Mais pourquoi diable ces Argentins jouent-ils (aussi bien) au rugby ?
Photo Panoramic

Mais pourquoi diable ces Argentins jouent-ils (aussi bien) au rugby ?

Qualifiés pour les 1/4 de finale de la Coupe du Monde avant même leur dernier match contre les modestes Namibiens, les Pumas argentins font encore une fois figure d'épouvantail dans la compétition, sans que l'on soit surpris pour le moins du monde. Désormais 7ème nation mondiale (juste derrière la France mais devant l'Angleterre), qu'on se le dise, il va falloir se les coltiner en 1/4 de finale, et que ce soit pour les français ou les irlandais, c'est tout sauf une bonne nouvelle ! Mais alors, comment se fait-il que le rugby ait fait une telle avancée ces dernières années, au point d'intégrer le Rugby Championship pour la sélection nationale et le Super Rugby pour la future franchise en club ? Éléments de réponse, au pays de la "badajita".

En Argentine, sport de bourgeois dans l’ombre du foot

Dans la société argentine, le rugby – 80 000 licenciés, soit plus que le Pays de Galle et l’Écosse réunis – draine historiquement les classes sociales les plus aisées quand le football – 530 000 licenciés – aimante lui les moins favorisées. Les clubs locaux de l’ovalie, bâtis sur le modèle anglais, regorgent d’étudiants perpétuant le mythe du gentleman pratiquant un sport de voyous. “Au pays, les parents ont très souvent les moyens de payer de longues études à leurs enfants. Et les joueurs de rugby sont bien conscients qu’ils ne vivront pas de leur sport en Argentine, où il est encore plus important d’avoir des diplômes que dans les pays plus développés“, constate Gonzalo Quesada, l’ancien Puma aujourd’hui entraîneur en chef du Stade Français, tout nouveau champion du France en Top 14. Pour les meilleurs, cette double carrière réclame un investissement important. “J’ai mis six ans pour obtenir un bac +5 en sciences économiques, à cause des tournées avec la sélection, explique Quesada. J’ai essayé de profiter de mon statut d’international pour décaler mes dates d’examens, mais les profs n’avaient rien à cirer du rugby!“. Comme lui, près de “90% des Argentins ont suivi des études supérieures“, estime Pascal Forni, agent de plusieurs Pumas du Top 14. Si la tradition du rugbyman-étudiant s’effrite avec le professionnalisme naissant au pays, pour autant elle ne s’évanouit pas. “Avant, les Argentins arrivaient en France à 25 ans, après avoir souvent mené de très longues étudesaujourd’hui, ils viennent à 22 ans. Ils sont très souvent de niveau bac + 3 ou 4, mais pas plus.” Certains stoppent leur cursus, d’autres le mettent entre parenthèses, ou le peaufinent en France, comme ce fut par exemple le cas pour le pilier Pedro Ledesma – frère de Mario – qui a ainsi décroché un Master 1 d’économie et de gestion à l’université Paris V-René Descartes lors de son passage au Stade français (2006-2011). Conséquence de ce phénomène : l’atmosphère chez les Pumas se ressent de ce foisonnement culturel. “les joueurs ont des personnalités très similaires, ils partagent les mêmes