Le mérite des grands champions du monde de F1
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Le mérite des grands champions du monde de F1

Comparer les grands sportifs a toujours été le violon d’Ingres des journalistes et aficionados de tous les pays du monde. Les fans de Formule 1 ne font pas exception, et les forums Internet regorgent de débats sans fin où l’on refait le monde, et surtout l’Histoire de la discipline, pour savoir qui d’Ascari, Fangio, Clark, Stewart, Lauda, Prost, Senna, Schumacher, Alonso, Vettel ou Hamilton était le meilleur pilote de tous les temps en F1, le GOAT (Greatest of All Time). Mais déjà, désigner la plus belle saison jamais réalisée par un champion du monde de F1 serait bien complexe et subjectif ...

Les historiens du sport automobile de vitesse tiennent généralement pour acquis le fait que le plus grand pilote du première moitié du XXe siècle, était le virtuose italien Tazio Nuvolari, malgré les immenses mérites des Allemands Rudolf Caracciola et Bernd Rosemeyer, sans oublier ceux d’un autre pilote transalpin de grande  classe, Achille Varzi. Pour ce qui est du second demi-siècle et des années 2000, rythmées par le palmarès du championnat du monde de Formule 1, le débat fait rage, même si quatre noms reviennent très souvent : Juan Manuel Fangio, Jim Clark, Ayrton Senna et Michael Schumacher, avec Alain Prost la plupart du temps pour compléter ce top 5 mythique. Les saisons sélectionnées excluront donc des campagnes magistrales de pilotes non sacrés champions du monde l’année en question, tels par exemple Alain Prost en 1990 avec Ferrari, Ayrton Senna en 1993 avec McLaren Ford, Michael Schumacher en 1998 avec Ferrari ou encore Fernando Alonso en 2012 avec Ferrari. Les critères sont les suivants : -  Niveau de handicap de la voiture, car gagner avec la meilleure voiture ou une monoplace qui ne l’est pas n’induit pas le même mérite -  Concurrence, car battre un coéquipier de haut niveau, dominer des pilotes sans envergure ou avoir un n°2 par contrat n’est pas non plus comparable en terme de légitimité -  Statistiques de victoires, pole positions, points, podiums et écarts par rapport au dauphin (sur 5 points) : on remettra chaque champion du monde au barème en vigueur entre 1991 et 2002 : 10 points pour la victoire, 6 pour la 2e place, 4 pour la 3e, puis 3, 2 et 1 jusqu’à la 6e place. Chaque statistique est convertie en ratio relatif entre 0 et 1, puis cumulé entre 0 et 5. On ne peut pas faire dire tout ce que l’on veut aux chiffres, mais on ne peut pas non plus les faire totalement mentir. On ne bat pas le record de victoires totalement par hasard. -  Coups d’éclat, car les victoires de légende construisent aussi l’aura d’une couronne mondiale. Les nominés à la palme du plus beau titre de champion du monde sont donc nombreux, tous les champions de la période 1986-2015 soit 30 ans de F1 contemporaine, et 13 champions du monde assez remarquables sur la période 1950-1985, d’Ascari à Lauda en passant par Fangio, Clark, Rindt, Stewart, Hunt ou encore Andretti :

  • Alberto Ascari 1952 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 11.83 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1952, la Ferrari F500 était pour ainsi dire seule au monde. Fin 1951, Alfa Romeo avait quitté la F1, et Maserati ne pouvait pas empêcher les cavaliers seuls à répétition d’Ascari.

-  Concurrence (1) : blessé en 1952 après un déraisonnable trajet Irlande – Paris – Monza (via le col du Mont-Cenis) et une nuit blanche à conduire pour rallier la Lombardie, Juan Manuel Fangio est convalescent, ce qui laisse Alberto Ascari sans son grand rival, sans manquer de respect à  Nino Farina ou Eugenio Castellotti, coéquipiers d’Ascari au sein de la Scuderia.

-  Statistiques (3.83) : 7 Grands Prix (Ascari absent à Indianapolis comme la plupart des Européens et Sud-Américains à l’époque), 6 victoires, 60 points (36 en barème initial), 5 pole positions, 6 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 32 points sur son dauphin Nino Farina (28 points, 24 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : Spa Francorchamps, Rouen les Essarts, Silverstone, Nürburgring, Zandvoort, Monza, six victoires consécutives pour Ascari qui lamine et humilie le reste du peloton … Avec cette saison 1952 remarquable, le champion transalpin se montrait le digne héritier des plus grands pilotes italiens du passé : Felice Nazzaro, son propre Antonio Ascari (ami d’Enzo Ferrari) et bien  sûr Tazio Nuvolari.

  • Alberto Ascari 1953 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 12.03 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1953, la Ferrari F500 était pour ainsi dire seule au monde, comme en 1952 ! Alfa Romeo avait quitté la F1, Lancia n’avait pas lancé sa redoutable D50 pas plus que Mercedes n’avait fait son retour. Seul Maserati servait de figurant face à cette impressionnante voiture rouge.

-  Concurrence (3) : de retour de convalescence, Juan Manuel Fangio est cependant limité par le manque de compétitivité, ce qui laisse Alberto Ascari sans son grand rival. Mais l’Argentin sauve l’honneur en privant Ferrari du Grand Chelem, battant la Scuderia à Monza, dans le sanctuaire de la vitesse, le temple du sport automobile, tel un clin d’œil à son accident de 1952.

-  Statistiques (3.03) : 8 Grands Prix (Ascari absent à Indianapolis comme la plupart des Européens et Sud-Américains à l’époque), 5 victoires, 53 points (34.5 en barème initial), 6 pole positions, 6 podiums et 4 meilleurs tours, sans oublier un écart de 28 points sur son dauphin Juan Manuel Fangio (25 points, 28 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : Ascari voltige encore en 1953, mais il est moins aérien qu’en 1952, mordant la poussière à Reims face à Mike Hawthorn, au Ring face à Nino Farina puis à Monza contre Juan Manuel Fangio. Avec cette saison 1953 à marquer d’une pierre blanche, le champion italien frappait l’imaginaire et marquait encore les esprits, notamment celui d’un jeune garçon qui entre dans l’adolescence, futur citoyen américain en 1964 et champion du monde de F1 en 197_ avec Lotus Cosworth : Mario Andretti …

  • Juan Manuel Fangio 1955 (champion du monde avec Mercedes) : 12.01 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1955, la Mercedes W196 était encore largement au-dessus du lot, l’équipe de Stuttgart héritant encore de l’avance technologique des années 30, quand le régime nazi d’Hitler et Goebbels finançaient Mercedes et Auto Union à des fins de propagande, mais aussi de recherche pour en tirer les dividendes sur le plan militaire.

-  Concurrence (2) : Stirling Moss manquant encore d’expérience (engagé en 1955 par Alfred Neubauer chez Mercedes), Alberto Ascari décédé à Monza en essais privés après le Grand Prix de Monaco, un boulevard s’est ouvert devant Juan Manuel Fangio pour triompher.

-  Statistiques (3.01) : 6 Grands Prix (Fangio absent à Indianapolis comme la plupart des Européens et Sud-Américains à l’époque), 4 victoires, 46 points (40 en barème initial), 3 pole positions, 5 podiums et 3 meilleurs tours, sans oublier un écart de 21 points sur son dauphin Stirling Moss (25 points, 23 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : sous la canicule de Buenos Aires, alors que ses rivaux tombent comme des mouches, Fangio est imperturbable et s’envole vers la victoire à domicile en Argentine. Battu à Trintignant à Monaco, absent à Indianapolis, le génial pilote sud-américain impose sa loi à Spa Francorchamps, Zandvoort et Monza, offrant aussi avec mansuétude la victoire à son jeune coéquipier Stirling Moss sur le circuit d’Aintree, construit au tour de l’hippodrome.

  • Juan Manuel Fangio 1957 (champion du monde avec Maserati) : 15.87 points

-  Niveau de handicap de la voiture (4) : en 1957, la Maserati 250F n’arrivait pas à la cheville de la Ferrari DS50, lointaine héritière des bolides de Gianni Lancia. Avec Prost (1986), Senna (1991), Schumacher (1994, 1995, 2000, 2003) ou encore Alonso (2005), l’Argentin fait partie des très rares pilotes couronnés champion du monde sans disposer du meilleur matériel. Omer Orsi, le patron de la marque au trident, avait longtemps financé son écurie via un montage avec le gouvernement argentin. Maserati envoyait des machines-outils en Argentine, l’Italie recevait du blé en paiement, et rémunérait Orsi. En 1957, les machines sont parties vers l’Argentine, mais le blé n’est jamais arrivé en Italie. Fangio pilote une dernière fois pour Orsi à Reims en 1958, une énième version de la 250F. Sur le circuit champenois, où Fangio avait débuté sa carrière européenne en 1948, la Maserati pleure ses chevaux perdus. Impuissant, Fangio finit 4e du Grand Prix de France, tandis que le vainqueur Mike Hawthorn n’ose pas lui prendre un tour. Aux journalistes qui questionnèrent Hawthorn sur son geste, l’Anglais répondit : On ne prend pas un tour à Fangio. Tout était dit. En une phrase, Hawthorn avait résumé le respect que Fangio inspirait à ses pairs. Jamais pilote ne fut autant admiré par ses pairs, pas même Nuvolari ou Clark, autres géants de l’époque révolue des gentlemen drivers. Le magnétisme de Fangio était sans égal. Ses yeux bleus dégageaient un charisme exceptionnel, et lors de sa seule année chez Ferrari, en 1956, le fils du maçon de Balcarce avait imposé naturellement son autorité face à Hawthorn et Collins, élevés dans les meilleurs collèges d’Angleterre (Oxford, Eton …), au marquis Alfonso de Portago, septième dans l’ordre de succession à la couronne d’Espagne (cousin de Juan Carlos de Bourbon, futur roi d’Espagne en 1975 au décès de Franco), ou au comte Von Trips, issu de l’aristocratie allemande. Mais Juan Manuel Fangio n’avait pas d’égal sur la piste, mais il n’avait pas non plus d’égal en dehors des circuits, tout simplement car le champion argentin évoluait dans une autre dimension, celle des êtres exceptionnels, en tant que pilote ou en tant qu’homme …

-  Concurrence (4) : Stirling Moss chez Vanwall, Mike Hawthorn et Peter Collins chez Ferrari, les trois pilotes anglais étaient tous de redoutables clients pour Juan Manuel Fangio, qui avait quitté le Cavallino Rampante en 1956 (pour l’ennemi juré, Maserati), étant incapable de s’entendre avec le Commendatore Enzo Ferrari: l’enfant de Balcarce reprochait au patriarche de Modène de ne pas lui garantir un statut de pilote n°1 comme pour Ascari trois ans plus tôt, tandis que le pape de Maranello n’appréciait pas que Fangio ait pris un appartement à Milan, loin de l’usine de la Scuderia.

-  Statistiques (2.87) : 7 Grands Prix (Fangio absent à Indianapolis comme la plupart des Européens et Sud-Américains à l’époque), 4 victoires, 52 points (40 en barème initial), 4 pole positions, 6 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 29 points sur son dauphin Stirling Moss (23 points, 25 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : au Nürburgring, Fangio réalise la course parfaite aussi bien tactiquement que sur le plan de la virtuosité. Son coup de bluff piège les Ferrari qui tombent dans le cheval de Troie érigé par Maserati. Après deux tours de rodage pour chauffer ses pneus (tandis que Hawthorn et Collins font les 500 km d’une traite dans l’Eifel), le maestro argentin sort le très grand jeu, battant même le temps établi la veille pour sa pole position. Prenant des risques insensés, Franchissant lui-même des limites qui lui occasionneront des cauchemars et de la peur a posteriori, l’Argentin a piloté dans un état second pour gagner sa cinquième couronne avec un panache admirable sur le majestueux circuit de l’Eifel, la fameuse Nordschleife et son enfer de 176 virages.  Jamais sans doute, un homme n’est monté plus haut et si près des étoiles que Fangio en ce dimanche 4 août 1957. Si l’on rajoute à cela, une victoire de vieux briscard à Monaco et une autre démonstration époustouflante à Rouen, Fangio ne peut que mériter la note maximale …

  • Jim Clark 1963 (champion du monde avec Lotus Climax) : 14.45 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1963, la Lotus Climax 25 n’avait pas d’équivalent sur le plateau de F1, ce fut la première monoplace qui ouvrit les portes de la gloire à Colin Anthony Bruce Chapman. Mais Jim Clark n’avait pas d’égaler pour la piloter, lui qui était un styliste à la trajectoire d’une pureté incroyable, avec une grande spécialité, le Grand Chelem : pole position + victoire + cavalier seul + meilleur tour en course, comme pour montrer qu’il était bel et bien le plus fort sur un week-end de course …

-  Concurrence (4) : le principal adversaire de Jimmy fut le champion du monde en titre Graham Hill, lauréat du Grand Prix de Monaco, épreuve que Clark ne pourra jamais accrocher à son somptueux palmarès. Mais le pilote BRM n’avait pas les moyens de rivaliser avec l’héritier de Fangio sur la durée d’une saison, tant l’Ecossais fut intouchable en 1963.

-  Statistiques (3.45) : 10 Grands Prix, 7 victoires, 80 points (54 en barème initial, soit le plafond règlementaire), 7 pole position, 9 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 44 points sur son dauphin Graham Hill (36 points, 29 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : à Spa Francorchamps, circuit qu’il détestait pourtant (après la mort d’Alan Stacey en 1961), Jim Clark met un tour à tout le peloton, sauf Bruce McLaren, qui finit cependant à près de 5 minutes du génie écossais. Cruelle ironie du destin, à l’autodrome de Monza, lieu où il s’empare de la couronne mondiale, Jim Clark est interpellé par la justice italienne deux ans après le terrible accident qui avait coûté la vie au comte Wolfgang Von Trips, le pilote allemand de la Scuderia Ferrari qui laissera à Kerpen une piste de kart sur laquelle un certain Michael Schumacher fera ses premiers tours de roue au début des années 70.

  • Jim Clark 1965 (champion du monde avec Lotus Climax) : 13.88 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1965, la Lotus Climax 003 n’avait pas d’égal, même si la Lotus 72 restait redoutable.

-  Concurrence (4) : le principal rival de Jim Clark fut son compatriote Graham Hill, vainqueur avec un inégalable brio à Monaco en l’absence du virtuose de Fife. Mais le pilote BRM n’avait pas les moyens de lutter avec le protégé de Colin Chapman sur la durée d’un championnat du monde. Quand on sait que le reste du plateau comptait Jack Brabham, Dan Gurney, John Surtees, Bruce McLaren ou encore un rookie écossais nommé Jackie Stewart (colocataire de Clark à Londres), cela situe mieux le niveau exceptionnel auquel évoluait Jim Clark, sorte de phénomène inclassable, d’OVNI de la F1, d’orfèvre du pilotage …

-  Statistiques (2.88) : 9 Grands Prix, 6 victoires, 66 points (54 en barème initial, soit une nouvelle fois le plafond règlementaire), 6 pole position, 6 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 11 points sur son dauphin Graham Hill (49 points, 45 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : absent à Monaco car occupé à gagner les 500 Miles d’Indianapolis, le fermier écossais a tout explosé sur son passage, tel un rouleau-compresseur, sur le reste de la saison 1965.

  • Jochen Rindt 1970 (champion du monde avec Lotus Cosworth) : 11.04 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1970, la Lotus 72 n’avait pas d’égal, même si la Scuderia Ferrari restait redoutable. Mais cela n’empêcha pas Jochen Rindt de devenir champion du monde des pilotes, à titre posthume. Cruelle ironie du sort, Jochen avait promis à son épouse Nina de raccrocher son casque s’il décrochait le Graal. Cette dernière vivait la saison 1970 comme un compte à rebours, mais en Lombardie, Rindt fut fauché en pleine gloire quelques semaines après son ami Piers Courage à Zandvoort, rejoignant au panthéon des pilotes d’autres illustres as du volant morts de leur passion : Guy Moll (1934), Bernd Rosemeyer (1938), Alberto Ascari (1955), Peter Collins (1958), Wolfgang Von Trips (1961), Ricardo Rodriguez (1962), Jim Clark (1968), ou encore Bruce McLaren (1970)

-  Concurrence (3) : sans Matra, l’écurie Tyrrell du champion du monde Jackie Stewart fut incapable de lui fournir un matériel de pointe, même si l’Ecossais sauva l’honneur par un succès à Jarama au Grand Prix d’Espagne. Restaient Jack Brabham (Brabham Cosworth), toujours impressionnant à 44 ans, et Jacky Ickx (Ferrari) comme rivaux les plus coriaces de l’Autrichien …

-  Statistiques (2.04) : 9 Grands Prix et non 13 (Rindt mourant le samedi du Grand Prix d’Italie, il n’a donc pas disputé les 4 derniers GP de 1970, soit Monza, Mont Tremblant, Watkins Glen et Mexico), 5 victoires, 50 points (45 en barème initial jusqu’à Zeltweg, dernière course de Rindt), 3 pole positions, 5 podiums et 1 meilleurs tours, sans oublier un écart de 30 points sur son dauphin Jacky Ickx (20 points avant Monza, 40 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : vainqueur à Monaco et Brands Hatch en profitant des malheurs du vétéran australien Old Jackalias Jack Brabham (erreur de pilotage en Principauté, panne d’essence dans le Kent), le pilote autrichien a cependant écrasé ses rivaux sur le Ring d’Auvergne, Charade, pour le Grand Prix de France.

