Ligue des Champions : une compétition jouée d’avance
Photo Panoramic

Ligue des Champions : une compétition jouée d’avance

L’UEFA a récemment transmis aux acteurs du PAF l’appel d’offres pour l’attribution des droits TV de la Ligue des Champions sur la période 2018-2021. Dès lors, chacun va devoir batailler dur pour pouvoir diffuser les plus prestigieuses affiches de la plus prestigieuse des compétitions entre clubs. Pour autant, la Ligue des Champions semble perdre de plus en plus de sa superbe.

Un déséquilibre sportif flagrant

L’Observatoire du football CIES a publié une lettre révélant des déséquilibres flagrants dans la compétition, statistiques à l’appui. Depuis la phase de poule jusqu’à ce jour, 21% des matchs de cette saison se sont soldés par au moins 3 buts d’écart. C’est plus d’un match sur 5 qui termine donc en correction. Comparativement aux 31 championnats européens de première division et des coupes internationales organisées par l’UEFA et surveillées par le CIES, ce chiffre est le 3ème plus élevé derrière les championnats chypriote (22.5%) et autrichien (21.5%). Un résultat qui peut s’expliquer par deux raisons.

La première d’entre elles est due à la politique mise en place par Michel Platini depuis la saison 2009/2010, laissant les petits championnats européens disposer de 5 places qualificatives pour la phase de poules via la « voie des champions ». Dès lors, la différence de niveau se fait largement ressentir avec les ogres européens. On a par exemple pu voir Arsenal disposer de Razgrad sur le score de 6-0 ou encore le Real s’amuser face au Legia Varsovie (5-1).

Ce dispositif offre des avantages certains : l’exposition des clubs mineurs est plus importante et leur permet de disposer de revenus non-négligeables pour leur développement (toutes les équipes qualifiées pour la phase de groupes de cette Ligue des Champions ont au moins touché 12.7M€). En revanche, elle rend un certain nombre d’affiches inintéressantes du fait de l’écart de niveau entre les deux équipes.

La deuxième raison à ce résultat revient dans l’explosion des droits TV dans les grands championnats européens. En effet, même si la prime minimum de 12.7M€ touchée par les clubs mineurs de l’Europe de l’Est est loin d’être négligeable et favorise leur développement à échelle nationale, elle l’est moins à échelle européenne. Impossible en effet de rivaliser avec les quelques 200M€ touchés en droits TV par les mastodontes du football. Cette redistribution des ressources n’est par conséquent pas suffisante. Certains diront que l’argent ne fait pas le résultat sportif ; force est de constater qu’il y contribue largement. Encore plus en Ligue des Champions.

Les mêmes têtes dans le dernier carré

Les 4 clubs les plus puissants financièrement dans le monde sont tous européens et appartiennent tous à l’un des 3 championnats les plus surpuissants. Leurs noms : Manchester United, Barcelone, le Real Madrid et le Bayern Munich. Depuis la saison 2007/2008, il s’avère que ces derniers monopolisent régulièrement et quasi exclusivement les places du dernier carré de la Ligue des Champions (au moins 2 de ces clubs par an depuis 10 ans).

Si l’on résume ces paroles en chiffres, voici ce que ce Big 4 représente sur la scène européenne sur les 10 dernières années :
- 61% des ½ finalistes : 10 autres clubs qu’eux ont au moins une fois intégré le dernier carré .
- 61% des finalistes : 5 autres clubs qu’eux ont atteint la finale de la Ligue des Champions
- 78% des vainqueurs : seul l’Inter et Chelsea ont réussi à inscrire leur nom au palmarès de la Ligue des Champions. Le reste est croqué par le Big 4 avec 3 victoires de Barcelone, 2 du Real, 1 du Bayern et 1 de Manchester United.

On pourrait penser que les résultats de ces 2-3 dernières années font largement gonfler ces statistiques, mais il n’en est rien. Depuis la saison 2013/2014, le Big 4 représente 58% des ½ finalistes, soit environ autant que la statistique des 10 dernières années. Les résultats évoqués ci-dessus sont donc lissés dans le temps et la tendance n’est vraisemblablement pas à la baisse.

La Ligue des Champions n’est donc clairement pas adepte des surprises malgré les performances remarquées de certains outsiders ci et là (OL 2010, Schalke 2011). Il s’agit plus d’une succession de matchs entre David et Goliath, mais dont la fin ne ressemble pas vraiment au combat biblique. C’est une ligue fermée, un cercle de clubs de plus en plus privés et il faut afficher au moins 591M€ (montant minimum des revenus générés par un club du Big 4 en 2016) sur son compte en banque pour pouvoir avoir une once d’espoir de la remporter. Bref, la Ligue des Champions n’a aujourd’hui plus de quoi faire rêver : elle est devenue un éternel recommencement année après année, tant la logique financière est corrélée à la logique sportive.

