Les 58 glorieuses du Milan AC (1991-1993)
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Les 58 glorieuses du Milan AC (1991-1993)

Du 19 mai 1991 à Bari, sous l’ère Arrigo Sacchi, au 21 mars 1993, à San Siro contre Parme, sous l’ère Fabio Capello, le Milan AC a enchaîné 58 matches de Serie A sans la moindre défaite. Vainqueur du Scudetto en 1992 et 1993, ogre du Calcio, le club rossonero se basait sur un schéma tactique exceptionnel.

Repris en 1986 par Silvio Berlusconi, le club lombard ne tarde pas à satisfaire les ambitions du président et les espoirs des tifosi. A l’époque, le Calcio subit l’implacable férule de la Juventus Turin, forte de l’ossature des champions du monde 1982 (Tardelli, Scirea, Cabrini …), du sens tactique de l’entraîneur mythique Giovanni Trapattoni et du génie de Michel Platini, joueur préféré de l’Avvocato Agnelli.

Sous l’impulsion de l’entraîneur Arrigo Sacchi, anonyme recruté en 1987, le Milan AC propose un football offensif de grande qualité. Le panache des Rossoneri n’empêche pas de conserver la rigueur défensive propre aux grandes équipes italiennes.

Le quatuor défensif Tassotti – Baresi – Costacurta – Maldini, bien protégé par le relayeur Rijkaard, assure une protection défensive exceptionnelle au Milan AC. Devant, Ruud Gullit et Marco van Basten, virtuoses du ballon rond, se chargent de concrétiser la domination du club lombard face à des rivaux souvent surclassés. Seuls Naples et Diego Maradona résistent dans un premier temps à la razzia milanaise.

Vainqueur du Scudetto en 1988 (attendu depuis 1979), champion d’Europe des clubs en 1989 et 1990, le Milan AC s’installe sur le toit de l’Europe. Cela tombe bien, ce que Berlusconi souhaite, ce n’est pas l’exploit, mais la répétition de l’exploit. Les sombres heures du Totonero, qui avaient condamné le club milanais au purgatoire de la Série B, semblent bien loin. Berlusconi et Sacchi ont dépoussiéré le palmarès rossonero, les tifosi vivant dans la nostalgie de l’époque glorieuse de Gianni Rivera. Leurs nouvelles idoles ont pour nom Van Basten, Gullit ou Baresi. Milan prend le pouvoir sur le Vieux Continent en profitant d’un contexte favorable … les clubs anglais sont suspendus depuis 1985 par l’UEFA, conséquence du drame du Heysel. La Juventus et l’Inter ne parviennent pas à rivaliser avec Milan sur le plan national. Quant au Bayern Munich et au Real Madrid, ils sont incapables de contrecarrer les ambitions milanaises en Europe. En 1989, Milan torpille le Real en demi-finale (1-1 à Bernabeu, 5-0 à San Siro). En 1990, les Rossoneri dominent le Bayern au même stade de la compétition.

L’année 1991 est une déception. Battu en championnat par la Sampdoria de Gênes, éliminé en C1 par l’Olympique de Marseille, Milan se retrouve suspendu par l’UEFA pour la saison 1991-1992, conséquence du comportement des Rossoneri au stade Vélodrome.

Menés 1-0 après un but d’exception de Chris Waddle, les Lombards avaient prétexté un problème d’éclairage pour quitter la pelouse avant le terme de ce match retour, suivant leur capitaine Franco Baresi, leader de cette fronde inattendue. Sanctionné par l’UEFA (match perdu 3-0 sur tapis vert), le Milan se venge dans le Calcio.

Berlusconi est furieux de cette saison blanche, une première depuis 1987. Sua Emittenza tranche entre Van Basten et Sacchi. Il conserve son attaquant hollandais. Le cygne d’Utrecht marquera encore beaucoup d’autres buts sous les couleurs du Milan. Arrigo Sacchi, lui, est congédié au profit de Fabio Capello. Ancien joueur de la Juventus, Capello est un entraîneur encore jeune à ce niveau, et s’apprête à sortir de l’ombre.

Malgré tous les trophées gagnés depuis 1987, Berlusconi désire voir Milan encore plus haut. 1990 est cité en exemple. Malgré le triomphe européen face au Benfica, le quatrième de son histoire, qui lui permet de rejoindre Liverpool au palmarès, le Milan a perdu la Coupe d’Italie en finale contre la Juventus. Non content de céder la Coupe face au rival turinois, le Milan a perdu le Scudetto à l’ultime journée contre le Napoli.
Capello a pour mission d’inscrire Milan dans l’orbite de la perfection. L’appétit de victoires de Berlusconi est gargantuesque. Gagner, encore et toujours, comme une obsession. Ce que veut le patron n’est pas l’exploit, mais la répétition de l’exploit … Le cahier des charges imposé à Capello est donc clair. Le Cavaliere a fait de son club une entreprise, une université du football moderne.
Le centre d’entraînement de Milanello a été rénové, tout est fait pour placer les stars du club dans des conditions optimales et ne penser qu’au football. Le club gère par exemple toutes les recherches d’appartement à l’arrivée d’un nouveau joueur.

