Un souvenir impérissable
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Un souvenir impérissable

Tandis que le Celtic FC accueille le Paris Saint-Germain mardi soir pour démarrer la phase de poules de Ligue des Champions, c’est une expérience personnelle inoubliable vécue à Glasgow il y a quelques années, déjà contre le PSG, que je vais tenter de retranscrire, témoignant que rien ne remplace la ferveur des tribunes, surtout lorsqu’elles sont foulées par des supporters pleins de respect pour leur club et l’adversaire.

Ancien sympathisant du Paris Saint-Germain (un peu par hasard en l’absence de concurrence en Ile-de-France…), j’ai connu mes premières émotions au Parc des Princes au début des années 90. Après avoir assisté à quelques matchs de manière occasionnelle au sein de la tribune Auteuil (où l’ambiance était alors parfaitement saine), j’ai fini par m’habituer au lieu, au point de m’abonner dans cette tribune durant deux saisons, sans pour autant adhérer à une quelconque association.

J’ai eu la chance de connaître une grande génération de joueurs sous le maillot parisien, ce qui m’a permis de vivre des émotions intenses comme la victoire en coupe de France en 1993, le titre de champion la saison suivante et surtout la fabuleuse épopée européenne du PSG, que ce soit en coupe de l’UEFA, en coupe des coupes ou en Ligue des Champions. J’étais ainsi aux premières loges pour assister à la victoire des partenaires de Ginola en 1993 face au Real Madrid. J’étais également de la campagne de 1995 en Ligue des Champions où le Paris Saint-Germain, après un sans-faute au premier tour, avait sorti l’autre grand d’Espagne, le FC Barcelone, en quart de finale.

Une passion peu à peu dévorante qui m’a donné envie de découvrir le football tel qu’il était vécu de l’étranger. J’ai ainsi effectué mon premier déplacement en 1994 à Highbury à l’occasion d’une demi-finale de coupe des coupes. J’y ai découvert un stade typiquement “à l’anglaise”, une proximité des tribunes avec les joueurs et la pelouse surprenante lorsque l’on vient de France, et une atmosphère très sympa, baignée par les chants anglais et les vapeurs d’oignons cuits émanant des rues voisines. Si ma déception était grande ce jour là, le Paris Saint-Germain ayant été éliminé par Arsenal, les souvenirs que j’ai de ce périple londonien sont toujours présents aujourd’hui.

Cette première expérience hors de nos frontières m’a poussé à explorer davantage les stades du vieux continent et l’occasion m’a été donnée la saison suivante lors de la confrontation avec le Barça. Arrivés dans la capitale catalane par avion, nous avons ensuite été transférés en car jusqu’aux abords du Camp Nou. Une enceinte moins impressionnante que l’idée que je m’en faisais vue de l’extérieur et pour cause, la pelouse est située en profondeur, bien en-dessous du niveau des rues de la ville. Une fois à l’intérieur par contre, la tribune qui nous était réservée se trouvait tout en haut de l’édifice, et ma première sensation fut celle du vertige devant l’immensité du bâtiment. Durant la rencontre, en dépit des 100 000 spectateurs présents ce soir-là, l’ambiance était quasiment inexistante et les quelques 3 000 supporters parisiens dont je faisais partie faisaient davantage de bruit que le public local.

Après cette nouvelle épreuve enrichissante, ma passion m’a conduit à poursuivre l’aventure à San Siro lors des demi-finales. Le contexte était quelque peu différent, le PSG ayant été battu dans son antre dès le match aller, les chances de qualification étaient faibles à Milan. Pourtant, je ne regrette rien de ce voyage en Italie car, bien qu’il n’y ait pas eu de miracle sur la pelouse, j’ai découvert une atmosphère bien différente de celles que j’avais l’habitude de voir au Parc ou plus récemment à Londres et Barcelone. Au stade Giuseppe Meazza, les ultras milanais ont déployé un fabuleux tifo à l’entrée des deux formations et poussé très fort derrière leur équipe tout au long du match.

Après avoir vécu de telles rencontres dans des arènes culturellement très différentes les unes des autres, mon envie d’explorer de nouveaux horizons s’était quelque peu essoufflée. Mais après un match devenu presque anodin au 2ème tour de la coupe des coupes en octobre 1995, ma soif de découverte s’est brusquement réveillée. En effet ce soir-là, alors que le public parisien avait boudé l’évènement, visiblement sevré par les grandes confrontations qu’il venait de vivre depuis 3 ans, j’allais découvrir ce que le mot “passion” signifie réellement et par l’intermédiaire d’un club beaucoup moins médiatique qu’Arsenal, Barcelone ou Milan : le Celtic.