codes, souligne Quesada. Quand je jouais encore, lors des longues tournées, on se retrouvait à partager de très intéressantes conversations éloignées du rugby, ce qui est loin d’être le cas partout.” C’était par exemple l’époque où le pilier Omar Hasan, agronome de formation, cultivait sa voix de baryton pour devenir chanteur lyrique, une nouvelle carrière finalement entamée en 2008 à sa retraite sportive. Diplômé en management, Augustin Pichot, leader de l’équipe jusqu’en 2007, est lui par exemple capable de citer Sartre, Saint-François d’Assise ou Dali. Il a révélé un jour comment, lors d’un conflit avec leur fédération, les joueurs s’étaient appuyés sur leurs références historiques pour obtenir gain de cause: “On s’est inspiré de la révolution cubaine, du Che et du Mouvement du 26 juillet… On a fait six groupes, avec un chef pour chaque, chargé d’assurer les liaisons”. Transition toute trouvée pour notre anecdote suivante : août 1961, Ernesto Guevara, dit le “Che”, se rend – clandestinement – en Argentine son pays natal pour y rencontrer le président argentin, Arturo Frondizi. Pendant le trajet de l’aéroport à la résidence présidentielle le convoi secret passe près du stade de San Isidro Club (SIC), une des équipes de rugby les plus importantes d’Argentine. “Comment ça se passe pour le SIC ?” demanda le Che au chauffeur. “Comment ça se passe pour qui, monsieur ?” Le “Comandante” se rend alors compte que le rugby est un sport mineur au pays, dont la plupart de ses compatriotes ignorent tout, trop obnubilés par le ballon rond. Il reprend et se corrige rapidement : “je disais, comment ça se passe pour Rosario Central ?”, l’une des équipes de…foot les plus renommées d’Argentine. Cette anecdote est racontée dans une des biographies consacrées au Che, mais au final elle dépasse le cadre de la simple anecdote : elle démontre la structure sociale du rugby, qui appartient traditionnellement à l’élite, à la différence du football, qui imprègne toutes les couches de la société argentine. D’ailleurs, le Che lui même originaire d’une famille relativement aisée à joué au rugby dans son enfance . “Le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes ; le rugby est un sport de brutes pratiqué par des gentlemen” est une phrase récurrente en Argentine, comme l’explique le journaliste Martin Caparros : “là où les footballeurs étaient pauvres, basanés, frêles, ignorants, avides d’argent, les joueurs de rugby étaient blonds, bien faits, bien élevés, bien amateurs – parce qu’ils n’avaient pas besoin de cet argent.” Cette image, ancrée dans la société décrit bien un sport qui en Argentine continue à servir de marqueur social. Pour autant, cet avis n’est pas partagé de tous, comme Gonzalo Quesada qui confie le fait que “c’est vrai qu’à l’origine le rugby était bourgeois et élitiste en Argentine, mais ça a évolué : c’est grâce au constant progrès des Pumas, depuis 1965 et jusqu’au succès de 2007, où nous avons terminé troisième, que ce sport n’est plus exclusif. Aujourd’hui, dans les clubs argentins, il y a une mixité sociale.

