Les come-backs du sport, ou la renaissance du phénix
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Les come-backs du sport, ou la renaissance du phénix

Blessures, contexte politique, drame personnel, suspension, année sabbatique ou retraite précoce … Nombreuses sont les raisons qui poussent des sportifs à interrompre leur carrière, avant de revenir à la compétition, pour le meilleur ou pour le pire.

Lance Armstrong (1998)

Le 2 octobre 1996, Lance Armstrong, futur coureur de Cofidis recruté par Cyrille Guimard pour la saison 1997, apprend du Dr Reeves, urologue, qu’il est atteint d’un cancer des testicules. La vie et la carrière du Texan basculent alors qu’il a 25 ans. Le champion du monde sur route d’Oslo 1993 viendra à bout de la terrible épreuve de la chimiothérapie en 1997.  Délaissé par l’équipe de Wasquehal, l’Américain rejoint l’US Postal et fait son retour dans le peloton professionnel en février 1998 à la Ruta del Sol en Andalousie. Encore fragile sur le plan mental, Armstrong jette l’éponge dans Paris – Nice, puis passe le printemps tel un pacha sur la Côte d’Azur, à jouer au golf et à perdre son temps. Finalement convaincu par son entourage de tenter un vrai come-back, le Texan gagne le Tour du Luxembourg en juin 1998. La 3e place de son rival et compatriote Bobby Julich sur le Tour de France 1998, même privé des Festina et d’Escartin, le convainc qu’il peut viser le maillot jaune en 1999, d’autant que Johan Bruyneel futur directeur sportif de l’US Postal le conforte dans son opinion après ses trois 4e places dans la Vuelta et les Mondiaux de Valkenburg (CLM et course en ligne) à l’automne 1998.

Se met ensuite en place le système de dopage le plus sophistiqué de l’Histoire du sport, qui renvoie à l’âge de pierre tous les autres organisations. Protégé par l’UCI, sa tour d’ivoire et son Ponce Pilate de Lausanne (Hein Verbruggen), préparé à la potion magique EPO par le druide Michele Ferrari, Lance Armstrong écrase une Grande Boucle 1999 orpheline de Pantani et Ullrich. Dans l’œil du cyclone dès son premier Tour de France victorieux, le Texan enchaîne victorieusement le CLM de Metz et l’étape de montagne de Sestrières, ce qui engendre une forte suspicion du public et des journalistes à son encontre. Seul son dauphin Alex Zülle limite la casse pendant cette Grande Boucle 1999. Intouchable en 1999 avec quatre  victoires d’étape, le rouleau-compresseur Lance Armstrong enfonce le clou en l’an 2000 face à une concurrence redoutable. Invulnérable en 2001, le Texan est le parrain du peloton : il marginalise Christophe Bassons et Filippo Simeoni, isole le journaliste David Walsh, fait la guerre à son ancienne idole Greg LeMond, recrute Roberto Heras de Kelme, chasse Frankie Andreu puis Cédric Vasseur de l’US Postal … Jusqu’en 2005, rien ni personne ne  pourra arrêter l’implacable domination du champion américain, pas même Jan Ullrich et la canicule en 2003. Mais Armstrong n’est pas un innocent Faust qui a cédé la tentation du dopage sous la seule influence d’un Mephisto tel que le docteur Ferrari, le Texan a toujours voulu conquérir les premières places, résultat d’une enfance difficile marquée au fer rouge par le départ de son père (Gunderson), et un appétit de victoires sans cesse aiguisé par les différentes rencontres et compétitions disputées depuis les débuts en triathlon jusqu’aux duels sur le Tour de France avec ses plus brillants contemporains, Jan Ullrich, Marco Pantani, Alex Zülle, Joseba Beloki ou encore Ivan Basso.

Lance Armstrong (2009)

C’est la victoire d’un second couteau tel que l’Espagnol Carlos Sastre qui convainc le Texan de revenir dans le peloton en 2009 avec Astana, équipe de Johan Bruyneel mais surtout d’Alberto Contador, qui a réussi la triple couronne Tour – Giro – Vuelta en seulement quatorze mois (juillet 2007 – septembre 2008), égalant Anquetil, Gimondi, Merckx et Hinault. La préparation du septuple maillot jaune au Tour de France 2009 est perturbée par une chute au printemps. 12e du Giro du Centenaire, L.A. se présente ensuite au départ de Monaco. Dixième du chrono sur le Rocher monégasque, l’Américain frôle le maillot jaune dansa la conjugaison d’une bordure à Brignoles et du CLM par équipes. Mais Contador montre qui est le patron dans la station suisse de Verbiers. Dans les Alpes, de surcroît privé du soutien de son lieutenant Leipheimer qui a du abandonner, Lance Armstrong voit à 37 ans ses limites. Battu par Andy Schleck au classement général, l’ancien Boss défend âprement sa 3e place dans le Mont Ventoux face à Bradley Wiggins et Frank Schleck. Pour 2010, Armstrong fait sécession d’Astana, emmenant avec lui tous les meilleurs équipiers du team kazakh : Klöden, Zubeldia, Leipheimer, Popovych, Horner, Brajkovic, Paulinho … A Rotterdam au départ du 97e Tour de France, le vétéran de 38 ans fait partie des quatre favoris avec Alberto Contador, Cadel Evans et Andy Schleck. Mais comme le champion du monde australien, Armstrong va vite déchanter. Excepté la satisfaction de devancer l’Espagnol au prologue rotterdamois, l’Américain va sombrer dans l’étape d’Avoriaz qui sonne le glas d’un huitième maillot jaune et de son rêve élyséen. Il finit le Tour de France 2010 à une anonyme 23e place avec une énième polémique sur le port d’un maillot noir par son équipe Radio Shack, distinct des couleurs rouges et grises habituelles du team. Deux ans plus tard, le jeune retraité tombe de son piédestal sous la pression de l’USADA qui a fait témoigner d’anciens coéquipiers dont Floyd Landis, Tyler Hamilton, Frankie Andreu et même George Hincapie … Prise au piège par cet effet boomerang venu d’outre-Atlantique qui a brisé l’omerta européenne, l’UCI descend de sa tour d’ivoire et annule les résultats d’Armstrong depuis le 1er août 1998 : 7 victoires dans le Tour de France (1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005) et une 3e place (2009), une médaille de bronze au CLM des Jeux Olympiques de Sydney (2000), deux Critériums du Dauphiné Libéré (2002, 2003), un Tour de Suisse (2001), un Grand Prix des Nations (2000). Après une énième provocation sur Twitter où il pose dans ses salons avec ses sept yellow jerseys, le Texan se rend en janvier 2013 en interview chez Oprah Winfrey et avoue enfin s’être dopé, même s’il ne livre pas de noms que ce soit à l’US Postal, Astana ou Radio Shack, pas plus que dans les réseaux des médecins occultes ou encore à l’UCI. Hein Verbruggen peut dormir tranquille. Devenu le symbole universel du dopage plus encore que le sprinter canadien Ben Johnson, coureur ô combien controversé, l’ancien rescapé du cancer verra sa carrière portée à l’écran par Stephen Frears en septembre 2015 dans le film The Program. Comme Icare, Lance Armstrong a voulu s’approcher trop près du Soleil, et s’est brûlé. Il boit maintenant le calice jusqu’à la lie, radiation des palmarès par l’UCI et perte de ses principales conquêtes sportives, suspension à vie, pertes de ses sponsors et d’une grande partie de sa fortune, patronyme marqué au fer rouge par une réputation de tricheur.

Gino Bartali (1946)

Gino le Pieux a fait le bien pendant la guerre, s’entraînant au péril de sa vie avec des documents permettant à des Juifs de se cacher dans des couvents. De Florence à Gênes en passant par Assise ou Rome, le vainqueur du Tour de France 1938 a donc pris des risques énormes pour sauver des innocents de l’effroyable spectre des camps de concentration. Après la guerre, Bartali remporte le Giro en 1946, puis le  Tour de France 1948. Ce seront ses deux derniers grands succès avant que Fausto Coppi ne devienne le meilleur coureur italien, à partir de 1949. En 1950, Hugo Koblet devient le premier étranger à gagner le Giro, aux dépens de Bartali qui n’arrête sa carrière qu’en 1954, à l’âge canonique de quarante ans. Malgré la guerre, Bartali a donc réussi à se constituer un palmarès colossal, lui qui fut un grimpeur véloce et le trait d’union parfait entre les époques Binda et Coppi en Italie.