En sortant du métro ce soir-là Porte de St-Cloud, ma surprise était grande de voir tant de supporters en vert et blanc aux abords du Parc des Princes. Une situation qui aurait pu être prise comme une provocation par certains illuminés du Kop de Boulogne mais qui, heureusement, n’a abouti à aucun débordement. Au contraire, les fans du Celtic ont souhaité partager avec nous leur ferveur et les chants des deux groupes de supporters ont été échangés, même si notre répertoire semblait bien maigre ce soir-là. La démonstration des fans “écossais” (l’immense majorité d’entre étant Irlandais) s’est propagée durant la rencontre où les 12 000 supporters présents ont donné de la voix pendant 90 minutes, d’une manière si impressionnante que la tribune Auteuil où j’étais installé n’a cessé d’applaudir les hommes en vert. Après avoir échangé une écharpe avec un supporter originaire de Dublin, mon envie de prolonger le plaisir quinze jours plus tard à Glasgow était trop forte pour y renoncer.

C’est en voiture, avec deux amis, que le “pèlerinage” a commencé. Nous étions impatients de découvrir l’ambiance du Celtic Park que les supporters venus à Paris deux semaines plus tôt nous avaient laissé entrapercevoir. Une fois la traversée de la Manche effectuée et la lente remontée vers les brumes écossaises terminée, nous touchions enfin au but. Le premier supporter local qui nous ait interpellés était un fan des Rangers, en nous souhaitant bien évidemment une victoire. Mais alors que nous pénétrions dans le quartier catholique de Glasgow, que nous aurions pu commencer à craindre pour notre véhicule ou pour nous-mêmes, trop habitués aux tumultes du Parc des Princes, un accueil des plus chaleureux nous a été réservé.

Les souvenirs reviennent au fur et à mesure que j’écris ces lignes, tant ma vision du football a changé ce jour-là. Après avoir arpenté les pubs de la ville avec des fans du Celtic qui travaillaient déjà leurs cordes vocales sur “Fields of Athenry” ou “Over and Over”, bien aidés il est vrai par les pintes de Guinness qui se succédaient, nous avons fini par pénétrer dans la cathédrale écossaise, au milieu de quelques dizaines de supporters parisiens tout au plus. “Welcome to Paradise”, c’est en ces termes que nous avons été accueillis aux portes du Celtic Park, munis de nos précieux billets. Alors qu’habituellement nous étions séparés par des cordons de CRS, des grilles voire des cages comme c’était le cas à San Siro, aucune séparation n’était prévue ici comme si l’atmosphère si particulière du lieu permettait de voir les supporters des deux camps cohabiter naturellement.

Battus seulement 1-0 à Paris (but de Djorkaeff), les Bhoys croyaient fermement en leur chance et lorsque les joueurs ont fait leur apparition sur la pelouse, un frisson nous a littéralement saisi lorsqu’ont retenti les premières notes du légendaire “You’ll never walk alone”. Par la suite, l’ouverture du score de Patrice Loko, qui condamnait les chances de qualification du Celtic, allait presque me décevoir, tant j’aurais voulu voir ce stade en ébullition alors que l’ambiance était déjà monumentale jusque-là. A la fin du match, l’échange de maillot que j’ai précieusement conservé depuis fut le couronnement d’une journée extraordinaire durant laquelle j’ai pris conscience véritablement de ce qu’était l’identification d’un peuple à son équipe de football, bien au-delà du seul jeu, phénomène qui nous est totalement inconnu en France. Et bien que privés d’une reconnaissance internationale depuis près de 30 ans, malgré une finale de coupe de l’UEFA disputée en 2003, personne ici n’échangerait la salle des trophées du Real Madrid ou de l’AC Milan contre cette atmosphère à la fois familiale et chargée d’adrénaline, absolument unique au monde et qui réconcilie définitivement tous les amoureux du ballon rond.

Depuis ce jour de novembre 1995, même s’il m’est arrivé de retourner au Parc des Princes (très peu en fait), jamais plus je n’ai vibré de la même manière, pas même pour la victoire du Paris Saint-Germain en coupe des coupes, quelques mois après cet épisode gravé à tout jamais dans ma mémoire.

  1. avatar
    11 septembre 2017 a 21 h 23 min

    Une question: êtes vous devenu un supporter du Celtic de Glasgow depuis votre déplacement au Celtic?
    Sinon beau papier et c’est toujours un plaisir de lire vos articles.

    • avatar
      12 septembre 2017 a 10 h 43 min
      Par Cullen

      Salut et merci du commentaire.

