Ederson, gardien du temple
Photo Panoramic

Ederson, gardien du temple

Ederson Moraes, le gardien de 23 ans, a permis au SL Benfica de vaincre Dortmund mardi soir. Dire qu'il disputait sa première rencontre professionnelle au SLB il y a un peu moins de douze mois ! Depuis et au sortir d’une année civile 2016 exceptionnelle, il se place parmi les meilleurs d’Europe.

Benfica-Dortmund. La fin de la rencontre approche et Ederson pousse une énième fois le ballon venu d’un corner hors de sa surface après avoir multiplié les parades de haut niveau et stoppé un penalty. Les hommes de Thomas Tuchel prennent définitivement conscience de leur impuissance et de la rencontre exceptionnelle que le gardien brésilien réalise. À la fin de celle-ci, il a le sourire, tout comme le smiley  tatoué dans son cou. « Super homme », voilà comment le quotidien A Bola décrit Ederson le lendemain de la victoire du SLB face au Borussia Dortmund. Une rencontre durant laquelle le gardien brésilien méconnu a fait vivre l’enfer aux joueurs allemands, signant une performance remarquable. De quoi renforcer l’amour des Benfiquistas envers leur portier, qui fait le bonheur des Águias depuis presque un an.

Prêt, transfert et retour opportun

En 30 jours, il peut se passer bien des choses. Prenez Ederson par exemple. Au début du mois de mars 2016, sa carrière du côté du SLB se résumait à quelques matchs de « Taças » – coupes nationales en VF- ou en Segunda Divisão avec l’équipe réserve du club. Mais ça, c’était avant. Avant que Julio César ne se blesse la veille du derby face au Sporting Portugal,  le 5 mars 2016. Cela permet Ederson d’intégrer temporairement le onze-type et de se faire remarquer. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Ederson a rapidement mis tout le monde d’accord avec un derby réussi pour sa première titularisation. Pour sa deuxième, contre le Zenit Saint-Pétersbourg (1-2, 8e de finale retour de Ligue des Champions), il a sorti le grand jeu face à Artem Dzyuba et ses partenaires. Depuis, le jeune gardien n’est sorti que très rarement du onze de Rui Vitoria.

Si tout le monde semble impressionné par ses dernières prestations, le gardien de 23 ans avait déjà montré une part de son potentiel par à-coups dans le passé. Arrivé à Benfica à seulement 16 ans en 2009, après avoir démarré sa formation du côté de São Paulo, il intègre donc les équipes « juniores » pendant deux années. Ederson se signale en 2011, avec les jeunes de Benfica, grâce à but marqué depuis sa surface lors d’un dégagement. Deux ans après son arrivée, il part à Ribeirão où il est prêté le temps d’une saison en 3ème division. L’année suivante, il rejoint Rio Ave pour un transfert définitif. Lorsqu’il débarque dans le nord du Portugal, il a seulement 19 ans et se retrouve au bas de la hiérarchie. Pourtant, comme plus tard à Benfica, il se fait remarquer et devient gardien n°1, devançant ainsi Cássio et Romain Salin.

En avril 2015, il prolonge avec Rio Ave. Deux mois après, Benfica le rappelle : un retour à la maison en tant que second gardien dans la hiérarchie. Quelques rencontres de coupes nationales et de seconde division plus tard, il réalise la même progression qu’à Rio Ave. Il est appelé en équipe première pour disputer le derby éternel. S’en suivent 15 rencontres consécutives, 6 clean-sheets et seulement 12 buts encaissés. Il cumule les titularisations. Et à chaque fois qu’il peut s’exprimer, Ederson parvient à se mettre en évidence. Entre début mars et fin juin, c’est l’éclosion brutale pour le Brésilien, qui est essentiel à la réussite du Benfica Lisbonne. Un épanouissement long de plus de deux mois où il met tout le monde d’accord, suivant sans faire de vagues les conseils de son entraîneur et de son idole Julio César, qu’il place sur le banc.

Une fin de saison remarquée en tant que n°1 du SLB qui attise l’intérêt de Dunga pour disputer la Copa América durant l’été 2016. Blessé peu de temps avant le lancement de la compétition, Ederson n’y participera pas. Et c’est pareil pour le début l’exercice 2016/2017 du Benfica Lisbonne. À son retour de blessure, après 2 matchs de reprise, il retrouve rapidement sa place de titulaire. Depuis son véritable come-back au début du mois d’octobre, il a disputé 23 rencontres – dont 14 clean-sheets – toutes compétitions confondues, poursuit sa progression et continue d’être un pion essentiel du dispositif de Rui Vitoria. Il est d’ores et déjà entré dans l’histoire de Benfica. Un but concédé face à Porto (1-1) en novembre a mis fin à une série d’invincibilité de 850 minutes, la seconde série la plus longue du club en championnat. Si le Sport Lisboa e Benfica est premier en Liga NOS et qualifié pour les 8èmes de finale de Ligue des Champions, c’est en grande partie grâce à Ederson, véritable mur infranchissable, gardien du temple de l’institution lisboète, impressionnant depuis le début de la saison.