Ivan Basso (2010)

En 2006 à Strasbourg, le Tour de France pour plusieurs coureurs qui étaient sous l’épée de Damoclès du scandale de dopage Puerto, réseau du docteur Eufemiano Fuentes, spécialiste des transfusions sanguines à Madrid. Après la victoire de Jan Ullrich sur le CLM du Giro 2006, une erreur de Rudy Pévenage, euphorique et imprudent, qui appela le médecin espagnol sur une ligne téléphonique sécurisée permit aux enquêteurs de suivre le fil d’Ariane. Jan Ullrich, Ivan Basso, Francisco Mancebo mais aussi Alexandre VInokourov durent renoncer au grand départ de l’édition 2006. L’Italien avait déjà paraphé un contrat avec l’équipe Discovery Channel en vue de la saison 2007, mais fut suspendu par l’UCI. De retour dans le peloton fin 2009, Basso allait conquérir son second maillot rose sur le Giro 2010. Retardant ensuite l’éclosion de Vincenzo Nibali chez Liquigas Cannondale, Basso rate son grand objectif de 2011 sur le Tour de France, puis devient coéquipier de luxe d’Alberto Contador chez Tinkoff en 2015. Mais le Tour de France tourne au cauchemar pour le coureur italien, qui se voit diagnostiquer un cancer des testicules, comme Lance Armstrong en 1996.

Bjorn Borg (1991)

Jamais retour ne fut aussi décevant que celui du Suédois. Virtuose du tennis, il avait disparu après la finale de l’US Open 1981 perdue contre John McEnroe. Les menaces de mort reçues par Borg l’avaient incité à ne pas traîner à New York. Hormis quelques matches en 1983, on n’avait jamais revu le sextuple vainqueur de Roland-Garros et quintuple lauréat de Wimbledon sur  un court. C’est en 1983 que Borg officialise sa retraite sportive, alors qu’il n’a pas encore 27 ans. Mais le rythme vertigineux de ses succès a commencé quand il n’avait que 18 ans. A peine sorti de l’adolescence et propulsé dans l’âge adulte, Borg n’a pas eu de jeunesse, il prend sa retraite de sportif pour débuter sa vie d’homme. A la fin des années 80, le Scandinave est ruiné, ses créanciers ainsi que le fisc suédois ne le lâchent pas d’une semelle, prêts à lui porter l’estocade. Accroc à la cocaïne et aux jeux, Borg se fait interdire à l’entrée des casinos européens, et vend son jet privé pour effacer une partie de ses dettes. Le 23 avril 1991, à 35 ans, Iceborg revient sur le circuit ATP à Monte-Carlo, là où il avait disputé son dernier match en 1983 (une défaite contre Henri Leconte). Opposé à l’Espagnol Jordi Arrese, un spécialiste de la terre battue qui sera médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 contre Marc Rosset, Borg est laminé en deux sets 6-2, 6-3. Mais plus encore que son manque de rythme, c’est le retour de sa vieille raquette en bois qui interpelle, quand tous les joueurs du circuit sont passés aux raquettes en graphite. La métaphore de son ancien coach Bergelin est plus que parlante à ce sujet : « Il transportait pour le tournoi une douzaine de veilles raquettes, pleines de poussières, tout droit sorties de son placard. Jouer avec une raquette en bois en 1991, c’était comme aller en Irak avec une carabine ». Si ce come-back trouve naissance dans le sentiment de nostalgie de Borg, à l’arrivée, il apporte surtout la preuve que le tennis s’est transformé entre 1984 et 1991. On a tous envie de jouer Borg, car c’est l’assurance de passer au premier tour, lance même, cynique mais honnête, le tennisman sud-africain Wayne Ferreira. Le retour du roi est un fiasco total : 13 tournois, 13 matchs, 13 défaites au premier tour pour un seul set gagné : Je n’ai jamais vraiment compris moi-même pourquoi je suis revenuJe suis arrivé sans aucun entraînement, aucune condition physique. Avec le recul, c’était de la folie.

Jim Braddock (1937)

Son histoire incroyable a inspiré le film De l’Ombre à la Lumière (2005) avec Russell Crowe pour l’interpréter.  Contraint de boxer pendant la Grande Dépression après la crise de 1929, Braddock se blesse à la main droite et tombe dans la misère extrême. Mais il reprend l’entraînement et gagne quelques combats avant de devenir le challenger du colosse Max Baer, un des meilleurs puncheurs des années 30. Le 13 juin 1935, Jim Braddock chausse ses bottes de sept lieues, et porté par l’effet underdog, créé la sensation au madison Square Garden, battant le favori Baer aux points après 15 rounds. Nouveau champion du monde des poids lourds, le revenant le perdre en 1937 face un phénomène de la boxe, un certain Joe Louis.

Eric Cantona (1995)

En janvier 1995, Eric Cantona est déjà le King d’Old Trafford, avec Manchester United. Pierre angulaire des premiers succès nationaux du onze d’Alex Ferguson avec Peter Schmeichel, Ryan Giggs, Roy Keane ou encore Paul Ince, le Français pète les plombs face à Crystal Palace après une expulsion. Insulté par un hooligan londonien, Canto l’impulsif commet l’irréparable, par un geste de kung-fu qui sonne le glas des espoirs de MU pour la lutte au couteau avec Blackburn pour le titre de champion d’Angleterre 1995. Loin du cavalier seul de 1994, les Red Devils terminent finalement dauphins des Rovers pour un point. Pendant ce temps, leur numéro 7 tourne avec Michel Serrault, Eddy Mitchell et Sabine Azéma sous la caméra d’Etienne Chattiliez, le célèbre Bonheur est dans le pré. Au pays du foie gras, Cantona fait sa première apparition dans le grand écran, bien avant Looking for Eric (2009) où Ken Loach reviendra sur ses prouesses mancuniennes. Car avec le Marseillais, Manchester United était le Goliath de la Perfide Albion, imposant sa férule à l’armada des David. Liverpool est la première victime de son retour le 1er octobre 1995, date marquée d’une pierre blanche à Manchester, ville bicéphale comme Liverpool, football et musique. Football le dimanche avec ce 2-2 inoubliable à Old Trafford pour les supporters des Red Devils, musique le lundi avec la sortie du chef-d’œuvre d’Oasis dans les bacs des disquaires, (What’s the Story) Morning Glory ? Tel ce démon des abîmes dans un Colisée pour une publicité de Nike, tous les gardiens du Royaume vont devoir s’incliner face à la diabolique habileté de Cantona. Malgré son départ sur les chapeaux de roue, Newcastle s’incline finalement au printemps 1996 face à Manchester United, qui signe après 1994 un nouveau doublé Cup – Championnat. Non retenu par Aimé Jacquet pour l’Euro 96 qui scelle la naissance définitive, le gladiateur adoube la jeune classe des David Beckham, Paul Scholes et Gary Neville avant de tirer sa révérence en mai 1997, après une quatrième couronne de champion d’Angleterre pour le compte du club mancunien.

Kim Clijsters (2009)

Phénomène du tennis belge, Kim Clijsters prend sa retraite fin 2007 à seulement 24 ans, après une victoire à l’US Open en 2005, elle qui a longtemps cherché à se défaire d’une image de loser du circuit WTA en Grand Chelem. En 2009, la Flamande revient aux affaires, à quelques semaines de l’US Open qu’elle remporte à la surprise générale. En 2010, Clijsters enfonce le clou avec un deuxième titre consécutif à New York, le troisième au total à Flushing-Meadows après 2005. La Belge gagne aussi le Masters 2010 et l’Open d’Australie 2011 avant de prendre sa deuxième retraite en 2012.

Alberto Contador (2005)

C’est en Australie que le Pistolero a remporté la victoire la plus importante de sa carrière, pas sur le Tour de France, le Giro ou la Vuelta. Le 23 janvier 2005, sur le Town Down Under 2005, le jeune Espagnol remporte à 22 ans son deuxième bouquet chez les professionnels, après une étape du Tour de Pologne 2003. Le lieu de la victoire est Wilunga Hill, une montée de 3 kilomètres à 7 %, tout sauf un juge de paix digne de l’Angliru, du Stelvio ou du Galibier. Car en mai 2004, après une rupture d’anévrisme et une terrible chute sur le Tour des Asturies, la carrière de Contador a failli s’arrêter. Hospitalisé d’urgence à Oviedo, il ressort mais sa santé se dégrade à nouveau. Pendant le coma durant trois semaines, il se réveille à l’hôpital de Madrid avec 70 points de suture. Il remarche deux mois plus tard, après avoir lu l’autobiographie de Lance Armstrong, It’s not about the bike, et ne reprend le vélo qu’en décembre 2004. Depuis, il a tout connu sur le Tour de France : anonyme à Paris pour son premier Tour (31e en 2005), exclu avec Liberty Seguros en 2006, vainqueur surprise en 2007 avec Discovery Channel, non invité en 2008 avec Astana, maillot jaune implacable en 2009 avec Astana malgré le retour de Lance Armstrong (3e derrière Contador et A. Schleck), lauréat puis déclassé sur tapis vert pour dopage en 2010, battu, conspué en 2011 (5e) après un Giro en forme de victoire à la Pyrrhus, suspendu en 2012, impuissant contre Chris Froome en 2013 notamment sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, contraint à l’abandon en 2014, cinquième mais surtout dernier des quatre favoris (Froome 1er, Quintana 2e et Nibali 4e) en 2015 après la terrible nouvelle du cancer aux testicules de son coéquipier Ivan Basso.