      Disons que j’avais déjà une fascination pour ce club, à l’époque où je gravitais autour des milieux ultras, mais cette double confrontation a en effet été un déclic. Voir ce peuple continuer à chanter, afficher sa fierté au monde entier alors que son équipe était menée 3-0 sur son sol, c’est quelque chose à laquelle j’aurai aimé assisté un jour au Parc mais malheureusement, ça n’est jamais arrivé (et ça n’est pas prêt de l’être depuis l’arrivée des Qataris). Alors c’est vrai que le PSG s’est rarement trouvé dans cette circonstance à l’époque mais je me rappelle quand même d’un match face à Nantes où ce scénario s’était produit, et ce que j’avais vu était bien loin de tout ça. Les gens sifflaient, se plaignaient que les joueurs ne “mouillent pas le maillot”, et certains cherchaient même à arracher les sièges.

      La dernière fois que je suis allé au Parc c’est en 2012 pour la réception du Dynamo Zagreb. Le PSG avait alors gagné 4-0, il y avait déjà Ibra, Thiago Silva et Verratti mais niveau ambiance, ferveur, pas de quoi avoir la chair de poule, une atmosphère totalement dépassionnée. Et moi qui marche surtout à l’affectif, ça m’avait profondément manqué.

  2. avatar
    11 septembre 2017 a 21 h 29 min

    Wow, Cullen, quel témoignage spectaculaire ! Tu réussis à transmettre la passion et surtout le fair play des supporters du Celtic. Vraiment incroyable et louable.

    C’est triste quand on met en comparaison d’une part les voyous voire criminels faisant office de supporters dans la presque totalité des autres clubs (majeurs ?) d’Europe, et d’autre part la stratégie mercantile des grands clubs de nos jours, où la victoire doit être acquise à tout prix (voir la très récente méga inflation des transferts et salaires… même il y a une décennie c’était relativement plus raisonnable).

    Ce qu’il y a de mieux avec ces supporters du Celtic, c’est qu’ils ont compris (ou pas oublié) que le foot n’est qu’un sport, et qu’il est préférable de s’enrichir (en émotions) en entrant en contact avec les supporters des autres clubs, plutôt que de se bastonner comme des abrutis.

    J’ai justement dans ma tête un rêve de voir des clubs de supporters avec cet esprit de fair play et de passion justement illustré par ceci:

    “Le premier supporter local qui nous ait interpellés était un fan des Rangers, en nous souhaitant bien évidemment une victoire”.

    • avatar
      12 septembre 2017 a 10 h 56 min
      Par Cullen

      Salut Fabrice, très heureux que tu aies pu ressentir toutes ces émotions.

      Il y a de nombreux autres stades en Europe et dans le monde entier qui engendrent autant de passion, le problème c’est que cette ferveur n’est pas toujours contenue et qu’il en découle souvent de la haine et des affrontements parfois violents. Au Celtic Park comme c’est le cas avec l’équipe nationale irlandaise (derrière qui on retrouve à peu près les mêmes supporters), pour une raison qui m’échappe encore il n’y a que le bon côté des choses. Après, le fair play a tout de même ses limites quand il s’agit de l’ennemi héréditaire, et le supporter qui nous a interpellé le premier ce jour-là en nous souhaitant la victoire était bien un fan des Rangers :-)

    • avatar
      12 septembre 2017 a 16 h 02 min

      “Après, le fair play a tout de même ses limites quand il s’agit de l’ennemi héréditaire, et le supporter qui nous a interpellé le premier ce jour-là en nous souhaitant la victoire était bien un fan des Rangers :-)”

      HAHA ce détail m’avait échappé. Cela s’explique mieux du coup. Et moi je peux continuer de rêver à des supporters qui, sans souhaiter la défaite de leur équipe, souhaient bonne chance aux adversaires.

  3. avatar
    12 septembre 2017 a 11 h 08 min
    Par Cullen

    J’en ai vécu des émotions, dans un stade ou devant mon écran, le France-Brésil de 86 qu’on a rejoué dès le lendemain dans la cour de récré et qui m’a coûté un bras à l’époque pour avoir voulu endossé le rôle de Joel Bats…, celui de 98 bien sûr pour les scènes de liesse que ça a engendré dans Paris ou encore celui de 2006 et le fameux récital de Zizou. Y a eu aussi le France-Italie à l’Euro 2000 pour son scénario incroyable, le France-USA de 91 en Coupe Davis était pas mal non plus, et que dire du France-All Blacks de 99 en Rugby à l’atmosphère totalement surréaliste. Mais ce déplacement au Celtic Park, même si d’un point de vue purement sportif le match n’a rien eu d’exceptionnel, ça a littéralement bouleversé ma vision du football et sur le plan émotionnel je n’ai jamais eu un tel ressenti depuis. Je n’ai pas trouvé de lien sur ce match en particulier mais ça ressemblait à ça : http://www.youtube.com/watch?v=oWOvYQeRhuU