L’école mondiale de la mêlée fermée

Justement quand on parle de club argentin au rugby, on fait le plus souvent référence à San Isidro, dans la banlieue de Buenos Aires. San Isidro et son Club du SIC. SIC comme “San Isidro Club”, initiales gravées dans le cuir du rugby argentin. Marque indélébile. C’est ici que les appuis révolutionnaires de la mêlée des Pumas ont vu le jour. Au grand dam de tous les packs du monde. Situé dans la banlieue nord de Buenos Aires, le club détient le record de titres de champion : dix-sept durant ces trente dernières années. Le SIC (1000 licenciés répartis dans trois équipes seniors, trois U21, U19, neuf U17), a donné à l’équipe nationale cinq capitaines et quelques légendes : Alistair Stewart, Juan Lavenas, Miguel Sarandon dans les 1930/40′s, mais aussi Arturo Rodriguez Jurado, international entre 1965 et 1976 qui commanda les ” Pumas ” ou encore Marcelo Lofreda, autre capitaine, entre 1978 et 1994. En tout, 41 internationaux. Mais au SIC, les légendes ne sont pas toujours celles qu’on croit : Arturo Orzabal, Diego Cash, Juan José Angelillo, Matias Corral. Pas les plus glamours des internationaux argentins, mais des hommes de première ligne, des rugueux, des couturés : les apôtres de la bajadita, la mêlée fermée. Cette épreuve estampillée Argentina, depuis qu’un certain ” docteur ” Francisco Ocampo, du SIC, inventa la bajadita  en 1970. Lors de la dernière Coupe Visa, en juillet dernier, les “Pumitas“  (les petits pumas, l’Argentine U21), infligèrent la punition à tous leurs adversaires, Français y compris qui concédèrent un essai de pénalité sur mêlée, n’ayant trouvé d’autre parade que l’effondrement d’un édifice disloqué par la maudite bajadita. La mêlée, en Argentine, catalyse les énergies, focalise les recherches. Quand Francisco Ocampo invente la bajadita au sein du SIC, tout le rugby argentin adopte cette technique qui a survécu aux modes dont le rugby est friand. Le créateur qui disparaîtra quelques mois après, s’est inspiré des All Blacks, du “Dream Team ” de 1905. Même, si alors, les mêlées se disputaient en formation 2-3-2, la poussée s’exerçait dans l’axe, dos plat. Ocampo imposera assise basse (baja), flexion synchronisée et position des pieds des piliers inversée. Le pack des Pumas devait envoyer cul par-dessus tête les redoutés avants français, en 1974, inspirant cette réflexion à Jeff Desclaux : “aujourd’hui, on a appris que la meilleure attaque de trois-quarts peut se briser sur une grosse mêlée. “ Disciple de Francisco Ocampo et expert absolu, Carlos Vilegas, décédé lors de la tournée du XV de France en Argentine en 1988, participa à de nombreuses causeries sur la mêlée pour le compte de l’IRB, bien que l’Union Argentine de Rugby n’en fût pas membre. Née à San Isidro, au bord du Rio de la Plata, la bajadita appartient et pour longtemps au patrimoine mondial du rugby.

 

Des jaguars pris pour des Pumas 

Historiquement, les Argentins jouent avec un maillot rayé horizontalement avec alternance de lignes de couleur bleu ciel et blanches – l’inverse du foot, où les couleurs sont les mêmes les bandes de Messi et ses petits camarades sont verticales - et l’emblème du XV argentin, le “Pumas” est floqué sur le coin supérieur gauche du maillot sous le logo de la fédération argentine, l’UAR (Union Argentina de Rugby). Cette emblème justement, fait l’objet d’une anecdote farfelue : les joueurs argentins auraient dû être surnommés les Jaguars et non pas les Pumas ! En effet, si vous regardez avec attention le blason présent sur le maillot argentin au niveau du cœur – et que vous avez quelques souvenirs de vos cours de Sciences et Vies de la Terre au collège – , vous remarquerez peut-être qu’il ne s’agit en aucun cas d’un puma. Et pourtant, ce surnom colle depuis 1965 à la peau des Sud-Américains qui ont fini par s’en accommoder. En effet, ce n’est donc pas un puma mais bien un jaguar que l’on distingue : on reconnait ce grand félin que l’on retrouve en Amérique centrale mais aussi en Amérique du Sud et notamment dans le nord de l’Argentine aux tâches noires disséminées sur l’ensemble de son corps. Le puma, lui, est aussi présent en Amérique du Sud mais sa robe de ton fauve est bien différente car uniforme…Cette grossière confusion, on la doit à un journaliste qui n’a pas correctement vérifié ses sources : nous sommes en 1965 et l’Argentine affronte les Springboks Sud-Africains en test match. Ce jour là, les journalistes présents sur place cherchent à trouver un surnom aux ciel et blanc de l’équipe nationale argentine, comme c’est la grande mode à l’époque (Springboks, Wallabies, All Blacks). Apparemment pas spécialiste de la faune sauvage, l’un d’entre eux a une fausse bonne idée et confond le jaguar présent sur le blason de l’équipe avec son cousin du puma et baptise dans son papier du jour léquipe argentine de Pumas. L’erreur ne sera jamais corrigée par les Argentins eux-mêmes, qui ont accepté bien volontiers cette appellation certes erronée mais malgré tout flatteuse - et puis après tout, on retrouve bien ces deux grands félins (le jaguar et le puma) sur le territoire argentin -. Pour que l’anecdote soit complète, il est aussi amusant de noter que la corporation des journalistes est aussi à l’origine d’une erreur concernant le célèbre surnom des «All Blacks» accordé aux Néo-Zélandais en 1955. Un journaliste britannique avait appelé les Kiwis «All back» en référence à leur jeu de passes à l’arrière («back» en anglais). Or, en Angleterre, le typographe a transformé le «All Back» en «All Blacks», en référence à la couleur du maillot de la sélection…Comme quoi, les coquilles journalistiques ça a parfois du bon…

