernal, blessures, les Three Lions ne sont pas au top en Asie, tel David Beckham rétabli in extremis après une blessure face au Deportivo La Corogne en C1. Mais la star de Manchester United, pas plus qu’Owen, ne pourra empêcher le Brésil de gagner le tournoi.

C’est d’ailleurs face au futur champion du monde, au stade des quarts de finale si souvent fatal aux Anglais (1962 contre le Brésil déjà, 1970 contre la RFA, 1986 contre l’Argentine, 2006 contre le Portugal), que la Perfide Albion s’incline, avec un coup franc merveilleux de Ronaldinho qui ponctue tristement la carrière internationale de David Seaman, le gardien d’Arsenal ayant été victime du même but en 1995 en finale de C2 contre Saragosse. Meilleur buteur du tournoi, champion du monde, phénix rayonnant, leader offensif d’un Brésil flamboyant, le phénomène Ronaldo s’offre un deuxième Ballon d’Or, devançant Roberto Carlos et Oliver Kahn dans les votes fin 2002. Tel Paolo Rossi revenu de nulle part en 1982, Ronaldo doit son Ballon d’Or 2002 à la Coupe du Monde asiatique, même s’il n’a pas marqué contre l’Angleterre, laissant Rivaldo et Ronaldinho, ses deux complices du redoutable 3R auriverde.

- Coupe du Monde 2006 (Ronaldinho Ballon d’Or 2005) : souverain avec Barcelone en 2005, Ronaldinho, artiste du ballon rond, alchimiste et pourvoyeur de caviars, avait même arraché à l’Estadio Santiago Bernabeu des applaudissements lors d’un clasico gagné 3-0 sur le terrain du Real Madrid. Vainqueur face à l’Argentine de la Coupe des Confédérations 2005, Ronaldinho sera victime de la malédiction du Ballon d’Or mais aussi de celle du pays vainqueur de la Coupe des Confédérations. Peu convaincant en 2006 dans ses premiers matches, le Brésil de Ronaldinho s’en remet à Kakà face à la Croatie ou à Ronaldo face au Ghana. Mais le premier vrai test du Brésil leur est fatal face à leur bête noir, la France, déjà sortie vainqueur des duels de 1986 et 1998. Depuis 1958, la France est un poison sans antidote pour le Brésil en Coupe du Monde. L’Italie gagne sa quatrième Coupe du Monde, propulsant son capitaine Fabio Cannavaro Ballon d’Or devant Gianluigi Buffon.

Les défenseurs de métier vengent l’apartheid en vigueur depuis 1956, les victoires de Beckenbauer (1972, 1976) et Sammer (1996) étant celles de milieux de terrain reconvertis liberos à vocation offensive. Sans faire injure à Cannavaro et Buffon, le podium du Ballon d’Or 2006 aurait mérité un artiste tel que Zidane, meilleur joueur du Mondial allemand qu’il a quitté sur un triste carton rouge en finale, expulsion liée à la provocation de Materazzi. Zidane de surcroît non entaché par le scandale du Calciopoli ayant causé la perte de la Juventus, qui tombe de Charybde en Scylla à l’été 006 : relégation en Serie B, exode de ses principaux joueurs (Ibrahimovic, Thuram, Zambrotta, Cannavaro, Vieira, Emeerson) vers le Real, le Barça ou l’Inter. Seuls Buffon, Nedved, Del Piero et Camoranesi demeurent fidèles à la Vecchia Signora. Ronaldinho, grand artistant du sacre européen du FC Barcelone au printemps 2006, ne finit que 4e du classement 2006 du Ballon d’Or. Bientôt, la star de Barcelone sera argentine, Lionel Messi émergeant avant même la fin de l’ère Deco – Ronaldinho en Catalogne.

- Coupe du Monde 2010 (Lionel Messi Ballon d’Or 2009) : l’Argentine attend depuis 1986 un troisième titre mondial, depuis le festival technique de Diego Maradona qui revient en 2010 comme sélectionneur. Prodige du Barça où il est alimenté en caviars par Xavi et Iniesta, Leo Messi est moins convaincant avec l’Albiceleste. Ce sera surtout Gonzalo Giguain qui brillera en Afrique du Sud pour l’Argentine, avec 4 buts rappelant l’efficacité d’un Batistuta. Peu à son avantage, Messi sera emporté par la tornade allemande en quarts de finale (0-4). La Coupe du Monde revient aux coéquipiers barcelonais de Messi, Xavi, Andres Iniesta, 3e et 4e du Ballon d’Or 2009.

Messi revient bredouille d’Afrique du Sud, sans trophée et même sans le moindre but à la clé. Malgré cela, bien que déchu de son titre européen par l’Inter de Mourinho au printemps 2010, Messi conserve son Ballon d’Or en fin d’année, le premier à garder le trophée depuis Van Basten en 1989, grâce à l’éparpillement des voix entre les champions du monde espagnols (Xavi, Iniesta, Casillas, Villa) et les stars du tournoi (Forlan, Sneijder, Thomas Muller). La justice aurait pourtant du couronner l’Espagnol Xavi ou le Néerlandais auteur du triplé Scudetto- Coupe d’Italie – Ligue des champions avec l’Inter. Mais moins médiatique que l’omniprésent Lionel Messi, idole absolue de Barcelone après un quadruplé contre Arsenal en C1. Exploit banal dès l’année suivante après le quintuplé de la Pulga contre Leverkusen !

