Manu Trigueros, l’artiste inconnu
Photo Panoramic

Manu Trigueros, l’artiste inconnu

Depuis 2013, Manu Trigueros parfume la Liga de tout son talent, aussi frais et délicat soit-il. Et si Villarreal s’est réaffirmé comme une puissance du championnat espagnol par ses notes de fond et sa douceur, Trigueros, pourtant mystérieux, s’impose comme une note envoûtante d’une racine esthétique immortelle. Le maillot jaune du submarino attire notre regard, quand les pieds et les yeux de Manu nous font sourire... et n’ont pas fini de fasciner.

« On peut apprendre à taper dans le ballon, à contrôler la balle, mais pour être au courant de tout ce qui se passe sur le terrain, il faut être né avec ce savoir. » Voilà les mots tenus par Juan Roman Riquelme dans un éloge à Andrès Iniesta. Entre la technique et l’intelligence, c’est aussi sa façon de diriger le jeu qui impressionne chez Manu Trigueros. C’est un spectacle. Comme si le jeu lui appartenait, Manu a conscience de ce qui va se dérouler sur le terrain et l’annonce par ses pieds, droit ou gauche. Trigueros, guidé par la prophétie, interprète la parole divine et la met en scène avec le ballon, en contrôle, en jeu de corps, en une touche, en dribble, en conduite de balle. Il est le meilleur joueur du séduisant Villarreal sans en être la vedette. Dépourvu de médiatisation mais avec une technique subtile et irrésistible, le n°14 du sous-marin jaune peut exiger de voir son nom floquer sur le maillot de la Roja.

L’homme pluriel

Dans l’ère de modernité qui exige toujours plus de rapidité, Manu est l’un des milieux les plus vifs d’Espagne et du monde. Non pas au sens premier, athlétique, du terme. Non, il ne se déplace pas aussi vite que son coéquipier Bakambu. Non, chaque semaine il ne domine pas le milieu de terrain par son mètre 78 et ses 70kgs. A contrario, Manu est rapide dans sa tête et dans son style de jeu. Ce qui lui échappe en athlétisme, il le gagne en maestria. C’est un analyste : il comprend le cours du match, sait quand accélérer le jeu ou le ralentir. Il manœuvre, accélère, ralentit, dribble. N’étant ni spécialement rapide, ni spécialement solide, il a maximisé ses structures cognitives et sa capacité à interagir avec les autres : faire déjouer les adversaires, faire jouer ses coéquipiers. « C’est le footballeur espagnol qui se rapproche le plus d’Iniesta » analyse ainsi Fran Escriba.

Porteur d’une pluralité interne, entre vestige et modernité, Trigueros a des comportements sur le terrain qui ne sont jamais prévisibles, surprenant les adversaires, époustouflant les observateurs. Sur les phases sans ballon, l’Espagnol joue un double jeu. Parfois, par souci de réserve, il reste discipliné et couvre les lignes de passes. Parfois, il s’apparente à un enfant hyperactif qui s’implique toujours dans les relations et discussions d’autres groupes : il court, se jette pour mettre le pied sur le ballon, puis se relève et remonte le terrain.

Sur les phases avec ballon, il se met en retrait puis distribue le jeu calmement et intelligemment, avec un coup d’avance sur ses adversaires pour créer des ouvertures millimétrées et ainsi contourner la défense adverse. Sinon, il crée la brèche avec sa conduite de balle et ses dribbles magiques. Un jeu qui grave des images animées dans nos esprits, de quelques secondes seulement mais terriblement puissantes. Au nom des émotions Valencianas. Milieu relanceur ou meneur de jeu, il est de ces rares milieux modernes qui savent parfaitement s’exécuter des deux côtés du terrain. Artiste.

Homme de méninges

Dans son univers très personnel, l’artiste Manu, discret et élégant, renoue constamment avec la scène qu’offrent les pelouses de La Liga… et nous fait tomber amoureux comme rares en ont la capacité. Avec ses jeux de jambes et ses calculs cérébraux, il nous emmène dans le monde secret de ces spécialistes du ballon en cuir, de ceux qui ont beaucoup à nous apprendre, de ceux dont on se délecte de chaque mouvement.

L’Espagne a fait du contrôle du milieu de terrain son empâtement. De celui-ci, nombreuses feuilles et bourgeons prolongent plus fièrement et suprêmement la racine. Et Trigueros en est le plus beau dard.  Il est le chef d’orchestre de l’équipe. Il porte Villarreal, le club qu’il a dans la peau, comme le squelette porte le corps. Pour le submarino, le voir manier la pelota est utile. Pour nous, le voir manier la pelota est un plaisir. La maîtrise du ballon circule dans ses veines, comme la sève circule dans les veines de l’arbre.

Délectable est le n°14. Une seule feinte de corps, un seul coup d’œil, une seule touche de balle lui suffit pour dribbler, renverser le jeu, créer l’espace. Ou plusieurs pour casser les lignes et s’insérer dans la surface adverse par la grâce de sa conduite de balle. Le ballon est un instrument qu’il domestique avec une simplicité radieuse, avec lequel il touche nos sens d’une puissance prégnante. C’est un artiste. Un artiste dont l’art est de cultiver le jeu de ses coéquipiers et de le rendre aussi fin et noble que le sien. Au moyen du cuir entre ses deux pieds et de son esprit comme un joueur d’échec, il dirige ses coéquipiers avec habileté. Tantôt pour le bien de la production offensive par sa rationalité dans la création de mouvement et l’invention des actions de but, tantôt pour le bien de la production défensive par son intelligence dans son placement et dans la couverture des espaces. Spécialiste du milieu de terrain, Manu est à la fois le réalisateur et le metteur en scène de la production du sous-marin jaune.

La succession est un processus généralement naturel. Alors que celle de Don Andrés, bourgeon des Culés est un problème, un autre bourgeon, symétrique du premier avec sa pluralité personnelle, pousse en terre comme une racine esthétique. C’est Manu Trigueros. À Villarreal, il est l’élément central de l’architecture : comme un bourgeon, il donne naissance aux fruits. Les pieds de Manu sont un jardin, l’espace où le jeu éclot. L’espace où il y récupère des graines et les transforme rapidement avec une maîtrise fascinante en jolies fleurs. Jeu court et jeu long, dribbling et pressing, pied droit et pied gauche. Dans l’art de la feinte de corps, du double-contact et des bombazos, il est devenu maître souverain. Son intelligence de jeu est exceptionnelle. Elle lui permet de convertir un petit homme, au physique banal, en une entière beauté. Si le football est un beau jeu, Manu Trigueros personnifie cette doctrine dans sa forme la plus pure.

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