 

La reconnaissance du monde du rugby : l’entrée au Rugby Championship en 2011

Le 30 novembre 2007, suite à la troisième place obtenue par l’équipe d’Argentine en coupe du monde, et au vu de ses performances régulières au plus haut niveau, un forum de l’IRB (International Rugby Board) presse un plan de route en vue de son incorporation dans le Tri-Nations – la compétition mettant tous les ans aux prise la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud, l’équivalent de notre Tournoi des 6 Nations en Europe -  à un horizon de 4 ans seulement. Au pays, l’excellente performance des Pumas avait attiré l’attention de toute la nation : pour preuve même le “superclassico” Boca Juniors-River Plate, avait été décalé de deux heures pour que les argentins puissent assister à la télévision au quart de finale des Pumas contre l’Écosse.  Le succès avait inauguré une nouvelle ère pour le rugby argentin. ”Il y a eu une explosion d’enthousiasme en 2007 et ce sport est devenu plus populaire. Les inscriptions dans les clubs avaient augmenté de 20 % après le Mondial”, signale Adolfo Etchegaray, ancien capitaine des Pumas.  Mars 2010, un accord historique est trouvé : l’IRB accepte de financer l’entrée de l’Argentine dans le tournoi à hauteur de 2 millions de dollars : il ne reste plus alors qu’à trouver un accord avec les différents clubs européens (britanniques et français en majorité) pour qu’ils acceptent de libérer les joueurs argentins lors du tournoi – en effet, jusqu’ici le joueur Puma avait l’avantage de ne pas être réquisitionné lors de longues périodes internationale -. Le 8 novembre 2011, les Pumas sont officiellement intégrés à l’ancien Tri-Nations, qui est rebaptisé The Rugby Championship. Ils affrontent donc chaque année depuis 2012 les trois monstres de l’Hémisphère Sud : les All-blacks, les Wallabies et les Springboks dans le cadre de cette compétition. La SANZAR - traduisez la South Africa New Zealand Australia Rugby, quiest un consortium regroupant les fédérations à XV des rugbys Australien (ARU, l’Australian Rugby Union) Sud-Africain (SARU, South African Rugby Union) et Néo-Zélandais (NZRFU, New Zealand Rugby Football Union) a précisé lors de l’évènement que“l’invitation de l’Argentine à rejoindre le Tri-Nations (devenu Four Nations puis Rugby Championship) est un moment important pour le rugby de l’Hémisphère Sud et pour le monde du rugby” par le biais de Greg Peter son directeur exécutif. Pas faux quand on sait que le Tri-Nations était  ce qui se faisait de mieux en terme de compétition annuelle internationale avec la présence de nations victorieuses de six des sept éditions de la Coupe du Monde (l’Angleterre championne du monde 2003 est l’exception qui confirme la règle).Comme le précise également le communiqué d’intégration des argentins à la fête : “les Pumas comme ils l’ont montré lors de la récente Coupe du monde (2007), pratiquent un jeu excitant, un rugby différent des trois autres nations, ce qui va donner une nouvelle dimension à la compétition”. Le vice-président de la Fédération argentine  Manuel Galindo (à ne pas confondre avec son homonyme Alvaro Manuel du même nom, Pumas et ancien joueur de Béziers ou du Racing Métro, actuellement