Nîmes Olympique : la résurrection d’un club
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Nîmes Olympique : la résurrection d’un club

C'est une belle histoire qui est en train de s'écrire sous nos yeux. C'est un message fort envoyé à la planète football depuis notre championnat de second niveau. Messager d'un jour ou plutôt d'une saison, Nîmes réécrit son histoire oubliée. Vingt-cinq ans après l'avoir quittée, les crocos pourraient retrouver l'élite. Non, un club ne meurt jamais.

A défaut de mourir, il faut parfois savoir souffrir. Durant ces vingt dernières années, les Nîmois l’ont bien compris. Entre procédures judiciaires, retraits de points, relégations ou maintiens in extremis, la ville la plus romaine de France avait perdu son esprit de conquête. Mais le temps passe et les temps changent. Voilà un an et demi que les Crocos se portent mieux, un renouveau pour ce club et ses supporters qui avaient oublié cette sensation unique de figurer parmi les meilleurs.

Le Nîmes Olympique, c’est tout de même 1206 matchs et 1779 buts pour un total de 33 saisons en première division. Aucun titre, mais une honorable place de vice-champion de France, juste derrière l’OM, dans les années 60 ainsi que trois finales de Coupe de France. Sa dernière saison au plus haut niveau remonte à 1993. La Coupe de l’UEFA avait même fait escale en Occitanie entre 1971 et 1973. Tout cela est bien loin, nombreux sont ceux à ne pas avoir connu cette période. C’est le cas de Maxime (17 ans) : il fait partie de ces jeunes supporters des Crocos qui contribuent à la nouvelle histoire du club. Lui, son attachement est survenu lors d’une période bien sombre. C’était en 2015 lors de l’affaire des matchs présumés truqués. Le club avait lourdement été sanctionné d’un retrait de points dès le début de la saison.

“J’assistais à des matchs [...] quand j’étais petit, j’y vais régulièrement depuis la saison où l’on avait démarré le championnat à -8 points. Depuis, je ne rate quasiment aucun match à domicile.”

Bien sûr et logiquement, certains ignorent (ou n’ont pas connu) les grands noms passés par ce club du Gard. On peut parler de Hassan Akerbi qui reste à l’heure actuelle le meilleur buteur de Nîmes avec un total de 119 unités entre 1955 et 1961. Mais comme il n’est pas forcément utile de remonter si loin, on peut tout simplement se souvenir de René Girard (294 matchs disputés), joueur emblématique entre 1972 et 1980 puis de 1988 à 1991. Les Crocos ont aussi contribué aux succès de l’équipe de France, notamment grâce à Eric Cantona qui a connu deux sélections lorsqu’il portait la tunique rouge nîmoise ou encore Laurent Blanc qui en compte cinq.

C’est donc le début d’une nouvelle ère pour le club Nîmois et ses supporters… Du moins, les choses semblent aller dans ce sens. Depuis la prise de fonction du président Assaf en mai 2016 mais aussi l’arrivée de coach Blaquart en novembre 2015, Nîmes commence à regarder plus haut. Oui, cette saison pourrait bien être la bonne. Et même si le nouveau logo du club n’est toujours pas accepté par les supporters, les crocos réussissent une belle performance en championnat. Si la première place semble désormais inaccessible (10 points de retard sur Reims), Nîmes peut espérer rester dans le carré or en conservant sa place de dauphin jusqu’à la fin de la saison. Meilleure attaque de Ligue 2 avec un total de 45 buts inscrits, un homme se distingue particulièrement.

“Bozok est un joueur vraiment fascinant ! Le meilleur buteur de National poursuit son parcours en Ligue 2 !” (Adam – Eure et Loire – Supporter NO)

Umut Bozok (21 ans) est l’actuel meilleur canonnier de Nîmes et surtout de Ligue 2. Déjà 16 buts marqués et une passe décisive sur un total de 20 rencontres disputées cette saison. Le Franco-Turc, peu connu l’été dernier, éclabousse le championnat de son talent qui était encore bien caché il y a six mois. Nîmes a su flairer le coup en engageant l’été dernier le meilleur buteur de National (17 buts). Il est l’arme principale des crocos, se révèle sous le maillot rouge et commence à faire parler de lui au plus haut niveau. Jusqu’où ira t-il ?

Alors comme ça, les crocos seraient prêts à faire partie du top 20 français ? A se frotter aux griffes du Paris de Neymar, du Lyon de Fékir ou encore du Marseille de Thauvin ? Oui à ce désir de se confronter aux meilleurs, de vivre des soirées prestigieuses, d’accueillir dans son stade des écuries aux dimensions européennes. Bien sûr qu’il y a cette envie ! C’est une opportunité en or qui ne se refuse pas !

Néanmoins, il faudra certainement s’attendre aux habituelles railleries que l’on prête trop facilement à nos petits clubs français. Avec un budget de 8,5 millions d’euros cette saison, Nîmes sera (en cas de montée) l’un des plus petits budgets de l’élite. Pour ne pas dire le plus petit !

Et alors ? On disait la même chose d’Amiens ! Certains parlaient même de prétendus joueurs amateurs ! D’un stade en ruine et d’une humiliation certaine pour toute une saison ! Alors, bien sûr, la route de l’ASC est longue et parsemée d’embuches. Cependant, les licornes se battent avec leurs armes et prouvent qu’un club aux moyens limités et aux infrastructures vieillissantes peut se faire une place au milieu de ces clubs millionnaires. Pourquoi un crocodile n’y parviendrait pas ? C’est aussi ça, la magie du football ! Créer la surprise, créer l’impensable, créer l’engouement !

Cette magie serait-elle en train d’opérer du côté du stade des Costières ? Nîmes Olympique est incontestablement l’équipe surprise de ce championnat. On annonçait déjà le retour d’Auxerre, de Lens, de Lorient ou encore de Nancy en Ligue 1. Pourtant ces clubs-là, aux moyens conséquents, n’arrivent pas à la hauteur des crocos. Nîmes pour affronter le PSG, l’OL, l’ASM ou encore l’OM en championnat ? Impensable ! Et pourtant ! Cela pourrait prochainement devenir réalité. L’engouement ? Il n’y a qu’à parcourir les messages laissés par les supporters sur les réseaux sociaux ! Oui, ils y croient ! Oui, ils veulent vivre cette montée ! Oui, ils sont prêts à rivaliser avec les plus forts.

” J’aimerais vraiment que l’on monte en Ligue 1, [...] l’équipe est capable de s’y installer sur le long terme comme le fait Angers. J’ai hâte de vivre un derby contre Montpellier” (Maxime)

“Nîmes en Ligue 1 ? Bien évidemment que c’est mon rêve” (Adam)

Récemment, il y a eu ce match de Coupe de France contre St-Etienne, qui ressemblait bien à un aperçu de l’élite. Ils étaient quasiment 1000 supporters Nîmois à faire le déplacement pour cette rencontre. Remarquable pour un club évoluant au niveau inférieur !

En moyenne, ils sont 7 448 à se rendre à chaque match des crocos au stade des Costières, contre 6 606 l’année passée. Une évolution de plus de 800 supporters. Les chiffres ne mentent pas ! Si cela ne ressemble pas à un engouement, qu’est ce que c’est ? Bien sûr, certains espèrent mieux, c’est le cas de Maxime qui regrette parfois de voir encore certains sièges libres lors des matchs cruciaux. Laissons le temps au temps : fédérer un public est souvent plus long que constituer une équipe pour la montée.

Une promotion au niveau supérieur entraine systématiquement son lot d’interrogations. L’une viendra certainement rapidement. D’ailleurs, peut-être est-ce déjà le cas ! L’arène de Nîmes est-elle apte à accueillir la crème du football français ? Non, pas celle classée monument historique qui fut construite en 90 après J.-C, mais bien le stade des Costières.

Cette enceinte de 15 788 places, inaugurée en 1989, aurait certainement besoin d’un petit coup de peinture. Si la capacité actuelle semble suffisante pour une ville d’environ 150 000 âmes, rappelons que (malheureusement) on juge trop souvent un club à son stade. Oui, c’est ridicule ! Sinon le LOSC de Garcia n’aurait jamais été champion de France !

Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un dossier qui n’appartient pas uniquement au club. La municipalité aura son mot à dire. Mais comme le précise Estelle, la ville de Nîmes aurait beaucoup à y gagner en diffusant une image digne de ses infrastructures et en contribuant à la bonne santé de son club de football.

“Le stade n’est pas apte à la Ligue 1 [...]. L’état de la pelouse s’améliore mais il faudrait encore agrandir le parcage, couvrir les tribunes et bien sûr repeindre les façades.”

“Cela pourrait donner une certaine visibilité pour Nîmes. Autant sur le plan sportif que économique et social.” (Estelle – Nîmes – Supportrice NO)

La route est encore longue avant d’arriver au terme de cette saison. Les supporters le savent. “On y croit, mais ce sera difficile jusqu’au bout. Il ne faut pas se déconcentrer” confirment Estelle et Adam. Que dire de plus ? A eux deux, ils résument très bien ce qu’il reste à faire du côté du Gard. Finalement, c’est aussi ça, la magie du football. C’est la naissance de rêves et d’espoirs, le rassemblement de milliers de personnes autour d’un seul, unique et même but.

La frontière entre joie et déception sera aussi mince qu’un écart de deux ou trois points. Tout reste encore possible et la désillusion reste encore une fin envisageable. Mais si les crocos le faisaient ? Ont-ils seulement idée de la fierté que l’on peut ressentir quand le club de sa ville accède à un tel niveau ? Ils seraient nombreux à vouloir assister à ce moment. A n’en pas douter, le stade serait comble. D’autres, seraient heureux de revivre une telle sensation vingt-cinq ans plus tard. Ils se souviendraient avec nostalgie d’une époque lointaine, de moments qu’ils ne pensaient plus jamais revivre.

Voilà, Nîmes est aux portes d’un possible come-back au plus haut sommet du football de l’hexagone. Nîmes a l’occasion de réécrire son passé agité. Nîmes relance enfin sa machine. Car non, un club ne meurt jamais.

  1. avatar
    23 janvier 2018 a 15 h 09 min
    Par luigi

    Le crocodile ne lâche pas sa proie

  2. avatar
    24 janvier 2018 a 14 h 45 min
    Par Granat

    Un très bel article et complet ! Petite erreur juste : la place de vice champion de Nîmes derrière l’OM date de 1972, pas des années 60 !

    • avatar
      25 janvier 2018 a 19 h 05 min

      Bonjour,

      Merci à vous d’avoir accordé de votre temps à la lecture de mon article et merci d’avoir rectifié mon erreur!

      Cordialement,

      Matthieu

  3. Pingback: Paris FC : pour une bataille capitale - beIN SPORTS Your Zone - Partagez votre passion et votre expertise du sport

  4. avatar
    26 janvier 2018 a 15 h 11 min
    Par Eric

    bel article. Néanmoins, petite erreur: “[...] mais une honorable place de vice-champion de France”, en fait il y en a eu plus d’une: 58, 59 et 60 sous Kader Firoud

    • avatar
      26 janvier 2018 a 17 h 03 min

      Bonjour,
      Effectivement, après plusieurs recherches je constate que vous avez raison! Autant pour moi pour cette erreur!

      Matthieu

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