Fausto Coppi (1946)

Envoyé sur les fronts tunisien puis libyen pendant la guerre, Coppi est un miraculé, lui l’ovni du cyclisme lauréat du Giro à 21 ans en 1940 avant de battre le record de l’heure à Milan dans un Vigorelli vide, quelques semaines avant de partir pour les combats au nom du Duce, Benito Mussolini. Dans le camion qui le ramène de Libye, l’Italien  descend, c’est le destin, quelques hectomètres avant une chute du véhicule dans un ravin … En 1946, tel un phénix, le Campionissimo renaît dans Milan – San Remo. Echappé à deux avec le Français Lucien Teisseire, Coppi dresse ensuite la guillotine, s’envolant irrésistiblement dans le col du Turchino. Loin de courir en épicier, le Piémontais devance son dauphin de quatorze minutes à l’arrivée à San Remo, Gino Bartali 4e termine à dix-huit minutes, un véritable gouffre ! La radio italienne a même eu le temps de diffuser quelques chansons entre les arrivées de Coppi et de Teisseire. Vainqueur du Giro en 1947, auteur du doublé Giro – Tour en 1949, exploit monumental entrecoupé du fameux pacte de Chiavari sous l’égide d’Alfredo Binda, Coppi déboulonne l’idole Bartali même si l’Italie sera coupée entre ces deux champions. L’ancien commis-charcutier fera à nouveau le prestigieux doublé en 1952, à 33 ans, avant une autre moisson de victoires d’importance en 1953, un cinquième Giro arraché de haute lutte à Hugo Koblet dans le Stelvio, puis le maillot irisé des champions du monde sur le circuit tessinois de Lugano. Entre 1954 et 1960, année de sa mort de la malaria, Coppi tombe de Charybde en Scylla, avec une longue descente aux enfers : scandale de sa liaison avec la Dame Blanche (Giulia Occhini), fils bâtard Faustino, crépuscule sportif en forme de Berezina, blessures, et pour finir la tournée en Haute-Volta où Coppi contracte la malaria qui le condamnera, malgré les efforts de Raphaël Geminiani pour le sauver par téléphone depuis Clermont-Ferrand.

Michael Doohan (1994)

Intouchable durant le début de saison 1992 en 500 cm3, l’Australien Michael Doohan semble parti pour mettre fin au règne de Waine Rainey sur la catégorie reine. Vainqueur au Japon, en Australie, en Malaisie, en Espagne, puis en Allemagne, Doohan a un pied sur le trône de la moto quand arrive le rendez-vous mythique de la saison, aux Pays-Bas dans la fameuse cathédrale d’Assen. Une chute fait basculer le destin de cette campagne mondiale 1992. Arrivé à Assen avec 65 points d’avance sur son dauphin, Doohan en repart avec le spectre d’une amputation à la jambe droite, heureusement évitée, puis traverse l’été 1992 avec l’épée de Damoclès du retour au classement de son rival Wayne Rainey. Une fois rétabli, Doohan revient pour les deux ultimes courses, à Rio de Janeiro et Kyalami. Douzième au Brésil alors que Rainey l’emporte, sixième en Afrique du Sud alors que l’Américain finit sur le podium (3e), Doohan voit la couronne s’envoler pour 4 points (140-136). L’Australien prendra sa revanche entre 1994 et 1998, avec cinq titres consécutifs sur la 500 cm3. Seuls deux autres pilotes de moto ont réussi cet exploit parmi l’élite des deux roues, les légendes italiennes Giacomo Agostini (1968-1975) et Valentino Rossi (2001-2005, avec un changement de nom en 2002 en tant que Moto GP). Même le grand Max Biaggi, promu de la 250 à la 500 cm3, ne parviendra pas à enrayer le festin de ce Pantagruel océanien jamais rassasié de victoires.

Justin Gatlin (2010)

Champion olympique du 100 mètres à Athènes, l’athlète américain est médaillé de bronze du 200 mètres durant les Jeux d’été de 2004. Gatlin fait encore mieux en 2005 aux Mondiaux d’Helsinki, avec un doublé 100 m – 200 m en profitant de l’absence de son grand rival du sprint, le Jamaïcain Asafa Powell. Mais le rêve tourne vite au cauchemar car Justin Gatlin est suspendu pour dopage par l’USADA en 2006. Mais sa peine est réduite de 8 à 4 ans en appel. En 2010, le banni fait son retour sur les pistes d’athlétisme, alors que le sprint mondial se remet à peine du début de l’ère Usain Bolt, tonitruant champion olympique en 2008 à Pékin et champion du monde à Berlin en 2009 sur 100 m et 200 m, médailles d’or assorties les quatre fois de records du monde ! L’objectif de Gatlin est clair, revenir pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Derrière le tandem jamaïcain Bolt / Blake, l’Américain sera médaillé de bronze sur 100 mètres dans la capitale britannique, un an après une prestation décevante aux Mondiaux coréens de Daegu. Médaillé d’argent en 2013 sur la distance reine aux championnats du monde de Moscou, Justin Gatlin espère être le premier (excepté Yohan Blake en 2011 suite au faux départ de Bolt à Daegu) à vaincre le roi du sprint dans une grande compétition, verdict à Pékin en août 2015 lors des Mondiaux d’athlétisme.

Mika Häkkinen (1996)

En 1993 au Grand Prix du Portugal, un pilote finlandais à la mèche blonde façon Di Caprio dans Titanic fait son entrée fracassante chez McLaren. Remplaçant au pied levé Michael Andretti viré par Ron Dennis, Mika Häkkinen confirme les espoirs entrevus chez Lotus en 1992. A Estoril, circuit de vérité, le champion d’Angleterre de F3 en 1990 se paie le luxe de battre le roi de la vitesse, le triple champion du monde brésilien Ayrton Senna. Ce dernier consulte tous les relevés de télémétrie pendant une heure avant de féliciter son jeune coéquipier, qui confirme son talent exceptionnel à la course suivante sur un autre juge de paix, Suzuka, finissant 3e du Grand Prix du Japon derrière les titans Senna et Prost. En 1994, Häkkinen se retrouve leader d’une équipe McLaren orpheline du virtuose de Sao Paulo. 1995 voit Woking passer du V10 Peugeot au V10 Mercedes. A Adelaïde fin 1995, Häkkinen frôle la mort après un terrible choc. Opéré en urgence, Mika craint pour sa vie mais reviendra plus fort de cet épisode australien. Début 1996, à 27 ans, le Finlandais revient comme titulaire, gagne sa première course fin 1997 à Jerez et gagne le championnat du monde en 1998 à 30 ans, année de son mariage avec Erja, compatriote rencontrée à Nice dans une agence de voyages … Häkkinen double la mise en 1999 puis devient le dauphin de Schumacher en 2000. La rage de vaincre du Kaiser et la fiabilité supérieure de la Ferrari ont fait la différence mais le Finlandais avait signé à Spa Francorchamps une victoire stupéfiante digne des plus grands as du passé, dépassant son rival allemand au bout de la ligne droite des Combes en profitant de la présence de Ricardo Zonta attardé. Sentant qu’il sur-conduisait pour lutter avec le Baron Rouge, Häkkinen a levé le pied en 2001, manquant une victoire à Barcelone, mais se rattrapant par deux autres démonstrations de pilotage à Silverstone puis Indianapolis.

Justine Hénin (2009)

Quelques jours avant Roland-Garros 2008, Justine Hénin prend à contre-pied. La quadruple lauréate Porte d’Auteuil prend sa retraite, mais revient sur décision en 2009, avec comme objectif de gagner le seul tournoi resté utopique pour elle, Wimbledon. Non seulement la Belge ne réussira pas dans sa quête du Graal mais elle ne gagnera aucun grand titre majeur. Finaliste en 2010 à Melbourne, Hénin s’incline face à Serena Williams, mais loin de son climax des années 2003-2007, la meilleure joueuse européenne des années 2000 (devant Sharapova, Mauresmo et Clijsters) prend sa retraite fin 2011.

