Bernardo Silva, par amour du geste
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Bernardo Silva, par amour du geste

Il s’appelle Bernardo Silva. Mais lui n’est pas muet. Mesuré hors des terrains, Silva communique plus aisément avec son pied gauche qu’avec ses mots. A tel point qu’il est le passeur décisif providentiel de l’actuelle meilleure attaque d’Europe. Et si l’attention est concentrée sur les performances de ces coéquipiers serial-buteurs, lui aussi a des choses à dire au football du plus neuf des continents.

Partout en Europe, les observateurs hallucinent chaque week-end de ce Monaco princier, qui intrigue et attire tant. Evidemment, l’efficacité, l’intensité et la motivation de l’ASM de Jardim surprennent. Mais dans l’ombre de cette machine collective et talentueuse, Bernardo Silva se découvre.

En 1994, lorsqu’il pousse ses premiers cris, celui qui sera plus tard son idole fait pousser leurs derniers aux supporters d’un club qu’il portera plus tard très fort dans son cœur. On parle de Rui Costa. Comme un symbole, ou une passation de pouvoir, de magie, d’élégance, de cette capacité, dès lors sur la pelouse, à se transformer en artiste, de convertir de simples touches de balles en tours de magie, de transformer ses prestations en douces symphonies. Le jeune Portugais (22 ans) a forgé son talent sur les sept collines de Lisbonne. Depuis le début de la saison, sous une autre tunique rouge et blanche, c’est sur le rocher monégasque qu’il l’expose à l’Europe entière.

Le « Toque » à la David Silva

Toutes les disciplines de notre société sont divisées en écoles. Economie, politique, sociologie notamment et football compris. Dans ce dernier domaine, il y a ceux qui placent la priorité sur le « comment », d’autres sur le « pourquoi ». Les principaux éléments qui rassemblent les différentes écoles sont la fidélité à la philosophie de jeu et la volonté de gagner, puisque essentielle. Depuis quelques années, parmi toutes celles existantes, une école est plus louée que d’autres.

Le football moderne caresse les écoles du « Toque ». Un football typiquement latin, ibérique. Le fait de prendre le temps. Contrôles de balle raffinés, conservations de balle malicieuses et des prises de décision réfléchies, là où la pensée n’a pourtant pas le temps. Le jeu de Bernardo Silva, formé, modelé et édifié à l’académie du Benfica Lisbonne, suit le manuel du numéro 10 « riquelmesque », « pastoresque » : la précision technique et le goût de la prise de risque. Dans cette grande école du football, il y assimile une éducation du mouvement et du « toque ». Bernardo a aussi celle de la création du jeu.

Le football de Bernardo Silva, tout comme David Silva et bien d’autres joueurs, c’est celui qui accorde une place primordiale au geste. Bernardo Silva, c’est ce football du « comment ». Celui qui se focalise sur la qualité et la beauté des transmissions, ou quand l’esthétisme devient une obsession. Il suffit de le voir pour comprendre : il transpire le football à grosses gouttes.

Bernardo Silva est un joueur extrêmement séduisant : des contrôles en cachemire, une patience très argentine balle au pied, des petits ponts soyeux et quelques coups de génie… Une course linéaire, tout à coup interrompue par un dribble, centre ou une frappe, comme une double barre en fin de portée dans une partition jouée sans fausse note. Tout cela dans un jeu de pause et de vision, oscillant entre esthétique et génie.

Mercredi soir, face au Manchester de Pep, il a une nouvelle fois joué son rôle d’ailier créateur : une note mélodieuse, submergée au milieu d’un concert de football-spectacle, bordée d’une passe décisive sur le premier but. Une note que tout le Rocher n’a certainement pas remarquée, mais qui a touché profondément le cœur de ceux qui ont bien voulu l’écouter.

