Faust Figo / Mephisto Perez, le transfert diabolique de l‘été 2000
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Faust Figo / Mephisto Perez, le transfert diabolique de l‘été 2000

Considéré comme un judas par les socios du Barça, Luis Figo quitte le FC Barcelone à l’été 2000, après une manœuvre machiavélique de Florentino Perez, vainqueur de Lorenzo Sanz dans des élections présidentielles à couteaux tirés au Real Madrid

Samedi 21 octobre 2000, Nou Camp de Barcelone. Le traître Figo revient dans son ancien antre. L’accueil est terrible pour l’ancienne idole des socios catalans. Même le plus impopulaire des gladiateurs de la Rome Antique n’a pas connu une ambiance aussi haineuse envers lui …

Les socios crient avec haine et rancœur sur l’homme qu’ils ont soutenu pendant cinq ans, qu’ils considéraient comme l’un des leurs. 110 décibels de haine et de désespoir, comme un Boeing au décollage.

La pression est terrible sur le Portugais, dont le cerbère est le jeune Carles Puyol, qui se révèle dans ce match gagné pour l’anecdote 2-0 par Barcelone, même si le Real sera champion d’Espagne au printemps 2001. Proche du Capitole au printemps 2000 aux yeux du peuple blaugrana, Figo passe à la Roche Tarpéienne après avoir trahi le club, pactisant avec Lucifer, alias le Real Madrid… Du plébiscite à son endroit jusqu’en juin 2000, Figo est passé aux antipodes, devenant le traître absolu aux yeux de tout un peuple, la communauté du Barça.

Comment en est-on arrivé là ?

Figo quittant Barcelone pour le Real Madrid en juillet 2000, c’est comme si Diego Maradona avait signé en 1990 au Milan AC, cédant et trahissant les tifosi napolitains pour céder aux sirènes du tycoon Silvio Berlusconi… Mais El Pibe del Oro resta toujours fidèle au Napoli, étant la figure de proue sportive de l’Italie méridionale face aux puissants clubs d’Italie septentrionale, la Juventus, l’Inter ou encore l’AC Milan…

Comme si Eusebio était passé au Sporting ou au FC Porto du temps de sa splendeur avec Benfica, comme si Pelé avait quitté Santos pour Palmeiras ou Flamengo, comme si Ian Rush était allé jouer pour Everton en délaissant le Liverpool FC, comme si Bobby Charlton avait quitté Manchester United pour le voisin de City…

Près de cinquante ans après l’affaire Di Stefano (1953) menée de main de maître par Santiago Bernabeu, le Real Madrid est à nouveau le cauchemar du Barça.

Cinq ans après son interdiction de jouer en Italie en 1995, prononcée par la FIFA après avoir signé deux contrats, l’un avec Parme et l’autre avec la Juventus, Luis Figo est à nouveau dans l’œil du cyclone, au cœur d’une terrible polémique.

D’autres joueurs ont quitté Barcelone pour Madrid (ou inversement), mais jamais le sentiment de trahison ne fut aussi fort que pour Luis Figo, icône du club catalan. Sportivement, un Romario ou un Ronaldo avaient fait très fort en une seule saison, mais peu de joueurs avaient autant marqué le club barcelonais de leur empreinte : Kubala, Cruyff, Stoïtchkov.

Le sceau de Figo fut indélébile à deux reprises : celui de ses exploits sportifs entre 1995 et 2000 et celui plus violent et plus cruel, de sa trahison, de son passage vers l’ennemi séculaire, le Real Madrid.

D’autres joueurs ont joué pour les deux clubs, mais le cas de Figo reste unique en son genre.

Passages Directs

- De Madrid à Barcelone :
o Luis Enrique (1996)
- De Barcelone à Madrid :
o Pepe Samitier (1933)
o Bernd Schuster (1988)
o Luis Milla (1990)
o Michael Laudrup (1994)

Passages Indirects (via un autre club)

- De Madrid à Barcelone :
o Gheorghe Hagi (départ en 1992 vers Brescia, arrivée en 1994 au FC Barcelone)
o Robert Prosinecki (départ en 1994 vers Oviedo, arrivée en 1995 au FC Barcelone)
o Samuel Eto’o (départ en 2000 vers Majorque, arrivée en 2004 au FC Barcelone)
- De Barcelone à Madrid :
o Ricardo Zamora (départ en 1922 vers l’Espanyol Barcelone, arrivée en 1930 au Real Madrid)
o Ronaldo (départ en 1997 vers l’Inter Milan, arrivée en 2002 au Real Madrid)
o Javier Saviola (départ en 2004 vers Monaco puis Séville, arrivée en 2006 au Real Madrid)