  4. avatar
    13 septembre 2017 a 15 h 14 min
    Par Cullen

    Bon, pas de miracle hier soir. David n’a pas vaincu Goliath, il s’est même fait écrasé. Alors certes l’argent est le nerf de la guerre et ça ne date pas d’aujourd’hui mais si l’absence de règlementation offrait autrefois un avantage pour obtenir des résultats (sans pour autant que ce soit une garantie), la dérégulation du marché actuel donne cette fois-ci une véritable assurance de réussite aux clubs oligarques dont fait désormais parti le Paris Saint-Germain. Et ce qui est fâcheux c’est que la glorieuse incertitude du sport a du coup totalement disparu.

    Mes propos peuvent passés pour de l’amertume mais non, je suis simplement déçu pour ce peuple irlando-écossais et ses écharpes vertes et blanches tricotées à l’ancienne qui mériterait pleinement d’avoir une équipe à la hauteur, bien plus en tout cas que les bobos parisiens et leurs maillots floqués Neymar à 120 € qui retourneront leur veste dès que les choses iront moins bien.

  5. avatar
    13 septembre 2017 a 18 h 25 min

    Je suis d’accord avec toi, on voit de plus en plus qu’acheter l’élite des joueurs et entrâineurs à (très) fort prix est la meilleure garantie de succès.

    Malheureusement je ne vois pas comment la tendance pourrait être inversée.

    Du coup le système de franchises qui prévaut en Amérique du Nord semble tout à coup plus attrayant ! En effet la ligue a par définition un fort pouvoir, et fait son maximum pour conserver la parité, avec comme moyens:

    - le système de repêchage qui donne les meilleurs jeunes talents aux équipes les plus faibles. Dans certains cas il y a un tirage au sort pour ajouter de l’incertitude (et éviter le tanking), mais les équipes qui ont la chance de repêcher un talent d’exception se voient littéralement transfigurées. Le meilleur exemple est Pittsburgh en LNH qui avait repêché coup sur coup Sidney Crosby et Evgeni Malkin, deux des tous meilleurs au monde, et à terme ils ont remporté 3 coupes Stanley.

    - le système de plafond salarial, absolu (LNH) ou relatif avec une taxe de luxe pour les dépassements (NBA) ou encore avec un système de joueurs désignés dont le salaire de compte pas pour le plafond (MLS)

    Certes la NBA est à présent dominée par des équipes accumulant des all-stars comme Miami, Golden State et Cleveland, mais je pense que c’est parce le basket n’a que 5 joueurs sur le terrain, donc 2-3 joueurs majeurs ont un impact plus grand que dans les autres sports.

    En NFL, LNH, MLB et aussi MLS, on voit une belle variation des équipes dominantes au cours des années.

    Évidemment un important bémol au système de franchises est le déménagement toujours possible de n’importe quelle franchise au gré des changements de propriétaires. Cependant il est clair que cela n’affecte pas les équipes les plus anciennes et/ou prestigieuses et/ou “successful”.

    • avatar
      14 septembre 2017 a 10 h 09 min
      Par Cullen

      L’UEFA refuse de parler de ligue fermée quand elle évoque la Ligue des Champions parce qu’elle sait qu’elle va se mettre à dos 90% des fédérations européennes. Pourtant le projet de réforme qui prévoit d’accorder automatiquement 4 places à l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie (et donc leur offrir davantage de garanties encore pour investir) est un pas de plus vers ce concept. On n’a pas la même culture en Europe, je n’imagine donc pas ce système de draft adapté à la Ligue des Champions (et notamment cette possibilité de faire déménager un club) mais le principe est en effet bien plus louable que ce qu’est devenu la C1, à savoir une compétition dans laquelle on fait miroiter aux petits clubs qu’ils peuvent encore rêver mais où l’on retrouve en réalité sans cesse les mêmes chaque année. Et pour ceux qui nous lisent sans pour autant réagir, je leur joints ce modeste papier qui est plus que jamais d’actualité : http://yourzone.beinsports.fr/football-europe-les-limites-du-coefficient-uefa-75718/

  6. avatar
    20 septembre 2017 a 23 h 20 min
    Par M. birdy

    Article super sympa à lire. Vraiment chouette !

    • avatar
      21 septembre 2017 a 10 h 05 min
      Par Cullen

      Merci beaucoup. Après, si ça peut susciter des vocations… Je ne peux que vivement le conseiller en tout cas.

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