Real Madrid vs Barça, le point Godwin du football
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Real Madrid vs Barça, le point Godwin du football

Le Real Madrid et son rival séculaire, le FC Barcelone, déchaînent les passions en Espagne et même au-delà des frontières du pays... Les discussions qui opposent les fans des deux clubs en arrivent souvent à des points de non retour, tel un point Godwin du football, du nom de cette hypothèse qui affirme que toute discussion qui dure en finit par remplacer les arguments par des analogies extrêmes, telles celles sur le nazisme et Adolf Hitler...

Qui vit de combattre un ennemi a intérêt à ce qu’il reste en vie… Cette citation de Nietzsche s’applique parfaitement à l’antagonisme séculaire entre le Real Madrid et le FC Barcelone.

Castillans et Catalans sont comme le yin et le yang, inséparables rivaux qui ne vivent que pour dominer l’autre, en se disputant la couronne d’Espagne.

Mais le philosophe allemand a raison… Que serait le Real sans le Barça ? Bien peu de choses… Et le Barça sans le Real ? Un point dans l’univers, rien de plus.

Hyper-médiatisés, les deux clubs sont victimes d’excès en tous genres…

Leur palmarès est remarquable, confinant à l’hégémonie bicéphale. Le Real Madrid et le Barça évoluent tout simplement dans une autre dimension, comme tout ce qui se rapporte à eux. Tout est démesuré… Leurs budgets, leurs dettes (deux épées de Damoclès), la liste des grands joueurs ayant joué pour les deux clubs, leur capacité à attirer des virtuoses du jeu, les Di Stefano, Puskas, Zidane, Figo, Ronaldo et autres Cristiano Ronaldo côté madrilène, les Kubala, Cruyff, Romario, Stoïtchkov, Laudrup, Ronaldo, Figo, Deco, Ronaldinho, Messi côté blaugrana…

Le mercato estival de 1996 résume bien le gigantisme des deux clubs espagnols, à l’appétit colossal digne de Gargantua ou Pantagruel !

Successeur de Ramon Mendoza à la Casa Blanca, Lorenzo Sanz ne fait pas semblant lorsqu’il s’agit de redresser le club de la capitale… Fabio Capello (Milan AC) devient l’entraîneur du Real Madrid pour la saison 1996-1997. Sous l’égide de Capello, pléthore de nouveaux joueurs débarquent en Castille : Pedrag Mijatovic (Valence), Clarence Seedorf (Sampdoria), Davor Suker (FC Séville), Bodo Illgner (FC Cologne), Christian Panucci (Milan AC), Roberto Carlos (Inter).

Barcelone n’est pas en reste. Si Johan Cruyff est débarqué par Nunez dans un chaos médiatique incroyable, le Barça frappe fort sur le marché des transferts : Ronaldo (PSV Eindhoven), Vitor Baia (FC Porto), Fernando Couto (Parme), Laurent Blanc (Auxerre), Luis Enrique (Real Madrid) et le revenant Hristo Stoïtchkov (Parme) porteront le maillot catalan.

Le clasico qui s’en suit, en décembre 1996, est qualifié de match du siècle par les médias espagnols. A domicile, le Real Madrid remporte ce bras de fer sur le score de 2-0. Les hommes de Fabio Capello remportent la Liga six mois plus tard face à ceux de Bobby Robson.

Le phénomène de démesure s’étend également à l’engouement des fans. En 2001, un an après son élection à la tête du Real Madrid, Florentino Perez se vantait d’en avoir fait une marque universelle après une tournée en Chine.

Tel était son credo, le tycoon du bâtiment espagnol comparant l’institution merengue à Disney ou Coca-Cola, quasiment entrés dans le langage courant… Perez s’imagine déjà en Rockefeller du football, capable de monopoliser toutes les richesses d’Espagne pour faire de son Real une machine diabolique.

L’universalité du Real Madrid, et celle du FC Barcelone, se mesure à l’audience des clasicos qui les oppose régulièrement dans leurs fiefs, l’Estadio Santiago Bernabeu et le Nou Camp.

