L’art du collectif (2/3) : Atletico Madrid, le retour aux sources
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L’art du collectif (2/3) : Atletico Madrid, le retour aux sources

Suite de notre sujet sur les collectifs qui ont marqué la dernière saison de sport. Après le zoom sur les Seahawks et leur "Legion of Boom", retour sur l'exercice de l'Atletico Madrid.

Pendant des années, la Liga était raillé pour son caractère suprématiste : le Real Madrid et le Barça se partagent les titres, les droits TV, les honneurs et les joueurs. Sauf que depuis trois ans, un club a émergé pour leur disputer leurs privilèges : l’Atletico Madrid de Diego Simeone. Depuis l’arrivée de l’Argentin, le club a glané 4 trophées dont la Liga cette saison, la première depuis 1996. Diego Simeone a parfaitement su retranscrire les valeurs de la ville avec celles du club : rigueur, travail acharné, solidarité. C’est ainsi que Carlo Ancelotti définissait l’équipe de Simeone avant le premier derby madrilène entre les deux hommes (30 septembre) : « L’Atlético joue comme Simeone a joué : dur, concentré, tactiquement parfait. »

Il n’est à priori pas le plus adéquat pour la maîtrise du milieu de terrain et la concession d’espaces entre les lignes, mais Simeone a trouvé le remède pour que le 4-4-2 (4-2-2-2) soit viable au très haut niveau. : garder les deux lignes de quatre très resserrées. L’ancien colchonero a su exalter comme jamais l’importance du jeu de zone, du pressing et du positionnement. L’Atlético de Simeone fut la synthèse de la tendance d’aujourd’hui : maîtriser la transition offensive, être compact pour ensuite aller vite vers l’avant. Maîtriser davantage l’espace que l’utilisation du ballon avec comme consigne la discipline collective et la coordination des déplacements.

« Nous ne sommes pas une équipe d’individualités. Nous sommes un collectif de joueurs qui travaille dur et qui veut toujours le meilleur pour l’équipe. Nous nous battons sur tous les ballons jusqu’à la dernière minute de chaque match » résume de manière sommaire Arda Turan dans les intentions de l’Atletico.

Étant donné que le contrôle de l’espace est essentiel pour l’équilibre et la stabilité défensive de l’équipe, le maitre-mot est donc l’organisation. Une organisation courte, mobile, coordonnée (puisque coulisse sur la largeur et la profondeur), donc très compacte. Avec une véritable science de la couverture et des mouvements défensifs (où le pressing est initié par la paire David Villa-Diego Costa pour empêcher la première relance adverse ou boucher les espaces). L’objectif ? Par le pressing sur le porteur et la densité dans l’entrejeu, forcer l’adversaire à jouer sur les ailes, latéralement ou à jouer des longs ballons, le contraindre ainsi à un jeu limité, facile à lire, et donc facile à anticiper. Dès la récupération, il ne reste ensuite plus qu’à chercher la profondeur. Une organisation au millimètre d’autant plus remarquable qu’elle est aussi efficace en jouant haut que bas, et ce avec la même sérénité.

Si les Rojiblancos savent parfaitement maîtriser l’espace pour échapper au danger adverse et ainsi encaisser peu de buts (26 buts, meilleure défense de Liga) avec une possession moyenne de 49 %, ils ont montré qu’il savaient aussi utiliser le ballon – avec 13 tirs/match – en étant la 3ème meilleure attaque de Liga, grâce à l’efficacité de leur transition offensive, de leur première relance. Ainsi, pour mettre en place ses desseins, l’Atlético a pu s’appuyer sur tout ce qui fait une grande équipe : intensité, pressing, compacité, rigueur, joueurs rapides, polyvalents et expérimentés (Tiago, Arda Turan, Villa, Diego, Gabi, Raul Garcia) en plus de son agressivité naturelle.

Le club madrilène n’a ainsi pas sévit qu’en Espagne mais aussi en C1. Le club a pris 16 points sur 18 possibles en phase de poules. A l’issue de cette première phase, aucune autre équipe ne concédait moins d’occasions et de buts (3 buts) que l’Atlético. Les rencontres en quarts de finale contre le FC Barcelone puis en demi-finale contre Chelsea auront mis en exergue sa pluridimensionnalité : son organisation défensive face au club catalan. Et la capacité à prendre le jeu à son compte à Stamford Bridge où, en étant mené puis en étant virtuellement qualifié (0-0 à Vicente Calderon lors du match aller), plutôt que défendre sa surface et de jouer le contre, l’Atléti à su s’adapter et maîtriser son adversaire pour faire irrémédiablement la différence (victoire finale 3-1).

Surtout, cet Atlético rompt les standards en incarnant un football opposé auquel on est en droit d’attendre de l’identité espagnole de l’ère moderne, véhiculée par le Barça et l’équipe nationale espagnole. L’Atlético n’a pas autant le ballon ou la même propreté dans la transmission, mais préfère dominer les débats sans ballon qu’avec. Les hommes de Simeone taclent et concèdent aussi peu d’occasions/de buts que le Barça ne perd le ballon.

L’Atletico Madrid a démontré que pour faire une belle symphonie, un orchestre n’est pas dans l’obligation d’avoir le ballon. Il s’agit juste de manier les instruments différemment : par l’intelligence situationnelle, la coordination de l’effort collectif, la concentration pour chaque mouvement, chaque nouvelle orientation du jeu. Il n’y a qu’à voir la fluidité avec laquelle les Colchoneros balaient ensemble en long et en large le pré en gardant cette intensité pour perturber toute velléité adverse, les innombrables prises à deux face aux joueurs de côté, la justesse des compensations… L’occupation de l’espace est aussi méticuleuse que les équipes proactives, simplement, l’Atletico Madrid cherche à casser les lignes de passes (puis exploiter les espaces), pas à les créer. Cette saison, peu d’équipes ont su maîtriser leur football comme l’Atlético l’a fait. Et Arrigo Sacchi aura noté l’harmonie :

« L’Atlético est une très bonne équipe, une vraie équipe, qui joue avec des idées précises. Je les ai vu joué plusieurs fois cette saison et ils sont spectaculaires. […] Ils sont solides et travaillent très bien tous ensemble. Ils sont très collectifs. Simeone fait un travail excellent. Il n’y a pas une équipe mieux organisée que l’Atlético en Europe. »

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