rentré terminer sa carrière au pays à Tucuman) se réjouissait de la nouvelle : “Pendant des années, l’Argentine a cherché à participer à un tournoi comme celui-ci pour progresser. Pouvoir disputer cette compétition nous rend fiers et va nous pousser à travaillerdavantage, encore et encore”. Le président de la Fédération néo-zélandaise, Steve Tew, a estimé pour sa part que l’Argentine “mérite largement sa place dans la meilleure compétition annuelle dans le monde.” Le premier Four-Nations  de l’histoire a donc débuté le 18 août 2012 avec un programme de 12 rencontres, en matches aller (6) et retour (6). Pour la petite histoire, après une défaite inaugurale en Afrique du Sud (27-12) les Pumas vont faire honneur à leur nouveau statut dès leur premier match à domicile en tenant en échec les Springboks (16-16) dans une ambiance indescriptible dans l’enceinte de leur stade Malvinas Argentinas de Mendoza. Pour aider les Pumas à s’intégrer au mieux à cette compétition, l’IRB, organe suprême du rugby avait décidé l’an dernier de financer à hauteur de 10 millions de dollars l’intégration de l’Argentine dans le Four-Nations sur la période 2012-2015. Et la progression ne s’arrête pas là pour le rugby argentin : après la seleccion, c’est désormais aux clubs de s’y mettre : une “franchise” argentine va rejoindre dès 2016 le meilleur championnat du monde, qui va devenir “Super 18″ ! – outre la franchise argentine, dont le nom n’a pas encore été déterminé, le Super Rugby intègrera en 2016 une franchise de Singapour (composée de joueurs japonais) et une autre d’Afrique du Sud -. La SANZAR l’avait annoncé au cours de l’année 2014, et cela a été confirmé par la fédération argentine il y a quelques jours : l’UAR travaille actuellement activement sur le financement de la franchise, afin de constituer un groupe de 40 joueurs qui joueront à la fois le Rugby Championship avec le maillot des Pumas et le Super 18 avec leur club. A l’issue d’une réunion avec les représentants de la Sanzar, l’UAR a également annoncé que les Pumas poursuivraient au moins jusqu’en 2020 l’aventure dans le Four Nations, alors que la “période d’essai” (2012-2015) touchait à sa fin : “la participation au Super Rugby va donner à nos joueurs la possibilité de continuer de progresser et à nos supporteurs de voir une équipe argentine se mesurer aux meilleurs joueurs du monde pendant sept mois, chaque année, pendant au moins cinq saisons, a souligné le grand patron du rugby argentin”, l’ancien parisien Augustin Pichot. Une question se pose désormais : la fédération argentine parviendra-t-elle à convaincre ses meilleurs joueurs de renoncer aux gros salaires des championnats de France et d’Angleterre? Pour le sélectionneur national Daniel Hourcade, cela ne fait “aucun doute“. Et ses joueurs lui donnent peu à peu raison : après Juan Martin Leguizamon, c’est “el mago” Juan Martin Hernandez a donné ses dernières semaines son accord pour rejoindre la future province. La prochaine étape sur le chemin du Super 18, sera l’annonce après la Coupe du Monde du nom des sponsors, de celui de la franchise et du stade où elle accueillera ses futurs adversaires.

 

Sont-ils capables d’être champions du monde ?