Ironie du destin, Figo fut au Barça le successeur de Michael Laudrup sacrifié par Johan Cruyff au sein de la Dream Team entre 1993 et 1994 à l’arrivée de Romario en provenance du PSV Eindhoven, le Danois partant à l’été 1994 vers le Real Madrid. Barré par Koeman, Romario et Stoïtchkov, piégé par la règle des trois étrangers, Laudrup avait vécu la finale d’Athènes comme remplaçant, voyant son club laminé 4-0 par le Milan de Capello où jouait son frère Brian, également sur le banc du côté des Rossoneri… Ainsi se terminant une idylle de cinq ans entre l’aîné des Laudrup et le Barça, lui qui était arrivé en 1989 en provenance de la Juventus.

En 1994-1995, malgré l’arrivée du Maradona des Carpates Gheorghe Hagi, ancien du Real Madrid passé par deux ans de purgatoire à Brescia en Serie B avant de renaître de ses cendres tel un phénix à la World Cup américaine, le Barça est orphelin du virtuose danois, qui fera les beaux jours du Real Madrid coaché par Jorge Valdano. Cruyff et Barcelone encaissent une manita mémorable, 5-0 avec triplé de Zamorano, en écho à la punition infligée un an plus tôt par les Blaugrana, avec triplé de Romario à la clé.

En 1995, alors que Robert Prosinecki, passé par Oviedo, débarque en Catalogne, c’est Luis Figo qui s’impose vite comme le véritable héritier de Laudrup. En 1996, Ronaldo imite Romario en faisant le trajet Eindhoven – Barcelone, tandis que les deux concurrents directs de Figo au poste de meneur de jeu quittent Barcelone : Hagi part à Istanbul jouer pour le Galatasaray, Gheorghe Popescu le rejoignant un an plus tard sur les rives du Bosphore, tandis que Prosinecki signe au FC Séville, orphelin de son compatriote croate Davor Suker.

Déçu par l’attitude de Nunez et Gaspart, les dirigeants catalans, le phénomène Ronaldo quitte le Barça dès 1997, direction l’Inter Milan.

L’attachement viscéral entre Figo et Barcelone se renforce de saison en saison, malgré le changement d’entraîneur : Cruyff en 1995-1996, Robson en 1996-1997, Van Gaal entre 1997 et 2000.

En 2000, après cinq ans à Barcelone, Figo est un peu le vice-capitaine dans l’esprit de Van Gaal, un pilier du vestiaire, seul Josep Guardiola pouvant lui faire de l’ombre…

En cinq ans, le Portugais a gagné deux Ligas (1998 et 1999), deux Coupes du Roi (1997 et 1998), une Coupe des Coupes (1997), une Supercoupe d’Europe (1997) mais la victoire dans la grande Coupe d’Europe, la C1, est restée utopique.

Non qualifié en 1996 (demi-finaliste de C3 face au Bayern Munich) et 1997 (lauréat de la C2 contre le PSG), le Barça a ensuite connu des fortunes diverses. Les deux premières campagnes européennes de l’ère Van Gaal se soldent par des échecs cuisants, avec une élimination peu glorieuses en poules, marquée en 1997-1998 par le terrible camouflet d’une défaite 4-0 au Nou Camp contre le Dynamo Kiev (triplé d’un certain Andreï Shevchenko), et en 1998-1999 par un revers face aux deux futurs finalistes, Manchester United d’Alex Ferguson et le Bayern Munich d’Ottmar Hitzfeld. Trois ogres dans un groupe de la mort, Barcelone est celui de trop.

En 1999-2000, le double champion d’Espagne pense tenir le bon bout. Survolant les deux premières phases de poules, avec notamment des rivaux du calibre de la Fiorentina et d’Arsenal, les Blaugrana entrevoient le spectre de l’élimination en quarts de finale. Battus 3-1 à Stamford Bridge par Chelsea, les coéquipiers de Figo vont profiter de l’inexpérience des Blues à l’époque en C1. Un Figo diabolique, ainsi que Rivaldo et Kluivert, sont les clés de voûte du succès catalan, 5-1 après prolongation.

En demi-finale, l’outsider valencian, galvanisé par son exploit des quarts de finale contre la Lazio Rome (5-2, 0-0) pulvérise le favori catalan (4-1, 1-2) et se qualifie pour la finale de Saint-Denis, privant l’Europe d’un clasico contre le Real Madrid de Raul, Fernando Morientes, Steve McManaman, Roberto Carlos et autres Fernando Redondo.