Michael Jordan (1995)

Si les Etats-Unis avaient fait une réplique du Mont Rushmore pour leurs légendes sportives, Michael Jordan y serait avec Muhammad Ali, Jesse Owens et Carl Lewis. En 1993, la mort de son père James, assassiné dans sa voiture, laisse Michael Jordan démuni. Après un titre olympique à Barcelone en 1992 avec la Dream Team et un three-peat NBA (1991, 1992, 1993) avec les Chicago Bulls, Jordan n’a plus rien à prouver depuis longtemps, tant il a tutoyé la perfection en s’attirant les superlatifs. En 1994, le numéro 23 des Bulls s’essaye au base-ball mais très vite l’ennui s’installe, et la nostalgie des parquets. En mars 1995, Jordan fait son retour avec la franchise de l’Illinois, avec un temporaire numéro 45. Tel le diable sortant ses fourches caudines, MJ dresse la guillotine sur une des victimes préférées, les New York Knicks de Patrick Ewing. Déchaîné, tirant la quintessence de ses dons exceptionnels, Jordan inscrit 55 points au madison Square Garden. Nourri au nectar et l’ambroisie, retrouvant son adjoint Pippen et le joker croate Kukoc ainsi que le coach Phil Jackson, Jordan atteint la quadrature du cercle entre 1996 et 1998, où il conquiert trois nouveaux titres NBA, avant une nouvelle retraite, par lassitude psychologique et usure du pouvoir.

Michael Jordan (2001)

Le deuxième retour de Jordan est beaucoup moins réussi que le précédent. A presque 38 ans, l’ancien roi des parquets effectue son retour non pas aux Chicago Bulls mais avec la franchis des Washington Wizards. Non seulement His Airness ne va pas conquérir le titre NBA avec Washington, mais ses statistiques impériales sont en chute libre. Plus grave, MJ n’est plus l’alpha et l’omega de la ligue, face à l’émergence de Kobe Bryant exceptionnel avec son complice Shaquille O’Neal au sein des Los Angeles Lakers. Ironie du destin, c’est son ancien coach Phil Jackson qui entraîne la franchise californienne qui réussit en 2002 un triplé, comme les Bulls en 1993 et 1996, histoire de montrer que l’emprise de Jordan sur la NBA appartient bel et bien à une époque révolue …

Niki Lauda (1976)

Quand il arrive dans l’Eifel pour le Grand Prix d’Allemagne 1976, Niki Lauda est confortable leader du championnat du monde. Figure de proue de la Scuderia Ferrari, le Viennois est champion du monde en titre, et seul le pilote anglais James Hunt (McLaren Cosworth) semble capable de contester son implacable hégémonie. Le Nürburgring de 1976 (la célèbre Nordschleife magnifiée par Fangio en 1957 ou Stewart en 1968) est un circuit truffé de pièges entre les sapins de l’Eifel. Au deuxième tour du Grand Prix, Lauda voit sa Ferrari s’embraser. Prisonnier des flammes, il est sauvé du brasier par le pilote italien Arturo Merzario, insulté par Niki comme touses compatriotes quelques mois plus tôt. Après un accident de jardin dans son tracteur, l’Autrichien avait vivement réagi aux suggestions de la presse transalpine, qui proposait un pilote italien chez Ferrari dans le cockpit du bolide écarlate de Lauda. Les pilotes italiens sont tous justes bons à faire crisser le pneus d’une Fiat 500 pour faire le tour de l’église, avait vociféré le Viennois.  S’en était suivi une première fissure avec l’écurie italienne, Lauda ayant franchi le Rubicon. Tombé du Capitole à la Roche Tarpéienne, proche de l’extrême-onction prononcée en latin par un prêtre, Lauda refuse la mort et se bat avec une admirable combativité pour retrouver la compétition. Ferrari n’aligne aucune voiture lors de l’épreuve suivante à Zandvoort, gagné par James Hunt. A Monza, seulement quarante jours après le drame du Ring, Lauda et son visage grièvement brûlé font leur retour en F1. Le titre sera conquis par James Hunt in extremis sous le déluge apocalyptique du Mont Fuji, mais Lauda revient aux affaires en 1977, éclipsant Carlos Reutemann que le Commendatore lui a mis volontairement dans les pattes. Mais personne d’autre que Niki Lauda ne pouvait décider de l’heure de sa retraite.

Niki Lauda (1982)

En 1979 au Canada, Niki Lauda claque la porte du team Brabham de Bernie Ecclestone, laissant le leadership au jeune espoir carioca Nelson Piquet. Fondant sa compagnie aérienne Lauda Air, le double champion du monde en est aussi commandant de bord. Mais la vitesse et les sensations uniques qu’offrent une F1 lui manquent cruellement. En 1981 à Donington, Ron Dennis lui remet l’eau à la bouche. Niki Lauda revient en 1982 avec un objectif clair, gagner avec l’écurie McLaren sur un moteur turbo. Ce sera chose faite fin 1984 à Estoril avec un V6 turbo TAG Porsche, malgré la féroce concurrence d’Alain Prost. A 35 ans, Niki Lauda boucle la boucle, le voilà parvenu au nirvana avec ce troisième titre mondial, il prendra sa retraite fin 1985 après une ultime victoire à Zandvoort.

Ray Sugar Leonard (1987)

Champion olympique aux Jeux d’été de Montréal en 1976, champion du monde en 1980, Leonard interrompt sa carrière en 1982 à seulement 26 ans, à cause d’un décollement de la rétine. Le 6 avril 1987 à Las Vegas, Ray Sugar Leonard effectue un retour fracassant en battant aux points la star Marvin Hagler, au terme d’une joute d’anthologie très tactique. Il prend sa retraite définitive en 1988.

Greg LeMond (1988)

Lundi 20 avril 1987 à Rancho Murieta, le vainqueur du Tour de France 1986, Greg LeMond, effectue une partie de chasse avec son beau-frère. Mais ce lundi de Pâques tourne au drame. Criblé de balle bien involontairement par son beau-frère, LeMond frôle la mort. Sa carrière est bien sûr mise en pointillés et la Grande Boucle 1987 sera orpheline du champion sortant. Revenant chez PDM dans les pelotons en 1988, LeMond a conservé quelques plombs dans son abdomen, ce qui favorisera la myopathie mitochondriale qui l’affaiblira tout autant que l’EPO utilisé par ses rivaux à partir de 1991. Méconnaissable en 1988 sur le Giro, il semble épuisé sur une simple étape de transition vers Naples. Mais en 1989 et 1990, c’est bien lui, fort de son exceptionnel potentiel intrinsèque (VO2 max de 95) qui  remporte le Tour de France, ainsi que le championnat du monde 1989 à Chambéry. Il est ainsi le dernier coureur à avoir détenu en même temps les maillots jaune et irisé dévolus au vainqueur du Tour et du Mondial (épreuve sur route, Miguel Indurain ayant détenu le maillot de champion du monde du CLM en 1995).

Hermann Maier (2003)

En août 2001, un grave accident de moto laisse la star du ski alpin Hermann Maier proche de l’amputation. Passant l’ensemble de l’année 2002 en rééducation, Herminator rate les Jeux Olympiques de Salt Lake City mais gagne une médaille d’argent en Super G aux Mondiaux 2003 de Saint-Moritz. Le phénix autrichien frappe en 2004, gagnant le grand Globe de Cristal de la Coupe du Monde, son quatrième après ceux de 1998, 2000 et 2001. Ratant la médaille d’or aux Jeux Olympiques 2006 de Turin, Maier prend sa retraite définitive à 36 ans.

Johan Museeuw (1998)

Tour des Flandres 1998. Johan Museeuw remporte sa troisième victoire dans le Ronde (1993, 1995, 1998), record qu’il partage aujourd’hui encore avec Fiorenzo Magni (1949, 1950, 1952), Eric Leman (1970, 1972, 1973), Tom Boonen (2005, 2006, 2012) et Fabian Cancellara (2010, 2013, 2014). Le Lion des Flandres est un dur parmi les durs, s’entraînant sans gant ou se lavant à l’eau froide … Une semaine après son triomphe à domicile, le champion du monde de Lugano 1996 chute dans Arenberg sur Paris – Roubaix, course qu’il a remporté dans un climat de navrantes polémiques deux ans plus tôt, Patrick Lefévère (sur ordre du patron Giorgio Squinzi en personne) privilégiant Museeuw plutôt que les coureurs italiens Tafi et Bortolami pour un triplé Mapei. Au printemps 2000, deux ans après sa terrible chute de 1998, Museeuw conjure le sort en triomphant à Roubaix sur le  vélodrome, montrant son genou meurtri. En 2002, Museeuw enfonce le clou avec une troisième victoire dans l’Enfer du Nord, qui parachève son superbe palmarès de chasseur de classiques. Triple vainqueur de la reine des classiques, le Belge égale Rik Van Looy, Eddy Merckx et Francesco Moser également trois fois lauréats à Roubaix.