Les chiffres donnent le vertige… Outre les socios des deux camps, et leur attachement viscéral au club, on trouve des fans partout dans le monde pour les deux mythes que sont Real et Barça…

L’audience se compte en centaine de millions de téléspectateurs de par le monde, même si l’adrénaline monte rarement au pinacle dans les clasicos.

En comparaison, un OM – PSG fait figure de rencontre confidentielle, de match de quartier à l’ombre des platanes… Le dénominateur commun avec d’autres clasicos est la tension qui y règne, la violence présente en filigrane.

Sans parler du traitement réservé à Luis Figo lors de son retour au Nou Camp en octobre 2000, il est devenu banal et récurrent de voir la rivalité entre les deux clubs, qu’elle soit sportive ou verbale, atteindre le paroxysme de la tension.

Entre 2010 et 2012, Guardiola et Mourinho s’invectivaient par conférences de presse interposées, des bagarres générales avec séparations de joueurs par les capitaines, plaintes déposées contre les arbitres…

Les relations entre fans ne sont que le prisme de cette lutte. Sur Internet et sur les forums, elle ne connaissent plus de limites…

Les discussions sur tout sujet entre Real et Barça sont un corollaire du point Godwin… Très vite, la discussion dérive tant la subjectivité prend le pas sur l’objectivité, tant la passion aveugle et biaise le débat d’idées…

Mike Godwin, avocat américain, a énoncé en 1990 une loi qui porte son nom… Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

Un sujet de forum sur le Real et le Barça entre clairement dans cette catégorie, tant la parcimonie et la retenue sont absentes d’un cadre qui sort rapidement du sujet initial…

Tels des orphelins sans repères, beaucoup d’internautes, l’auteur de ces lignes y compris, en perdent leur lucidité et se laissent bercer par cette implacable roulette russe… L’amalgame devient la norme, le canon, et l’excès prend le pas sur un dialogue cartésien, argumenté. Répliques, ripostes fusent à une vitesse exponentielle dans un processus irréversible.

Le cybernaute blaugrana veut absolument prouver à son interlocuteur madrilène qu’il a raison. L’internaute castillan voudra lui avoir le dernier mot sur son homologue barcelonais…

Le duel sportif sur le terrain est très souvent acharné. Son prolongement verbal sur le web, quant à lui, est bien trop manichéen pour rester objectif. Aux superlatifs invoqués pour qualifier ses protégés, chaque camp va associer une myriade de critiques pour invectiver l’ennemi invisible. Et cet échange va crescendo…

Le point Godwin est la concrétisation extrême d’un dialogue de sourds, d’une caricaturisation de la situation, d’un emballement verbal, d’une cacophonie…

Politiser le débat arrive plus vite qu’on ne le croit, et une fois la politique entrée dans la fosse aux lions, Adolf Hitler n’est souvent plus très loin.

Quoi de plus simple que de faire écho au nom d’Hitler quand on connaît le vieux serpent de mer qui consiste à rapprocher le Real Madrid du général Franco ?

Le Caudillo et sa Phalange doivent leur emprise sur la péninsule ibérique à Adolf Hitler… En 1937, Guernica fut rayée de la carte par les avions de la Luftwaffe.

L’armée du Reich trouva en Espagne un terrain d’entraînement idéal avant la Seconde Guerre Mondiale.

De nos jours, rien de plus facile pour les fans du Real que de jeter l’opprobre sur le Barça et son ancien président, Joan Laporta, l’homme qui a pactisé avec le diable, en la personne du dictateur Karimov, tyran qui règne sur l’Ouzbékistan, et dont le club de Bunyodkor est le triste satellite sportif.

Pourquoi le football échapperait-il à la règle ? Est-il le miroir de la société, où l’homme cherche perpétuellement à imposer sa vision ?

La politique est bien le terrain le plus propice aux comportements démesurés, aux trous noirs qui absorbent tout et n’importe quoi… Mais n’est pas-ce le naturel de l’homme de vouloir avoir raison, d’imposer ses vues à autrui ?