Rééditer l’exploit de 2007 (6 victoires, 1 défaite, et une 3e place au classement final) peut paraitre à la base compliqué quand on sait le niveau de la concurrence, mais c’est tout à fait possible. En effet, les Argentins sont en nets progrès depuis quelques années comme vu ci-dessus, et leur bilan dans le Rugby Championship ne fait pas rêver (2 victoires, 1 nul, 18 défaites), on peut compter sur les Argentins pour tirer des enseignements de ces rencontres régulières face à l’élite du rugby mondial. Preuve de cette lente mais constante progression, après avoir vaincu l’Australie à Mendoza l’an dernier (21-17), ils se sont imposés cette année, pour la première fois de leur histoire, sur les terres des Sud-Africains (25-37, le 8 août à Durban). De quoi aborder la Coupe du monde avec une bonne dose de confiance. Et les premiers matchs suer le sol britannique leur donnent raison : dès l’entame de la compétition lors de leur confrontation corsée contre les All Black, les Pumas n’ont pas été loin de signer un exploit retentissant. S’ils se sont finalement inclinés 26-16, ils ont fait plus que faire douter les Kiwis, menant au score jusqu’à la 53è minute du match (16-12) avant de céder dans les 25 dernières minutes. Toujours est-il qu’il ont envoyé un signal fort : il faudra compter avec eux pour la lutte à la victoire finale. Lors de leur deux matches suivants face à la Géorgie et aux Tonga – des adversaires d’un tout autre calibre sans vouloir leur faire injure) les Pumas n’ont pas fait dans le détails, avec 2 victoires agrémentées du bonus offensif : 54-9 face aux coéquipiers de Mamuka Gorgoze et 45-16 face aux joueurs du Pacifique. Déjà qualifiés pour les 1/4 avant même leur dernière rencontre face à la Namibie (où le score devrait encore tutoyer les sommets), les Pumas impressionnent, mais plus que le score, c’est la densité physique des argentins qui a impressionné lors des trois premières rencontre : plus les minutes défilent, plus les Pumas prennent l’ascendant physiquement sur leurs adversaires. Tandis que le jeu au pied et le secteur de la mêlée restent leurs principaux atouts — ils aiment particulièrement pousser à la faute leurs adversaires sur des mêlées fermées -, les Pumas ont désormais plus d’une corde à leur arc en terme de jeu. Aujourd’hui, leur ligne de 3/4 ne peut plus être présentée comme un handicap : à force de se mesurer aux ténors du Sud, ils jouent sans complexes derrière et n’hésitent pas à lancer de grandes envolées de le sillage des Juan Martin Hernandez, Juan Imhoff, Joaquin Tuculet dont la technique individuelle, l’audace – qualité “latine”, sorte de “Pumas Flair” – et la vivacité leur permettent de briser des défenses bien organisées. S’il faut leur trouver des failles et faiblesses, elles seraient à chercher du côté de la défense de leur ligne de trois-quarts qui reste encore parfois fragile, particulièrement en bout de ligne. Lorsque l’équipe adverse parvient à bien conserver le ballon et à multiplier les temps de jeu, les Pumas peuvent se retrouver déboussolés sur les ailes et faire preuve d’indiscipline. Enfin un autre problème est un symptôme également partagé par les Français et les équipes latines en général : les Pumas ne sont pas réputés pour leur constance et peuvent parfois faire preuve de suffisance. Par contre, ils ne sont jamais aussi fort que lorsqu’on leur promet de prendre le “bouillon” : ça tombe bien, à partir des 1/4 de finale, les Pumas, quels que soit leur adversaire – France ou Irlande en 1/4 avant éventuellement une 1/2 contre le vainqueur d’Australie – Écosse -, se retrouveront dans la peau du chasseur…

Voici la liste des 31 joueurs sélectionnés pour cette coupe du monde 2015. Si l’Argentine réussit l’impossible, elle le devra à ces 31 garçons :