  • Jackie Stewart 1971 (champion du monde avec Tyrrell Cosworth) : 10.98 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : en 1971, la Tyrrell Cosworth 003 n’avait pas d’égal, même si la Lotus 72 restait redoutable.

-  Concurrence (3) : le Suédois Ronnie Peterson chez March, le Français François Cevert chez Tyrrell, le Brésilien Emerson Fittipaldi chez Lotus (orpheline de Jochen Rindt depuis septembre 1970), le Mexicain Pedro Rodriguez chez BRM, le Néo-Zélandais Denny Hulme chez McLaren ou encore le Belge Jacky Ickx chez Ferrari, Stewart ne manquait pas de concurrence en 1971, mais elle était trop dispersée.

-  Statistiques (1.98) : 11 Grands Prix, 6 victoires, 68 points (62 en barème initial), 6 pole position, 7 podiums et 3 meilleurs tours, sans oublier un écart de 35 points sur son dauphin Ronnie Peterson (33 points, 33 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : à Monaco, comme on le voit dans Week-End of a Champion de Roman Polanski, l’Ecossais Jackie Stewart banalise l’exploit en signant la pole et la victoire après une leçon de pilotage en Principauté. Le pilote britannique réussit ensuite un triplé Castellet / Silverstone / Nürburgring qui le rend ensuite inaccessible par ses rivaux Peterson et Ickx au classement.

  • Jackie Stewart 1973 (champion du monde avec Tyrrell Cosworth) : 12.57 points

-  Niveau de handicap de la voiture (4) : en 1973, la Tyrrell Cosworth 003 était moins redoutable que la Lotus 72 qui équipait Emerson Fittipaldi et Ronnie Peterson, dans cette fameuse livrée noir et or John Player Special qui fit la légende du top team de Colin Chapman jusqu’en 1986 et aux ultimes arabesques du funambule Ayrton Senna (Jerez, Detroit).

-  Concurrence (4) : avec le Suédois Ronnie Peterson et le Brésilien Emerson Fittipaldi chez Lotus, Jackie Stewart ne manquait pas de concurrence en 1973, mais elle était trop désorganisée car Colin Chapman ne donna jamais de consigne d’équipes à ses pilotes (contrairement à Ken Tyrrell qui avait clairement établi une hiérarchie entre Jackie Stewart et François Cevert), notamment à Monza où le Suédois, vainqueur sur l’autodrome italien, priva le Brésilien de points précieux dans l’optique du titre.

-  Statistiques (1.57) : 14 Grands Prix (l’Ecossais ne prenant pas le départ de son 100e GP à Watkins Glen après le décès de François Cevert aux essais), 5 victoires, 76 points (71 en barème initial), 3 pole positions, 8 podiums et 1 meilleur tour, sans oublier un écart de 18 points sur son dauphin Emerson Fittipaldi (58 points, 55 en barème initial).

-  Coups d’éclat (3) : en 1973, Stewart l’emporte pour la troisième fois dans l’Eifel mais avec beaucoup de moins brio qu’en 1968 sous la pluie, d’autant que François Cevert était plus rapide que lui sur le grand Nürburgring. Mais le champion écossais a tout de même accroché une troisième victoire à Monaco, après 1966 et 1971 à son palmarès, battant le record de victoires de Jim Clark qui datait depuis Kyalami 1968. Avec 27 succès, Stewart sera le détenteur du record mythique (grand objectif de feu Gilles Villeneuve) jusqu’en 1987 à Estoril, lieu de la 28e victoire d’Alain Prost, record que ni Lauda, ni Piquet ne battront en leur temps. 1973 marque la fin d’une époque, celle de la maturité d’un pilote absolument exceptionnel qui s’est battu pour la sécurité de ses pairs, la plus belle victoire de Sir Jackie Stewart, devenu par la suite ambassadeur de Ford.

  • Niki Lauda 1975 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 11.98 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : ultime chef d’œuvre de Mauro Forghieri mettant fin à la byzantine période 1965-1973, la Ferrari 312 T était au-dessus du lot comparé aux McLaren, Tyrrell et autres Lotus motorisées par le DFV Cosworth financé par Ford.

-  Concurrence (4) : pour décrocher la tiare, Niki Lauda dut faire face au Brésilien Emerson Fittipaldi (double champion du monde 1972 et 1974), au Tessinois Clay Regazzoni (coéquipier de l’Autrichien chez Ferrari), ainsi qu’à James Hunt, intermittent du spectacle de la très baroque écurie Hesketh.

-  Statistiques (1.98) : 14 Grands Prix, 5 victoires, 69.5 points (64.5 en barème initial, le 0.5 point étant lié à la sixième place du Viennois au GP d’Autriche), 9 pole position, 8 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 22.5 points sur son dauphin Emerson Fittipaldi (47 points, 45 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : 1975, c’est la naissance de l’Ordinateur, implacable à Monaco ou Anderstorp, mais épicier qui ne tentera aucun dépassement près des dunes de la mer du Nord, derrière James Hunt à Zandvoort. Suivant Hunt comme son ombre, Lauda est férocement critiqué par les journalistes mais il accumule les points en bon père de famille, fonçant vers le titre …

  • James Hunt 1976 (champion du monde avec McLaren Cosworth) : 10.65 points

-  Niveau de handicap de la voiture (3) : certes légèrement en deçà de la Ferrari 312 T2, la McLaren  Cosworth M23 était cependant une redoutable machine, sans quoi Hunt n’aurait pas décroché la bagatelle de 8 pole positions en 1976.

-  Concurrence (3) : pour décrocher la timbale, James Hunt a dû battre Niki Lauda mais ce dernier fut accidenté au Nürburgring, manquant ensuite les Grands Prix d’Autriche à Zeltweg et des Pays-Bas à Zandvoort, frôlant la mort alors qu’un prêtre était venu lui administrer l’extrême-onction. Ferrari se divisa alors en deux camps, celui du Commendatorequi préféra perdre comme vainqueur moral de la saison 1976 (la Scuderia n’alignant même pas Clay Regazzoni en Autriche pour contrecarrer la remontée au classement du pilote McLaren) et celui du champion du monde en titre qui voulait revenir se battre sur la piste, ce qu’il fit seulement 40 jours après ses terribles brûlures dans l’Eifel.

-  Statistiques (1.65) : 16 Grands Prix, 6 victoires, 75 points (69 en barème initial), 8 pole positions, 8 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 2 points sur son dauphin Niki Lauda (73 points, 68 en barème initial).

-  Coups d’éclat (3) : 1976, c’est un championnat du monde au suspense exceptionnel et la fameux épilogue du Mont Fuji sous des trombes d’eau, une vraie pluie d’apocalypse … Ce jour là, James Hunt pilote avec la rage chevillée au corps, remonte jusqu’à la troisième place et coiffe Niki Lauda sur le plateau, ce dernier ayant jeté l’éponge au deuxième tour pour rejoindre, accompagné de Marlène Knaus, l’aéroport international de Tokyo, à Haneda.

  • Mario Andretti 1978 (champion du monde avec Lotus Cosworth) : 9.70 points

-  Niveau de handicap de la voiture (1) : si l’on excepte le Grand Prix de Suède où la Brabham aspirateur imaginée par Gordon Murray offrit à Niki Lauda une victoire très facile, la Lotus 79, alias la flèche noire, fut despotique en 1978, fort d’un effet de sol novateur imaginé par Colin Chapman.

-  Concurrence (3) : l’acrobate suédois Ronnie Peterson revint en 1978 chez Lotus grâce à l’influence du mystérieux comte Zanon, plus gros importateur de café Lavazza en Italie. Mais comme Mario Andretti avait aidé Colin Chapman à développer l’effet de sol depuis 1976, l’Italo-Américain en fut remercié par un contrat de pilote n°1 pour 1978, Peterson n’étant que n°2, ce qui n’empêcha pas le Scandinave de réussir une course prodigieuse sous la pluie autrichienne de Zeltweg. Mais Andretti menait contre Peterson au nombre de pole positions en 1978, 8 contre 3, ce qui légitime aussi son statut de n°1 face à un pilote aussi phénoménal et aussi rapide que l’était le Suédois … Quant à Niki Lauda chez Brabham, Jody Scheckter chez Wolf, James Hunt chez McLaren, Alan Jones chez Williams, ou les Ferrari de Carlos Reutemann et Gilles Villeneuve, ils n’avaient clairement pas les moyens de lutter contre Lotus Cosworth sur la durée d’une saison.

-  Statistiques (1.70) : 16 Grands Prix, 6 victoires, 70 points (64 en barème initial), 8 pole positions, 7 podiums et 3 meilleurs tours, sans oublier un écart de 17 points sur son dauphin Ronnie Peterson (53 points, 51 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : malgré six victoires, Mario Andretti n’a pas marqué les esprits en 1978 par une course à l’impact indélébile dans la mémoire collective de la F1, contrairement à Ronnie Peterson en Autriche, deux semaines avant son décès des suites d’un carambolage au départ à Monza … Mais ces victoires, Andretti les a mérité au forceps, étant la cheville ouvrière, la pierre angulaire du développement de l’effet de sol chez Lotus. Peu de pilotes que l’Américain ont accepté un tel travail au niveau  technique pour conquérir le sceptre, la facilité étant souvent de signer chez la meilleure écurie pour vaincre, dans cet univers impitoyable qu’est la F1, sorte de jungle de Charles Darwin au cruel processus de sélection naturelle …

  • Niki Lauda 1984 (champion du monde avec McLaren TAG Porsche) : 11.39 points

-  Niveau de handicap de la voiture (1) : à l’évocation de l’écurie McLaren TAG Porsche en 1984, on pouvait véritablement parler de Dream Team pour Woking : moteur d’avant-garde avec le V6 Porsche financé par le groupe TAG du Franco-Saoudien Mansour Ojjeh, châssis MP4/2 encore novateur avec les coques en kevlar de John Barnard, pilotes d’exception avec le tandem Lauda / Alain Prost, sponsor le plus influent du paddock en la personne de Marlboro … Bref, Ron Dennis et son top team avaient mis toutes les chances de leur côté pour triompher en F1.

-  Concurrence (5) : pour conquérir son troisième titre mondial en 1984, Niki Lauda eut fort à faire face au Français Alain Prost, recruté fin 1983 par John Hogan (Marlboro) et Ron Dennis, qui surent tirer profit du schisme entre le Professeur et Renault, l’écurie du Losange n’ayant guère soutenu son champion face à Nelson Piquet pour aller chercher la couronne, ou pour porter réclamation face aux tricheries de Brabham BMW (carburant non conforme). Plus expérimenté, Niki Lauda sacrifiait souvent ses qualifications du samedi pour régler sa monoplace en vue de la course du dimanche, laissant le panache à son jeune coéquipier. Ce modèle sera reproduit en 1988 par Alain Prost, bien plus chevronné qu’Ayrton Senna. Mais en 1984 comme étoile montante face à Lauda, ou en 1988 comme idole à déboulonner par Senna, Alain Prost fut deux fois perdant. Mais sans le drapeau rouge brandi par Jacky Ickx en 1984 à Monaco après 31 tours (soit bien moins que 75 % de la distance soit l’attribution de la moitié des points en Principauté), une deuxième place derrière Ayrton Senna au-delà de 75 % de la distance aurait suffi. Sans compter que le pilote allemand Stefan Bellof, si véloce ce jour là sous la pluie monégasque, aurait été déclassé a posteriori pour la tricherie de l’écurie Tyrrell découverte durant l’été 1984. Même une troisième place sur la piste se serait convertie en deuxième place sur tapis vert pour Alain Prost, victime de problèmes de freins ce jour là sur le très exigu circuit de Monaco aux conditions précaires d’adhérence.

-  Statistiques (1.39) : 16 Grands Prix, 5 victoires, 77 points (72 en barème initial), 0 pole position, 9 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de – 1 point sur son dauphin Alain Prost (78 points, 71.5 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : en 1984, Niki Lauda fut particulièrement impressionnant en deux occasions, faisant preuve pour le reste de la saison d’une régularité de métronome, Monaco et Dallas exceptés : primo, en Autriche où il sut bluffer Nelson Piquet malgré un problème de boîtes de vitesse, conservant la première place à domicile sur le circuit de Zeltweg. Secundo, au Portugal où malgré une anonyme onzième place sur la grille de départ, le Viennois ne céda pas à la panique, remontant calmement jusqu’à la deuxième place derrière Prost, intouchable ce jour là à Estoril. Mais cette deuxième position suffisait à lui ouvrir les portes d’une troisième couronne mondiale, comme ses glorieux aînés Jack Brabham et Jackie Stewart …

  • Alain Prost 1986 (champion du monde avec McLaren TAG Porsche) : 14.85 points

-  Niveau de handicap de la voiture (4) : si la MP4/2C reste nantie d’une aérodynamique impressionnante, le V6 turbo Porsche financé par TAG n’est plus du tout capable de soutenir la comparaison avec le Honda, même si le V6 Renault propulsant la Lotus de Senna tient la dragée haute au turbo nippon en qualifications. Mais la Williams Honda FW11 reste de loin le meilleur package entre aérodynamique de pointe grâce au tandem Patrick Head / Frank Dernie, et donc au fabuleux moteur Honda qui va commencer à récolter les fruits du travail considérable fait par le constructeur japonais depuis 1984.

-  Concurrence (4.5) : Nigel Mansell et Nelson Piquet chez Williams Honda, Ayrton Senna chez Lotus Renault, c’était l’époque des quatre mousquetaires de la F1, le dernier membre du carré d’as étant bien entendu Alain Prost chez McLaren TAG Porsche, qui domina copieusement Keke Rosberg débarqué de Didcot fin 1985. Dès Rio de Janeiro, leFinlandais Volant perdit tout crédit auprès du directeur technique de Woking, John Barnard … Mansell se révélant mieux qu’un second couteau, Piquet surmotivé à la perspective de rejoindre le panthéon des triples champions du monde, Senna transcendé à l’idée de confirmer les étincelles de 1984 (Monaco, Brands Hatch, Estoril) et 1985 (Estoril, Silverstone, Spa), Prost n’eut donc aucun répit face à trois rivaux d’un tel calibre …  Comme Stewart (Tyrrell) en 1973 face à Fittipaldi et Peterson (Lotus), Prost va tirer profit de la rivalité fratricide entre Mansell et Piquet chez Williams, mais le mérite n’en est pas moins grand. Si l’Anglais et le Carioca avaient appartenu à deux écuries séparées, Prost aurait eu la note de 5 sur ce critère. Il n’obtient que 4.5 car il faut tout de même admettre que la concurrence acharnée des deux pilotes de Didcot a aidé le pilote français à conserver le titre conquis en 1985.

-  Statistiques (1.35) : 16 Grands Prix, 4 victoires, 78 points (72 en barème initial), 1 pole position, 11 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de -10 points sur son dauphin Nigel Mansell (77 points, 70 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : 1986 porte le sceau indélébile d’un immense pilote, Alain Prost, premier champion du monde à conserver son titre depuis Jack Brabham en 1960. Egalement, le Professeur est le premier pilote depuis Graham Hill en 1965 à aligner trois victoires de rang en Principauté de Monaco, où il devance Keke Rosberg et Ayrton Senna autres funambules des circuits urbains. L’abnégation de Prost atteint son climax à Hockenheim où il pousse sa machine, en panne d’essence, jusqu’à la ligne d’arrivée de l’autodrome allemand … A Estoril, malgré le chagrin de la mort de son frère Daniel (décédé d’un cancer), Alain Prost sort le bleu de chauffe sur son circuit fétiche, devançant Carioca Nelson Piquet et le Pauliste Ayrton Senna, et terminant dauphin de Nigel Mansell. Affaibli par la turista au Mexique, ce dernier est piégé en Australie par une violente explosion d’un pneu, mais la course d’Adelaïde est marqué par le numéro d’acrobate de Prost qui reprend une seconde au tour aux Williams, avant de refuser le verdict booléen d’un ordinateur qui annonce une jauge en panne sèche. Le Prost cartésien se mue en Prost irrationnel, et franchit la ligne d’arrivée devant Nelson Piquet qui a perdu les commandes du Grand Prix océanien en repassant changer de pneus au stand, Williams et Good Year voulant éviter tout risque de sécurité au Brésilien …

  • Nelson Piquet 1987 (champion du monde avec Williams Honda) : 11.70 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : la Williams Honda FW11C était souveraine en 1987, grâce au moteur Honda bien plus puissant que le V6 TAG Porsche propulsant la McLaren de Prost, et à une aérodynamique bien plus fine que celle du châssis Lotus utilisé par Senna.