Thomas Muster (1990)

Demi-finaliste de l’Open d’Australie en 1989, le jeune Autrichien Thomas Muster atteint la finale de Key Biscayne deux mois plus tard. Mais il ne jouera pas ce match contre Ivan Lendl. Fauché par une voiture, Muster est gravement blessé au genou. Avec une volonté extraordinaire, le jeune tennisman de 22 ans se reconstruit et revient avant même la fin de la saison 1989. Demi-finaliste en 1990 à Roland-Garros, Muster traverse ensuite une longue disette avant la razzia de 1995. Invincible durant 40 matches sur l’ocre, Thomas, alias Musterminator, gagne tous les tournois sur terre battue durant ce printemps 1995 où il se révèle intouchable sur sa surface de prédilection : Monte-Carlo, Estoril, Barcelone, Rome, Roland-Garros, rien ni personne ne peut arrêter l’épouvantail autrichien qui deviendra même numéro 1 mondial quelques semaines en 1996.

Marco Pantani (1997)

A Turin, malgré sa basilique qui donne une vue sublime sur les Alpes et le Piémont, Superga est une colline maudite. En 1949, elle a vu les footballeurs du Grande Torino périr en avion au retour d’un match amical à Lisbonne face au Benfica. En octobre 1995, lors de la classique Milan – Turin, Marco Pantani, grand espoir du cyclisme italien (2e du Giro 1994, 3e du Tour de France 1994 et vainqueur deux étapes de montagne du Tour 1995), est percuté par un 4*4 fou. L’Italie revit le cauchemar de juillet 1995 avec Fabio Casartelli, mais contrairement à son compatriote, Pantani ne meurt pas. Passant 1996 à se reconstruire, le grimpeur passe de la Carrera à la Mercatone Uno en 1997, finissant 3e du Tour de France derrière Jan Ullrich et Richard Virenque. 1998 est son apothéose, avec un doublé Giro – Tour aux dépens de deux rouleurs d’exception, Alex Zülle en Italie et Jan Ullrich en France. Entre 1998 et 1999, Pantani va vite déchanter …

Marco Pantani (2000)

Sur le Giro 1999, Marco Pantani est suspendu la veille de l’arrivée à Milan, avantle départ de l’étape reine du Mortirolo menant le peloton à Aprica. Le maillot rose a écrasé ce Tour d’Italie avec quatre victoires d’étape, atteignant la quadrature du cercle : victoires au Gran Sasso, à Oropa, Alpe di Pampeago et Madonna di Campiglio. Ses rivaux font figures de figurants tant ils sont laminés par l’insolente supériorité du Pirate dans les cols des Dolomites. Complot de FIAT, de la Mapei, de l’UCI ? Toutes les spéculations sont bonnes tant Pantani s’était fait des ennemis dans le microcosme du cyclisme. Suspendu, il reprend le vélo à Pâques au printemps 2000. De retour sur le Giro, il aide son coéquipier Stefano Garzelli à conquérir le maillot rose, se préparant pour un Tour de France où il espère vaincre Lance Armstrong, Alex Zülle et Jan Ullrich, les trois autres grands favoris. Surclassé par un Armstrong stratosphérique à Lourdes Hautacam, Pantani n’a plus que les victoires d’étape pour sauver l’honneur dans cette édition 2000 cannibalisé par l’Américain. Au Mont Ventoux, avec un admirable refus de la défaite presque viscéral, Pantani se propulse en tête sur les pentes rocailleuses du Géant de Provence. Rejoint par le maillot jaune Lance Armstrong, Pantani a bien du mal à suivre le Texan qui n’a comme objectif que de creuser l’écart sur son dauphin Jan Ullrich. Espérant de l’aide du Pirate italien face à l’ogre allemand en vue des Alpes, le leader de l’US Postal offre la victoire au sommet du Ventoux à Pantani. Le cadeau se révèle empoisonné tant Armstrong a sous-estimé l’orgueil de Pantani, meilleur grimpeur du monde depuis sa révélation en 1994 dans les sapins du Mortirolo face à Berzin et Indurain. Dans l’Izoard, Pantani met un point d’honneur à se venger d’Armstrong qui le neutralise sans difficulté. Mais le Romagnol en remet une couche le lendemain dans la montée de Courchevel pour son chant du cygne, gagnant sans contestation devant son alter ego des cimes, l’Aigle d’El Barraco, José Maria Jimenez. Le surlendemain, Pantani se lance dans un raid kamikaze vers Morzine dans une ambiance de western-spaghetti. Décidé à tout faire exploser, l’Italien provoque involontairement la défaillance d’Armstrong dans Joux-Plane. Paniqué, le Texan appelle Michele Ferrari par l’oreillette via la  voiture de Johan Bruyneel et en oublie de s’alimenter avant l’ultime col. Abandonnant après  ce baroud d’honneur, Pantani quitte le Tour à Evian. Entre 2001 et 2003, la suite de sa carrière n’est qu’une inexorable descente aux enfers, entre escort girls et cocaïne. Pantani est retrouvé mort à Rimini le 14 février 2004 dans une chambre d’hôtel, à seulement 34 ans.

Michael Phelps (2015)

En 2012 à Londres, le nageur prodige de Baltimore devient le sportif le plus médaillé de toute l’Histoire des Jeux Olympiques modernes. Depuis que le baron Pierre de Coubertin a relancé les Jeux en 1896 à Athènes, personne n’a gagné autant de breloques que Michael Phelps, nanti de 18 médailles d’or, 2 médailles d’argent et 2 médailles de bronze, soit 22 podiums olympiques ! Malgré tous les titres de gloire accumulés dans le passé par Johnny Weissmüller, Mark Spitz, Matt Biondi, Alexander Popov, Ian Thorpe ou Pieter Van Den Hoogenband, l’Américain est sans doute le plus grand nageur de tous les temps. Auréolé de gloire, Phelps prend une retraite bien méritée en 2012 après les JO de Londres, où le protégé de Bob Bowman apparaît moins souverain qu’à Athènes en 2004 ou Pékin en 2008. Mais la superstar de la galaxie natation sort de sa retraite en 2014. Comme d’autres avant lui, il n’a pas mordu la poussière, donc n’est pas parti en paix puisque se sachant redevenu, sinon au niveau du commun des mortels, faillible tel Achille et son talon. En 2015, Phelps est privé par sa propre Fédération des championnats du monde de Kazan, suite à une conduite en excès de vitesse et en état d’ivresse en octobre 2014 dans l’Etat du Maryland. L’ogre de Baltimore se console dans un autre festin, montrant que sa boulimie de victoires en vue des Jeux Olympiques 2016 de Rio de Janeiro ne fait que débuter. Aux championnats des Etats-Unis, Phelps gagne le 200 mètres 4 nages, le 200 mètres papillon et le 100 mètres papillon. A chaque fois, le prodige réalise la meilleure performance mondiale de l’année, nageant plus vite que le champion du monde sacré quelques jours plus  tôt en Russie du côté de Kazan. Ses adversaires sont prévenus, l’ouragan Phelps déferlera très certainement sur les bassins cariocas en 2016 …

Alexander Popov (1997)

Durant l’été 1996, quelques semaines après avoir conservé ses deux médailles d’or sur 50m et 100m nage libre à Atlanta, quatre ans après les succès obtenus aux Jeux Olympiques de Barcelone (1992), Alexander Popov est agressé dans les rues de Moscou au couteau. Soigne à l’hôpital du Kremlin, le nageur russe pourra reprendre sa carrière après trois mois d’éloignement des bassins … On annonce à l’entraîneur  Guennardi Touretski, Popov amorce une seconde carrière à partir de 1997. Champion du monde du 100 m nage libre à Perth en 1998, quatre ans après le premier titre acquis à Rome, Popov voit une nouvelle génération émerger par la suite, tel le Néerlandais Pieter Van den Hoogenband, sextuple médaillé d’or en 1999 aux championnats d’Europe d’Istanbul. C’est derrière VDH que Popov rate le triplé olympique sur 100 mètres à Sydney, finissant médaille d’argent dans sa patrie d’adoption, l’Australie. 6e de la finale du 50 mètres, Popov renaît en 2003 aux Mondiaux de Barcelone, avec un triplé 50 m – 100 m – relais 4 * 100 m.