  1. avatar
    12 avril 2017 a 15 h 52 min

    Avec la nouvelle réforme de la Ligue des Champions pour l’année prochaine, la C1 va disparaître la décennie prochaine au profit d’une espèce d’Euroligue du foot, où seulement les clubs les plus riches peuvent y jouer à chaque saison.

    http://yourzone.beinsports.fr/superleague-une-boite-de-pandore-contre-le-football-103688/

  2. avatar
    13 avril 2017 a 19 h 31 min
    Par Cyril

    Bonjour,

    Je ne suis que partiellement d’accord avec le constat de la première partie sur la première raison de ces déséquilibres et de ces scores fleuves et des 21% de matchs par plus de 3 buts d’écart.
    Tu écris que cela est dû à la présence de 5 champions issus des”petits” championnats: sur la phase de poules, sur les 20 rencontres qui se terminent par 3 buts d’écart, 6 sont à l’actif des sortants de la phase “voie des champions” et encore cela concerne trois équipes (Ludogorets pour une contre Arsenal, Zagreb deux contre la Juve et Séville et Varsovie trois contre Dortmund deux fois et le Real). Copenhague a une victoire de plus de 3 buts à son actif et aucune à son passif et le Celtic n’est liée à aucune de ces 20 rencontres. A noter que 3 de ces clubs (Ludogorets Razgad, Copenhague et Varsovie) ont atteint la 3ème place, preuve qu’il n’était pas si ridicule et le Celtic qui a pourtant pris aucune rouste n’en fait pas partie.

    Dans le même temps, 5 rencontres entre deux clubs du top 6 des championnats (ceux qui ont plusieurs qualifiés et un barragiste) se sont soldées par plus de 3 buts (Barcelone contre City et Monchengladbach, City contre Gladbach, Leverkusen contre Monaco et Porto contre Leicester) dont deux pour des équipes qui sont en quarts par ailleurs.
    Maintenant, depuis que l’écrémage est fait, avec les 1/8èmes de finale, on devrait logiquement trouver des résultats plus serrés: or, sur les 16 rencontres, 5 ont un écart de plus de 3 buts (double confrontation PSG Barcelone et Bayern Arsenal et Dortmund Benfica soit que des équipes directement qualifiées pour la ligue des champions) donc un pourcentage encore plus élevé (31.25%) et pour les quarts aller c’est du 1 sur 4 (Juventus Barcelone) donc 25% soit plus élevé. La présence des clubs issus de la voie des champions n’est donc pas tellement plus responsable de cet écart (hormis le Legia Varsovie et Zagreb à la rigueur mais pas plus que Gladbach finalement, pourtant club allemand).

    Par contre, 5 rencontres de plus de 3 buts d’écart correspondent en poules à des matchs sans enjeux avec des équipes déjà qualifiées ou des équipes déjà éliminées (Kiev-Besiktas le dernier jour, Barcelone-Gladbach le dernier jour, Leverkusen-Monaco le dernier jour, Dortmund-Varsovie l’avant-dernier jour mais les deux qualifiés étaient déjà connus et le ticket pour l’Europa League se jouait le dernier jour à Varsovie et Porto-Leicester le dernier jour) voire 6 (car le Seville-Zagreb est joué certes assez tôt mais Zagreb avait 0 point en 3 matchs et ne pouvait quasiment déjà plus se qualifier pour les 1/8è).

    Donc, je ne vois pas un impact si marquant de la présence de ces plus “petits clubs ” en tout cas pas plus que la formule poules qui permet de faire des impasses (type Monaco ou Leicester) le dernier jour. J’avancerais l’hypothèse que ces équipes font éventuellement plus facilement l’impasse sur ces rencontres contre les très “grands clubs” pour se concentrer sur les matchs plus à leur portée, n’ayant pas l’effectif pour jouer tous les matchs à fond tous les 3 jours (championnats plus Ligue de champions)

    Je suis plus en phase avec l’idée d’une surconcentration dans quelques équipes des meilleurs joueurs qui créent des paliers entre les équipes et font que certaines d’entre elles sont toujours en demi-finale (quand elles ne se rencontrent pas avant) ou du moins en quart. L’écart entre celles-ci et les autres est flagrant : 10 rencontres de la phase de poules sont gagnées par plus de 3 buts d’écart par des équipes en 1/4 actuellement (sans compter les défaites de Monaco et Leicester) : 2 pour Barcelone, Dortmund et le Bayern, 1 pour Monaco, le Real, Leicester et la Juve) et que dans le groupe A, Arsenal et le PSG en trois au total mais ne sont pas en quart.

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