-  Concurrence (4) : le coéquipier de Piquet en 1987 était Nigel Mansell, plus rapide que lui sur un tour mais moins régulier et surtout moins bon gestionnaire en course. Les trois victoires de Nelson Piquet en 1987 sont aussi liées à des infortunes de ses trois rivaux : Prost à Hockenheim, Mansell à Budapest et Senna à Monza …

-  Statistiques (1.70) : 15 Grands Prix (Piquet étant forfait à Imola après sa terrible sortie de route dans Tamburello), 3 victoires, 79 points (73 en barème initial), 4 pole positions, 11 podiums et 4 meilleurs tours, sans oublier un écart de 7 points sur son dauphin Nigel Mansell (72 points, 61 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : c’est sur le plan mental que Nelson Piquet a impressionné en 1987 : gravement accidenté à Imola dans le virage de Tamburello (ensuite fatal à Ayrton Senna en 1994, sans oublier le grave accident de Gerhard Berger en 1989), le double champion du monde est forfait pour le Grand Prix de Saint-Marin. Piquet change ensuite son pilotage chez Williams Honda, le sprinter devient marathonien, et passe du panache au calcul, tel un épicier. La capacité d’adaptation et la force mentale du Brésilien furent particulièrement remarquables pour aller chercher ce troisième titre qu’il commenta par une pique venimeuse à l’égard de Mansell : La chance a battu la bêtise. Mais en piste, Alain Prost à Rio de Janeiro, Ayrton Senna à Monaco ou encore Nigel Mansell à Silverstone ont plus fait rêvé lesaficionados que le pilote carioca.

  • Ayrton Senna 1988 (champion du monde avec McLaren Honda) : 13.30 points

-  Niveau de handicap de la voiture (1) : McLaren frôla le Grand Chelem en 1988, étant encore plus hégémonique que Williams Renault en 1992, 1993 ou 1996, Ferrari en 2002 ou 2004, que Red Bull en 2011 et 2013 ou encore que Mercedes AMG en 2014 et 2015 pour citer d‘autres invincibles armadas de la F1 contemporaine. Car avec la MP4/4, Gordon Murray avait véritablement atteint la quadrature du cercle, allant au bout des idées qu’il avait pour la Brabham BMW BT55 de 1986 (F1 ratée faute de budget suffisant chez Bernie Ecclestone). Outre l’aérodynamique imaginée par Murray, le moteur turbo Honda était très nettement au-dessus du Ferrari.

-  Concurrence (5) : le duel Prost / Senna de 1988, c’est une sorte de madeleine de Proust pour tous les nostalgiques de ce bras de fer fabuleux entre deux dinosaures qui  vont régner sans partage sur la discipline jusqu’en 1990, cannibalisant le reste de la meute condamnée à de la figuration, que ce soit Gerhard Berger, Nigel Mansell, Michele Alboreto, Riccardo Patrese, Thierry Boutsen ou Nelson Piquet …

-  Statistiques (2.30) : 16 Grands Prix, 8 victoires, 102 points (90 en barème initial), 13 pole positions, 11 podiums et 3 meilleurs tours, sans oublier un écart de -10 points sur son dauphin Alain Prost (112 points, 87 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : éblouissant, difficile de trouver un autre qualificatif pour évoquer la saison 1988 d’Ayrton Senna. Vu la supériorité insolente de la MP4/4 et le règlement ne comptant que 11 meilleurs résultats sur les 16 manches du Mondial, Prost comme Senna avaient chacun compris qu’il faudrait compter plus de victoires que son rival. Par son panache, Senna trouva l’antidote à la formidable expérience de Prost, pilote chevronné et parvenu au paroxysme de sa maturité en carrière. Pilotant au-delà de la limite à Monaco, Ayrton Senna conquiert la pole position plus rapide de 1’’5 que Prost, qui l’emporte cependant le dimanche après l’erreur du Brésilien au virage du Portier. A Silverstone, alors que Prost grille un joker en jetant l’éponge sous la pluie, Senna ressuscite le mythe des grands Rainmasters du passé (Rudi Caracciola, Jim Clark ou Jacky Ickx), voltigeant sur l’asphalte détrempée de l’ancien aérodrome de la RAF. A Spa Francorchamps, le prodige sud-américain atomise Prost en vitesse pure, et s’impose sans contestation sur le sélectif tracé wallon. Rebelote à Suzuka où Senna produit, malgré la pression du money time, sa course la plus aboutie de sa carrière, surmontant le handicap d’un départ complètement raté pour rejoindre puis dépasser Prost, avant un épilogue en forme d’apothéose : larmes impossibles à retenir, phrase biblique à sa sortie du cockpit (Ma tâche est accomplie), retrouvailles avec ses parents Milton et Neide venus à Nagoya pour l’encourager …

  • Alain Prost 1989 (champion du monde avec McLaren Honda) : 14.19 points

-  Niveau de handicap de la voiture (3) : la McLaren Honda MP4/5B, évolution du modèle de 1989, reste une superbe F1 malgré les départs de Woking de Gordon Murray (Ron Dennis le positionne sur le projet de voiture de sport McLaren F1) et de Steve Nichols (qui suit Prost en Italie chez Ferrari). Mais la Ferrari 640 conçue par Maranello reste aussi un très compétitif bolide. Côté moteur, l’avantage est du côté de Honda, donc de McLaren. Côté châssis et finesse aérodynamique (donc adhérence et tenue de route), la flèche du balancier penche plutôt pour la Scuderia. Selon les circuits, Prost ou Senna partaient donc légèrement avantagés, mais le postulat d’affirmer que le combat fut globalement équilibré sur la durée du championnat ne choquera personne.

-  Concurrence (4.5) : croiser le fer avec Ayrton Senna chez McLaren Honda en 1989, c’était un challenge plus que compliqué pour Alain Prost, de plus en plus marginalisé (de façon presque ubuesque) par Woking et Honda au fur et à mesure que la saison avança, avec un double apartheid psychologique et technique au détriment du natif de Saint-Chamond : schisme d’Imola, révélations (involontaires) par Johnny Rives de L’Equipe de la réunion tripartite avec Ron Dennis et Ayrton Senna à Pembrey, accusations de Prost de non égalité de traitement matériel à Mexico, départ de McLaren annoncé par Prost au Castellet, annonce de Ferrari du recrutement du Professeur à Monza (après des négociations secrètes, sans avocats, entre le Français et Cesare Fiorio sur le voilier de ce dernier, amarré en Sardaigne durant l’été 1989). Mais ce n’était pas le plus grand Senna, car aveuglé par sa colère, le champion brésilien se rendit coupable de plusieurs erreurs en 1989 : accrochage avec Gerhard Berger (Ferrari) et Riccardo Patrese (Williams Renault) au départ à Jacarepagua conduisant Senna à une anonyme 11e place à Rio de Janeiro, tête-à-queue à Silverstone après une erreur de passage de vitesse, dépassé par Mansell à Budapest à l’aspiration (via Stefan Johansson retardataire sur Onyx Ford) sur un circuit où dépasser reste utopique en temps normal, mauvaise gestion de ses données techniques à Monza conduisant à son abandon, dépassement inutile sur Nigel Mansell (déjà sanctionné du drapeau noir) à Estoril conduisant à l’accrochage, dépassement kamikaze à Suzuka vis-à-vis de Prost …

-  Statistiques (1.69) : 16 Grands Prix, 4 victoires, 85 points (76 en barème initial), 2 pole positions, 11 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de 19 points sur son dauphin Ayrton Senna (66 points, 60 en barème initial).

-  Coups d’éclat (5) : c’est surtout mentalement que Prost impressionne, en résistant au terrible isolement dont il fait l’objet face à un Senna considéré comme un samouraï par Honda, conquis dès 1987 chez Lotus par le charisme et le stakhanovisme du gladiateur brésilien … Fin 1988, Prost dîne à Genève avec un très haut responsable du constructeur japonais qui lui explique pourquoi Senna sera privilégié. Mais comme en 1986 après le décès de son frère aîné Daniel (mort d’un cancer), Alain Prost va être admirable dans l’épreuve. Le Professeur se forge une carapace et avec une régularité de métronome, accumule les points sans faire aucune faute. Au Brésil, privé d’embrayage, Prost évite d’user ses pneus sur le très exigeant circuit de Jacarepagua. Dauphin de Mansell ce jour là, Prost l’est aussi derrière Senna à Imola après le pacte de non-agression trahi par le Brésilien (Senna étant lui-même à l’initiative de contrat passé oralement sur la grille de départ avec pour seul témoin John Hogan de Marlboro, mais pas Ron Dennis ou Mansour Ojjeh), victime de son instinct offensif pour cueillir au Grand Prix de Saint-Marin une sorte de victoire à la Pyrrhus, car la guerre civile qui va éclater chez McLaren Honda se soldera par une victoire … de Prost !  Ne cédant pas à la colère, Prost assure des accessits à Monaco puis Mexico, dresse la guillotine au Paul-Ricard où il règne sans partage comme en 1988, avant de tirer les marrons du feu à Silverstone et Monza, exploitant les cadeaux de Senna qu’il suit comme son ombre sous la pluie qui inonde Spa Francorchamps. A Hockenheim, Prost la proie offre une superbe résistance à Senna le chasseur mais sa boîte de vitesse le lâche à trois tours du terme, le Brésilien émergeant seul dans le stadium allemand pour renouer avec un succès qui le fuyait depuis Mexico. Une nouvelle fois prudent à Estoril puis Jerez, modèle de discernement de régularité sur le podium, Alain Prost veut conquérir le titre au panache à Suzuka. La tentative désespérée de Senna le contraint à l’abandon, et sonne déjà le tocsin d’une année 1990 que chacun aurait pu espérer moins explosive que le véritable volcan en éruption que fut 1989.

  • Ayrton Senna 1990 (champion du monde avec McLaren Honda) : 13.98 points

-  Niveau de handicap de la voiture (3) : la McLaren Honda MP4/5B, évolution du modèle de 1989, reste une superbe F1 malgré les départs de Woking de Gordon Murray (Ron Dennis le positionne sur le projet de voiture de sport McLaren F1) et de Steve Nichols (qui suit Prost en Italie chez Ferrari). Mais la Ferrari 640 conçue par Maranello reste aussi un très compétitif bolide. Côté moteur, l’avantage est du côté de Honda, donc de McLaren. Côté châssis et finesse aérodynamique (donc adhérence et tenue de route), la flèche du balancier penche plutôt pour la Scuderia. Selon les circuits, Prost ou Senna partaient donc légèrement avantagés, mais le postulat d’affirmer que le combat fut globalement équilibré sur la durée du championnat ne choquera personne.

-  Concurrence (5) : affronter Alain Prost et Ferrari en 1990, c’était un défi incroyablement relevé tant la mayonnaise a pris entre le Professeur et l’écurie italienne. Nombreux sont ceux qui pensent que sans la trahison de Nigel Mansell à Estoril, le Français aurait gagné le Grand Prix du Portugal, et sans doute la couronne mondiale, mettant fin à la disette d’une Scuderia qui attendait depuis Jody Scheckter en 1979, et se remettait à peine de drames comme la mort de Gilles Villeneuve en 1982 à Zolder, l’accident de Didier Pironi en 1982 à Hockenheim, ou le décès du Commendatore Enzo Ferrari en 1988. Apprenant la langue de Dante, Prost parle en italien aux ingénieurs pour isoler Mansell. Vainqueur à Sao Paulo en profitant d’une rare erreur de Senna dans le trafic, Prost livre ensuite deux chefs d’œuvre, à Mexico puis à Silverstone. Pour la troisième année consécutive, le western-spaghetti Prost / Senna livre un suspense digne d’Hitchcock, qui se finira dans un navrant nuage de poussière à Suzuka, dont ne profiteront pas les numéros 2 des deux titans pour l’emporter au Japon. Décevants, Nigel Mansell et Gerhard Berger sont totalement éclipsés, laminés, mis sous l’éteignoir par leurs prestigieux coéquipiers respectifs, et c’est même Nelson Piquet (Benetton Ford) qui s’invite sur la troisième marche du podium du championnat du monde 1990.

-  Statistiques (1.98) : 16 Grands Prix, 6 victoires, 84 points (78 en barème initial), 10 pole positions, 11 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 6 points sur son dauphin Alain Prost (78 points, 71 en barème initial).

-  Coups d’éclat (4) : revanchard à Phoenix après avoir dû faxer des excuses publiques à Jean-Marie Balestre le 16 février 1990 (le président de la FIA exigeant que le champion du monde 1988 s’excuse après ses accusations de complot suite à sa disqualification d’octobre 1989 au Grand Prix du Japon, résultat qui avait débouché sur le troisième titre mondial de Prost), Ayrton Senna avait évité de peu l’épée de Damoclès d’une perte de sa super-licence, le Brésilien gagnait en Arizona après un duel contre l’espoir français Jean Alesi, et ouvrait le championnat 1990 de façon idéale après un hiver passé dans son fief brésilien d’Angra dos Reis, à envisager potentiellement la fin de sa carrière. Mais le héros pauliste ne peut se résoudre à quitter son métier de pilote, passion viscérale qui l’habite depuis tant d’années tout autant que le besoin de se mesurer à son contemporain Alain Prost. A Monaco puis Spa Francorchamps, deux circuits de pilotage qui séparent le bon grain de l’ivraie,  Ayrton Senna émerge en grand vainqueur, ayant réagi durant l’été 1990 à la trilogie de Prost qui menaçait la conquête du sceptre mondial.

  • Ayrton Senna 1991 (champion du monde avec McLaren Honda) : 14.64 points

-  Niveau de handicap de la voiture (4) : malgré le travail aérodynamique d’Henri Durand chez McLaren pour la MP4/6, l’écurie de Woking ne possède plus le bolide le plus abouti de la F1 en cette année 1991. Le choix radical de Honda de passer sur un V12 fait du moteur japonais le challenger du nouveau propulseur de référence, le fabuleux V10 Renault RS3 développé sous l’égide de Bernard Dudot à Viry-Châtillon. Avec ce moteur à la fois puissant, souple et fiable, l’écurie Williams a donc la meilleure monoplace du plateau, mais la McLaren Honda reste cependant une voiture plus compétitive que la Benetton Ford B191 ou la Ferrari 641.

-  Concurrence (3.5) : échaudé par sa cuisante défaite en 1990 contre un Alain Prost au sommet de son art au sein de la Scuderia Ferrari, Nigel Mansell a rejoint une écurie Williams Renault lassée du manque d’envergure du pilote belge Thierry Boutsen (3  victoires cependant en 1989 et 1990). Frank Williams convoitait aussi le jeune espoir Jean Alesi, mais le Provençal quitte Tyrrell pour  Ferrari en 1991, écoutant ses racines siciliennes, et son cœur plutôt que sa raison. Malgré un triple zéro pointé après Imola et un début de saison parfait de Senna (quatre victoires à Phoenix, Interlagos, Imola et Monaco), Mansell ne renonce pas à son rêve, conquérir ce titre mondial qui lui avait échappé en 1986 et 1987 du temps de Williams Honda. Vainqueur à Nevers Magny-Cours, Silverstone, Hockenheim, Monza puis Barcelone, le Britannique offre le grand morceau de bravoure de 1991 par un dépassement d’anthologie sur Ayrton Senna au bout de la ligne de droite du nouveau circuit Catalunya de Montmelo, au Grand Prix d’Espagne. Mais en 1991 une fois encore, le fougueux Nigel Mansell a deux visages, à la fois Dr Jekyll et Mister Hyde, avec des boulettes indignes d’un candidat au titre suprême : départ de dragster à Interlagos causant son abandon, salut de la main du public et oubli de rétrogradage à l’ultime virage au Canada (moteur calé et perte de la victoire pour une médiocre 6e place à Montréal, épisode qui provoquera l’hilarité du vainqueur Nelson Piquet, ennemi intime d’Il Leone depuis 1986 et leur irrespirable cohabitation chez Williams Honda), erreur de stand dans son ravitaillement à Estoril avant de reculer (provoquant le drapeau noir) au Portugal, sortie de piste à Suzuka après avoir joué au chat et à la souris avec son rival Senna dans ce décisif Grand Prix du Japon. Egalement redoutable challenger et intermittent du spectacle en 1991, Riccardo Patrese s’offre deux belles victoires, au Mexique et au Portugal, alors que Gerhard Berger reste un lieutenant bien inoffensif pour le roi Senna chez McLaren. Enfin, Alain Prost est pris dans le déluge apocalyptique qui emporte Ferrari aux oubliettes, et avec elles les belles promesses entrevues en 1990 pour l’écurie italienne.