Rui Costa comme idole, Zidane comme modèle

Bernardo Silva a grandi à Lisbonne, un ballon aux pieds, le cœur rouge et blanc, le Benfica dans la tête. Mais après une dizaine d’années passées au Seixal, Bernardo Silva a quitté l’institution sans rancune, comme un jeune homme fou amoureux d’une femme qu’il n’aurait jamais pu séduire en raison d’une concurrence effroyable… ou parce qu’elle ne lui a pas laissé le choix. Déçu, assurément, mais déjà heureux d’avoir réalisé un long chemin à ses côtés, tout proche de conclure. Au final, il n’a joué que 3 matchs avec l’équipe pro sous Jorge Jesus en 2013/2014. Il est parti avec le désir profond de retourner vers elle, plus tard, à l’âge mature, comme l’a fait son idole.

Puis Gestifute, Jorge Mendes et l’AS Monaco lui ont ouvert leurs portes, le temps d’une saison, en prêt. Bernardo est tenté : c’est l’opportunité de devenir autre chose qu’un arrière gauche et jouer dans un championnat bien plus médiatisé. Le bilan sur le coup est mitigé. A Monaco, du football, il y en a. Des médias également. Des aficionados, bien moins.« Il y a énormément de fans au stade du Benfica, à chaque match, le stade est magnifique et plein. À Monaco, c’est différent, mais je me suis habitué. C’est normal, Monaco c’est une petite ville. » Car Bernardo aime la ferveur, les stades pleins et les grandes ambiances. Mais par-dessus-tout, il aime le football, la création, le jeu, l’élaboration d’une action.

Le cœur rouge et blanc, il garde Rui Costa comme idole et Zidane comme modèle. « Rui Costa, car il a joué pour Benfica. C’était une légende en club comme en sélection pendant de nombreuses années. Alors oui, Rui Costa est mon joueur portugais préféré. Au niveau international, c’est Zinedine Zidane. C’était selon moi le meilleur joueur du monde durant mon apprentissage en tant que jeune joueur, et en plus nous évoluons pratiquement au même poste ». Et après des heures à admirer les meilleurs du passé, Bernardo offre désormais chaque week-end des échantillons de geste des plus grands.

Ailier créateur

Au pays des numéros 7, au sein de la formation benfiquista, Bernardo Silva est façonné comme un 10. En débarquant pour de bon sur le Rocher à l’été 2015, il est replacé sur le côté droit au sein du 4-4-2 du coach portugais de Monaco. Au fur et à mesure, Jardim a su forger un effectif mêlant obsession de la victoire et recherche de l’esthétisme. Un effectif au sein duquel le jeune Bernardo occupe un poste d’ailier créateur. C’est l’option la plus naturelle pour le 4-4-2 de Jardim, tant pour l’effectif de l’ASM que pour le joueur.

A droite, avec son pied gauche, « Messizinho » se fait remarquer en éliminant son vis-à-vis, en centrant avec précision ou bien en revenant vers l’intérieur. Constamment utilisé à droite par Leonardo Jardim, dans un rôle similaire à celui de Robben, Di Maria ou Lamela, Bernardo brille par la multitude de choix qu’il propose balle aux pieds : frappe du gauche, passe en profondeur, « chapéu » -louche en VF-, centre plongeant, dribble… Mais il n’est pas en reste lorsqu’il ne possède pas le cuir de par son envie débordante de retrouver ce dernier au plus vite et au plus près de son pied gauche. Trouver des espaces là où l’entraîneur adverse avait élaboré son plan de jeu pour qu’il n’y en ait pas, voilà sa spécialité. Et ça donne 7 passes décisives et 6 buts en championnat depuis le début de la saison, ainsi que 2 buts et une passe décisive en compétition européenne.

Bernardo Silva réunit les deux qualités les plus importantes pour un ailier moderne : l’imprévisibilité en attaque et le volume de jeu en défense, et surtout au pressing (qui s’est bien vu lors de la double confrontation face au Skyblues en Ligue des Champions). Il donne aux couloirs monégasques une densité importante, par ses innombrables combinaisons avec les latéraux et les milieux… et aux observateurs de football, il offre des moments d’enchantement par ses tours de magie.

Tout est dans le geste, la façon de jouer, de se déplacer, de toucher le ballon. La forme avant tout… et le fond inévitablement. Bernardo Silva nous invite tous les week-ends à un football qui chante, joue une mélodie. Avec le ballon et par amour du geste, le Portugais s’emporte tel un pianiste, enchaînant sur son clavier les phases de violence et de douceur.

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