Nom Poste Naissance Sélections
(points marqués)
Club Année 1re
Sélection
Agustín Creevy Talonneur 15/03/1985 45 (10) Worcester Warriors 2005
Julián Montoya Talonneur 29/10/1993 9 (10) Club Newman 2014
Nahuel Tetaz Chaparro Pilier 11/06/1989 20 (5) - 2010
Marcos Ayerza Pilier 12/06/1983 60 (5) Leicester Tigers 2004
Ramiro Herrera Pilier 14/02/1989 13 (0) Castres Olympique 2013
Juan Pablo Orlandi Pilier 20/06/1983 16 (0) Newcastle Falcons 2008
Lucas Noguera Paz Pilier 05/10/1993 16 (5) Pampas XV 2014
Matías Alemanno 2e Ligne 05/12/1991 14 (5) Pampas XV 2014
Tomás Lavanini 2e Ligne 22/01/1993 21 (5) Racing Metro 92 2013
Guido Petti Pagadizábal 2e Ligne 17/11/1994 6 (0) Pampas XV 2014
Mariano Galarza 2e Ligne 12/11/1986 12 (0) Universitario de La Plata 2010
Juan Manuel Leguizamón 3e Ligne Aile 06/06/1983 62 (50) Lyon OU 2005
Leonardo Senatore 3e Ligne Centre 13/05/1984 31 (15) Pampas XV / Vodacom Cup 2011
Juan Martín Fernández Lobbe 3e Ligne Aile / Centre 19/11/1981 64 (35) RC Toulon 2004
Javier Ortega Desio 3e Ligne Aile 14/06/1990 16 (25) Pampas XV 2014
Pablo Matera 3e Ligne Aile 18/07/1993 16 (10) Asociación Alumni 2013

 

Les Arrières

Nom Poste Naissance Sélections
(points marqués)
Club Année 1re
Sélection
Martin Landajo Demi de Mêlée 14/06/1988 46 (15) Pampas XV 2008
Tomás Cubelli Demi de Mêlée 12/06/1989 38 (40) Pampas XV 2012
Nicolás Sánchez Demi d’Ouverture 26/10/1988 33 (259) RC Toulon 2011
Juan Martín Hernández Demi d’Ouverture / Arrière 07/08/1982 53 (144) RC Toulon 2003
Santiago González Iglesias Demi d’Ouverture 16/06/1988 18(91) Pampas XV 2009
Marcelo Bosch 3/4 Centre 07/01/1984 35 (56) Saracens 2007
Jerónimo de la Fuente 3/4 Centre 24/02/1991 13 (20) Pampas XV 2014
Juan Pablo Socino 3/4 Centre 30/05/1988 2 (0) Newcastle Falcons 2015
Matías Moroni 3/4 Centre 29/03/1991 4 (0) Pampas XV 2014
Horacio Agulla 3/4 Aile 22/10/1984 60 (25) Bath Rugby 2005
Santiago Cordero 3/4 Aile 06/12/1993 12(15) Regatas 2013
Juan Imhoff 3/4 Aile 11/05/1988 29 (80) Racing Métro 92 2011
Lucas González Amorosino Arrière 02/11/1985 44 (35) Cardiff Blues 2009
Joaquín Tuculet Arrière 08/08/1989 23 (30) Cardiff Blues 2012

 

  1. avatar
    9 octobre 2015 a 10 h 51 min
    Par Bob

    Attention, l’explication sur l’origine du nom de “Pumas” ne fait pas l’unanimité, ni même celle sur l’origine des “All Blacks”.

  2. avatar
    9 octobre 2015 a 15 h 49 min

    Oui, à l’époque leur 3e place pouvait sembler une surprise, mais leurs progrès au cours des dernières années sont stupéfiants, et bienvenus dans le monde de l’ovalie.