-  Statistiques (2.14) : 16 Grands Prix, 7 victoires, 96 points, 8 pole positions, 12 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 24 points sur son dauphin Nigel Mansell (72 points).

-  Coups d’éclat (5) : en 1991, devenu l’alpha et l’omega du paddock aussi bien sportivement que politiquement, Ayrton Senna passe pour le meilleur pilote du monde et de sa génération, voire même de tous les temps (le débat fait déjà rage pour le comparer aux illustres Nuvolari, Fangio et Clark) en rejoignant le cénacle des triples champions du monde (Jack Brabham, Jackie Stewart, Niki Lauda, Nelson Piquet et Alain Prost). Avec 33 victoires et 60 pole positions après cette 8e saison en F1, le surdoué de Sao Paulo a profondément marqué les esprits en gagnant enfin à domicile le Grand Prix du Brésil. Au printemps 1991, malgré la pluie, malgré la poursuite acharnée que livre Riccardo Patrese, malgré la fatigue, malgré un harnais trop serré qui lui occasionne une douleur insoutenable, malgré une boîte de vitesses en charpie dans les ultimes tours de piste sur l’autodrome José Carlos Pace d’Interlagos, Ayrton Senna puise de façon inouïe dans ses dernières ressources pour triompher devant une foule pauliste à son entière dévotion, et qui se consumait d’impatience de voir le héros national enfin gagner sur ses terres … A Monaco, Senna gagne une quatrième fois dans le dédale princier, avec une facilité déconcertante et une gestion du trafic fabuleuse pour le pilote au casque jaune. Le Rocher reste donc encore une année de plus un bastion imprenable pour les rivaux du Pauliste, qui possède toutes les clés de voûte indispensables pour gagner sur le prestigieux circuit monégasque : expérience de Monaco, conquête de la pole position par une rapidité intrinsèque inouïe, gestion du départ pour virer en tête à Sainte-Dévote, sens du trafic, concentration optimale, précision chirurgicale de la trajectoire pour éviter l’écueil du rail, dextérité pour ne pas faire agoniser les crabots de sa boîte de vitesses durant les 78 tours de la course dominicale … Ensuite son avance fondre comme neige au soleil, le leader de Woking réagit en pur champion à Budapest, en remplissant son contrat sur l’infernal tourniquet magyar : pole position et victoire en Hongrie, autre chasse gardée de Magic, à chaque fois devant les pilotes Williams Renault, en l’occurrence le tandem redoutable Nigel Mansell / Riccardo Patrese. Ensuite, Senna apprend à enrichir son vocabulaire des mots « calcul » et « épicier » et « comptes d’apothicaire », lui qui ne jurait jusque là que par le panache, la victoire et l’offensive à outrance. En osmose avec la MP4/6, Senna fait corps avec sa voiture, mais son colossal palmarès ne s’enrichira plus que de 8 victoires et 5 poles à parti de 1992, avant le funeste week-end d’Imola en 1994.

  • Nigel Mansell 1992 (champion du monde avec Williams Renault) : 12.57 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : première création d’Adrian Newey à Didcot après son recrutement par Patrick Head suite à l’exploit de la March d’Ivan Capelli au Grand Prix de France 1990 (l’Italien avait failli battre Alain Prost au Castellet), la Williams FW14B était bien au-dessus de ses concurrentes avec plus de 11 500 kilomètres d’essais pour mettre au point la suspension active, tandis que la nouvelle McLaren Honda MP4/7 n’est étrennée par Woking qu’au Grand Prix d’Espagne, quatrième manche de la saison 1992. Quant à la Benetton B192, elle ne peut rivaliser, son V8 Ford ne valant pas le fabuleux V10 Renault.

-  Concurrence (3) : la supériorité incontestable de Williams Renault met de suite presque échec et mat le triple champion du monde Ayrton Senna, alors que 1992 marque une année sabbatique pour Alain Prost, viré par Ferrari après l’épisode du camion datant d’octobre 1991 à Suzuka. Mais la grinta de Senna est intacte, il le prouve de façon opportuniste à Monaco, Budapest et Monza. La rage de vaincre du Brésilien sera cependant insuffisante pour contrecarrer Nigel Mansell, que son coéquipier italien chez Williams Renault, Riccardo Patrese, ne pourra pas menacer contrairement à 1991. Victime d’un grave accident à l’hiver 1992 durant des essais privés à Estoril au Portugal, Riccardo Patrese avait perdu une partie de ses sensations, et sera vite désigné deuxième pilote par Didcot, afin de maximiser les chances du moustachu de l’île de Man. Deuxième pilote de McLaren Honda derrière Senna, l’Autrichien Gerhard Berger ne fut pas meilleur qu’en 1990 ou 1991, et donc loin du niveau requis pour un champion du monde, malgré deux belles victoires à Montréal et Adelaïde. Quant à Michael Schumacher, impressionnant pour sa première saison complète en F1 avec Benetton Ford, il fut régulier sur le podium mais ne put jouer la victoire qu’à Spa Francorchamps, où il s’imposa avec un brio diabolique sous la pluie wallonne.

-  Statistiques (3.07) : 16 Grands Prix, 9 victoires, 108 points, 14 pole positions, 12 podiums et 8 meilleurs tours, sans oublier un écart de 52 points sur son dauphin Riccardo Patrese (56 points).

-  Coups d’éclat (4.5) : c’est surtout à Silverstone que Nigel Mansell a offert un véritable récital, électrisant la foule anglaise nostalgique des succès de James Hunt, dernier champion du monde pour la Perfide Albion en 1976 contre Niki Lauda. Avec 39 secondes d’avance sur Patrese à domicile, 2’’4 de marge en qualifications sur le même Patrese le samedi, et 1’’8 de marge sur le deuxième pilote plus rapide en course (le jeune espoir allemand Michael Schumacher), Nigel Mansell a écrasé le Grand Prix de Grande-Bretagne pour sa septième victoire d’une saison 1992 sans grand suspense pour l’identité du futur détenteur de la couronne mondiale, tant le pilote britannique et la Williams Renault FW14B évoluaient dans une classe à part …

  • Alain Prost 1993 (champion du monde avec Williams Renault) : 10.63 points

-  Niveau de handicap de la voiture (2) : la Williams FW15 était bien au-dessus de ses consoeurs, car si la McLaren MP4/8 est une merveille sur les plans aérodynamique et électronique, son talon d’Achille est le moteur Ford V8 qu’elle partage (à une version près) avec la Benetton B193, tandis que Ferrari continue de tomber de Charybde en Scylla, faisant appel à Jean Todt, chef d’orchestre de tant de succès chez Peugeot (WRC, Paris Dakar, 24 Heures du Mans) de 1985 à 1993.

-  Concurrence (3) : le contexte du championnat du monde 1993 est bien particulier, avec Nigel Mansell parti aux Etats-Unis courir en formule Indy avec le team de Paul Newman, ce qui contraint Williams à utiliser un inédit n°0 (demande de Ron Dennis) qui sera dévolu au rookie Damon Hill, pilote essayeur de Didcot en 1992. Le fils de Graham sera un coéquipier sans grand danger pour un triple champion du monde tel qu’Alain Prost, même si le pilote londonien était sans doute celui qui maîtrisait le mieux la suspension active. Restent deux outsiders face au champion français, qui revient en F1 après une année sabbatique où il a découvert les bienfaits du sport cycliste dans les cols pyrénéens : Ayrton Senna, qui débute le Mondial en tant que pigiste de luxe avec McLaren Ford. Lassé du retrait de Honda et tenté par une expérience outre Atlantique avec son compatriote Emerson Fittipaldi, Magic demande un tarif astronomique à Woking pour dompter la MP4/8 : 1 million de dollars par Grand Prix ! Mais malgré cela, Senna cède à la tentation et au plaisir de contrecarrer les desseins mondiaux de Prost, sa Némésis. Dauphin du Français à Kyalami, le Brésilien triomphe à Interlagos avant de réussir la course la plus aboutie de sa somptueuse carrière sous la pluie apocalyptique de Donington Park, après un premier tour dont chaque fan de F1 est nostalgique (quatre dépassements en pneus froids !). En réussite à Monaco, Senna connaît ensuite un été de jachère avant de rebondir en fin d’année par deux succès de prestige à Suzuka puis Adelaïde. Quant au troisième larron, Michael Schumacher, il lamine son coéquipier italien Riccardo Patrese chez Benetton (éparpillé façon puzzle plus encore que Martin Brundle en 1992), mais la B193 est trop limitée pour s’avérer capable de vaincre la Williams Renault de Prost. Exception faite d’un succès probant à Estoril et d’un autre raté de façon malchanceuse à Monaco, l’Allemand se contente de podiums derrière Prost, Senna ou Hill, et termine à une frustrante quatrième place au championnat du monde.

-  Statistiques (2.63) : 16 Grands Prix, 7 victoires, 99 points, 13 pole positions, 12 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 26 points sur son dauphin Ayrton Senna (73 points).

-  Coups d’éclat (3) : confronté aux inévitables avec Nigel Mansell auteur d’un cavalier seul en 1992, Alain Prost débute en patron à Kyalami en mars 1993, sur les hauteurs de Johannesburg où il avait perdu le titre en octobre 1983 avec Renault. Mais la mécanique s’enraye à Interlagos (aquaplaning) et Donington Park (naufrage au sens propre comme au sens figuré derrière un Senna himalayen, problèmes d’embrayage et erreurs tactiques). A Imola, Prost rectifie le tir avant de signer son exploit majuscule de 1993 en Catalogne. Sur le circuit de Barcelone Montmelo, le Professeur s’offre une 47e victoire record en F1 en résistant aux terribles vibrations de sa FW15 en fin de course. A Monaco, condamné à partir de la 22e position en perdant le bénéfice de sa pole position, le Français remonte un à un ses rivaux dans le labyrinthe du Rocher, finissant 4e avec abnégation. Après un quadruplé Montréal / Magny-Cours / Silverstone / Hockenheim, Prost manque de peu la victoire à Budapest et Monza, trahi par sa monture ce qui provoque sa décision irrévocable de retraite sportive, avant d’être couronné une quatrième fois champion du monde, sur son circuit fétiche, Estoril, au terme d’un Grand Prix du Portugal où il passe le flambeau au porte-drapeau de la génération montante, le jeune prodige allemand Michael Schumacher.

  1. avatar
    2 février 2016 a 14 h 02 min

    L’article est très long et se retrouve coupé sur la partie 1994-2015 et la conclusion, en voici la fin ci-dessous

    • Michael Schumacher 1994 (champion du monde avec Benetton Ford) : 12.96 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la Williams FW16, bien que rétive, était bien meilleure que la Benetton B194, propulsée par le V8 Ford Zetec mais soupçonnée d’anti-patinage par de nombreux observateurs, notamment par ce départ fulgurant de Michael Schumacher sur l’asphalte de Nevers Magny-Cours, où l’Allemand laissera sur place Damon Hill et Nigel Mansell. Moins réussie que la FW14, la FW14B ou encore la FW15, l’ultime création d’Adrian Newey à Didcot avait gommé ses défauts majeurs suite à un travail stakhanoviste d’Ayrton Senna durant l’hiver 1993-1994. Car c’est un secret de polichinelle, rien d’autre qu’un quatrième titre ne figurant à l’agenda du virtuose de Sao Paulo pour 1994, trois ans après son troisième sacre acquis en 1991 avec McLaren Honda. Woking, justement, prend le grand toboggan et descend dans la hiérarchie. Orpheline de Senna, le top team de Ron Dennis redevient une équipe comme une autre et subit aussi l’inexpérience de Peugeot qui lui fournit un V10 loin de celui de Renault, la référence du moment.
    - Concurrence (3) : 1994 est évidemment marquée par la disparition tragique d’Ayrton Senna sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari d’Imola, touché par un débris de suspension qui brise la visière de son casque jaune. Le corps de l’archange brésilien était indemne malgré le choc à 250 km/h contre le mur de Tamburello, pour un accident qui rouvre la boîte de Pandore de la F1, gangrénée par tant d’accidents tragiques dans les funestes années 60 et 70, celles décrites avec horreur par Sir Jackie Stewart à Roman Polanski dans Week-End of a champion, puisque chaque pilote savait que deux ou trois membres de l’aréopage des héros de la vitesse ne survivrait pas au championnat naissant. C’est à l’hôpital de Bologne, là où un autre champion de légende (Marco Pantani en l’occurrence) respirera en février 2004 son dernier souffle au même âge de 34 ans, qu’Ayrton Senna da Silva expire à 18h40 le 1er mai 1994. L’encéphalogramme plat de Senna s’oppose à la courbe linéaire des 30 points sur 30 possibles que compte le Pantagruel allemand de Benetton après trois courses (Interlagos, Aïda, Imola). Williams Renault touchée en plein cœur par la perte irremplaçable d’un génie du pilotage doublé d’un homme charismatique qui avait l’amour de son Brésil natal dans la peau, Damon Hill endosse le costume peu enviable du joker de rechange, tel son père Graham en 1968 chez Lotus après la mort inattendue de Jim Clark à Hockenheim dans une course anonyme de F2. Et si Damon Hill n’égalera pas le brio d’un Schumacher déjà seul au firmament des pilotes, il sera involontairement aidé dans son bras de fer par la FIA et Bernie Ecclestone (bien content de sauver les audiences d’un Mondial au suspense ruiné) qui reprennent la tactique du fisc américain contre Al Capone : faute de pouvoir prouver ses méfaits majeurs (anti-patinage), on le condamne pour des motifs mineurs (non respect du drapeau noir en Angleterre, fond plat non conforme en Belgique). Contraint de voir Damon Hill s’imposer à Monza puis Estoril en son absence, Michael Schumacher s’astreint à un entraînement commando dans les montagnes suisses pour préparer le rendez-vous de Jerez, où il cloue le bec à ses détracteurs en enlevant sa huitième victoire de la saison, comme pour mieux contredire cette concurrence artificiellement créée par le pouvoir sportif (sans diminuer les mérites de Damon Hill, plus que convaincant en leader de rechange chez Williams) …
    - Statistiques (2.46) : 14 Grands Prix (la FIA l’ayant suspendu à Monza et Estoril pour les Grands Prix d’Italie et du Portugal, suite au sursis obtenu par Benetton drapeau noir de Silverstone, sursis convertie en suspension ferme après la disqualification de Spa Francorchamps pour fond plat non conforme), 8 victoires, 92 points, 6 pole positions, 10 podiums et 8 meilleurs tours, sans oublier un écart de 1 point sur son dauphin Damon Hill (69 points).
    - Coups d’éclat (4.5) : en 1994, pour sa troisième saison complète en F1, Michael Schumacher possède déjà ce supplément d’âme. Le règlement technique va favoriser son hégémonie avec le retour des ravitaillements en essence, qui allège les bolides entre chaque passage au stand, augmentant de façon très nette les vitesses en courbe et donc les effets sur les muscles du cou et le dos des pilotes. Par sa préparation de très haut niveau sur le plan physiologique, révolutionnaire à l’époque malgré les standards fournis par Niki Lauda et Willy Dungl depuis 1976, l’ogre allemand va montrer dès la course d’ouverture qu’il sera plus qu’un outsider pour Ayrton Senna, qu’il pousse à la faute dans son fief d’Interlagos. A Barcelone, bien que privé de la sixième vitesse, l’Allemand s’adapte et finit deuxième derrière Damon Hill, remontant ses chronos à une seconde de son meilleur tour, signé avant l’apparition du problème ! Intraitable à Monaco, Montréal, Budapest ou encore Jerez, le champion allemand effectue donc une razzia dans une F1 hantée par la mort d’Ayrton Senna, pilote de légende.