La récolte 1991-1994 va dépasser l’exceptionnelle période 1987-1990. Après la jachère de 1991, l’épouvantail lombard s’apprête à dévorer tout cru ses rivaux, Sampdoria, Inter, AS Rome, Juventus … Non seulement Milan va récolter une myriade de victoires et de trophées, mais il va dégager une impression d’invincibilité, basée sur une assise défensive incroyable et une fabuleuse série de matches sans défaite. Sous l’égide de Capello, le club rossonero va tuer le suspense et se muer en ogre affamé de victoires … La concurrence est prévenue …

En 1991-1992, Milan écrase le championnat italien. En 34 matches, le club lombard enregistre 22 victoires et 12 nuls, avec 74 buts marqués et 21 encaissés. Le titre de capocanonniere de Marco Van Basten (25 buts) est la cerise sur le gâteau milanais … Invaincu pendant cette saison, le Milan AC distance facilement la Juventus Turin, son rival historique, et remporte son douzième Scudetto. Toute la Botte a été soumise à la domination milanaise, plus éclatante que jamais.

Rester invaincu pendant une saison entière dans son championnat est un exploit rarissime … ce n’est jamais arrivé en France (record, une seule défaite pour le FC Nantes en 1995). En 1994-1995, l’Ajax Amsterdam est resté invaincu aux Pays-Bas. Idem pour les Gunners d’Arsenal en 2003-2004 en Angleterre.

En 1992-1993, Milan se renforce. Trois nouveaux étrangers complètent le contingent existant, le fameux trio hollandais Van Basten – Gullit – Rijkaard. Papin, Savicevic et Boban débarquent en Lombardie. Fabio Capello prône un football plus défensif que Sacchi, mais le Milan AC reste une machine diablement efficace. Avant la finale perdue en 1993 contre l’OM, Milan aligne dix victoires consécutives en C1, quatre en tour préliminaire, six en poule. 23 buts marqués, un seul encaissé, contre le PSV Eindhoven, oeuvre du génial attaquant brésilien Romario.

En championnat d’Italie, l’AC Milan continue son oeuvre de destruction. Rien ne lui résiste, son hégémonie se poursuit, la Juventus Turin, Parme et l’Inter Milan sont autants de faire-valoir …

La belle série d’invincibilité se termine à domicile contre Parme, le dimanche 21 mars 1993. Grâce au colombien Faustino Asprilla, les Parmesans de Nevio Scala s’imposent 1-0 à San Siro. Les Rossoneri restaient sur 58 matches sans défaite. Invaincus depuis une défaite 2-1 à Bari en mai 1991, les Milanais avaient aligné 39 victoires et 19 matches nuls, soit 97 points en 58 matches (avec la victoire à deux points).

Milan gagne facilement son treizième Scudetto en cette saison 1993. Sous l’ère Capello, les Lombards auront parfois offerts de sacrés festivals offensifs : 8-2 à Foggia, 7-3 au Comunale contre la Fiorentina, 5-1 à Naples …

Par la suite, la belle équipe milanaise se veut défensive, pour plusieurs raisons. La cheville de Van Basten est condamnée, les chirurgiens, responsables de son état, ne pourront le sauver. Frank Rijkaard et Ruud Gullit quittent le Milan AC à l’été 1993, respectivement pour l’Ajax Amsterdam et la Sampdoria Gênes. Certes, avec Papin, Savicevic, Massaro, Brian Laudrup (transfuge de la Fiorentina) ou le jeune Florin Raducioiu, le Milan AC a encore de nombreux atouts offensifs. Mais Van Basten ne sera vraiment remplacé qu’en 1995, à l’arrivée de George Weah. Enfin, Silvio Berlusconi a décidé de faire du Milan AC un argument électoral. L’approche du Cavaliere est donc riscophobe.

