L’Olympique Lyonnais subit-il le contrecoup d’un projet sportif en déclin ?
Photo Panoramic

L’Olympique Lyonnais subit-il le contrecoup d’un projet sportif en déclin ?

Après sa 9ème défaite de la saison chez son rival Saint-Etienne (0-2) dimanche dernier, l'Olympique Lyonnais voit le podium et la qualification pour la Ligue des Champions s'éloigner. Objectif du début de saison du président Jean-Michel Aulas, les ambitions devraient être revues à la baisse, alors même que Bruno Génésio, l'entraîneur lyonnais, parlait de titre il y a quelques semaines. Le symbole d'un club qui ne va pas bien, au sein duquel des décisions lourdes sont prises à la légère.

En juin dernier, le président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas décide de confirmer Bruno Génésio comme entraîneur du club. Un choix fort, surtout que le coach ne dispose que de quelques mois de profession à son CV. Certes, ces quelques mois sont marqués par la remontée de Lyon au classement, passant de la 9ème place début janvier à une seconde place qui permet au club de disputer à nouveau la Ligue des Champions. Ces quelques mois sont aussi marqués par le retour en forme de certains joueurs, qui ne mettaient jusqu’alors pas un pied devant l’autre. On pense à Mapou Yanga-Mbiwa, dont le niveau de jeu se rapprochait du sien à Montpellier, ou encore à Rachid Ghezzal, “l’enfant de Décines”, qui brille dans le Parc OL, le nouveau stade de l’Olympique Lyonnais. Malgré cette deuxième partie de saison encourageante, le choix d’Aulas de confirmer Génésio est tout de même un choix fort, qui ne semblait souffrir d’aucune contestation à l’époque.

Aujourd’hui, ce même Génésio est au centre des critiques, notamment après le match contre Saint-Etienne perdu à Geoffroy Guichard (0-2). Les choix de mettre Fekir, qui erre depuis des mois sur les terrains sans jamais faire de différences, Yanga-Mbiwa, qui est retombé dans ses travers du début de la saison passée, et Depay à la place de Valbuena, font l’objet de contestations très virulentes au sein des supporters lyonnais. Le hashtag #GenesioDemission est même apparu sur Twitter, pour que chacun puisse faire part de son mécontentement. Mais à y regarder de plus près, est-ce réellement la faute du pauvre Bruno Génésio, entraîneur novice balancé dans le grand bain de la Ligue 1, à qui l’on demande une qualification directe pour la Ligue des Champions ? Ne doit-on pas plutôt blâmer la direction du club, et en particulier un certain Jean-Michel Aulas, dont les projets ne peuvent pas tous fonctionner, ainsi que les joueurs, qui profitent d’un confort trop important ?

Beaux projets en perte de vitesse

Le président Aulas est sans aucun doute le meilleur président de club que le football français ait connu depuis maintenant une trentaine d’années. Sous son mandat, 7 titres de champion de France pour un club qui partait de Ligue 2, des participations en Ligue des Champions à la pelle, et l’apothéose, un stade flambant neuf, qui rapporte à l’Olympique Lyonnais et qui devrait remettre financièrement la machine en route. Parmi les projets du président, un en particulier fait rêver et réjouit les supporters lyonnais. Celui d’avoir un club qui n’aurait pas besoin de recruter, tant le centre de formation est performant et produit des jeunes talents. Chaque année, le classement des meilleurs centres de formation classe celui de l’OL parmi les meilleurs en Europe. Lyon sort des jeunes pousses chaque saison et les revend bien : Benzema au Real Madrid pour 35 millions d’euros, Umtiti au Barça pour 25 millions d’euros, et bientôt Lacazette, Fekir ou encore Tolisso pour d’autres sommes mirobolantes.

Mais à trop vouloir former, Lyon se perd et ne se concentre plus du tout sur le marché des transferts. La dernière recrue ayant réellement marqué le club et les supporters, Lisandro López, remonte à l’avant-Gourcuff et l’accident industriel qui en suivit. À l’époque, Lyon était encore grand et disputait la saison suivante une demi-finale de Ligue des Champions. Aujourd’hui, cette ère semble bien révolue et l’OL se concentre donc sur ses joueurs formés au bercail. Des joueurs chouchoutés depuis le centre de formation, qui pour la plupart ne réalisent pas encore ce qu’est le monde professionnel.

Des jeunes joueurs pourris gâtés ?

À la fin du match contre Saint-Etienne, deux joueurs provenant justement du centre de formation ont été expulsés coup sur coup : Rachid Ghezzal, pour deux cartons jaunes consécutifs stupides, et Corentin Tolisso, pour un tacle d’une rare violence sur Fabien Lemoine. En temps normal, les deux joueurs devraient faire l’objet d’une suspension conséquente de la part de leur club pour un comportement aussi peu professionnel et tout bonnement inacceptable. Mais ne nous méprenons pas, même si l’OL a bien affiché la volonté de punir financièrement les deux joueurs, ceux-ci devraient rejoindre l’effectif lyonnais très rapidement.