    • Michael Schumacher 1995 (champion du monde avec Benetton Renault) : 13.23 points
    - Niveau de handicap de la voiture (4) : la Williams FW17 était bien meilleure que la Benetton B195, qui venait tout juste d’obtenir le V10 Renault par rapport à sa devancière, la B194, propulsée par le V8 Ford Zetec. La preuve en est, le tandem Hill / Coulthard obtient la bagatelle de 12 pole positions pour Grove, contre 4 pour Benetton pour le seul Schumacher.
    - Concurrence (2) : titré en 1994, l’épouvantail Michael Schumacher affronte de nouveau Damon Hill, tandis que Flavio Briatore titularise Johnny Herbert dans le rôle du porteur d’eau à Enstone. Le jeune espoir David Coulthard, qui remplace Nigel Mansell chez Williams, est encore trop tendre pour rivaliser avec Schumacher et Hill, tout comme Jean Alesi et Gerhard Berger, au vu des performances encore trop modestes de la Scuderia Ferrari, cependant en meilleure santé que McLaren Mercedes qui atteint des profondeurs abyssales en terme de médiocrité. Esseulé contre le Petit Mozart de la F1, Damon Hill est de plus fragilisé sur le plan psychologique par Frank Williams qui l’accable après l’épisode de Silverstone (accrochage avec Schumacher), sans parler du fait que Nigel Mansell avait été payé de façon pharaonique en 1994 pour une pige de seulement quatre Grands Prix (Magny-Cours, Jerez, Suzuka et Adelaïde), près de six fois plus que le fils de Graham sur l’année entière !
    - Statistiques (2.23) : 17 Grands Prix, 9 victoires, 102 points, 4 pole positions, 12 podiums et 8 meilleurs tours, sans oublier un écart de 33 points sur son dauphin Damon Hill (69 points).
    - Coups d’éclat (5) : en 1995, le Kaiser Schumacher a réalisé une saison impressionnante, tel un chef d’orchestre en état de grâce, étalant à chaque sortie une maestria digne d’un vieux briscard de la discipline. Doté de l’étoffe des héros, le champion allemand débarrassé de l’ombre immense d’Ayrton Senna a produit quelques OVNI et deux courses inoubliables : à Spa Francorchamps où il remonte de la 16e place du peloton pour croiser le fer avec son dauphin Damon Hill avant de s’octroyer une victoire d’anthologie (mais cependant marquée au fer rouge par des manœuvres du champion du monde 1994 peu compatibles avec l’esprit sportif) puis au Nürburgring où le chasseur allemand fond sur sa proie (Jean Alesi), s’offrant le scalp de la Ferrari à deux tours de l’arrivée dans l’Eifel, provoquant l’euphorie d’un public local brandissant des oriflammes en l’honneur de la nouvelle icône de la vitesse. Difficile de donner tort au champion sans couronne Stirling Moss quand il déclare à propos des saisons 1994 et 1995 de l’Allemand : A aucune époque, un pilote n’a dominé la F1 comme Schumacher aujourd’hui. De là à plébisciter le cru 1995 de Michael Schumacher comme le plus grand millésime de la F1, il y a un pas que beaucoup n’oseraient franchir.

    • Damon Hill 1996 (champion du monde avec Williams Renault) : 10.27 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : la Williams FW18 n’avait pas de rivale tant Renault, du côté du bureau d’études de Viry-Châtillon dominait son sujet face aux moteurs du plateau (Ferrari venait de passer du V12 au V10, Mercedes était encore inexpérimenté tout comme Mugen Honda et Peugeot) … Mais l’écart creusé entre Williams et Benetton le fut grâce à la valeur ajoutée d’un ingénieur aérodynamicien du niveau exceptionnel d’Adrian Newey, au talent comparable aux plus grands ingénieurs du passés : Rudolf Uhlenhaut, Colin Chapman, Mauro Forghieri, Gordon Murray ou encore John Barnard.
    - Concurrence (3) : le fauve Michael Schumacher rejoignant une Scuderia Ferrari encore en train de gérer le passage du V12 au V10 côté moteur, il est vain d’espérer un troisième titre pour le champion allemand. Chez Williams Renault, David Coulthard est remplacé par Jacques Villeneuve, rookie venu de l’Indy, où il a cumulé le titre en championnat Indycar et la victoire aux 500 Miles d’Indianapolis. C’est donc un duel entre fils de champions, celui de Graham Hill et celui de Gilles Villeneuve, qui s’annonce, car Benetton Renault orpheline du Kaiser va décliner malgré la combativité de Jean Alesi, et McLaren Mercedes est encore loin de retrouver son lustre d’antan, malgré le talent de Mika Häkkinen conseillé par Alain Prost appelé en renfort par Ron Dennis du côté de Woking.
    - Statistiques (2.27) : 16 Grands Prix, 8 victoires, 97 points, 9 pole positions, 8 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de 19 points sur son dauphin Jacques Villeneuve (78 points).
    - Coups d’éclat (3) : c’est surtout mentalement que Damon Hill a impressionné. Jamais soutenu psychologiquement par Frank Williams et Patrick Head en 1994 et 1995, le fils de Graham subit en 1996 un terrible et cynique camouflet verbal de la part du patron de Grove : Damon a été remercié par un titre obtenu par 251 personnes et des millions de livres sterling. Limogé sans pitié par l’écurie Williams, le Londonien savait qu’il serait remplacé par Heinz-Harald Frentzen pour 1997. Cela rend le contexte de cette saison particulier pour ce pilote âgé de 36 ans, c’est la saison de la dernière chance pour le dauphin de Michael Schumacher en 1994 et 1995. La figure de proue de Benetton parti relever le défi Ferrari avec panache, Hill sait qu’il n’a plus qu’une occasion d’inscrire son nom au panthéon de la F1 pour y rejoindre son père Graham, avant l’estocade que lui portera Frank Williams. Serein sous la pluie d’Interlagos, Hill enfonce le clou à Buenos Aires avant de parachever son œuvre par un triomphe à Suzuka, bien que son coéquipier Jacques Villeneuve ait dû abandonner sur le circuit nippon.

    • Jacques Villeneuve 1997 (champion du monde avec Williams Renault) : 8.26 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : ultime création d’Adrian Newey chez Williams Renault, la FW19 a souffert d’être doublement orpheline, primo de Newey parti début 1997 en année sabbatique après le veto de Frank Williams et de Patrick Head de lui donner des parts de l’écurie de Grove, secundo d’Elf pétrolier historique de Renault parti un an avant le Losange (fin 1996 contre fin 1997) et remplacé par Castrol. Sans son gourou aérodynamique, il sera très complexe à Grove de régler la FW19 de façon optimale malgré son ADN d’Excalibur des pistes. En face, la Ferrari F310 B reste imparfaite malgré le travail de Ross Brawn et de Rory Byrne, ce dernier tout juste recruté par Jean Todt alors que l’ingénieur sud-africain avait quitté Benetton pour Phuket, en Thaïlande … Quant à la Benetton Renault B197, elle souffre du départ de Brawn et Byrne tandis que la McLaren Mercedes MP4/12 reste encore peu fiable et peu véloce par la faute d’un V10 Mercedes encore trop loin de la référence du Losange, malgré sa livrée argentée qui annonce les succès à venir …
    - Concurrence (3.5) : Michael Schumacher et la Scuderia Ferrari redoutables mais trop esseulés contre le pilote québécois, Heinz-Harald Frentzen ne supportant pas la pression inhérente à un top team tel que Williams Renault, Damon Hill piégé dans le guêpier Arrows Yamaha chez Tom Walkinshaw, Gerhard Berger privé de trois courses (Montréal, Magny-Cours, Silverstone) par une infection des sinus et la mort de son père Johannis, Jean Alesi et Mika Häkkinen avaient toujours la scoumoune leur collant à la peau tel le sparadrap du capitaine Haddock, la concurrence était forte en 1997 pour Jacques Villeneuve, même si uniquement représentée par le double champion du monde allemand, héritier légitime du titre subjectif de meilleur pilote du monde depuis le décès de l’archange Ayrton Senna à Imola le 1er mai 1994.
    - Statistiques (1.76) : 17 Grands Prix, 7 victoires, 81 points, 10 pole positions, 8 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 3 points sur son dauphin Michael Schumacher (78 points) par la suite déclassé par la FIA après le navrant épisode de Jerez au Grand Prix d’Europe.
    - Coups d’éclat (1) : il n’y a guère sur le circuit Oscar Galvez de Buenos Aires que Jacques Villeneuve fut impressionnant, égalant les 6 victoires de feu son père Gilles malgré une intoxication alimentaire. Mais le Québécois a su faire front, après avoir gagné la semaine précédente à Interlagos au Brésil. Egalement, 3e à Jerez lors de la course décisive pour le titre, Jacques Villeneuve a su se sublimer pour offrir le titre à Williams Renault, malgré les probables consignes données par Peter Sauber (sur ordre de Jean Todt) à son pilote argentin Norberto Fontana pour ignorer les drapeaux verts en Andalousie. Avec panache, le Canadien a joué son va-tout dans un dépassement kamikaze contre son rival allemand, auteur d’un réflexe désespéré au virage de Dry Sack. Pour le reste du cru 1997 loin d’être un millésime exceptionnel, le pilote canadien fut soit malchanceux (strike d’Eddie Irvine sur sa FW19 en Australie, casse mécanique à Imola, disqualification au Japon, piégé par les mauvais choix de pneus de Grove sous la pluie à Monaco puis en Belgique), soit peu méritant (vainqueur à Silverstone grâce aux abandons de Michael Schumacher et Mika Häkkinen, lauréat à Budapest grâce au problème mécanique ralentissant Damon Hill, héritant de la première place à Spielberg suite aux renoncements de Jarno Trulli et Mika Häkkinen, vainqueur au Nürburgring suite aux moteurs V10 Mercedes de Mika Häkkinen et David Coulthard sonnant le glas des espoirs de McLaren dans l’Eifel), soit médiocre et indigne de son statut de candidat au titre (faute de pilotage dès le deuxième tour dans le mur au Canada, anonyme 9e à Hockenheim) voire carrément transparent (4e à Nevers Magny-Cours, 5e à Monza). Quel contraste avec les démonstrations de pilotage de Michael Schumacher à Monaco ou Spa Francorchamps, l’Allemand ramenant aussi pléthore de points intermédiaires en faisant le dos rond sur une bien imparfaite Ferrari F310B !

    • Mika Häkkinen 1998 (champion du monde avec McLaren Mercedes) : 12.86 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : merveille aérodynamique signée du gourou Adrian Newey libéré par Ron Dennis des contraintes de la saison 1997 à Woking, propulsée par un fabuleux moteur V10 Mercedes conçu par Mario Illien, la McLaren Mercedes MP4/13 était plus rapide que la Ferrari F300 (cependant plus fiable), avec notamment le manufacturier Bridgestone qui tailla des croupières à son rival Good Year cette année là en F1, profitant de l’arrivée des gommes rainurées et de la fin des pneus slick.
    - Concurrence (4) : Michael Schumacher et Ferrari redoutables après un début de saison marquée par le one-man-show des flèches d’argent, la tâche de Mika Häkkinen fut plus ardue que l’on aurait cru après la démonstration des McLaren Mercedes à l’Albert Park de Melbourne début 1998, rappelant le festival des Mercedes W196 de Juan Manuel Fangio et Karl Kling en juillet 1954 sur le circuit de Reims Gueux, pour un Grand Prix de France demeuré mythique. Une fois chaussées ses bottes de sept lieues, le diable rouge allemand va donner du fil à retordre au Finlandais Volant qu’il poussera dans ses ultimes retranchements, pendant que l’Ecossais David Coulthard se mua de façon presque irréversible en numéro 2 à Woking, rôle qu’il avait étrenné en gentleman driver en Australie, cédant à son leader la première place comme convenu après leur pacte de non-agression conclu oralement la veille au vu du gouffre temporel créé en qualifications sur les Williams Mecachrome et les Ferrari.
    - Statistiques (2.36) : 16 Grands Prix, 8 victoires, 100 points, 9 pole positions, 11 podiums et 6 meilleurs tours, sans oublier un écart de 14 points sur son dauphin Michael Schumacher (86 points)
    - Coups d’éclat (4.5) : solide à Interlagos, souverain à Monaco, imperméable à la pression du Kaiser à Spielberg, implacable dans l’Eifel au Nürburgring et fin tacticien à Suzuka en piégeant son rival allemand dès le tour de formation, Mika Häkkinen a totalement convaincu en 1998 par des prestations de très grande classe.

    • Mika Häkkinen 1999 (champion du monde avec McLaren Mercedes) : 9.07 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : guère plus fiable que la McLaren Mercedes MP4/13, la MP4/14 était beaucoup plus rapide que la Ferrari F399, avec un monopole Bridgestone cette année là en F1. Il suffit de se souvenir du commentaire blasé de Michael Schumacher après les premiers essais qualificatifs en mars 1999 à Melbourne, ayant concédé 1’’3 à Mika Häkkinen : Nous ne sommes pas au niveau.
    - Concurrence (1) : Michael Schumacher blessé à Silverstone, David Coulthard marqué par son échec de 1998 et accablé de problèmes mécaniques, Mika Häkkinen se retrouva face à Eddie Irvine, sherpa du Kaiser propulsé leader de Maranello durant l’été 1999. La performance médiocre d’Irvine pour le money time à Suzuka, pourtant son circuit de prédilection puisqu’il avait couru en F3000 japonaise, montra à quel point la concurrence était faible pour le champion du monde 1998 dans la course à sa succession en 1999.
    - Statistiques (2.07) : 16 Grands Prix, 5 victoires, 76 points, 11 pole positions, 6 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 2 points sur son dauphin Eddie Irvine (74 points)
    - Coups d’éclat (4) : au Canada sur le circuit Gilles-Villeneuve, Mika Häkkinen est le seul champion du monde à éviter le fameux mur Bienvenue au Québec, puisque Michael Schumacher, Damon Hill et Jacques Villeneuve. Souverain à Budapest et surtout à Suzuka (bien que sans doute aidé par le Baron Rouge au départ), le Finlandais a su relever la tête après bien des désillusions (abandon à Melbourne, erreurs de pilotage à Imola et Monza, malchance à Silverstone, Spielberg et Hockenheim, consigne d’équipe de Ron Dennis défavorable à Spa Francorchamps, stratégie erronée sous la pluie au Nürburgring …). Malgré l’absence de Michael Schumacher entre Silverstone et le Nürburgring, le leader de McLaren Mercedes a prouvé qu’il n’avait pas usurpé son titre mondial de 1998, qu’il n’était pas un imposteur arrivé par hasard au sommet de l’Everest de la F1.

    • Michael Schumacher 2000 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 13.64 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : plus fiable que la McLaren Mercedes MP4/15, la Ferrari F1-2000 était presque aussi rapide que sa rivale avec un monopole Bridgestone cette année là en F1. Avec cette excellente voiture, Schumi signera 9 poles en 2000, son record de pole positions (le précédent étant 6 en 1994 avec Benetton Ford) …
    - Concurrence (4) : avec un Mika Häkkinen au sommet de sa forme (quel dépassement d’anthologie sur le toboggan ardennais de Spa Francorchamps !) et de son expérience, le Kaiser eut à faire face à très forte partie, le Finlandais Volant étant son principal challenger pour la couronne. Longtemps prétendant avant de s’effondrer dans le money time, David Coulthard fut menaçant jusqu’au Grand Prix d’Allemagne. Du côté de Ferrari, le Michael Schumacher 2.0 (comprenez post Silverstone 1999) s’était annoncé dès Sepang 1999, avec un retour fracassant de convalescence. Et ce ne sont pas les quelques mots prononcés en italien par Rubens Barrichello, agneau sacrifié par Jean Todt avec un contrat de n°2 tel Eddie Irvine avant lui, qui allaient s’opposer à la déferlante Schumacher, déterminé à succéder à Jody Scheckter dans le cénacle des pilotes Ferrari sacrés champions du monde en F1. Les sauts de cabri, douches au champagne et orchestration de l’hymne italien allaient devenir un rituel pour l’ancienne clé de voûte du team Benetton.
    - Statistiques (2.14) : 17 Grands Prix, 9 victoires, 108 points, 9 pole positions, 12 podiums et 1 meilleur tour, sans oublier un écart de 19 points sur son dauphin Mika Häkkinen (89 points)
    - Coups d’éclat (4.5) : au Nürburgring, l’Allemand a dompté la pluie apocalyptique qui s’était abattue sur l’Eifel. A Monaco, Schumi était sans rival avant d’être trahi par sa mécanique. A Suzuka, le Baron Rouge perdit le bénéfice de sa pole position mais sut sortir vainqueur d’un terrible duel avec Häkkinen, comme quelques mois plus tôt à Imola sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari.