Le richissime propriétaire du holding Fininvest, rival de Rupert Murdoch dans le monde des médias, a décidé de se lancer en politique en Italie. Un nouvel échec en C1 ne saurait être toléré. Pour cette saison 1993-1994, les Rossoneri doivent s’imposer en Italie comme en Europe. Fabio Capello a la pression du résultat. Et c’est pour cela que Sebastiano Rossi battra le vieux record d’invincibilité de Dino Zoff (903 minutes, qui datait de 1972-1973) avec 929 minutes sans prendre de but, que Milan gagnera neuf fois sur le score étriqué de 1-0, que le club lombard n’encaissera que 15 buts en 34 matches de Serie A (où il n’inscrira que 36 buts, à peine plus d’un but par rencontre), dans cette saison 1993-1994 où il retrouve le toit de l’Europe, après avoir écrasé la Dream Team du Barça en finale (4-0), malgré l’absence de Baresi et Costacurta, piliers de la défense. Mais Milan quadrille parfaitement le terrain. Paolo Maldini, capitaine d’un soir, peut soulever la cinquième Coupe des Champions du Milan, qui a surclassé Barcelone sous l’impulsion d’un Dejan Savicevic exceptionnel.

En cette saison 1993-1994, Fabio Capello a parfaitement géré la mutation du Milan. Desailly a remplacé Rijkaard, Boban a trouvé sa place au milieu du terrain, avec Donadoni et Albertini. Devant, Papin joue par intermittence, mais c’est surtout Savicevic qui fait la pluie et le beau temps, bien épaulé par Daniele Massaro, qui retrouve une seconde jeunesse, pendant que Marco Simone, cruellement surnommé Marco 2, continue de cirer le banc. La colonne vertébrale de l’équipe a changé : l’axe Baresi – Rijkaard – Van Basten a été remplacé par l’axe Baresi – Desailly – Savicevic.

En 1995, Milan recrutera George Weah et Roberto Baggio, deux autres joueurs d’exception, au moment où Van Basten, condamné par sa cheville, fait ses adieux au football. Capello gagnera le Scudetto 1996 avant de partir au Real Madrid. Ce sera la fin de la glorieuse ère Baresi. Depuis, malgré la venue de joueurs tels que Bierhoff, Leonardo, Shevchenko, Seedorf, Cafu ou Kakà, malgré le travail considérable effectué par Carlo Ancelotti, jamais le Milan n’a retrouvé un tel âge d’or. Mais les victoires européennes de 2003 et 2007, qui portent à sept le nombre de Coupes des Champions conquises par le Milan AC, ont aidé les tifosi à patienter, jusqu’au début d’un nouveau cycle vertueux, qui se fait toujours attendre …

  1. avatar
    3 décembre 2014 a 15 h 58 min

    Sans doute la plus grande équipe des 30 dernières années avec le Barça des années Guardiola (coach) / Messi.

    Et avec un axe majeur Baresi – Rijkaard – Van Basten, les 3 joueurs clés du succès des premières années Capello, avant que le trio néerlandais fondé par Arrigo Sacchi n’explose en 1993 (départs de Gullit et Rijkaard, blessure persistante de Van Basten)

  2. avatar
    3 décembre 2014 a 23 h 02 min

    D’une manière générale, les années 90 sont quand même sensationnelles pour les clubs italiens.
    C’était un championnat exigeant, le meilleur de tous sans aucune contestation possible.
    C3 entre 89 et 99: 8 victoires sur 11 possibles (3 pour l’Inter, 2 pour la Juve, 2 pour Parme, 1 pour Naples) et 7 finalistes (Fiorentina, Lazio, Roma pour les non cités).
    Dans la même période, 4 C1 avec la Milan trois fois et la Juve 1 fois. 5 finalistes. Juste monstrueux.

  3. avatar
    4 décembre 2014 a 8 h 35 min

    Oui le foot italien doit son hégémonie des 90s à deux évènements survenus dans la décennies des 80s.

    Primo la réouverture des frontières du Calcio en 1980 qui amena des superstars comme Zico, Platini, Maradona, Rummennigge, Falcao, Socrates, Van Basten, Matthaus et autres Gullit dans la péninsule

    Secundo le Heysel qui précipita la fin du grand Liverpool FC et plus généralement de la domination anglaise sur l’Europe

    13 Ballons d’Or sur 17 pour le Calcio entre 1982 et 1998, autre chiffre qui montre l’hégémonie des clubs transalpins.

    Sinon pour Milan AC, double effet Berlusconi et Sacchi. Président révolutionnaire avec l’inflation des salaires et des transferts, une gestion de club comme une entreprise, un centre d’entraînement tout neuf à Milanello, turnover faible de l’effectif très stable saison après saison …

    Tout était fait pour que les joueurs ne pensent qu’au foot au Milan AC, l’université du football européen comme le disait un jour Marco Simone sur le Rossoneri.

    Et Arrigo Sacchi, coach mythique qui produisit un football champagne en sacrifiant les Scudetti 89 et 90 au profit des triomphes européens.

    Mais le Scudetto 88 initial, acte fondateur du grand Milan, doit beaucoup aux liens Maradona / Camorra du côté de Naples

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