L’Argentin, meilleur joueur du Real Madrid durant la saison européenne 1999-2000, part en Lombardie à l’AC Milan après six années de bons et loyaux services en Castille, où il retrouve une myriade de stars, Paolo Maldini, Andrei Shevchenko, Alessandro Costacurta ou encore Leonardo.

Privé d’un duel d’anthologie avec le Barça en finale de C1, le Real Madrid va engager un terrible bras de fer sur le marché des transferts, puisqu’il faut remplacer Redondo et sa technique de velours en cet été 2000.

Le candidat à la présidence du Real Madrid, Florentino Perez promet aux socios madrilènes, pendant la campagne électorale, de conclure le transfert de Luis Figo, superstar de l’Euro 2000 avec le Français Zinédine Zidane. Perez a commandé des sondages et sait comment faire plaisir aux socios, car il ne pourra pas attaquer Sanz sur son bilan sportif pas plus que sur des arguments peu parlants comme le bilan économique du président sortant, pourtant désastreux (300 millions d’euros de dettes)

Plantant une première banderille à son adversaire, Perez sait comment parler aux électeurs, bien que Lorenzo Sanz, fort d’un bilan très honorable entre 1995 et 2000 à la succession de Ramon Mendoza (deux Coupes d’Europe en 1998 et 2000, une Liga en 1997), soit le favori du scrutin merengue.

Le 26 mai 2000, deux jours après le huitième triomphe européen du Real Madrid au Stade de France contre Valence, Lorenzo Sanz provoque des élections anticipées, un an avant celles programmées en octobre 2001. Avec un appétit digne de Pantagruel, Sanz se dit qu’il devrait facilement remporter l’élection et donc s’ouvrir la porte d’autres triomphes en Europe, même si le Manchester United de Beckham, la Juventus Turin de Zidane, le Bayern Munich d’Effenberg, le Milan AC de Maldini ou le Barça de Figo sont des rivaux capables de pérenniser les exploits au plus haut niveau…

Ayant mis fin à une longue malédiction de 32 ans en C1, alors que le Real Madrid n’avait réussi qu’à atteindre une finale en 1981, battu par le grand Liverpool FC de Bob Paisley, Lorenzo Sanz se croit invincible, et rêve d’être président du club pour les festivités du centenaire du club, en mars 2002. Sanz se voit déjà marcher sur les traces de Don Santiago Bernabeu, figure de proue du Real Madrid et maître d’œuvre de la légende merengue avec Alfredo Di Stefano entre 1956 et 1960.

En marge de son palmarès, Sanz voit sa conviction renforcée par le fait que jamais un président sortant du Real Madrid n’a été battu lors d’une élection. Il n’a donc, a priori, rien à craindre du vote à venir au mois de juillet, lui qui a fait venir tant de très bons joueurs à Madrid : Davor Suker, Pedrag Mijatovic, Clarence Seedorf, Christian Panucci, Roberto Carlos et Bodo Illgner en 1996, Christian Karembeu et Fernando Morientes en 1997, Steve McManaman en 1998, Nicolas Anelka en 1999, sans parler des entraîneurs, Fabio Capello, Jupp Heynckes ou encore Guus Hiddink.

Mais du haut de sa tour d’ivoire, Sanz n’a pas venu la menace Perez et ses fourches caudines…

L’effet underdog va propulser l’outsider Perez à la tête de la Maison Blanche, non pas celle de Washington DC mais celle de Madrid.

Le mercredi 5 juillet, alors que la fille de Lorenzo Sanz, Malula, épouse le joueur Michel Salgado à l’église Los Jeronimos, située près du Musée du Prado, une bombe médiatique explose, et Perez plante une première banderille à Sanz par radio interposée.

Ironie du destin, Sanz va apprendre la terrible nouvelle de la bouche d’un des 1200 invités du mariage… Star de la radio Cadena Ser située Gran Via, José Ramon de la Morena fait une annonce avant de venir à la réception, à quelques hectomètres à peine

L’entourage de Florentino Perez assure être arrivé à un accord total pour le transfert du joueur Luis Figo dans le cas où M. Perez serait élu président du Real Madrid le 17 juillet. Vingt-quatre heures après cette date, Florentino Perez paiera la clause de cession d’un montant de 10 milliards de pesetas.

La douche froide est terrible pour Sanz mais aussi pour Joan Gaspart, favori des élections présidentielles à Barcelone. Président du Barça entre 1978 et 2000, Nunez laisse le fauteuil à son adjoint, qui sauf cataclysme sera intronisé le 23 juillet.