La démocratie est née en Grèce, terre où jadis Socrate fut le premier à imposer la force de sa raison dans les joutes de l’esprit… Le poison de la cigüe eut raison du sage grec.

Bien des siècles plus tard, un deuxième Socrates, médecin et footballeur de son état, icône d’un nouveau Brésil démocratique, prouva que l’on pouvait faire conjuguer football et politique sans excès… loin des furies d’une Europe où le football est parfois privé de sa vertu et de son essence première, porté par des masses déchaînées à hauteur d’une religion, en Italie comme en Espagne…

Comme son aïeul hellène, Socrates meurt d’un poison, un poison lent nommé alcool… Le docteur laisse le football orphelin de sa sagesse…

A des milliers de kilomètres de Sao Paulo, le Real et le Barça continuent d’évoluer dans leur dimension galactique, leur tour d’ivoire, coupés de toute réalité… Sportive, dans une Liga où l’espoir d’une troisième force est utopique sur la durée, malgré le sacre de l’Atletico Madrid en 2014 avec quatre leaders, Diego Simeone le coach, Thibaut Courtois le gardien, Diego Godin le défensuer et Diego Costa l’attaquant. Financière, les deux clubs rois évoluant sur un château de cartes. Culturelle, les deux camps ayant tendance à se réfugier dans des impasses…

Et les fans, petits moutons de Panurge noyés dans l’ombre des deux titans, en perdent leur latin sur la toile, jusqu’au point Godwin…

  1. avatar
    31 décembre 2014 a 13 h 56 min

    La passion exacerbée qui entoure les clasicos conduit trop souvent à l’excès dans les forums et échanges Internet entre fans du Barça et aficionadas du Real.
    On oublie souvent que c’est du sport et non une guerre dont il s’agit, malgré le poids politique entre la capitale Madrid et la région catalane désireuse de plus d’autonomie.

  2. avatar
    6 janvier 2015 a 15 h 44 min
    Par rt

    Le sport est la guerre.
    Le sport a été créé (il me semble) pour éviter que des armées entières ne soient décimées. On se disputait ces victoires via des épreuves sportives.

    Tous mes entraîneurs m’ont toujours dit qu’un sportif est un guerrier, qui doit faire honneur à l’histoire du sport en général, et rentrer sur un terrain pour “tuer” l’adversaire…

    Pour ma part, je préfère voir des mecs se faire la guerre via les équipes de foot plutôt qu’avec des fusils dans des tranchées.

    A part cette divergence de point de vue, je dois dire que cette rivalité peut être qualifiée de ridicule lorsqu’on ne suit aucune des deux équipes. Les médias, le fric toussa toussa ont joué un rôle très important dans la discrétisation des rivalités sportives…

  3. avatar
    6 janvier 2015 a 15 h 45 min
    Par rt

    discréditation*

  4. avatar
    6 janvier 2015 a 16 h 30 min

    “Pour ma part, je préfère voir des mecs se faire la guerre via les équipes de foot plutôt qu’avec des fusils dans des tranchées.”

    -> Evidemment sauf que les guerres n’ont pas disparu de par la planète, Israel / Palestine, Irak, Afghanistan, Ukraine, Sahel, les zones de conflit ne manquent pas sans parler de poudrières qui peuvent exploser à tout moment comme la Corée du Nord.

    La notion de compétition sportive ne veut pas dire qu’il faut manquer de respect à l’adversaire.
    Bien que démagogique, une des premières décisions de Perez à son arrivée en 2000 fut la création d’un petit livre blanc en forme de charte du Real Madrid, où il était interdit de critiquer publiquement tout adversaire, y compris le Barça … Voeu pieux, mais au moins cela avait le mérite d’être exprimé de façon théorique.

    Il est dommage d’en arriver à des catastrophes comme le Heysel en 1985, la guerre Salvador / Honduras de 1969 après un match éliminatoire en Coupe du Monde.

    Donc le sport est loin de suffire à prévenir les guerres, conflits et autres violences.

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