11ème joueur de champ

Lorsque Rui Vitoria arrive au SL Benfica en 2015, il débarque avec ses convictions et sa propre conception du jeu. Très au point tactiquement, le Benfica Lisbonne s’appuie sur un 4-2-2-2 à la fois solide défensivement et efficace offensivement. L’équipe est ancrée dans un paradigme accéléré depuis 1992 (loi sur l’interdiction de prendre à la main une passe de l’un de ses coéquipiers) et 1997 (loi sur l’interdiction de garder plus de six secondes la balle avant de dégager) : il est demandé au gardien d’être à l’aise avec ses pieds. S’appuyant sur une philosophie de construction au sol et un football de possession, Rui Vitoria exploite pleinement les talents du Brésilien, qui représente clairement un atout supplémentaire. Ederson (gaucher) a une qualité de passes assez précise, qui permet à Vitoria d’avoir 11 joueurs capable de participer au jeu. Certes, le gardien est avant tout jugé sur sa capacité à repousser les tentatives adverses, mais il fait également partie du circuit de relance et est un véritable joueur de champ. À la fois très précise et très puissante, sa relance permet à Benfica de se donner de l’air, son jeu long permettant à l’équipe de se sortir du pressing adverse.

Il faut signaler à cet égard, la puissance assez rare des 6 mètres d’Ederson, capable d’envoyer le ballon à 80 mètres de son but et de placer directement ses attaquants aux abords de la surface adverse (en profitant du fait qu’il n’y a pas de hors-jeu sur les renvois du gardien). Il est aussi un soutien aux défenseurs centraux et un 3ème joueur essentiel à la relance. Sa présence permet aussi une supériorité face à un éventuel pressing. Ses qualités au pied sont sûrement la conséquence de son apprentissage à bonne école auprès de son idole Rogério Ceni. Expliquant le choix de prendre Ederson pour la Copa América Centenario, Dunga avait déclaré ceci : « Ederson a joué dans un club modeste au Portugal. Il a remplacé un joueur emblématique de la sélection brésilienne (Julio César) au sein d’une grande équipe comme Benfica. Il a de la personnalité, il sort bien de ses buts, il a une bonne lecture du jeu. Dans le football moderne, un gardien doit savoir jouer comme un dernier défenseur et il possède ces caractéristiques ». Effectivement, plus que la qualité de son jeu au pied, Ederson est dynamique sur sa ligne mais il aime aussi en sortir : il est aussi agressif et très rapide pour jaillir dans les pieds adverses ou s’élever dans les airs. Il est également capable de longs renvois à la main, à plus de 60 mètres de sa surface. Bref, Ederson affiche toutes les qualités du gardien moderne.

Dans la continuité d’Oblak et sur le chemin du Brésil

Cette folle ascension n’est pas sans rappeler celle de l’un de ses prédécesseurs à Benfica, à savoir un certain Jan Oblak. Celui-ci avait rejoint Benfica en 2010, avant d’enchaîner les prêts dans différents clubs portugais. Après être passé par Rio Ave (2012/13), le Slovène avait profité de la blessure d’Artur Moraes – cousin d’Ederson – pour connaître l’équipe principale. Il s’est révélé une mi-saison durant à Lisbonne (2013/14, encaissant 6 buts en 24 rencontres). Nommé meilleur gardien de Liga NOS cette saison-là, il a ensuite été vendu 24 millions d’euros à l’Atlético Madrid, devenant le gardien le plus cher du championnat espagnol et s’imposant ensuite comme l’un des meilleurs à son poste en Europe. Ederson, bien plus ancré dans les valeurs Benfiquistas que son prédécesseur, n’a pas encore connu ce transfert mais le temps passe, et le chouchou des Sócios, qui a récemment prolongé jusqu’en 2023, devrait prochainement quitter l’institution lisboète malgré son désir de « gagner une compétition européenne avec Benfica, un titre international avec le Brésil » et « construire une histoire au Benfica comme celle de Luisão ».

Le Brésilien aux 23 printemps s’attelle désormais à faire mieux. Sa progression passe déjà par la découverte de la sélection brésilienne. Des couleurs jaune et verte du Brésil, qu’il a déjà porté très haut avec Doria (OM) Lucas Silva (Real Madrid) et Wallace (AS Monaco) lors du tournoi de Toulon en 2014, puisque la sélection auriverde avait remporté la compétition. Cadre de la Seleçao, Daniel Alves a récemment déclaré qu’Ederson – gardien des U23 – pourrait être le portier de la sélection dirigée par Tite. « Ederson ? Bien sûr que je le connais et je pense qu’il va devenir très prochainement le gardien de but de la sélection brésilienne. Il a un bon jeu au pied et joue très bien dans les cages. C’est un crack, sans aucun doute ». Taffarel, coach des gardiens de la sélection, présent à la Luz lors de la rencontre face à Dortmund a lui estimé qu’Ederson avait « sans aucun doute, un futur avec la sélection nationale ». La drague n’a pour l’instant pas été plus loin mais ce qui est sûr, c’est qu’Ederson (23 ans) intéresse de multiples clubs européens (Manchester City, Barcelone principalement…) et se trouve déjà sur la courte liste des tous meilleurs à son poste.

  1. avatar
    18 février 2017 a 14 h 24 min
    Par DT21

    Excellent article, précis et détaillé, merci!

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