Dans un environnement où le président Aulas et ses adjoints défendent l’idée selon laquelle vous valez au bas mot 50 millions d’euros, difficile de ne pas prendre la grosse tête. Si Alexandre Lacazette affiche des prestations toujours aussi solides malgré les rumeurs de transfert persistantes, d’autres joueurs de l’effectif formés au club ne peuvent pas si bien dire. Depuis son retour de blessure, Nabil Fekir est invisible et en méforme physique, Corentin Tolisso est inconstant au possible depuis l’annonce de l’intérêt de la Juventus, Rachid Ghezzal fait des caprices concernant son salaire, etc. Même le tout jeune Mouctar Diakhaby, seulement 20 ans, déclarait il y a quelques semaines sans aucune retenue que “le niveau de la Ligue 1 n’est pas si exceptionnel“.

Une situation dont les joueurs profitent

Le contexte dans lequel vivent les joueurs les conforte dans leur comportement et leur nonchalance. Le projet d’Aulas de centre de formation qui fournit des talents rencontre ses limites, et les articles sur un vestiaire lyonnais au sein duquel il serait compliqué de s’intégrer foisonnent. Et malheureusement, bien que l’origine du problème soit plutôt issue du haut, celui-ci retombe irrémédiablement sur Bruno Génésio.

Car si les premiers mois de l’entraîneur à l’OL ont été particulièrement bons, avec cette remontée au classement à la clé, aujourd’hui le discours ne semble plus passer. Pire encore, le discours ne semble pas être écouté. Les joueurs, et plus particulièrement la petite caste des Lyonnais formés au club, semblent bien avoir compris qu’avec un tel entraîneur, leurs places dans l’équipe ne sont clairement pas remises en question, ce qui leur permet de profiter de ce petit confort. La non-signature de Corentin Tolisso, qui aurait pu se mettre en danger et tenter l’expérience à la Juventus l’été dernier, reflète bien l’état d’esprit. Bruno Génésio n’a pas les tripes, comme en témoigne cette entrée en jeu sanguine de Rachid Ghezzal lors du derby. Car si un joueur entre avec cet état d’esprit dans un match, l’entraîneur y est forcément pour quelque chose, prouvant bien que Jean-Michel Aulas se trompe depuis le début.

Et maintenant, quel projet ?

Dès juin dernier, Aulas aurait dû prospecter afin de trouver un nouveau coach. Tout en évitant bien sûr tous les entraîneurs que l’on retrouve chaque année en Ligue 1 dans un club différent, à savoir les Girard, Hantz, Antonetti, et j’en passe… Le coach idéal aurait été Rudi Garcia, mais à force d’attendre, Aulas s’est fait devancer par l’OM. Cette bonne idée traîne dans la tête de nombreux supporters lyonnais depuis les premiers mauvais résultats d’Hubert Fournier. Rudi Garcia aurait pu donner un coup de fouet au vestiaire lyonnais, qui n’écoutait déjà plus l’entraîneur de l’époque. De plus, l’ancien technicien du LOSC, après son passage à la Roma, possède des réseaux d’agents et de joueurs que ne possède pas l’OL, ou tout simplement que ne sait plus activer l’OL, tant les performances sur le marché des transferts sont pauvres ces dernières années.

Malheureusement, limoger Bruno Génésio à cet instant de la saison n’aurait pas grand intérêt. Les entraîneurs libres actuellement et qui ont le standing nécessaire n’accepteront certainement pas de prendre un club à la dérive en plein milieu de l’exercice. Et choisir un homme du club pour remplacer l’actuel entraîneur ne mènerait pas à grand-chose. Il faudra donc attendre cet été pour voir un très probable départ de Génésio, et voir se dessiner les grandes lignes de la nouvelle stratégie de Jean-Michel Aulas pour les années à venir. En espérant qu’un entraîneur étranger à poigne puisse venir mettre de l’ordre dans un vestiaire où le confort règne trop. En attendant, l’OL accueille Nancy ce soir, et on ne doute pas de la capacité des joueurs lyonnais à réagir, afin de conforter un peu plus Bruno Génésio, non pas parce qu’ils le soutiennent, mais parce qu’ils en tirent profit.

  1. avatar
    8 février 2017 a 17 h 06 min

    Peut-être que maintenant que le nouveau stade est fonctionnel, ils vont pouvoir se permettre de recruter des joueurs d’envergure internationale pour 1. mener l’équipe dans les grands rendez-vous et surtout 2. montrer l’exemple à ces petits jeunes talentueux qui se croient déjà parvenu au sommet. Justement Lopez et Juninho étaient excellent pour cela je crois. On pourrait postuler que cela a bien aidé Benzema et consorts à éclore au plus haut niveau.

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