Gaspart demande un démenti formel à Figo, pas encore revenu en Catalogne suite à l’Euro joué en Belgique et aux Pays-Bas, dont la star a terminé demi-finaliste avec le Portugal, tutoyant la perfection à chaque match et s’attirant presque autant de superlatifs qu’un certain Zinédine Zidane qui a marché sur l’eau avec l’équipe de France.

Figo obéit à Gaspart et publie un démenti le dimanche 9 juillet dans le journal Sport : Je veux rassurer tout le monde, je serai bien au Camp Nou le 24 juillet pour démarrer la saison.

Mais Figo vient de mentir sans le savoir, car le Faust de Lisbonne a cédé aux sirènes diaboliques du Mephisto de Madrid, alias Florentino Perez, par l’entremise de son agent José Veiga…

Pour parvenir à ses fins, Perez a utilisé un intermédiaire pour le moins inattendu, Paulo Futre, ancienne gloire de l’Atletico Madrid entre 1987 et 1993 !

Mais Futre est l’idole de jeunesse de Luis Figo, et Perez lui offre des garanties afin de mener à bien la transaction. Futre appelle donc l’agent du numéro 7 portugais, José Veiga…

Tombant des nues, Veiga raccrochez au nez de Futre qui sait comment motiver l’agent de Figo, par un pourcentage sur le montant supposé du transfert. Négociant habilement avec Perez, Futre téléphone de nouveau à Veiga, mais avec un argument bien plus fort, quelques millions d’euros pour lui en cas de signature de contrat avec le Real Madrid.

L’agent de Figo s’envole illico pour Bruxelles, où le Portugal joue contre la France la demi-finale de l’Euro 2000, en ce mercredi 25 juin.

Malgré l’enjeu colossal du match (le Portugal attendant une grande demi-finale depuis celle de 1984 à Marseille, déjà contre la France), Veiga met Figo dans la confidence. L’offre de Perez permettrait à Figo de quintupler son salaire en comparaison de ses émoluments sous l’ère Nunez à Barcelone. Président sortant du Barça, Nunez a mis un veto irrévocable à une renégociation salariale, bien que Figo soit devenu le meilleur joueur du club, malgré le respect dû à l’électron libre Rivaldo, Ballon d’Or 1999…

Or Nunez en partance, Gaspart n’a pas encore les mains libres pour négocier puisque l’élection au Barça n’a lieu que le 23 juilet.

Tentant de renouer le contact avec Nunez, Figo se heurte de nouveau à un refus, doublé de dédain de la part de l’homme qui a fait venir en Catalogne tant de stars : Bernd Schuster, Diego Maradona, Gary Lineker, Michael Laudrup, Ronald Koeman, Hristo Stoïtchkov, Romario, Gheorghe Hagi, Ronaldo, Patrick Kluivert, Rivaldo…

Déboussolé, Luis Figo s’en remet donc à Paulo Futre. La conversation entre les deux stars portugaises va profiter au Real Madrid, puisque Futre est allié objectif de Perez…

Futre explique à Figo qu’une carrière de footballeur de haut niveau est courte, qu’il faut mettre le plus d’argent possible de côté, qu’une ancienne gloire est vite oubliée. Futre n’a pas mal à justifier son argument, lui qui a été ignoré superbement par la Fédération portugaise à l’occasion de l’Euro 2000.

Pour l’ancien buteur des Colchoneros, Figo doit faire fructifier sa poule aux œufs d’or sans hésiter. S’il faut vendre son talent à l’ennemi, au Real Madrid, et bien soit !

La défaite portugaise contre la France de Zidane libère Figo d’une finale à Rotterdam le dimanche 2 juillet. Le samedi 1er juillet 2000, un pré-contrat est signé à Madrid entre José Veiga et Florentino Perez.

Les dirigeants du Barça, en apprenant la nouvelle le mercredi 5 juillet par la radio, tombent de très haut… Figo a-t-il vraiment franchi le Rubicon ?

A la fois déçu et paniqué, Gaspart essaie de comprendre comment son joueur fétiche a pu signer avec l’ennemi. Mais Gaspart promet à Figo qu’en cas d’élection, il le paiera autant que Perez.

Après le démenti officiel de Figo, Lorenzo Sanz met de l’huile sur le feu, traitant Perez de candidat démagogique. Se moquant de son rival madrilène, Sanz se demande si le prochain transfert de Perez ne s’appelle pas Claudia Schiffer, ceci alors qu’une rumeur envoie Zinédine Zidane de la Juventus au Real (ce qui sera chose faite un an plus tard, en juillet 2001).