- Coupe du Monde 2014 (Cristiano Ronaldo Ballon d’Or 2013) : Cristiano Ronaldo ne fait pas exception à la règle, l’Allemagne sonne déjà le glas des espoirs portugais par un terrible 4-0 d’entrée de jeu. Passeur décisif contre les Etats-Unis, buteur face au Ghana, l’icône du Real Madrid voit le Portugal éliminé dès le premier tour du Mondial brésilien.

Au final, pour devenir champion du monde, mieux vaut être placé que gagnant au Ballon d’Or l’année précédente (Charlton 5e en 1965, Müller 3e et Beckenbauer 4e en 1973, Mätthaus 4e en 1989, Zidane 3e en 1997, Xavi 3e et Iniesta 4e en 2009)… ou carrément surgir de nulle part (Paolo Rossi en 1981, Ronaldo en 2001)

  1. avatar
    29 juin 2014 a 19 h 10 min
    Par cyril

    POur Sivori, les italiens n’avaient pas voulu le titulariser contre le Chili car parlant l’espagnol et ayant le sang chaud, ils craignaient que cela ne s’envenime sur le terrain avec les chiliens. Au vu du match, on peut penser qu’ils auraient pu le faire jouer, cela n’aurait rien changé du tout…

  2. avatar
    30 juin 2014 a 8 h 39 min

    De toute façon, oui cette Squadra de 1962 était bien trop faible pour aller au bout, elle n’aurait jamais battu le grand Brésil de Garrincha, bien qu’orphelin de Pelé dès le 2e match.

    Pelé qui aurait pu rencontrer Di Stefano au Chili, au premier tour lors de Brésil – Espagne, si les deux géants n’avaient pas été blessés. Ferenc Puskas, le Hongrois naturalisé Espagnol, n’avait pas pu faire grand chose pour la Roja dans ce Mundial 1962.

    Pour ce Mondial 2014 au Brésil, on verra bien qui arrivera au bout, mais on sait déjà quels joueurs seront Ballons d’or en cas de victoire finale, Karim Benzema pour la France (vainqueur de C1 avec le Real Madrid), James Rodriguez pour la Colombie, Neymar pour le Brésil, Thomas Müller pour l’Allemagne (champion d’Allemagne et vainqueur de la Coupe avec le Bayern Münich), Arjen Robben pour les Pays-Bas (champion d’Allemagne et vainqueur de la Coupe avec le Bayern Münich), Lionel Messi pour l’Argentine, Eden Hazard ou Thibaut Courtois pour la Belgique.

    Déjà éliminés avec leurs nations respectives, le Portugais Cristiano Ronaldo, l’Italien Andrea Pirlo, les Anglais Steven Gerrard et Wayne Rooney, l’Uruguayen Luis Suarez ou encore les Espagnols Sergio Ramos et Andres Iniesta peuvent dire adieu au Ballon d’Or 2014.

    Le Brésil me semble faible mais tient le coup pour l’instant, les Pays-Bas ont un sacré mental, l’Allemagne me semble la plus cohérente, l’Argentine monte en puissance et s’appuie sur un Messi de feu, la France reste inexpérimentée mais quel appétit de victoires, la Colombie est sur son nuage … A suivre.

  3. avatar
    30 juin 2014 a 15 h 11 min
    Par Gaston

    Magnifique article, très bien documenté…

    La démonstration est criante, faire une grosse saison avant une coupe du monde n’est jamais bon signe. Cristiano nous le prouve encore…

    P’tet un signe favorable pour Müller qui sort d’une saison délicate au Bayern, Van Persie qui a sombré avec le navire mancunien, ou encore Messi fantomatique depuis 6 mois !

    • avatar
      1 juillet 2014 a 8 h 24 min

      L’idéal pour un joueur est désormais, malheureusement, vu le nombre de matches joués dans les grands championnats européens et en Ligue des Champions, de se blesser (pas trop gravement) en cours de saison, histoire d’avoir une coupure …

      Cristiano Ronaldo était au bout physiquement, là où Messi semble renaître après des tas de petits pépins depuis plus d’1 an avec Barcelone.

      Et c’est aussi un élément qui explique la réussite des “petites” équipes dans ce Mondial : pas de LDC pour la plupart des joueurs de l’Algérie, du Costa Rica, des Etats-Unis, de la Colombie, du Mexique ou encore du Chili.

  4. avatar
    30 juin 2014 a 15 h 20 min
    Par Banda

    Cette coupe ne sera pas destinée aux grands, en attendant rions un peu:
    https://www.youtube.com/watch?v=HDc7kApoEXY

  5. avatar
    14 juillet 2014 a 17 h 29 min

    Thomas Müller est le nouveau favori du Ballon d’Or 2014 surtout s’il continue sur sa lancée avec le Bayern Münich à la rentrée, mais le risque pour l’Allemand est l’éparpillement des points avec d’autres compatriotes, Manuel Neuer, Miroslav Klose, Toni Kroos, Sami Khedira, Philip Lahm ou encore Bastian Schweinsteiger, tous excellents donc ce tournoi brésilien.
    Gageons que le club münichois axera sa communication sur le jeune prodige (10 buts en deux éditions du Mondial), comme pour Ribéry en 2014.

    Gare donc à Arjen Robben qui fut de loin le meilleur Néerlandais de la World Cup, voire à Lionel Messi qui bénéficie encore de la protection FIFA, on l’a bien vu avec son Golden Ball officiel sur cette 20e Coupe du Monde.

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