Alain Prost (1993)

Après le fameux épisode du camion à Suzuka en 1991 avec Ferrari, Alain Prost prend contact avec Ligier, essayant de reprendre l’équipe française en tant que pilote et manager, lui qui envisage de créer une écurie de F1 depuis 1986. Cette perspective restera utopique avec Ligier en 1992, et le Français prend donc une année sabbatique en 1992, laissant Nigel Mansell (Williams Renault) et Ayrton Senna (McLaren Honda) en découdre pour la couronne mondiale alors que Nelson Piquet a pris sa retraite, laminé par le jeune espoir allemand Michael Schumacher chez Benetton.  Commentateur avec  TF1  tout au long de 1992, le triple champion du monde prépare son retour en vue de 1993, avec la seule écurie digne de son attention : Williams Renault. Le contrat est signé durant l’été 1992, et Prost ne met qu’une seule condition à sa venue à Didcot : un irrévocable veto au nom d’Ayrton Senna comme coéquipier, le Français ne voulant pas revivre l’explosive cohabiation de 1988-1989 chez Ron Dennis. Furieux, le Brésilien comprend qu’il est piégé pour 1993 à Woking, tandis que Mansell quitte Williams Renault pour l’IndyCar. Le coéquipier de Prost en 1993 est le Londonien Damon Hill, fils de Graham et rookie en F1. La route est dégagée pour Prost en 1993 pour décroche une quatrième titre : orpheline de Honda, McLaren se retrouve avec un V8 Ford client moins puissant que celui de Benetton où Michael Schumacher manque encore d’expérience pour être un challenger crédible du Français. La FW15 à suspension active est une merveille signée Adrian Newey, sans parler du surpuissant moteur V10 Renault RS5. Ses critiques de 1992 envers le pouvoir sportif valent à Alain Prost quelques problèmes avec la FIA, qui descend de sa tour d’ivoire pour frapper la foudre : réception in extremis de sa super-licence avant de décoller vers Johannesburg pour la première manche du Mondial à Kyalami, pénalités sévère à Monaco … Les embûches sont nombreuses, Ayrton Senna réussit un début de saison époustouflant avec deux victoires pleines de maestria à Interlagos et Donington, mais Prost l’emporte finalement à Estoril, sortant le drapeau tricolore pour l’occasion.  Ecoeuré par la jungle de la F1, le Français renonce à courir en 1994. Le record des cinq titres mondiaux de Juan Manuel Fangio restera hors de portée, la voie est libre chez Williams Renault pour Ayrton Senna avec qui Prost conclut une paix des braves pour un podium australien en forme d’apothéose, le dimanche 7 novembre 1993. Six mois plus tard, le 1er mai 1994, sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari d’Imola, Senna se tue dans sa Williams Renault après un choc dans Tamburello. Le mur, sans pneus, fait exploser le cockpit de la FW16, un élément de suspension brise la visière de l’archange brésilien qui décède en début de soirée à l’hôpital de Bologne. Le décès d’Ayrton Senna met un deuxième coup d’arrêt à la carrière de Prost.

Ferenc Puskas (1958)

Le 23 octobre 1956, la Hongrie voit une importante manifestation étudiante chambouler son paysage politique. De retour au pouvoir, Imre Nagy va ensuite retirer ses armées du pacte de Varsovie le 31 octobre. Le 4 novembre 1956, les chars soviétiques entrent dans Budapest pour asseoir leur férule sur ce pays satellite du bloc communiste. Ferenc Puskas, cette semaine là, est à Bilbao pour y jouer un huitièmes de finale aller de Coupe d’Europe avec Kispest Honved. Le Major Galopant ne revient pas en terre magyar et s’exile en Autriche durant quinze mois sabbatiques. Le gaucher virtuose de l’Aranycsapat a pris plusieurs kilos mais Santiago Bernabeu, président du Real Madrid, tente le pari de recruter Puskas, pour renforcer une ligne d’attaque déjà composée d’Alfredo Di Stefano, Raymond Kopa et Francisco Gento au sein du club castillan. En 1959, Puskas n’aura pas le bonheur de disputer la finale de Coupe d’Europe à Stuttgart. Ses accusations de dopage sur l’équipe de RFA championne du monde en 1954 lui valent une interdiction de territoire de la part des autorités allemandes. Mais en 1960, le Hongrois est bien titulaire sur la pelouse de l’Hampden Park de Glasgow. Francfort est laminé 7-3 par le Real Madrid qui conquiert son cinquième titre européen de suite, avec un triplé de l’Argentin Di Stefano et un quadruplé de Puskas, également Pichichi en Liga. Dauphin de Luis Suarez pour le Ballon d’Or fin 1960, le Major Galopant sera encore meilleur buteur du championnat espagnol en 1961, 1963 et 1964.

Kimi Räikkönen (2012)

Fin 2009, après neuf saisons de F1, Räikkönen connaît l’inexorable érosion du temps. Icemanquitte la Scuderia Ferrari pour deux années sabbatiques à la découverte du WRC. Fin 2011, Lotus Renault annonce son come-back pour le championnat du monde 2012. Coéquipier du jeune espoir franco-suisse Romain Grosjean, le Finlandais termine 3e du Mondial derrière Vettel (Red Bull Renault) et Alonso (Ferrari), mais devant Hamilton (McLaren Mercedes), gagnant même une course à Abu Dhabi. N’ayant rien perdu de son panache, Iceman entame 2013 tambour battant avec un succès sur l’Albert Park de Melbourne, égalant les 20 victoires de son aîné Mika Häkkinen.  Recruté de nouveau par Ferrari en 2014, le champion du monde 2007 y forme une Dream Team avec l’Espagnol Fernando Alonso, mais sera pulvérisé par le Taureau des Asturies. En 2015, toujours à Maranello après ce camouflet face au bulldozer des Asturies, Kimi Räikkönen est copieusement dominé par un autre gladiateur de la vitesse, Sebastian Vettel.

Ronaldo (2001)

Fin 1999, Il Fenomeno se blesse au genou avec son club de l’Inter Milan. Il passe quelques mois en rééducation avant de faire son retour en avril 2000 pour la finale de la Coupe d’Italie contre la Lazio Rome. Entré en jeu, Ronaldo se  blesse au même genou après quelques secondes sur la pelouse … Même les joueurs de la Lazio sont catastrophés, on pense que l’ancien Ballon d’Or, plébiscité meilleur joueur du monde en 1997, subira le même destin que Marco Van Basten, brisé par les blessures. Mais contrairement au cygne d’Utrecht bridé à 28 ans, le natif de Rio de Janeiro va effectuer un retour surprenant. A 24 ans, Ronaldo se bat avec le professeur Gérard Saillant, passe de mois à soigner son genou meurtri. La saison 2000-2001 se passe sans l’ancien joueur du Barça, qui retrouve les terrains du Calcio en décembre 2001. Ratant de peu le Scudetto 2002 avec les Nerazzurri, Ronaldo trouvera son Eldorado à la Coupe du Monde 2002, chassant les démons du Mondial 1998. La boîte de Pandore explose sous les huit buts du virtuose de l’Inter, qui finit meilleur buteur avec le meilleur total de buts depuis Gerd Müller en 1970 au Mexique. Transféré au Real Madrid comme troisième galactique après Figo en 2000 et Zidane en 2001, Ronaldo est élu Ballon d’Or 2002 devant Roberto Carlos et Oliver Kahn. Champion d’Espagne en 2003, Pichichi en 2004, Ronaldo jouera ensuite au Milan AC puis reviendra au bercail, prenant sa retraite en février 2011, cinq ans après avoir dépassé Gerd Müller avec 15 buts en phase finale de Coupe du Monde, un record que Miroslav Klose battra en 2014 lors du Mondial brésilien.

Paolo Rossi (1982)

En 1980, le scandale du Totonero conduit l’AC Milan en Serie B, et fait du joueur de Vicenza, Paolo Rossi, un mouton noir infréquentable, un pestiféré indésirable, un paria … Deux ans de suspension éloignent Rossi des terrains mais le sélectionneur Enzo Bearzot croit en lui pour la Coupe du Monde espagnole de l’été 1982. Muet au premier tour, Rossi est comme la Squadra Azzurra au centre des critiques.  Bearzot impose un silenzio stampa et Rossi renaît tel le phénix lors du second match du deuxième tour.  Tous deux vainqueurs de l’Argentine de Diego Maradona, le Brésil et l’Italie se retrouvent pour une place dans le dernier carré. Favori suprême, le Brésil part avec une meilleure différence de buts. Dès la cinquième minute de jeu, Rossi fusille Waldir Perez. Socrates bat Zoff par la suite mais Rossi frappe encore à la demi-heure de jeu. Quand Falcao égalise à 2-2, l’espoir renaît pour les Brésiliens à Sarria. Mais Rossi sort le très grand jeu, le buteur italien a sorti le bleu de chauffe ce jour là à Barcelone, son triplé propulse l’Italie au paradis des demi-finales, tandis que le Brésil est envoyé au purgatoire des perdants magnifiques … Le football champagne de Tele Santana a succombé devant le réalisme italien. Un doublé contre la Pologne et un but contre la RFA plus tard, Rossi est champion du monde et meilleur buteur du Mundial espagnol. Elu Ballon d’Or 1982 en fin d’année, l’Italien complète ensuite son palmarès en clubs avec la Juventus de Platini et Boniek : Scudetti, Coupe d’Italie, Coupe des Champions, Coupe des Coupes, Supercoupe d’Europe, Coupe Intercontinentale, aucun trophée ne résiste à laVecchia Signora de Giovanni Trapattoni entre 1983 et 1985.