Pour reprendre la main dans ce poker menteur entre Gaspart, Figo, Futre, Veiga, Sanz et lui-même, Florentino Perez convoque la presse le mercredi 12 juillet, une semaine après l’annonce qui a semé la zizanie au sein du football espagnol.

Afin de gagner en crédibilité, Perez tient à rassurer les socios madrilènes : J’ai fait toutes les démarches nécessaires pour que Luis Figo joue au Real Madrid la saison prochaine. Je veux dire à tous les socios que si je suis élu président du Real Madrid, Figo jouera au Real. Je vais vous prouver ma bonne foi, si je suis élu et que Figo ne vient pas au Real, je m’engage à payer à tous les socios leur abonnement la saison prochaine.

Comme l’a dit un jour Jacques Chirac dans une formule qui n’est qu’un secret de polichinelle, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Mais tels des moutons de Panurge, les socios du Real Madrid vont massivement croire à l’argument massue Perez, qui ne va pas être victime du syndrome de Saint-Thomas.

Après tout, si Perez a 10 milliards de pesetas pour acheter Figo, il pourra les réinjecter dans le remboursement de tous les abonnements…

Avec cette formule choc, Perez vient de porter l’estocade à Lorenzo Sanz. Car ce dernier ignore que Perez a inclus dans le contrat signé le 1er juillet avec José Veiga la clause diabolique, digne de Mephistopheles.

Si Figo et Veiga ne signent pas avec le Real Madrid malgré l’élection de Perez à sa présidence, alors ils devront 5 milliards de pesetas.

Très confiant, Veiga sait que n’importe quel club rachètera Figo à ce prix, lui qui est le meilleur joueur du monde avec Zidane et Rivaldo. Si le Barça veut récupérer Figo, il doit débourser 5 milliards de pesetas (environ 30 millions d’euros) !

Le 17 juillet, Figo se retrouve devant un dilemme puisque Florentino Perez bat Lorenzo Sanz et se retrouve élu président du Real Madrid. Soit il signe avec le Real Madrid et trahit Barcelone, club dont il est l’un des piliers depuis 1995. Soit il reste à Barcelone mais revient sur un contrat signé avec le Real Madrid, ce qui rend sa parole peu crédible dans le milieu du football.

En Sardaigne où il passe ses vacances, Figo discute de ce panier de crabes avec José Veiga et Paulo Futre. La star portugaise prend sa décision, il va rencontrer Perez à Madrid pour le remercier de son offre, mais pour la décliner car il souhaite rester au Barça.

L’accord Perez / Veiga ne filtrera pas jusqu’à Barcelone, et Perez compte sur la rencontre avec Figo pour mettre le paquet. Le nouveau président du Real Madrid n’a pas juste mis une clause diabolique pour récupérer 30 millions d’euros. Perez veut absolument Figo et fait traîner les négociations tard dans la nuit du 18 au 19 juillet 2000…

Je te promets que je vais faire la meilleure équipe du monde avec les meilleurs joueurs. Avec nous, tu seras Ballon d’Or et tu gagneras la Champions League.

La réponse de Figo n’est pas si enthousiaste : Président, je suis très honoré et je vous remercie beaucoup mais je ne pourrai pas venir. Jamais je n’aurais imaginé que les choses prennent ces proportions. Tout cela a pris une ampleur considérable et j’ai maintenant très peur pour ma famille. Comprenez-moi, président, et pardonnez-moi, je ne pourrai pas venir à Madrid.

Refusant d’abdiquer, Perez demande à Figo ce qu’il désire en contrepartie d’une signature au Real Madrid. Perez fait engager Sa Pinto, joueur portugais de la Real Sociedad, qui servira de porteur d’eau à Luis Figo au sein du vestiaire du Real Madrid, face aux monuments du club que sont Manuel Sanchis, Fernando Hierro ou encore Raul…

A Barcelone, le dimanche 23 juillet, Joan Gaspart est élu président. Longtemps vice-président de Nunez, il remplace son mentor mais son mandat commence par un désastre. Dans la soirée, Figo appelle Gaspart qui croit que son joueur vedette veut le féliciter.

Mais l’appel ressemble plus à un ultimatum mafieux qu’à une chaleureuse accolade verbale : J’ai deux allers simples dans la main. L’un pour Barcelone si tu me fournis ce soir une caution de 5 milliards de pesetas au nom de mon agent, José Veiga. L’autre pour Madrid si tu refuses.