    Effectivement c’est excellent pour eux d’avoir pu intégrer le Tri-Nation. Il faut relativier leur bilan désastreux (2V-18D) car comme Geoffroy l’a dit ils affrontent les 3 nations qui ont fait main basse (sur la ville ;) ) sur 6 de 7 coupes du monde ! Cette dynamique va d’ailleurs nuire aux chances des équipes de l’hémisphère Nord de remporter la Coupe. D’ailleurs ces même Pumas avaient justement éliminé les Français en 2007 je crois…

  3. avatar
    10 octobre 2015 a 10 h 39 min
    Par Cullen

    Certaines de tes sources sont assez proches des miennes, ça ne pouvait donc pas être un mauvais article :-)

    L’Argentine ne nous réussit pas tellement depuis 10 ans et la Nouvelle-Zélande joue souvent la boule au ventre quand il s’agit d’affronter les Bleus en phase finale. Du coup, nombreux sont ceux qui estiment qu’il vaudrait presque mieux jouer les Blacks en quart de finale. Ca n’est pas mon cas. Alors bien sur si on doit se faire sortir, personne ou presque ne trouvera à redire si on perd contre les Blacks alors qu’une défaite face aux Pumas serait davantage vécue comme un fiasco. Mais dans l’optique de passer ce tour, je pense qu’il vaudrait quand même mieux battre l’Irlande dimanche et affronter l’Argentine derrière. Ca n’est pas parce qu’on a battu deux fois les Blacks en phase finale que ça va arriver systématiquement.

    De toute façon, quel que soit l’adversaire en quart, ce sera très compliqué et au final je vois bien les quatre équipes du Four Nations atteindre le dernier carré, et l’une d’entre elle se faire couronner au nez et à la barbe des équipes européennes, sur leur sol. Comme dirait le Zanck, c’est ici que vous avez pu lire ça en premier :-)

    Bons matchs à tous !

    PS : Nicolas, les Pumas n’avaient pas éliminé la France en 2007 mais leur avaient pris la première place, obligeant le XV de France à se disputer son quart de finale à Cardiff pour SA Coupe du Monde

    • avatar
      10 octobre 2015 a 14 h 09 min

      Salut Christian et merci !

      Je partage ton avis, je ne pense pas que prendre les Blacks en 1/4 soit “moins pire” que se coltiner les Pumas, car en effet on ne va pas forcément réussir à les faire déjouer à chaque fois, et l’équipe de 2015 n’a pas forcément non plus les “cojones” de celles de 2007 voire 2011…Mais bon, dans la mesure où il va être compliqué de battre les Irlandais demain…quoi qu’il en soit je nous voit rester à quai dès les 1/4…Pour le reste, je fais désormais des Wallabies mes favoris, à voir comment ils vont se comporter tout à l’heure face au poireau gallois.

  4. avatar
    11 octobre 2015 a 15 h 29 min

    Comme prévu, très facile victoire des “coiffeurs” des Pumas contre de valeureux Namibiens 64-19 (9 essais), maintenant place aux 1/4 de finale contre le vainqueur de France-Irlande !

  5. avatar
    18 octobre 2015 a 16 h 29 min

    Nous vous avions prévenu, ils l’ont fait ! Après avoir balayé les Irlandais 43-20 (!), les Pumas foncent vers les 1/2 !!!

    • avatar
      19 octobre 2015 a 15 h 32 min

      Yep, quelle belle équipe, ah s’ils pouvaient balayer les wallabies. Et les Blacks.

      Je prends un pied énorme à les voir jouer, mais comment peuvent-ils être aussi bons, aussi rapidement ?

  6. avatar
    20 octobre 2015 a 9 h 25 min

    Salut Le Zanque ! Oui tout comme toi je prend un panard pas possible à les voir jouer et j’y crois dur comme fer pour une qualification historique en finale. Après pour savoir comment font-ils pour être “aussi bon, aussi vite” je dirai que déjà par rapport aux autres Nations de la compétition ils ont un truc en plus : l’étincelle, la foie, la conviction d’être en mission pour leur Nation, l’émotion palpable lors des hymnes montre bien à quel point ces joueurs sont capables de se transcender….

  7. avatar
    31 octobre 2015 a 11 h 20 min

    Voilà l’aventure se termine pour les Pumas, 4ème comme en 2007 ! Mais ils nous auront séduit pendant cette Coupe du Monde ! Bravo !

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter