L’Islande veut se faire un nom

Il est un résultat passé quelque peu inaperçu vendredi soir, lors des qualifications pour le mondial 2014, éclipsé par les prestations allemandes, espagnoles ou italiennes. C’est bien normal me direz-vous, car la victoire de l’Islande en terre albanaise (1-2) n’a pas vocation à enflammer les foules. Et pourtant, ce résultat est un signe encourageant pour le petit pays volcanique.

L’Islande est peu connue sur la scène internationale, malgré un prix Nobel de littérature (Halldor Laxness en 1955, pour le sublime « La Cloche d’Islande ») et quelques bons auteurs de polars ou romans. Plus récemment, les Islandais se sont distingués par leur refus de se plier aux exigences du FMI concernant la politique économique à mener suite à la crise, qui avait sévèrement touché le pays. Ou encore par l’éruption du volcan Eyjafjöll. Pour ce qui est du sportif, difficile d’exister avec 0 titre olympique (mais 4 médailles tout de même) et peu ou prou d’athlètes connus. Il n’y a guère qu’en handball que les coéquipiers d’Ólafur Stefánsson ont fait parler d’eux. Si le football a toujours été un sport populaire en Islande, sa population restreinte (320 000 habitants, soit grosso modo la ville de Nice) a clairement été un frein à son développement.

En témoigne un championnat faible, dont le seul fait d’arme fut l’arrivée de l’ex-gloire mancunienne Lee Sharpe pour une saison, en 2003. Les clubs dominateurs, pour la plupart issus de Reykjavik (le KR, Valur ou plus récemment le FH), n’ont jamais obtenu de résultats notables sur la scène européenne. Quant à l’équipe nationale, malgré quelques performances au début des années 2000, elle n’est jamais parvenue à se qualifier pour une phase finale (Euro ou Coupe du Monde). Tout ceci n’a rien d’étonnant, et on peut difficilement critiquer un tel bilan au vu des contraintes endémiques que supporte l’Islande. Par ailleurs, lorsque son voisin et principal adversaire s’appelle les Iles Féroés, il est difficile de progresser.

Une nouvelle donne

Pourtant, aujourd’hui, il semble qu’un vent nouveau souffle sur les côtes escarpées de l’île. Le président de la FIFA Joseph Blatter s’est récemment fendu de propos élogieux à l’égard la KSI, la fédération islandaise de football, « pour [ses] réalisations dans le cadre du développement du football ». Il s’est dit « très impressionné par […] les équipements construits [et] tout particulièrement les terrains en salle ». Ces déclarations faisaient suite à une visite officielle de deux jours afin d’observer les retombées du projet Goal lancé par la FIFA, et dont l’Islande a bénéficié.

Si l’amélioration des infrastructures ne portera ses fruits que dans quelques années, des joueurs talentueux font déjà parler d’eux sur les terrains d’Europe. Le talentueux mais vieillissant Eidur Gudjohnsen a sans doute eu une génération d’avance, seulement il a fait des émules, et ses petits camarades ont bien l’intention de s’affirmer au plus haut niveau.

Les chefs de file de cette nouvelle génération ont des prénoms de héros de saga. Kolbeinn Sigthorsson (22 ans) et Gylfi Sigurdsson (23 ans) sont en effet les deux plus grands espoirs du pays. Le premier se démène sur le front de l’attaque de l’Ajax d’Amsterdam et, avec 8 buts en 11 sélections, possède des statistiques prometteuses. Actuellement sur la touche suite à une opération de l’épaule, il faudra suivre avec attention sa progression, s’il parvient à éviter les blessures. Le second a régalé les fans de Swansea l’an dernier, et se bat désormais pour une place de titulaire à Tottenham. Nul doute que la concurrence de l’Américain Clint Dempsey le poussera à se surpasser. Un troisième larron flambe actuellement dans le championnat néerlandais, très prisé des Islandais (et inversement). Du haut de ses 23 printemps, Alfred Finnbogason a marqué à 5 reprises en 6 matchs avec le SC Herenveen.

La sélection compte d’autres joueurs talentueux. Ancien coéquipier de Sigthorsson avant que celui-ci ne parte à l’Ajax, le jeune Johann Berg Gudmundsson (21 ans) joue régulièrement avec l’AZ Alkmaar. Solide défenseur, Ragnar Sigurdsson (26 ans) participe à l’Europa League cette saison avec le FC Copenhague, au même titre que Rurik Gislason (24 ans). Notons également la présence dans le Calcio (timide pour le moment) du buteur face à la France et à l’Albanie, Birkir Bjarnason (24 ans), membre de Pescara. Aron Johannsson (21 ans), qui survole le championnat danois avec 12 buts en 12 matchs, et Bjorn Sigurdarson (21 ans), qui fait ses classes à Wolverhampton, sont deux jeunes espoirs. Enfin, le capitaine de la sélection, Aron Gunnarsson, n’a que 23 ans et joue actuellement pour Cardiff City. Pratiquement plus aucun international n’évolue dans le championnat national.

Le Brésil en ligne de mire ?

Cette brève revue d’effectif témoigne d’un potentiel indéniable. Sa récente entrée dans le top 100 du classement FIFA montre sa progression. Surtout, cette génération se connait bien, pour avoir évolué ensemble en sélection espoir. Et la plupart des joueurs susmentionnés étaient de l’aventure en 2011, lorsque les jeunes Islandais obtinrent une qualification historique pour le championnat d’Europe espoir. En dépit d’une élimination au premier tour, cette épopée est une bonne base de travail pour l’actuel sélectionneur des A. Ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il est resté à la tête de la Suède pendant presque 10 ans. Lars Lagerbäck amena en effet l’équipe scandinave en 1/8ème de finale de la Coupe du monde à 2 reprises (2002 et 2006), ainsi qu’en 1/4 de finale de l’Euro 2004. En poste depuis 1 ans, il a, à n’en pas douter, les épaules pour faire progresser l’Islande.

A l’heure actuelle, l’ancienne colonie danoise est 2ème du groupe E, derrière la Suisse, son prochain adversaire. Elle devance la Norvège, l’Albanie, Chypre et la Slovénie. Dans un groupe qui fleure bon le football vrai, les stades champêtres, et les noms exotiques, les insulaires ont une belle carte à jouer. Et c’est pourtant eux qui se trouvent être le petit poucet, puisque l’Islande était membre du dernier chapeau lors du tirage au sort. Après avoir fait plier la Norvège à domicile, tête de série du groupe (sur le papier), les coéquipiers de Sigurdsson ont subi une défaite décevante à Chypre. Mais la victoire en Albanie les met dans une situation intéressante.

A l’heure d’affronter la Nati ce soir, à Reykjavik, les hommes de Lagerbäck font face à un joli défi. Tout autre chose qu’une défaite sera considéré comme un bon résultat, car ce match s’annonce compliqué. La Suisse fait figure de favori du groupe, et devrait en toute logique surclasser cette équipe d’Islande encore jeune et irrégulière, et dont la défense semble être le point faible.

Alors ?

Finalement, l’hypothèse idéale veut que tous ces jeunes Islandais réussissent à s’imposer dans leurs clubs respectifs. Présentement, aucun ne l’est vraiment, et les belles promesses devront être confirmées. Mais plusieurs sélections ont prouvé par le passé qu’un bon collectif dénué de star pouvait se qualifier pour une grande phase finale. Cette génération se connait bien, et ne pourra que se bonifier au fil du temps. Son tour viendra peut-être, même si bien sûr, la faible population et le climat délicat de l’île rendent son succès conjoncturel. Sur le long terme, il sera difficile d’obtenir des performances régulières. Mais toujours est-il que pour les 10 prochaines années, l’Islande peut décemment rêver à faire parler d’elle. Pour qu’enfin la Cloche d’Islande résonne à la face du monde.

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