    • Michael Schumacher 2001 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 10.70 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : plus fiable que la McLaren Mercedes MP4/16 d’Adrian Newey, la Ferrari était plus rapide grâce au nouvel axe Bridgestone signé par Jean Todt, qui sonna le glas des espoirs de Woking de dominer, surtout qu’Ilmor dut revoir en urgence son V10 Mercedes pour retirer le béryllium interdit par la FIA.
    - Concurrence (2) : avec un Mika Häkkinen démotivé en 2001 après avoir surconduit en 2000 dans son duel avec Schumacher, un Juan Pablo Montoya encore rookie, le Kaiser domina trois pilotes inoffensifs : les deux pilotes affublés du cruel surnom de Next Year, l’Ecossais de McLaren David Coulthard, ainsi que son coéquipier chez Ferrari Rubens Barrichello, agneau sacrifié, sans oublier son frère cadet Ralf Schumacher (Williams BMW) qui ne visait que des victoires sans ambition au championnat, la campagne 2001 fut une promenade de santé pour le triple champion du monde, premier pilote Ferrari à conserver son titre depuis Alberto Ascari en 1953 !
    - Statistiques (2.70) : 17 Grands Prix, 9 victoires, 123 points, 11 pole positions, 14 podiums et 3 meilleurs tours, sans oublier un écart de 58 points sur son dauphin David Coulthard (65 points)
    - Coups d’éclat (4) : à Sepang, l’Allemand humilia le peloton alors que les vannes célestes s’étaient abattues sur Kuala Lumpur après un orage tropical. Mais la suspicion d’anti-patinage était très forte sur la F2001 ce jour là … Vainqueur chanceux en Espagne après l’infortunée panne mécanique d’Häkkinen, Michael Schumacher n’a pas réussi de course exceptionnelle en 2001, exception faite de Suzuka où il étrennait une F2001 comprenant déjà des pièces de la fabuleuse F2002 à venir. Mais l’Allemand eut le mérite de faire le triplé des juges de paix, Monaco – Spa Francorchamps – Suzuka, exploit déjà réussi en 1995 et qui sera égalé par Kimi Räikkönen en 2005, à la différence près qu’Iceman ne fut pas champion du monde cette année là, mais dauphin de Fernando Alonso !

    • Michael Schumacher 2002 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 9.09 points
    - Niveau de handicap de la voiture (1) : exception faite peut être de 2004, jamais sans doute la Scuderia Ferrari n’a produit un tel chef d’œuvre alliant performance et fiabilité, sans parler de l’adhérence exceptionnelle de pneus Bridgestone spécialement conçus pour Maranello, l’axe signée entre le manufacturier japonais et le top team italien repoussant McLaren dans le clan Bibendum, un an après le retour de Michelin en F1 en 2001. La Ferrari F2002 était incomparablement supérieure à la Williams BMW FW24, la McLaren Mercedes MP4/17 ou la Renault R22.
    - Concurrence (2) : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. L’adage est bien connu … Mika Häkkinen parti en année sabbatique avec le droit accordé par Ron Dennis de revenir chez McLaren Mercedes pour 2003, le Kaiser Schumacher se retrouvait orphelin de son meilleur rival, surtout que la F2002 était une véritable fusée, sorte d’accomplissement de la Dream Team Brawn / Byrne / Martinelli notamment grâce à la soufflerie à échelle 1/2 construite en 1998 par l’architecte italien Renzo Piano à Maranello. Face à ce bolide écarlate insatiable, les monoplaces de Woking (MP4/17) et Grove (FW24) font pâle figure, même si Juan Pablo Montoya accumule les pole positions pour Williams BMW et que le jeune espoir Finlandais Kimi Räikkönen montre son talent à Melbourne, Magny-Cours puis Spa Francorchamps. Reste le coéquipier du Baron Rouge, Rubens Barrichello, agneau sacrifié par Jean Todt à Spielberg, au Grand Prix d’Autriche, ce qui provoqua le courroux de la foule …
    - Statistiques (3.09) : 17 Grands Prix, 11 victoires, 144 points, 7 pole positions, 17 podiums et 7 meilleurs tours, sans oublier un écart de 67 points sur son dauphin Rubens Barrichello (77 points)
    - Coups d’éclat (3) : patron autoritaire à Melbourne et Interlagos, leader solide à Imola et Barcelone, étincelant sous la pluie de Silverstone, opportuniste à Magny-Cours après l’erreur d’Iceman sur une tâche d’huile laissée par la Toyota d’Allan McNish, Michael Schumacher réalise ensuite une course véritablement prodigieuse dans son jardin de Spa Francorchamps. Sur le toboggan des Ardennes, le quintuple champion du monde légitime son statut de pilote n°1 chez Ferrari, collant une seconde au tour à son dauphin au Mondial et coéquipier, le Brésilien Rubens Barrichello. Mais on ne peut oublier l’épisode navrant de Spielberg, victoire à la Pyrrhus pour Schumacher qui perd beaucoup de popularité auprès des fans de la F1. Roi incontesté parmi l’élite des pilotes, le Kaiser ne s’oppose pas sur l’A1 Ring aux ordres radio du binôme Todt / Brawn, coupé de la réalité dans sa tour d’ivoire à force de tutoyer la perfection chaque dimanche. Après les superlatifs, ce sont les marques d’opprobre et les critiques virulent qui pleuvent sur la Scuderia, qui a franchi le Rubicon en Autriche. La razzia qui va suivre ne change pas la popularité de Michael Schumacher, comparé à son égal statistique Juan Manuel Fangio, si charismatique et respecté de ses pairs dans les années 50. Après une nouvelle polémique à Indianapolis, le pilote allemand est un paradoxe, immense champion mais en manque de reconnaissance … Dommage, car Schumacher termine 2002 par un ultime récital, une symphonie de soliste virtuose aux airs de requiem pour la concurrence, à Suzuka. Sans l’énorme bémol autrichien, la note de 4 eut été plus conforme au très haut niveau des prestations fournies par Michael Schumacher en 2002.

    • Michael Schumacher 2003 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 13.70 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : baptisée F2003 GA après le décès de l’Avvocato Giovanni Agnelli en janvier 2003 (Michael Schumacher, avec Michel Platini ancien virtuose de la Juventus, sera le seul sportif convié aux obsèques), la nouvelle F1 produite par le Cavallino Rampante se révèle encore rapide mais n’arrive qu’au Grand Prix d’Espagne, la F2002 ayant assuré les quatre premières courses de la saison (Albert Park, Sepang, Interlagos et Imola). Durant l’été, les pneus Michelin surclassent les gommes Bridgestone et seule une manoeuvre politique auprès de la FIA permet à Ferrari de reprendre de l’oxygène face à la FW25 de Williams BMW et la MP4/17D de McLaren Mercedes, ultime évolution de la flèche d’argent de 2002, Woking et Adrian Newey n’ayant jamais pu mettre en piste la FW18 faut de passer le crash test de la FIA en 2003 !
    - Concurrence (4) : si le Kaiser n’a eu aucun rival de taille, il a vu une multitude de jeunes loups vouloir ébranler sa forteresse supposée imprenable fin 2002. Pour dépasser la légende argentine Juan Manuel Fangio avec ce sixième titre mondial, l’ogre allemand garde un appétit colossal de Pantagruel, face au pistolero colombien Juan Pablo Montoya, au Finlandais Volant troisième génération Kimi Räikkönen ainsi que face au diamant brut d’Oviedo, le jeune protégé de Flavio Briatore chez Renault, Fernando Alonso.
    - Statistiques (1.70) : 16 Grands Prix, 6 victoires, 77 points (93 en barème initial), 5 pole positions, 8 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de 10 points sur son dauphin Kimi Räikkönen (67 points, 91 en barème initial)
    - Coups d’éclat (5) : impressionnant mentalement à Imola suite au décès de sa mère Elisabeth le samedi du Grand Prix de Saint-Marin, Schumacher étrenne victorieusement la F2003 GA à Barcelone, malgré un Fernando Alonso survolté à domicile avec Renault. Un incendie sur son bolide écarlate n’empêche pas l’ogre de Kerpen de gagner en Autriche, puis au Canada malgré le harcèlement des Williams BMW de Juan Pablo Montoya et Ralf Schumacher. Mangeant son pain noir durant l’été, Schumi subit le camouflet d’un drapeau bleu à Budapest face à la nouvelle figure de proue du Losange, le jeune Espagnol Fernando Alonso. Phénix renaissant de ses cendres à Monza, l’ancien leader de Benetton tire la quintessence de son exceptionnel talent sous la pluie providentielle d’Indianapolis, noyé par les vannes célestes. Reste à parachever la campagne par une ultime bataille d’épicier à Suzuka, juge de paix d’une saison chaotique où Schumacher a su se cracher dans les mains, et y croire, refusant viscéralement la défaite !

    • Michael Schumacher 2004 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 10.05 points
    - Niveau de handicap de la voiture (1) : la quadrature du cercle pour cette F2004, véritable OVNI, sorte de climax du bureau d’études de Maranello, parvenu au bout de son cycle vertueux avant d’être rattrapé par l’inévitable usure du pouvoir et phénomène d’érosion du temps qui annonce l’inexorable déclin qui guette. En résumé, la Ferrari F2004 était largement plus rapide et fiable que la Williams BMW FW26, la McLaren Mercedes MP4/19, la BAR Honda 006 ou la Renault R24 …
    - Concurrence (2) : par la faute d’une F2004 qui voltige sur l’asphalte des différents circuits du championnat, aucun pilote ne peut véritablement concurrencer ce Kaiser nourri au nectar et à l’ambroisie, pas plus Jenson Button (BAR Honda), Fernando Alonso (Renault), Kimi Räikkönen (McLaren Mercedes) que Juan Pablo Montoya (Williams BMW). Seul l’abandon du fauve allemand à Monaco et le barème ne récompensant guère le panache (10 points pour la victoire, 8 pour la deuxième place) maintient un faux suspense vis-à-vis de Rubens Barrichello, faire-valoir du sextuple champion du monde, une fois de plus plébiscité meilleur pilote du plateau parmi les gladiateurs de la vitesse, tant Schumacher a porté au pinacle son art du pilotage avec 12 victoires en 13 courses entre Melbourne et Budapest, soit 120 points sur 130 possibles, avant son sacre pour sa septième couronne de lauriers, en Wallonie à Spa Francorchamps. Avant de se rendre dans les Ardennes belges, Schumacher a ressuscité la légende de Siegfried, le héros du mythe des Nibelungen, rendu presque invincible par le sang du dragon Fafnir.
    - Statistiques (3.05) : 18 Grands Prix, 13 victoires, 142 points (148 en barème initial), 8 pole positions, 15 podiums et 10 meilleurs tours, sans oublier un écart de 56 points sur son dauphin Rubens Barrichello (86 points, 114 en barème initial)
    - Coups d’éclat (4) : à Nevers Magny-Cours, avec son vieux complice Ross Brawn, Michael Schumacher reproduit une nouvelle fois l’exploit de Budapest 1998, ajoutant un ravitaillement en pleine course, ce qui prive Fernando Alonso d’un succès au Grand Prix de France pour Renault. Au Canada, malgré une sixième place sur le circuit Gilles Villeneuve où dépasser est si complexe, Michael Schumacher émerge en grand vainqueur du combat québécois … Pour le reste, le Kaiser a fait le job notamment face à Rubens Barrichello, mais la F2004 était cent coudées au-dessus de ses rivales, FW26, MP4/19 ou R24.

    • Fernando Alonso 2005 (champion du monde avec Renault) : 13 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la R25 était la plus rapide en tout début de saison avant que la MP4/20, ultime création d’Adrian Newey à Woking, ne devienne l’arme absolue à partir d’Imola, mais trop fragile malheureusement pour le dauphin d’Alonso, Iceman, pénalisé à Silverstone et Monza aux essais, à Hockenheim en course.
    - Concurrence (4) : David bat enfin Goliath. Après cinq saisons d’une implacable hégémonie, l’épouvantail Michael Schumacher tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne, la faute à des pneus Bridgestone ratés en 2005 dans le cadre du nouveau règlement technique. Mais Kimi Räikkönen va se révéler un redoutable challenger pour Fernando Alonso, avec 7 victoires pour Iceman. La fiabilité fut le talon d’Achille de Woking, tandis que Juan Pablo Montoya sera trop irrégulier. Quant à Giancarlo Fisichella, exception faite d’une ouverture en fanfare en Australie, le pilote italien fut surclassé par son leader ibérique chez Renault. Banderille après banderille, Fisico se voit porter l’estocade par son jeune coéquipier, jusqu’à recevoir cette terrible critique en interne au sein du top team d’Enstone et Viry-Châtillon : Chez nous, on a un génie et un tocard…, soupire un ingénieur de Renault, moins de deux semaines après l’apothéose vécue par Alonso à Interlagos, titré au pays de son idole de jeunesse, l’archange Ayrton Senna, triple champion du monde (1988, 1990, 1991) avec McLaren Honda avant son décès le 1er mai 1994 dans le cockpit d’une Williams Renault.
    - Statistiques (2) : 18 Grands Prix (Fernando Alonso ne pouvant concourir, comme tous les pilotes Michelin, à Indianapolis), 7 victoires, 115 points (133 en barème initial), 6 pole positions, 15 podiums et 2 meilleurs tours, sans oublier un écart de 16 points sur son dauphin Kimi Räikkönen (99 points, 112 en barème initial)
    - Coups d’éclat (4) : on a beaucoup reproché, assez injustement, à Fernando Alonso de piloter en épicier en 2005 lors de sa première quête du Graal. Harcelé par un Schumacher en transe sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari d’Imola, Alonso offre des montagnes russes d’adrénaline au public par sa défense contre le Baron Rouge. Au Grand Prix d’Europe fin mai, le jeune leader du Mondial met la pression à Räikkönen au Nürburgring, ce qui cause l’abandon du Finlandais victime d’un plat sur son pneu avant gauche en dépassant la Sauber de Jacques Villeneuve quelques tours plus tôt. La suspension de la McLaren Mercedes n’y résiste pas et le 10-0 infligé dans l’Eifel par l’Espagnol à son rival pèsera très lourd dans le décompte final. Les réactions d’orgueil du champion d’Oviedo sont aussi remarquables. Intouchable à Monaco puis au Canada, Kimi Räikkönen grignote son retard. Mais l’Espagnol réagit en patron à Nevers Magny-Cours, imposant violemment son sceau dans le fief du Losange. Rebelote à Shanghaï où le prodige ibérique rattrape l’erreur de Fisichella au Japon, afin d’assurer à Renault le titre des constructeurs, celui des pilotes étant acquis depuis le Grand Prix du Brésil. Mais Alonso, plus jeune champion du monde de l’Histoire à 24 ans, avait aussi à cœur d’égaler les 7 victoires de son dauphin finlandais Räikkönen, éblouissant de virtuosité à Suzuka (remontée d’Iceman de la 17e vers la 1re place). L’Espagnol a fait preuve d’une impressionnante maturité tout au long de 2005, étant imperméable à la pression du leadership du Mondial !

    • Fernando Alonso 2006 (champion du monde avec Renault) : 13.09 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la R26 était la voiture plus rapide en début de saison avant que la Ferrari 248F1 ne devienne l’arme absolue aux mains de l’as Michael Schumacher.
    - Concurrence (4) : à ceux qui pensaient qu’il avait commis le péché d’orgueil en 2005 et qu’il resterait perché dans une tour d’ivoire en 2006, Michael Schumacher opposa un démenti cinglant. Loin d’être utopique, la perspective d’une huitième couronne mondiale pour le champion allemand fut même probable au soir du Grand Prix de Chine, quand la figure de proue de la Scuderia menait au nombre de victoires le classement face à Fernando Alonso. A son zénith, l’Allemand fut cependant trop seul contre l’Espagnol, leurs lieutenants Felipe Massa et Giancarlo Fisichella étant incapables d’élever leur niveau ? Quant à Kimi Räikkönen, il vécut une saison vierge de succès chez McLaren Mercedes, à l’inverse de Jenson Button qui évita de rentrer bredouille par une première victoire en F1 avec Honda, à Budapest.
    - Statistiques (2.09) : 18 Grands Prix, 7 victoires, 118 points (134 en barème initial), 6 pole positions, 14 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de 14 points sur son dauphin Michael Schumacher (104 points, 118 en barème initial)
    - Coups d’éclat (4) : en Hongrie, Alonso voltige sur piste humide, tel Ayrton Senna lors du miracle de Pâques du 11 avril 1993 à Donington Park. Un problème mécanique interrompt sa chevauchée fantastique, mais l’Asturien avait tiré la substantifique moelle de sa R26 à Sakhir lors d’une joute d’anthologie avec Michael Schumacher, puis de nouveau à Barcelone, Monaco, Silverstone et Montréal, autant de démonstrations de pilotage pour le nouveau mètre étalon de la F1. Mais la note maximale va à son dauphin allemand, auteur à Interlagos pour son ultime départ en F1 d’une prestation majuscule digne de ses plus grandes fulgurances du passé, tel un superbe chant du cygne …

    • Kimi Räikkönen 2007 (champion du monde avec la Scuderia Ferrari) : 12.81 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la McLaren Mercedes MP4/22 étant copiée en grande partie sur la F2007 (d’où l’affaire d’espionnage dite du Stepneygate entre Nigel Stepney ancien chef mécanicien de Ferrari et Mike Coughlan ancien ingénieur de McLaren Mercedes), les deux bolides furent à tour de rôle les plus rapides, soit la Rossa, soit la flèche d’argent.
    - Concurrence (4) : la saison 2007 fut telle à un processus de Charles Darwin, une sorte de sélection naturelle qui a d’abord éliminé Felipe Massa, coéquipier de Kimi Räikkönen au sein de la Scuderia Ferrari. Restaient face à Iceman les jumeaux de Woking, le double champion du monde espagnol Fernando Alonso et le rookie britannique au casque jaune Lewis Hamilton, propulsés par une McLaren Mercedes véloce puisqu’en partie copiée sur la F2007, mais qui vont se livrer un duel fratricide qui n’est pas sans rappeler celui entre Emerson Fittipaldi et Ronnie Peterson chez Lotus Cosworth en 1973, ou entre Nigel Mansell et Nelson Piquet chez Williams Honda en 1986.
    - Statistiques (1.81) : 17 Grands Prix, 7 victoires, 118 points (134 en barème initial), 6 pole positions, 14 podiums et 5 meilleurs tours, sans oublier un écart de 14 points sur son dauphin, le rookie britannique Lewis Carl Hamilton (104 points, 118 en barème initial)
    - Coups d’éclat (4) : déchaîné en fin de saison, Iceman fait passer sous ses fourches caudines les flèches d’argent de Lewis Hamilton et Fernando Alonso, pourtant favoris du championnat durant l’été au vu de la supériorité de Woking. Personne n’aurait misé un kopeck sur le Finlandais après Indianapolis, où il bouclait une série de quatre courses sans le moindre podium (26 points de retard sur Hamilton à l’époque de la victoire à 10 points) … Dressant la guillotine face à son ancienne écurie, Räikkönen reste imperméable à la pression des tifosi et de la presse italienne qui espèrent voir le Finlandais succéder à Michael Schumacher au panthéon des pilotes sacrés avec la Scuderia Ferrari. A Silverstone durant l’été, Iceman redresse la barre en patron, avant de gagner pour la troisième fois dans son jardin de Spa Francorchamps. Puis vient le morceau de bravoure de Shanghaï, avant que Felipe Massa ne lui cède la victoire à Interlagos, afin que Kimi Räikkönen puisse coiffer sur le poteau ses deux rivaux de McLaren Mercedes (110 pour Räikkönen contre 109 points chacun pour Hamilton et Alonso).