Le couteau sous la gorge, Gaspart refuse. Le lendemain, Figo débarque sur l’aéroport militaire de Torrejon, près de Madrid, effectuant sa visite médicale dans la foulée.

Le coup porté à Barcelone est terrible en ce lundi 24 juillet 2000, où Luis Figo pose pour la photo officielle avec le maillot blanc du Real Madrid, entouré du machiavélique Florentino Perez et du président d’honneur du club, Alfredo Di Stefano, autre joueur de génie qui avait échappé à Barcelone au profit de la Casa Blanca et qui sonna le glas des espoirs des coéquipiers de Kubala de dominer l’Europe…

Premier des Galactiques importés par Perez, Figo se greffe donc à un effectif de stars composé d’Iker Casillas, de Roberto Carlos, Fernando Hierro ou encore Raul. Suivront Zinédine Zidane en 2001, Ronaldo en 2002, David Beckham en 2003 puis Michael Owen en 2004.

Battu en Supercoupe d’Europe par Galatasaray, en Coupe Intercontinentale par Boca Juniors, Luis Figo ne gagne donc aucun trophée en l’an 2000, mais se voit élu Ballon d’Or, coiffant sur le poteau un Zinédine Zidane privé de Scudetto au printemps sur la pelouse de Perugia, et englué dans la polémique d’un carton rouge contre Hambourg. Malgré ses performances stratosphériques avec la Juventus et l’équipe de France, Zidane n’est que le dauphin de Figo à l’issue du scrutin. Contrairement à ce que tout le monde pensait au soir du 2 juillet 2000 et du titre européen acquis par la France, Zidane ne cannibalise donc pas le Ballon d’Or. Mais le sublime duel Figo / Zidane ne fait que renforcer la valeur de chacun, surtout que le Français est élu meilleur joueur de l’an 2000 par la FIFA.

C’est lors du congrès où il reçoit son prix que le virtuose de Turin est abordé par Florentino Perez. Ce dernier sait que Zidane est aussi convoité par le Barça. Sur une serviette de table, Perez fait part de ses intentions à Zidane. Sept mois plus tard, le numéro 10 des Bleus rejoint Luis Figo dans la capitale espagnole, battant son record du monde du transfert le plus cher.

En deux transferts records, le Real Madrid a dépensé 911 millions de francs, ou 138 millions d’euros : 411 millions de francs (62 millions d’euros) pour Figo en 2000, 500 millions de francs (76 millions d’euros) pour Zidane en 2001… Mais, féroce et redoutable businessman, Florentino Perez amortit facilement ces deux énormes investissements : primo par le merchandising, le Real Madrid ayant copié les méthodes de Manchester United en écoulant pléthore de maillots floqués du nom de ses stars galactiques… Secundo par la revente d’un complexe immobilier situé en plein cœur de Madrid, la Ciudad Deportiva, pour une somme plus de trois fois supérieure à la somme des deux investissements Figo et Zidane. L’objectif est maintenant de réunir le plus souvent possible les socios à la Plaza de la Cibeles, lieu de célébration des trophées gagnés par le Real Madrid…

Deux ans plus tard, Ronaldo et David Beckham les ont rejoints en Castille. En quatre ans, le Real Madrid a privé quatre rivaux continentaux de leur meilleur joueur : Barcelone a perdu Figo en 2000, la Juventus a vendu Zidane en 2001, l’Inter Milan s’est vue amputée de Ronaldo en 2002 et Manchester United a laissé partir Beckham en 2003. Tous n’y ont pas perdu au change, la Juventus réinvestissant la manne providentielle de la vente de Zidane dans trois acquisitions, celles de Gianluigi Buffon, Lilian Thuram mais aussi Pavel Nedved, l’homme qui succédera au Français comme chef d’orchestre de la Vecchia Signora, et futur Ballon d’Or 2003.

Bien sûr, Florentino Perez ne pourra pas acheter toutes les stars des meilleurs clubs d’Europe durant cette période, telles Francesco Totti, Andreï Shevchenko, Thierry Henry, Oliver Kahn, Michael Ballack, Hernan Crespo, Rivaldo, Deco, Stefan Effenberg, Ronaldinho, Pavel Nedved, Ruud Van Nistelrooy, David Trezeguet, Alessandro Nesta, Jaap Stam, Frank Lampard…