Michael Schumacher (1999)

Cruel épilogue que celui du championnat du monde 1999 pour le Kaiser Schumacher. C’est à Silverstone que le pilote allemand de Ferrari perd stupidement la couronne qui lui était promise face à Mika Häkkinen et McLaren. Au départ, Schumacher rate son envol et se retrouve quatrième derrière les deux flèches d’argent, ainsi que son coéquipier et sherpa à Maranello, Eddie Irvine. Suite à un accrochage entre Zanardi et Jacques Villeneuve dans le peloton, le Grand Prix est arrêté via un drapeau rouge. Woking en informe ses deux pilotes mais Ferrari commet l’erreur de différer la communication. Cette erreur va laisser les deux bolides écarlates en bataille au freinage de Stowe. Car décomplexé par sa victoire ne ouverture à Melbourne, Irvine est lassé de jouer aux agneaux sacrifiés sur order de Jean Todt et Ross Brawn. Le rebelle nord-irlandais bloque la porte à Schumi qui sort de la route. Victime d’un problème de freins, l’Allemand percute le mur des pneus à 107 km/h. Le verdict tombe dans l’après-midi au centre médical : double fracture tibia – péroné. Ami de Jean Todt, le professeur Gérard Saillant, médecin de Ronaldo, sera au chevet du Baron Rouge. Le double champion du monde remonte dans un cockpit dès le 20 août au Mugello, battant le temps d’Eddie Irvine à Fiorano avec la F399. Mais les douleurs consécutives à ce test conduisent l’Allemand à envisager un retour seulement début 2000. Cependant, quand Luca Cordero Di Montezemolo téléphone à Vufflens-le-Château, le marquis se rend compte que son pilote n°1 peut jouer au football. Et Di Montezemolo ne paie pas le Kaiser Schumacher plus de 30 millions de dollars par an juste pour jouer au ballon rond … Regénéré par ces quelques semaines de pause au niveau mental, l’Allemand revient plus fort que jamais et plus affamé de succès que jamais. En Malaisie, sur l’inédit circuit de Sepang, Schumi s’offre la pole position avec une seconde d’avance sur la concurrence, le Kaiser annonce la couleur pour sa deuxième carrière. De retour à Sepang et Suzuka, Schumacher offre sur un plateau d’argent la victoire à Irvine à Kuala Lumpur, avant de finir deuxième au Japon derrière Häkkinen qui le rejoint dans le gotha des doubles champions du monde. Tel Ponce Pilate, Schumacher n’a pas voulu intervenir dans la conquête du Graal de Ferrari, voulant être le premier à gravir l’Everest depuis Jody Scheckter, pour y planter un drapeau rouge frappé d’un fond jaune et d’un cheval cabré. Ce sera chose faite en 2000. De 2001 à 2004, fort de la stabilité de la Dream Team technique Brawn / Byrne / Martinelli et de l’axe Ferrari / Bridgestone, l’aîné des frères Schumacher et ses bolides écarlates écrasent ensuite la F1, imposant son sceau avec une rare violence sur le pinacle du sport automobile, battant presque tous les records de la discipline reine avec le Cavallino Rampante  … Ce n’est qu’en 2006 que l’ogre de Kerpen prend sa retraite, après un ultimatum de Luca Di Montezemolo pour 2007. Jaloux de Jean Todt, le président de Ferrari veut démanteler la Dream Team. Il commence son œuvre en signant pour 2007 avec Kimi Räikkönen, un fauve qui n’acceptera pas de contrat de pilote n°2 comme Irvine, Barrichello ou Massa. Devant la perspective d’une cohabitation explosive avec le Finlandais, le septuple champion du monde choisit la retraite, sauvant le baquet de son ami Felipe Massa qui l’emporte fin 2006 à Interlagos, le jour des adieux de l’Allemand, qui parachève sa somptueuse carrière d’un feu d’artifice offensif, 4e d’une course où son rêve de huitième couronne est devenue utopique contre son héritier désigné, l’Espagnol Fernando Alonso.

Michael Schumacher (2010)

Mètre étalon de la F1 entre 1994 et 2006 après le décès brutal d’Ayrton Senna à Imola, Michael Schumacher était parti fin 2006 sans avoir trouvé son maître, malgré la progression d’Alonso ou Raïkkönen ses derniers rivaux. En 2009, la blessure à l’œil de Felipe Massa à Budapest conduit Luca Di Montezemolo à rappeler le septuple champion du monde chez Ferrari. Enthousiaste, Schumacher doit vite renoncer. Réelle impossibilité de courir après les douleurs aux cous provoquées par sa chute en moto de février 2009 ? Peur du ridicule face à une Kimi Räikkönen sur une médiocre F60 ? Combinaison des deux … Nul ne le sait, mais la conférence de presse du champion allemand montre sa déception de ne pouvoir faire l’intérim du Brésilien. C’est finalement Luca Badoer qui court à Valence et Spa Francorchamps, vite remplacé par Giancarlo Fisichella au vu du fiasco, tant l’essayeur maison est pulvérisé parIceman. De son côté, Schumacher pense à un retour. L’occasion se présente via son ancien complice Ross Brawn, qui a lui aussi fait son retour dans la fosse aux lions après une année sabbatique en 2007 consacré à la pêche à la mouche. Après une saison 2008 comme directeur  technique de Honda, Brawn a réussi un coup de maître en 2009 avec Brawn GP, tirant la substantifique moelle du règlement technique avec son fameux double diffuseur qui a même devancé l’imagination virtuose du gourou de l’aérodynamique Adrian Newey chez Red Bull. Mais le conte de fées Brawn Grand Prix a ses limites financières.  Phénix né des cendres de Honda lui-même hérité de BAR qui racheta Tyrrell en 1997, le team de Brackley est phagocyté par Mercedes, qui crée son propre team, lassé des échecs et des scandales à répétition du côté de McLaren et Ron Dennis. Le 23 décembre2009, la bulle Internet se déchaîne, l’Allemagne est en ébullition. Le pilote le plus titré de l’Histoire revient en F1 pour Mercedes, comme équipier du jeune espoir allemand Nico Rosberg. Mercedes avait en 1991 contribué à propulser son pilote en F1, Jochen Neerspach étant avec Willi Weber la cheville ouvrière du lobbying pour offrir à Michael Schumacher le baquet Jordan laissé vacant par Bertrand Gachot après sa condamnation à de la prison ferme (consécutif à un sinistre épisode de bombe lacrymogène avec un taximan londonien). Après un baptême du feu éblouissant dans les Ardennes sur le toboggan de Spa Francorchamps,  le jeune espoir allemand de 22 ans est convoité par Benetton, Tom Walkinshaw et Ross Brawn l’ayant côtoyé en endurance du temps de la rivalité Jaguar / Mercedes.  Fort du soutien d’un Bernie Ecclestone partial car désireux de développer la F1 en Allemagne, Flavio Briatore sort vainqueur contre Eddie Jordan d’un jugement de Salomon biaisé à l’hôtel du Villa d’Este. Le joyau sera pilote Benetton dès le Grand Prix d’Italie, Roberto Moreno effectue le trajet inverse. A Monza en septembre 1991, Schumacher éclipse Piquet, premier de cordée d’une longue liste de carrières brisées … Fin 1993, quand Mercedes veut développer le team Ilmor, Jochen Neerspach souhaite récupérer son poulain met se voit opposer le veto de Briatore ainsi que de Willi Weber. L’avenir de Michael Schumacher leur donne raison, puisque champion du monde 1994 et 1995 avec Enstone. Mercedes, via Norbert Haug et McLaren, tentera de recruter le Kaiser pour 1996 mais Ron Dennis ne veut pas déroger à son credo officiel d’équité entre pilotes (souvent biaisé avec Prost / Lauda, Senna / Prost, Häkkinen / Coulthard, Räikkönen / Montoya puis Hamilton / Alonso). Woking tentera encore une fois de débaucher l’Allemand qui restera fidèle à Maranello jusqu’en 2006. Près de vingt ans après, l’apprenti de Mercedes Junior Team revient donc courir pour la firme à l’étoile en tant que vétéran. Globalement, le come-back de Michael Schumacher sera un fiasco, loin des immenses espoirs suscités par son retour parmi l’élite des pilotes : primo car il est pour la première fois dominé par son coéquipier (Nico Rosberg), secundo cela met en lumière le niveau moindre de la concurrence entre 1994 et 2006 (F1 orpheline de Senna, seuls Häkkinen entre 1998 et 2000, Montoya et Räikkönen en 2003 ainsi qu’Alonso en 2006 ont vraiment donné du fil à retordre au Baron Rouge), tertio le bilan chiffré est catastrophique avec zéro victoire, un seul podium (à Valence en 2012 derrière Alonso et Räikkönen, après les abandons de Vettel et d’Hamilton …)