    • Lewis Hamilton 2008 (champion du monde avec McLaren Mercedes) : 10.92 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la McLaren Mercedes MP4/23 était légèrement moins rapide que la F2008.
    - Concurrence (2) : Fernando Alonso de retour au bercail chez Renault, Robert Kubica bridé dans la course au titre par BMW Sauber (Mario Theissen ayant pris la décision de tout miser sur 2009 en vertu du changement de règlement technique), Heikki Kovalainen porteur d’eau chez McLaren Mercedes, ne restaient comme rivaux crédibles pour Lewis Hamilton que les pilotes de la Scuderia Ferrari, le champion du monde Kimi Räikkönen et son coéquipier brésilien Felipe Massa. Alors que l’étoile du Pauliste ne cessa de grimper tout au long de 2008, Iceman ne fut que l’ombre de lui-même malgré des débuts sur les chapeaux de roue pour défendre le sceptre acquis de haute lutte en 2007.
    - Statistiques (1.42) : 18 Grands Prix, 5 victoires, 80 points (98 en barème initial), 7 pole positions, 10 podiums et 1 meilleur tour, et un écart de -3 points sur son dauphin Felipe Massa (83 points, 97 en barème initial) qui aurait été champion du monde devant Black Senna si l’ancien barème 1991-2002 avait été appliqué. En effet, avec 6 victoires contre 5, le natif de Sao Paulo aurait profité du fait que les deuxièmes places ne valaient que 6 points, contre 8 à partir de 2003. Voilà qui ne plaide pas pour la légitimité de la première couronne acquise par le pilote au casque jaune.
    - Coups d’éclat (4.5) : en 2008, avant de vivre son soleil d’Austerlitz sous la pluie d’Interlagos noyé par les vannes célestes, Lewis Hamilton fut magistral, avec une victoire pleine d’autorité à Monaco, une démonstration de pyrotechnie sous la pluie de Silverstone, un succès à Hockenheim malgré une erreur tactique de McLaren, et un triomphe en Chine malgré l’épée de Damoclès du money time.

    • Jenson Button 2009 (champion du monde avec Brawn Mercedes) : 8.42 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : la Brawn Mercedes BGP 001 était la plus rapide grâce au double diffuseur autorisé par la FIA en pleine incohérence avec un nouveau règlement technique censé favoriser l’adhérence mécanique au détriment du grip aérodynamique … Sans cela, la Red Bull Renault RB004 d’Adrian Newey aurait été l’arme absolue.
    - Concurrence (3) : Fernando Alonso toujours à manger son pain noir chez Renault devenu un one-car-team, Robert Kubica pris dans le naufrage de BMW Sauber, Felipe Massa blessé à l’œil à Budapest avec Ferrari, seuls deux héros de 2008 restent compétitifs face aux nouveaux rois du paddock, Brawn Mercedes et Red Bull Renault, en l’occurrence le champion du monde Lewis Hamilton (McLaren Mercedes) qui honore son n°1 à Budapest et Singapour, ainsi que Kimi Räikkönen lauréat pour la Scuderia Ferrari sur le toboggan des Ardennes, à Spa Francorchamps (quatrième victoire d’Iceman en Wallonie après 2004, 2005 et 2007). Mais les véritables rivaux de Jenson Button sont son coéquipier chez Brawn, Rubens Barrichello, vite relégué au rang de dauphin potentiel malgré de beaux succès à Valence et Monza, ainsi que le grand espoir allemand Sebastian Vettel, promu de l’écurie satellite Toro Rosso au vaisseau amiral Red Bull en remplacement du retraité David Coulthard après sa victoire sous la pluie italienne de Monza en 2008 à seulement 21 ans et 2 mois. Mais Baby Schumi accumule les erreurs de jeunesse en 2009 : accrochage avec Kubica à l’Albert Park de Melbourne alors qu’un podium était presque gagné derrière l’intouchable Button, sortie de piste dans le rail du dédale de Monaco, erreur de pilotage qui offre à Button la victoire sur un plateau à Istanbul Park. C’est entre 2010 et 2012, en faisant bien mieux que résister à Lewis Hamilton chez McLaren Mercedes (10 victoires pour Lewis contre 8 à Jenson), que Jenson Button légitimera sa couronne mondiale gagnée en 2009 avec Brawn Grand Prix, phénix né des cendres de Honda avant d’être phagocyté par Mercedes en vue de 2010, pour orchestrer le come-back du Kaiser Schumacher parmi l’élite du sport automobile !
    - Statistiques (1.42) : 17 Grands Prix, 6 victoires, 77 points (95 en barème initial), 4 pole positions, 9 podiums et 2 meilleurs tours, et un écart de 8 points sur son dauphin Sebastian Vettel (69 points, 84 en barème initial).
    - Coups d’éclat (2) : endossant à merveille le costume de favori à Melbourne puis sous l’orage tropical de Sepang, Jenson Button ne laisse que les miettes de son festin au printemps, avec des victoires à Sakhir, Barcelone, Monaco puis Istanbul. Mais le pilote anglais reste muet entre Silverstone (8e manche de la campagne 2009) et Abu Dhabi (17e et dernier Grand Prix de cette 60e saison de F1), tandis que son dauphin Sebastian Vettel gagne 3 courses, sur l’ancien aérodrome de la Royal Air Force, sur le juge de paix de Suzuka puis dans le magnifique écrin des Emirats Arabes Unis à Yas Marina.

    • Sebastian Vettel 2010 (champion du monde avec Red Bull Renault) : 9.58 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : la Red Bull Renault RB006 d’Adrian Newey était l’arme absolue en 2010, bien que parfois dominée par une très équilibrée McLaren Mercedes MP4/25, voire une Ferrari F10 améliorée durant l’été 2010, Maranello mettant tous ses œufs dans le même panier, celui de son leader ibérique Alonso, qui a de suite coupé l’herbe sous le pied du Brésilien Felipe Massa.
    - Concurrence (4) : le bulldozer espagnol Fernando Alonso exceptionnel de régularité malgré une F10 imparfaite, le gladiateur Lewis Hamilton et son casque jaune de retour aux affaires après une chaotique saison 2009, l’Australien Mark Webber longtemps favori pour la couronne, Jenson Button défendant avec ardeur son titre mondial, les concurrents de choix n’ont pas manqué pour Baby Schumi en 2010 (saison la plus disputée de tous les temps en F1), loin devant l’étoile de Cracovie (Robert Kubica) bridé par une Renault trop irrégulière, ou encore Nico Rosberg et Michael Schumacher, duettistes de Mercedes AMG réduits au silence par l’incapacité de l’ancienne écurie Brawn GP à pérenniser la recette miracle du succès dans la jungle impitoyable de la F1.
    - Statistiques (1.58) : 19 Grands Prix, 5 victoires, 84 points (256 en barème initial), 10 pole positions, 10 podiums et 3 meilleurs tours, et un écart de 3 points sur son dauphin Fernando Alonso (81 points, 252 en barème initial).
    - Coups d’éclat (2) : c’est plus sur le plan mental que Vettel a impressionné à seulement 23 ans, lui qui battit le record de précocité de Lewis Hamilton pour devenir le plus jeune champion du monde de l’Histoire (à 23 ans et 5 mois en novembre 2010, contre 23 ans et 10 mois pour le Britannique en novembre 2008). Après la cruelle désillusion en Corée du Sud, l’Allemand a su réagir avec l’énergie implacable et l’orgueil d’un pur champion au Brésil puis à Abu Dhabi, ramenant 2 victoires et 50 points à Interlagos puis à Yas Marina, sans se poser des questions à l’issue d’une saison où il accumula les erreurs de jeunesse (Istanbul, Silverstone, Budapest, Spa Francorchamps). Mais en terme de pur coup d’éclat offrant des montagnes russes d’adrénaline au public, Jenson Button à Melbourne, Lewis Hamilton à Montréal, ou Fernando Alonso à Singapour ont fait mieux que le jeune espoir Vettel.

    • Sebastian Vettel 2011 (champion du monde avec Red Bull Renault) : 9.94 points
    - Niveau de handicap de la voiture (1) : la Red Bull Renault RB007 d’Adrian Newey était presque invincible en 2011 avec son double diffuseur, bien que parfois concurrencée par une véloce McLaren Mercedes MP4/26, et trop rarement par une Ferrari F150th Italia lauréate à Silverstone entre les mains d’Alonso, tel un clin d’œil au pionnier de la légende du cheval cabré, le pilote argentin José Froilan Gonzalez, vainqueur sur l’ancien aérodrome de la Royal Air Force en 1951.
    - Concurrence (2) : Mark Webber laminé psychologiquement par Helmut Marko chez Red Bull, Fernando Alonso portant son rocher de Sisyphe après l’erreur de conception dans la soufflerie de Toyota à Cologne, Lewis Hamilton irrégulier à cause de ses problèmes personnels (rupture avec Nicole Scherzinger), un seul pilote peut se dresser sur la route de Vettel pour limiter l’impact de son insolente domination : Jenson Button, opportuniste par ses victoires sur des tracés de prestige : le circuit Gilles-Villeneuve à Montréal, le Hungaroring de Budapest et Suzuka.
    - Statistiques (2.94) : 19 Grands Prix, 11 victoires, 147 points (392 en barème initial), 15 pole positions, 10 podiums et 3 meilleurs tours, et un écart de 64 points sur son dauphin Jenson Button (83 points, 270 en barème initial).
    - Coups d’éclat (4) : à Spa Francorchamps, Monza et surtout à Singapour pour une trilogie, Sebastian Vettel sort le bleu de chauffe, se révélant également impeccable en défense à Barcelone où il sera utopique d’envisager un dépassement pour le chasseur Lewis Hamilton

    • Sebastian Vettel 2012 (champion du monde avec Red Bull Renault) : 11.53 points
    - Niveau de handicap de la voiture (3) : la Red Bull Renault RB008 d’Adrian Newey était une excellente F1 en 2012, mais cependant moins impressionnante que sa devancière, ce qui permet à la McLaren Mercedes MP4/27 de tirer son épingle du jeu à sept reprises via le tandem Hamilton / Button.
    - Concurrence (4) : en 2012 avec la Scuderia Ferrari, Fernando Alonso entre dans une autre dimension et prend une envergure encore plus grande qu’en 2011, avec des succès d’anthologie à Sepang, Valence ou encore Hockenheim, où l’as d’Oviedo va tutoyer véritablement la perfection dans son bolide écarlate. Sans une infortune monumentale en Belgique et au Japon où les Lotus lui ont involontairement savonné la planche, l’Espagnol aurait conquis une troisième fois les lauriers mondiaux, égalant statistiquement son idole Ayrton Senna. Quant à Lewis Hamilton, il a gagné en maturité comparé à ces campagnes de 2007, 2008 ou 2010. Mais Alonso comme Hamilton ont tous les deux été pénalisés, le premier par les accrochages au départ, le second par la fragilité intrinsèque de sa flèche d’argent, qui le priva de plusieurs victoires méritées et précipitera son départ vers Mercedes AMG pour 2013.
    - Statistiques (1.53) : 20 Grands Prix, 5 victoires, 91 points (281 en barème initial), 6 pole positions, 10 podiums et 6 meilleurs tours, et un écart de 64 points sur son dauphin Fernando Alonso (86 points, 278 en barème initial).
    - Coups d’éclat (3) : après son abandon à Monza où Lewis Hamilton semblait devenir le plus sérieux challenger de Fernando Alonso, Sebastian Vettel accomplit une tournée asiatique remarquable, avec un quadruplé à Marina Bay (Singapour), Suzuka (Japon), Yeongam (Corée du Sud) puis Buddh en Inde, soit 100 points pour l’Allemand contre seulement 54 pour Alonso torpillé par la Lotus d’Iceman au Japon. N’abdiquant pas à Interlagos malgré le coup du sort face à Bruno Senna, l’enfant roi de Red Bull remonte jusqu’à une sixième place qui lui offre une troisième couronne mondiale consécutive, exploit seulement réussi dans le passé par Juan Manuel Fangio et Michael Schumacher.

    • Sebastian Vettel 2013 (champion du monde avec Red Bull Renault) : 9.98 points
    - Niveau de handicap de la voiture (2) : la Red Bull Renault RB009 d’Adrian Newey était une excellente F1 en 2013, dont l’avance sur la concurrence fut renforcée par la décision prise par la FIA à mi-championnat sur les pneus Pirelli.
    - Concurrence (2) : en 2013 avec la Scuderia Ferrari, Fernando Alonso commence à se lasser du top team italien, même s’il a fait sienne la maxime du Commendatore Enzo Ferrari : Nous nous battrons tant qu’il nous restera de l’essence, du courage, des bras, des mains, de l’air à respirer et du sang dans nos veines. Egalement inspiré par le samouraï japonais du XVIIe siècle Miyamoto Musashi, Alonso respecte son propre bushido mais la méthode Coué ne peut suffire face à l’asphyxiante hégémonie de Red Bull ! Chez Lotus, Kimi Räikkönen comprend vite que le titre sera une chimère, tandis que Mark Webber est vite remis en place par Vettel à Sepang. McLaren sombre tandis que Mercedes reste trop irrégulière … C’est donc une promenade de santé pour Vettel qui rejoint Alain Prost dans le gotha avec ce quatrième titre.
    - Statistiques (2.98) : 19 Grands Prix, 13 victoires, 150 points (397 en barème initial), 9 pole positions, 16 podiums et 7 meilleurs tours, et un écart de 64 points sur son dauphin Fernando Alonso (71 points, 242 en barème initial).
    - Coups d’éclat (3) : en 2013, l’ogre Vettel brise un totem de la F1, un très vieux record, 9 victoires consécutives (record d’Alberto Ascari égalé, la prouesse datait de 1952 et 1953), même contre une opposition impuissante, ça vous classe un pilote. Même à son zénith, le Kaiser Schumacher n’avait pas dépassé 7 succès de rang (du GP d’Europe au GP de Hongrie 2004) !

    • Lewis Hamilton 2014 (champion du monde avec Mercedes AMG) : 11.50 points
    - Niveau de handicap de la voiture (1) : la Mercedes AMG W05 était à des années-lumières devant ses rivales, y compris la Red Bull Renault RB010, profitant du passage aux moteurs turbos, de retour en F1 pour la première fois depuis 1988.
    - Concurrence (4) : avec son coéquipier allemand Nico Rosberg pour seul contradicteur et Daniel Ricciardo (Red Bull Renault) en électron libre de temps à autre, l’horizon était dégagé pour Lewis Hamilton, mais sans être un boulevard vers le titre.
    - Statistiques (2.50) : 19 Grands Prix, 11 victoires, 136 points (384 en barème initial), 7 pole positions, 16 podiums et 7 meilleurs tours, et un écart de 23 points sur son dauphin Nico Rosberg (113 points, 317 en barème initial).
    - Coups d’éclat (4) : l’ancien rookie prodige de 2007 a étalé son talent exceptionnel tout au long de la saison 2014, à Bahreïn via un duel au couteau avec Rosberg, mais aussi à Singapour, Sotchi, Austin ou encore Yas Marina. Manque juste la course mythique qui rentrera dans les annales de la F1, tel Mexico 1990 pour Prost, Donington 1993 pour Senna ou Barcelone 1996 pour M.Schumacher.