Mais sur le plan médiatique comme économique, Perez aura refait du Real Madrid l’épicentre du football européen, son alpha et son omega, après quatre décennies de nostalgie à revivre les exploits de Di Stefano, Kopa et Puskas, quatre longues décennies où le Benfica Lisbonne d’Eusebio, l’Inter Milan de Facchetti et Mazzola, l’Ajax Amsterdam de Cruyff, le Bayern Munich de Beckenbauer, le Liverpool FC de Dalglish, la Juventus Turin de Platini et Boniek, le Milan AC de Van Basten et Baresi, l’Olympique de Marseille de Papin et Waddle, le FC Barcelone de Stoïtchkov et Laudrup, le Manchester United de Beckham et Giggs auront successivement dicté le « la ». Roi d’Europe en 2002, le Real Madrid impose son diapason à tous ses rivaux, et son modèle économique…

Quoi de mieux que le rêve pour séduire ? Perez l’a très bien compris et offre donc Figo comme amuse-bouche aux socios, avant de les nourrir avec Zidane, Ronaldo, Beckham, Owen puis Robinho. Gavé comme une oie, le Real Madrid va faire une indigestion, et se réveille avec la gueule du bois quand il est trop tard, avec notamment ce quart de finale de C1 perdu contre l’AS Monaco au printemps 2004. Ironie du destin, le club princier compte sur un attaquant d’élite, un certain Fernando Morientes, parti car il faisait banquette derrière Ronaldo devenu le complice forcé de Raul. En demi-finale, Monaco rencontre un nouveau riche qui veut s’inviter au sein du banquet européen, Chelsea et son oligarque Roman Abramovitch, qui recrutera l’alchimiste de Porto, l’homme qui offre aux Dragons leur plus beau millésime en cette année 2004, José Mourinho. Six ans plus tard, le Special One refait le coup en Lombardie avec un triplé marquant à jamais l’histoire de l’Inter Milan, avant de filer au Real Madrid, sur les traces de ses compatriotes Figo et Cristiano Ronaldo. La deuxième ère Galactique se joue aussi chez les entraîneurs, Perez ayant compris qu’il a affaire à très forte partie avec Pep Guardiola, fils spirituel de Johan Cruyff et maître ès Dream Team…

Au pinacle de la première ère galactique, pendant la saison 2004-2005, le Real Madrid cumulera quatre Ballons d’Or, Ronaldo (1997 et 2002), Zidane (1998), Figo (2000) et Owen (2001). Mais Perez, grisé par la folie des grandeurs, a construit un tonneau des Danaïdes sportif. L’année charnière est 2003 où le président prend quatre mauvaises décisions : recruter David Beckham plutôt que Ronaldinho qui fera les beaux jours du Barça de Joan Laporta, virer sans égards Vicente Del Bosque et Fernando Hierro, et ne pas retenir Claude Makélélé qui réclamait légitimement une revalorisation salariale, comme Figo en 2000 au Barça.

Barcelone s’incline sur le dossier Beckham contre Perez mais l’été 2003 est donc une victoire à la Pyrrhus car le vrai coup était de recruter Ronaldinho, prodige gaspillant son talent dans le guêpier du PSG.

En 2005, Luis Figo quitte le Real Madrid pour l’Inter Milan, rejoignant ce Calcio dont il avait été privé par la FIFA en 1995. Entre 1995 et 2005, le Portugais aura passé une décennie complète en Espagne, cinq ans Barça puis cinq au Real.

La même année 2005, le Barça termine enfin une terrible disette de six saisons sans titre, symbole d’une ère de jachère sans Figo parti en 2000 puis sans Rivaldo qui lui a emboîté le pas en 2002. Coaché par Frank Rijkaard dans l’esprit de Cruyff d’un football de panache, le club catalan sort enfin de l’ombre du Real Madrid des Galactiques. Avec Samuel Eto’o, Deco et Ronaldinho, les Blaugrana écrasent l’Europe en 2006, avec un doublé Liga – Ligue des Champions, tandis que le Real Madrid perd également Zidane prenant sa retraite.
Le retour à Madrid de Fabio Capello quittant la Juventus à l’été 2006 après l’affaire du Calciopoli sonne le début d’une nouvelle ère, toujours ambitieuse mais plus raisonnable et surtout plus équilibrée en matière de transferts, avec Ruud Van Nistelrooy, Mahamadou Diarra, Emerson, Gonzalo Higuain, Wesley Sneijder et Fabio Cannavaro en 2006, Arjen Robben en 2007, Rafael Van der Vaart et Klaas Jan Huntelaar en 2008.

Quant au Calciopoli, il profite à Figo qui enfile les Scudetti comme des perles avec l’Inter entre 2005 et 2009, dont celui de 2006 sur tapis vert.