Monica Seles (1995)

La carrière de la Yougoslave s’arrête brutalement au printemps 1993 quand un déséquilibré du nom de Günter Parche, fan de Steffi Graf, la poignarde lors d’une rencontre au tournoi de Hambourg. Pendant un changement de côtés que la jeune virtuose de 19 ans reçoit un coup de couteau. La carrière de Seles avait démarré sur les chapeaux de roue, avec un triplé à Roland-Garros (1990, 1991, 1992), un doublé à l’US Open (1991, 1992) et un triplé à l’Open d’Australie (1991, 1992, 1993). Seul Wimbledon restait encore un bastion imprenable puisque chasse gardée de sa rivale allemande Steffi Graf. Cette dernière lui rendit visite à l’hôpital. En 1994, Seles devient boulimique et dépressive après une série de mauvaises nouvelles : veto de ses pairs à la WTA de maintenir son classement, perte de sponsors, cancer à l’estomac de son père, condamnation trop indulgente de Parche (prison avec sursis) … Prenant la citoyenneté américaine en 1994, Seles va pourtant trouver la force de se battre, alors que Graf fait cavalier seul sur la WTA, malgré la résistance opiniâtre d’Arantxa Sanchez Vicario. Le retour de l’ex-Yougoslave s’effectue le 30 juillet 1995 sur le sol américain. La WTA rétablit co-numéro 1 mondiale, statut que Seles honore par une victoire au Canada lors de l’Open de Toronto. A l’US Open, après seulement un mois de compétition dans les jambes, Monica Seles atteint la finale de Flushing-Meadows. En face se trouve bien entendu sa grande rivale, l’Allemande Steffi Graf. Sur le ciment new-yorkais, le match est superbe mais c’est Graf qui l’emporte en trois sets, 7-6, 0-6, 6-3. Si Seles avait pris l’ascendant sur le tennis féminin au moment de son agression en avril 1993, Graf menait cependant 6-4 dans leurs duels. Entre 1995 et 1999, Graf l’emportera 4-1 face à Seles dans leurs confrontations. En janvier 1996, Monica Seles rayonne en l’emportant à Melbourne lors de l’Open d’Australie, contre Anke Huber. Ce sera son neuvième et dernier titre en Grand Chelem car une nouvelle génération de joueuses va la surclasser, tout d’abord l’esthète suissesse Martina Hingis lauréate du Petit Chelem en 1997, puis quatre joueuses américaines surpuissantes, Lindsay Davenport, Jennifer Capriati et les deux sœurs Williams, l’aînée Venus et la cadette Serena. Dans ce contexte de passage de témoin entre générations, le dernier coup d’éclat de Seles se produit en 1998 à Roland-Garros, trois semaines après le décès de son père. Vêtue de noir, sans préparation, la native de Novi Sad parvient jusqu’en finale, non sans avoir donné une leçon particulière de tennis à Martina Hingis en demi-finale.  Le samedi en finale, Seles retrouve une joueuse de sa génération, l’Espagnole Arantxa Sanchez-Vicario, déjà double championne sur l’ocre parisien en 1989 et 1994. Seles gagne le premier set à l’arraché 7-6, mais subit un double camouflet dans les sets suivants face à Sanchez, 6-0 puis 6-2. Jamais plus Seles ne parviendra à se hisser en finale majeure. Née le 2 décembre 1973 comme le cycliste allemand Jan Ullrich, la carrière de Seles laisse un goût d’inachevé comme pour celle de son « jumeau », mais pour bien d’autres raisons … On ne peut s’empêcher de se demander combien de titres du Grand Chelem la Yougoslave aurait conquis sans ce terrible coup du destin du 30 avril 1993. Aurait-elle pu prendre la forteresse imprenable de Wimbledon, notamment en 1994 ?

  1. avatar
    24 février 2016 a 11 h 50 min

    Difficile de classer tous ces come-backs mais celui de Ronaldo possède une force particulière, surtout quand on se rappelle cette terrible image de la rechute d’Il Fenomeno en avril 2000 lors de la finale aller de la Coupe d’Italie, Lazio / Inter

  2. avatar
    24 février 2016 a 19 h 26 min

    Merci Axel, que des grand champions et plusieurs légende dans ton palmarès des phénix.

    À noter que Gatlin en 2105 a fait 2e au 100m à 1 centième de Bolt, et 2e également derrière Bolt sur 200m. Même s’il a échoué, ce sont tout de même des performances honorables.

  3. avatar
    25 février 2016 a 9 h 58 min

    Salut Fabrice,

    Oui 2e derrière Bolt en étant aussi près, c’est tout à l’honneur de Justin Gatlin en effet.
    Peut être pourra-t-il franchir le pas en battant la Foudre à Rio de Janeiro.

    Mais le Jamaïcain sera sur-motivé pour garder ses 3 médailles d’or aux prochains JO.

  4. avatar
    25 février 2016 a 18 h 25 min
    Par mwn44

    Les comeback feront toujours rêver car très hollywoodiens dans le principe, et de plus en plus dans leur traitement médiatique dorénavant. Personnellement j’attends désespérément celui de Casey Stoner en Moto GP, mais ce dernier le refuse catégoriquement malgré qu’il ait récemment signé comme pilote de développement chez Ducati, où pourtant il serait sans doute plus performant que les deux excellents Andrea. La possibilité de voir Rossi, Lorenzo, Pedrosa, Marquez et Stoner sur la même grille de départ d’une saison restera sans doute une douce utopie. On se contentera d’une éventuelle Wild Card à Philip Island, circuit sur lequel l’Australien n’a jamais été battu entre 2007 et 2012, année de sa retraite.

    Concernant l’article, on est en droit de se demander quel aurait été le palmarès de Bartali sans la seconde guerre mondiale, même si Coppi aurait aussi pu, dès lors, le concurrencer sérieusement. Ces deux monuments italien n’ont pas eu la carrière qu’ils auraient pu entrevoir, même si les évènement de la secondes guerre mondiale, rajoute du piquant à leur histoire.

    Pour rester dans le cyclisme, les deux retours de Pantani m’avaient profondément émus, alors que celui d’Armstrong en 1998 m’avait laissé clairement circonspect. Voir un même homme rouler comme Indurain et grimper comme Pantani… trop peu pour moi après l’affaire Festina.

    Beaucoup de comeback dans le tennis féminin par ailleurs auquel tu aurais pu ajouter celui de Capriati en 1996, elle qui avait été dans le top10 mondial à 14ans en 1990, puis avoir repris ses étude en 1994… même si ce retour ne s’est concrétisé qu’au tournant dans années 2000 notamment à l’Open d’Australie face à Hingis.

    En parlant d’Hingis, elle aussi à fait un retour assez remarqué en 2006 avec deux 1/4 de finales à l’OA et RG perdus face à Clijters, et une place de 6e à la WTA à la fin de cette année là. Un contrôle à la cocaïne à Wimbledon mettra fin à ce retour en 2007. Son deuxième retour aussi est assez spectaculaire en double, puisque tenante du titre des 3 derniers grands chelem, du masters et numéro une mondiale avec sa partenaire Mirza. Elles restes toutes deux invaincues depuis l’US Open dernier inclu, soit plus de trente matchs, série en cours et jamais vu depuis 1990.

    En tout cas excellente revue d’effectif, où l’on trouve, outre les tennis women (du notamment à la faiblesse du circuit pour Hingis, Clijsters et Henin), on retrouve beaucoup de cycliste et de pilotes de F1.

  5. avatar
    25 février 2016 a 18 h 59 min

    Bien vu Mwn pour Capriati. 3 GC, no. 1 mondiale, médaille d’or aux JO… pas mal du tout, considérant ses problèmes personnels.

    Dans le même style on peut aussi citer Agassi qui a eu une période creuse avant de revenir au sommet.

  6. avatar
    25 février 2016 a 21 h 32 min

    Salut Mwn,

    Oui beaucoup de pilotes et de cyclistes mais logique car en sport mécanique, on est soumis au risque d’accident / chute et donc de grave blessure, plus encore qu’en foot ou tennis.

    Bien vu pour Capriati, sinon oui pour Armstrong c’est trop ça meilleur qu’Ullrich en CLM et plus fort que Pantani en montagne, c’était clairement suspect en 2000 !

    Pour Bartali et Coppi, difficile à dire car Gino le Pieux aurait peut être arrêté plus tôt, idem pour Coppi. Les années de guerre sans compétition leur ont donné une faim de loup en 1946 !!

  7. avatar
    26 février 2016 a 15 h 05 min

    Salut Fabrice,

    Pour Agassi en 1999, c’était pas vraiment un come-back, plus une remontée vers les sommets.
    En 1997 il tombe à la 141e place mondiale et joue des challengers, mais il n’arrête jamais vraiment le tennis meme s’il n’en fut pas très loin.

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