    • Lewis Hamilton 2015 (champion du monde avec Mercedes AMG) : 11.76 points
    - Niveau de handicap de la voiture (1) : la Mercedes AMG W06 était encore très loin devant ses rivales, au premier rang desquelles la Ferrari supplante Red Bull et Williams, profitant du travail de James Allison et de l’enthousiasme soulevé par l’arrivée de Sebastian Vettel en Emilie-Romagne.
    - Concurrence (3.5) : avec son coéquipier allemand Nico Rosberg moins régulier qu’en 2014 et Sebastian Vettel (Red Bull Renault) en trouble-fête de temps à autre, l’horizon était dégagé pour Lewis Hamilton, mais sans être un boulevard vers le titre.
    - Statistiques (2.76) : 19 Grands Prix, 10 victoires, 141 points (381 en barème initial), 11 pole positions, 17 podiums et 8 meilleurs tours, et un écart de 28 points sur son dauphin Nico Rosberg (113 points, 322 en barème initial).
    - Coups d’éclat (4.5) : en 2015, Hamilton continue de cannibaliser la F1, la terrible pression qui l’envahissait depuis 2008 s’étant évaporée avec le deuxième titre acquis en novembre 2014. Stratosphérique voire stellaire, King Lewis a multiplié les coups d’éclat, notamment à Austin où il crucifie son coéquipier Nico Rosberg pour parachever une saison de rêve.

    Cela donne au final la hiérarchie suivante entre les 43 titres de champions du monde nominés pour ce comparatif intemporel, avec Fangio 1957 devant Prost 1986 et Senna 1991, le point commun sur ce podium étant des titres obtenus sans la meilleure voiture, Maserati, McLaren TAG Porsche et McLaren Honda étant respectivement dominés techniquement par Ferrari, Williams Honda et Williams Renault ces trois années là. De plus, le top 10 ne comprend que Fangio, Prost, Senna, Clark et M. Schumacher, soit les cinq meilleurs pilotes de tous les temps en F1, malgré le respect dû aux Ascari, Moss, Stewart, Lauda, Piquet, Alonso, Vettel et autres Hamilton :

    1) Juan Manuel Fangio 1957 (Maserati 250F – pneus Pirelli) : 15.87 points sur 20 théoriques
    2) Alain Prost 1986 (McLaren TAG Porsche MP4/2C – pneus Good Year) : 14.85 points
    3) Ayrton Senna 1991 (McLaren Honda MP4/6 – pneus Good Year) : 14.64 points
    4) Jim Clark 1963 (Lotus Climax 25 – pneus Dunlop) : 14.45 points
    5) Alain Prost 1989 (McLaren Honda MP4/5 – pneus Good Year) : 14.19 points
    6) Ayrton Senna 1990 (McLaren Honda MP4/5B – pneus Good Year) : 13.98 points
    7) Jim Clark 1965 (Lotus Climax 25 – pneus Dunlop) : 13.88 points
    8) Michael Schumacher 2003 (Ferrari F2003GA – pneus Bridgestone) : 13.70 points
    9) Michael Schumacher 2000 (Ferrari F1-2000 – pneus Bridgestone) : 13.64 points
    10) Ayrton Senna 1988 (McLaren Honda turbo MP4/4 – pneus Good Year) : 13.30 points
    11) Michael Schumacher 1995 (Benetton Renault B195 – pneus Good Year) : 13.23 points
    12) Fernando Alonso 2006 (Renault R26 – pneus Michelin) : 13.09 points
    13) Fernando Alonso 2005 (Renault R25 – pneus Michelin) : 13 points
    14) Michael Schumacher 1994 (Benetton Ford B194 – pneus Good Year) : 12.96 points
    15) Mika Häkkinen 1998 (McLaren Mercedes MP4/13 – pneus Bridgestone) : 12.86 points
    16) Kimi Räikkönen 2007 (Ferrari F2007 – pneus Bridgestone) : 12.81 points
    17) Nigel Mansell 1992 (Williams Renault FW14B – pneus Good Year) : 12.57 points
    18) Jackie Stewart 1973 (Tyrrell Cosworth 006 – pneus Good Year) : 12.57 points
    19) Alberto Ascari 1953 (Ferrari 500 – pneus Pirelli) : 12.03 points
    20) Juan Manuel Fangio 1955 (Mercedes W196 – pneus Continental) : 12.01 points
    21) Niki Lauda 1975 (Ferrari F312 T – pneus Good Year) : 11.98 points
    22) Alberto Ascari 1952 (Ferrari 500 – pneus Pirelli) : 11.83 points
    23) Lewis Hamilton 2015 (Mercedes AMG W06 – pneus Pirelli) : 11.76 points
    24) Nelson Piquet 1987 (Williams Honda FW11C – pneus Good Year) : 11.70 points
    25) Sebastian Vettel 2012 (Red Bull Renault RB008 – pneus Pirelli) : 11.53 points
    26) Lewis Hamilton 2014 (Mercedes AMG W05 – pneus Pirelli) : 11.50 points
    27) Niki Lauda 1984 (McLaren TAG Porsche MP4/2 – pneus Michelin) : 11.39 points
    28) Jochen Rindt 1970 (Lotus Cosworth 72 – pneus Firestone) : 11.04 points
    29) Jackie Stewart 1971 (Tyrrell Cosworth 003 – pneus Firestone) : 10.98 points
    30) Lewis Hamilton 2008 (McLaren Mercedes MP4/23 – pneus Bridgestone) : 10.92 points
    31) Michael Schumacher 2001 (Ferrari F2001 – pneus Bridgestone) : 10.70 points
    32) James Hunt 1976 (McLaren Cosworth M23 – pneus Good Year) : 10.65 points
    33) Alain Prost 1993 (Williams Renault FW15 – pneus Good Year) : 10.63 points
    34) Damon Hill 1996 (Williams Renault FW18 – pneus Good Year) : 10.27 points
    35) Michael Schumacher 2004 (Ferrari F2004 – pneus Bridgestone) : 10.05 points
    36) Sebastian Vettel 2013 (Red Bull Renault RB009 – pneus Pirelli) : 9.98 points
    37) Sebastian Vettel 2011 (Red Bull Renault RB007 – pneus Pirelli) : 9.94 points
    38) Mario Andretti 1978 (Lotus Cosworth 79 – pneus Good Year) : 9.70 points
    39) Sebastian Vettel 2010 (Red Bull Renault RB006 – pneus Bridgestone) : 9.58 points
    40) Michael Schumacher 2002 (Ferrari F2002 – pneus Bridgestone) : 9.09 points
    41) Mika Häkkinen 1999 (McLaren Mercedes MP4/14 – pneus Bridgestone) : 9.07 points
    42) Jenson Button 2009 (Brawn Mercedes BGP001 – pneus Bridgestone) : 8.42 points
    43) Jacques Villeneuve 1997 (Williams Renault FW19 – pneus Good Year) : 8.26 points

  2. avatar
    2 février 2016 a 14 h 17 min

    La vraie version de la citation du Commendatore est celle-ci -> “Nous courrons tant qu’il restera de l’essence. Nous courrons tant que nous aurons des idées, de l’argent, du courage, des mains, des bras, de l’air à respirer et du sang coulant dans nos veines”.

  3. avatar
    2 février 2016 a 15 h 46 min
    Par mwn44

    Salut Axel ! Tu enchaînes les articles de stats !

    Logique de retrouvé Villeneuve et Button en queue de peloton, et le top3 (dans n’importe quel ordre) est indiscutable.

    En revanche, je suis surpris (mais ravi) de voir voir Mansell aussi haut quand on compare avec les placements de MSC2002 & 2004, ou encore Vettel 2011 & 2013 eux aussi sur des monoplaces intouchables.

    Petite rectification au passage, en 2007 Kimi c’est 6 victoires, 3 poles, 6 MT & 12 podiums et 110 pts contre 109 pts à Hamilton (en barème 2003-2009). J’ai pas vérifié tout l’article, c’est juste que ça ma sauté au yeux pour une saison que j’ai vécu intensément. Du coup ça doit peut-être changer le décompte final mais bon.

  4. avatar
    2 février 2016 a 17 h 29 min

    Salut Mwn,

    Petite precision ce sont des articles que j’avais publié il y a quelques semaines, le site a mis du temps à les mettre en ligne.
    Il y aura un article similaire sur les plus grands maillots jaunes du Tour de France, je ne dis rien de plus pour le vainqueur du classement statistique.

    Oui le trio Fangio 1957 / Prost 1986 / Senna 1991 est logique en effet.

    Pour Iceman 2007, oui erreur de relecture de ma part bien vu en effet, c’est 93 pts contre 87 à Hamilton en barème corrigé (1991-2002). Mais par contre cela fait bien 1.81 points, j’avais pas fait d’erreur sur le score “Stats” de Kimi Raikkonen pour 2007. Donc son score global ne change pas.

    Pour Mansell en 1992, c’est la concurrence supérieure je trouve par rapport à 2004 et les coups d’éclat par rapport à 2002 (encore une fois, j’aurais mis 4 à Schumacher sans l’épisode du GP d’Autriche où il a aussi sa part de responsabilité, il aurait pu refuser de passer Barrichello sur la ligne et désobeir à Todt & Brawn, jamais le Kaiser ne serait fait virer de la Scuderia vu leur dependence envers lui).
    Quant à Vettel, peu de coups d’éclat je trouve en 2011 et 2013, hormis Spa 2011, Monza 2011, Singapour 2011 … Et une concurrence laminée par des ratages incroyables, telle la Rossa de 2011 ratée en soufflerie à Cologne !
    Mais cela ne vaut pas Silverstone 1992 et “Mansell on fire” !!

  5. avatar
    4 février 2016 a 19 h 13 min

    Salut Axel, encore un méga article, quel plaisir tu nous offres !

    Deux jours plus tard j’ai enfin terminé de les lire :).

    Il me semble qu’il y a une petite erreur dans la section sur Alain Prost 1989 (champion chez McLaren): le texte sur “Niveau de handicap de la voiture” est le même que celui pour Ayrton Senna 1990, ce qui n’a pas de sens car cela évoque Prost au volant d’une Ferrari, ce qui n’arriva qu’en 1990.

    Sinon encore une fois, c’est un bon moyen de jauger les différents champions du monde. Même si chaque critère reste subjectif (sauf peut-être les stats), c’est beaucoup mieux de les évaluer séparément.

    Cela confirme la valeur des titres de Prost et Senna (chacun présent deux fois dans le top 6).

    Cela m’explique aussi la séquence de 4 titres de Vettel, dont 3 sont cotés à moins de 10 points.

    Dernier point, un peu de pinaillage, peut-être as-tu été un peu raide avec Villneuve dans sa note de Coup d’éclat, seulement 1, alors qu’il y a deux autres 2, et le reste est supérieur. De mémoire ce n’était pas si terne, d’autant que c’était seulement sa deuxième saison… Mais bon, c’est ma nouvelle fibre patriotique qui vibre, et de toute façon c’est toi l’expert.

  6. avatar
    5 février 2016 a 10 h 55 min

    Salut Fabrice,

    Oui bien vu pour Prost 1989, je mettrais tout de même 3, car même au vu de la domination de la MP4/5 cette saison là, on sait que Honda favorisait Senna au détriment du Français.

    Pour Jacques Villeneuve, je l’ai toujours considéré comme un imposteur, que ce soit en 1997 ou après. Donc en effet peut être ai-je été un peu severe. Mais sur Silverstone, Budapest, Spielberg et le Nurburgring, je maintiens que le Canadien n’était pas le plus méritant en 1997.
    Les victoires auraient du revenir à Schumacher (Hakkinen 2e) en GB, à D. Hill en Hongrie, Hakkinen ou Trulli en Autriche, Hakkinen devant Coulthard dans l’Eifel pour le GP du Luxembourg.

    Pour Prost et Senna, oui chacun a relevé la valeur des titres de l’autre ! Quant à Vettel, seul son titre de 2012 face au meilleur Alonso jamais vu a vraiment de l’impact.
    Pour les 3 autres, il a fait le job mais bon pas des grands crus selon moi.

  7. avatar
    5 février 2016 a 15 h 28 min

    Merci pour les précisions.

    Pour Villeneuve, n’oublions pas qu’il s’est aussi imposé outre-Atlantique en étant champion CART et en remportant les 500 miles d’Indianapolis. Après la F1 il a fait 2e au Mans, et a aussi participé au NASCAR. Un pilote complet, donc.
    Mais nous sommes d’accord qu’il n’appartient pas à l’élite parmi les champions de F1.

    Quant à Vettel, on voit que ce sont des circonstances favorables qui lui ont donné ses 4 titre consécutifs… très bon pilote, meilleure voiture de loin et faible concurrence. Sur papier il est l’égal de Prost. Dans la réalité grâce à ce magnifique article, on voit que Prost a été beaucoup plus méritant, tout comme Senna naturellement qui a été fauché après “seulement” 3 titres.

  8. avatar
    5 février 2016 a 16 h 12 min

    Salut Fabrice,

    Oui en effet Jacques Villeneuve a gagné des titres outre Atlantique, comme Juan Pablo Montoya, Nigel Mansell, Jim Clark, Graham Hill, Mario Andretti ou Emerson Fittipaldi.
    Mais sur son oeuvre en F1 uniquement, le fils de Gilles a globalement déçu je trouve : excellent rookie contre Damon Hill en 1996, champion du monde veinard en 1997 avec en coéquipier un Frentzen ne gérant pas la pression du top team Williams en début de saison (avant qu’HHF n’enchaîne les podiums entre Spa et Suzuka), de mal en pis chez BAR avant d’être battu (voire complètement éclipsé) entre 2003 et 2006 par ses coéquipiers Button, Alonso, Massa et Heidfeld.
    Je n’ai rien contre le Canadien, mais à part Frentzen chez Williams, il n’a battu aucun pilote de talent, car dominer Zonta et Panis c’est un peu le minimum syndical !

    Pour Vettel oui 4 titres comme Prost mais bon empreinte incomparable entre l’Allemand et le Français !
    4 fois vice-champion, Prost n’aurait de plus volé aucun des 4 titres concedes respectivement à Piquet (1983), Lauda (1984) et Senna (1988 et 1990) …

    En 1983, Piquet avait gagné en fin de saison grâce au carburant BASF non conforme propulsant le turbo BMW de Paul Rosche

    En 1984, Lauda avait gagné d’un demi point, mais si Prost avait fini 2e derrière Senna à Monaco avec 75 % de la distance parcourue, il aurait marquee 6 points et non 4.5 sur le Rocher, soit 73 points au lieu de 71.5 (Lauda ayant score 72 points en 1984)

    En 1988, Prost aurait gagné le championnat du monde si l’ensemble des résultats avait été comptabilisé, il avait réussi 7 victoires et 7 deuxièmes places, contre 8 victoires, 3 deuxièmes places, 1 quatrième place et 1 sixième place à son rival et coéquipier de McLaren Honda, Ayrton Senna

    En 1990, sans la trahison de Mansell à Estoril, je pense vraiment que Prost peut finir champion du monde avec Ferrari.

    Enfin rappelons qu’en 1982 Prost (4e du classement final) a abandonné maintes fois sur la Renault à cause d’une decision politique. Le Losange avait maintenu contre toute logique le petit moteur à injection Renix qui n’était pas fiable … Sans parler de la consigne malheureuse donnée à René Arnoux et finalement non respectée par le Grenoblois, il est vrai pas vraiment mis sous pression par le directeur sportif Gérard Larrousse.

    Prost aurait pu gagner 9 titres, mais bon il aurait peut être pris sa retraite bien avant 1993 aussi …
    9 titres comme Michael Schumacher si le Kaiser avait été plus chanceux en 1997 contre Jacques Villeneuve et en 1999 sans l’accident de Silverstone.
    Mais idem, le Baron Rouge aurait quitté la F1 bien avant 2006 dans ce cas là, c’est la coupure mentale de l’été 1999 qui lui a permis de tenir aussi longtemps en terme de motivation !

  9. avatar
    5 février 2016 a 19 h 18 min

    Très bon complément.

    D’ailleurs il pourrait être intéressant de faire un palmarès avec les 2èmes places si proches du titre, mais gâchées par un coup du sort.

    Alonso est un peu dans le même bateau avec de nombreuses 2e places ces dernières années.

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