Ballon d’Or 2000, Figo gagnera la Ligue des Champions en 2002 mais verra toujours un titre en sélection lui échapper, que ce soit en 2004 avec la finale d’Euro perdue à domicile contre la Grèce ou en 2006 avec une demi-finale de Coupe du Monde perdue contre la France.

Tirant sa révérence en 2009, l’artiste Figo part en retraite alors qu’un autre génie portugais lui a doublement succédé, au Real Madrid comme au palmarès du Ballon d’Or, Cristiano Ronaldo…

Comme Figo neuf ans plus tôt, le natif de Madère débarque en Castille après un transfert record, et devient le premier de cordée d’une nouvelle ère galactique, pour la deuxième présidence Perez. Avec Kakà, Xabi Alonso, Karim Benzema en 2009, Mesut Ozil, Ricardo Carvalho, Sami Khedira et Angel Di Maria en 2010, Raphaël Varane en 2011, Luka Modric en 2012, Gareth Bale en 2013, Toni Kroos et James Rodriguez en 2014, le Real Madrid frappe fort au niveau du recrutement… Joyau du club castillan, Cristiano Ronaldo a pris une envergure encore supérieure à la dimension qu’il avait avec Manchester United, dépassant très vite Figo et Eusebio dans le cœur des aficionados portugais. Mais le rival de Lionel Messi va subir l’hégémonie du grand Barça de Pep Guardiola, emmené par le lutin argentin.

Le duel Messi / C.Ronaldo offre en Liga des montagnes russes d’adrénaline, mais Barcelone impose sa férule au Real Madrid, malgré l’arrivée de José Mourinho. Ce n’est qu’en 2014 que le Real prend sa revanche, avec la Decima décrochée pour la première saison de Carlo Ancelotti comme entraîneur, douze ans après celle acquise par les Galactiques Figo et Zidane en 2002 à l’Hampden Park de Glasgow.

Près de quinze ans après ce psychodrame, le père spirituel de Figo en Catalogne, Johan Cruyff, lui a pardonné ce crime de lèse-majesté, le transfert ayant été réalisé dans des circonstances particulières.

  1. avatar
    26 février 2015 a 4 h 31 min

    Le 1er grand coup de Perez avec le Real Madrid en 2000, suivi de Zidane en 2001 et Ronaldo en 2002

    3 gros coups annules par 3 erreurs monumentales en 2003 : recruter Beckham au lieu de Ronaldinho qui partira a Barcelone, congedier Del Bosque et Hierro, laisser filer Makelele a Chelsea …

  2. avatar
    26 février 2015 a 10 h 22 min

    Bonjour,

    Dans cet article que vous avez rédigé (http://yourzone.beinsports.fr/football-om-aek-athenes-le-match-qui-na-jamais-eu-lieu-83287/) êtes-vous sûr que c’est la DNCG qui relègue l’OM en 1994 et non la FFF.

    Merci

  3. avatar
    27 février 2015 a 13 h 59 min

    Hello,

    Bien vu relégation de 1994 estampillée FFF, veto à la remontée en 1995 signée DNCG par contre.

  4. avatar
    8 mars 2015 a 2 h 40 min
    Par Alain

    Figo n’est pas un traitre. Il a été fidel , garspar aurait du lui donner les 5milliards.

  5. avatar
    8 mars 2015 a 10 h 13 min

    Tout n’est pas de la faute de Figo d’où le pardon de Cruyff. Figo a été piégé par Perez et involontairement par son agent José Veiga.

    Et en effet comme en 1997 avec Ronaldo, le Barça n’a pas voulu sécuriser à tout prix sa superstar, l’Inter Milan (Ronaldo) puis le Real Madrid (Figo) en ont profité chacun à leur tour …

    Mais pour les socios du Barça, le mal était fait en passant au Real Madrid, crime de lèse-majesté impardonnable même si Michael Laudrup avait fait de même en 1994 six ans avant Figo.

    Enorme différence cependant, le Danois ne jouait plus beaucoup, la faute aux 4 étrangers de l’effectif de Cruyff dans la fameuse Dream Team : M.Laudrup, Koeman, Romario et Stoitchkov.

    Pour Bernd Schuster en 1988 contexte encore différent de la mutinerie Hesperia où Nunez vira tous ses joueurs pour faire table rase et faire venir Cruyff comme coach. L’Allemand choisit le Real Madrid ce dont on ne peut lui tenir rigueur, les cadors en Espagne n’étant pas légion.

  6. avatar
    20 mai 2015 a 19 h 18 min
    Par lamine

    Preuve encore que les dirigents du real ne. Sabent pas reconnaitre un bon footbalzur.ils ne font que piquer au barca ou les devancer sur leurs cibles

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