Mondial 2014 : l’envers du décor
Photo Panoramic

Mondial 2014 : l’envers du décor

Alors que la France s’apprête à disputer dans quelques jours deux matchs de barrages déterminant en vue du prochain mondial, c'est tout un pays qui s'active pour accueillir l'un des plus gros événements sportifs au monde. Le Brésil aura tous les flashes braqués sur lui, et voudra montrer une belle image. Soucieux de son apparence, le pays a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour accueillir au mieux le Mondial grâce à des rénovations et des opérations coups de poings. Cependant, nous verrons à travers l'exemple de la ville de Rio de Janeiro, que les aménagements prévues pour l'accueil de ce gros événement ne suscitent pas les louanges des habitants : de vives contestations sociales sont exprimées par les Brésiliens.

Améliorer l’image du pays : la mise sous tutelle des favelas

Depuis l’annonce de l’organisation du Mondial de 2014 mais aussi des Jeux Olympiques de 2016, la ville de Rio a mis en place de nombreux projets pour améliorer l’aménagement et l’image de la ville. L’un des projets majeurs est la sécurisation des favelas par la construction de murs autour de ces dernières, et par l’implantation d’Unités de Police Pacificatrice (UPP) dans celles agitées par le trafic de drogue. Il faut savoir que le Brésil est le sixième pays en termes d’homicide. On compte en moyenne 25.2 homicides pour 100 000 habitants en 2008. En effet, les favelas sont indissociables du paysage brésilien et sont trop souvent synonymes de violences et de drogues.

Dans le cas de Rio de Janeiro, ces favelas sont implantées sur le flanc de la montagne mais s’étendent aussi vers les quartiers plus riches. Afin de stopper cette progression, l’Etat a donc décidé de mettre en place des murs. Le coût de ses aménagements est très élevé : on les estime environ à 40 millions de reais. Les autorités, pour justifier cette politique, parlent de réduire l’expansion des favelas sur la forêt. Cependant, ces murs apparaissent plutôt comme une mesure pour freiner l’expansion des favelas.

Les UPP sont également critiquées car aucun dialogue ne fut réellement mis en place. Le principe des UPP est en théorie de créer, dans des favelas dominées par le trafic de drogue, une unité de police qui va établir une relation de confiance avec les habitants. Auparavant, la police a mené des opérations violentes au sein des favelas, qui se soldaient à beaucoup de reprises par des morts ou des blessés. Dorénavant, les autorités veulent unifier et pacifier. Pour cela, Les policiers restent sur la même zone et se font connaître des habitants. Cependant, l’installation des UPP dans les favelas a causé de nombreux conflits avec les narco-trafiquants, faisant surgir une véritable guerre opposant les policiers et ces derniers. La mise en place de ces UPP affiche aujourd’hui un bilan très contrasté. Les policiers sont accusés de corruption et de torture afin d’obtenir des informations. Ces méthodes-là contrastent fortement avec l’objectif initial.

Rénovations et constructions onéreuses

Pour les autorités, ceci a pour but : il s’agit de voir le profil social d’un lieu se modifier, s’embourgeoiser. Ce processus est le résultat d’opérations urbaines qui ont été menées par les autorités. Par exemple, des rénovations ont eu lieu comme dans la zone portuaire. L’un des caractéristiques de cette gentrification est l’augmentation du prix du sol. Nous pouvons donner comme exemple la favela Vila Autodrome. Près de cette dernière, on va y voir s’implanter la majorité des infrastructures prévues pour les JO de 2016. Cependant, les habitants de la favela sont menacés d’expulsion car il est prévu à sa place la construction du Centre International des Médias et du centre d’entrainement des athlètes.

Les transports collectifs représentent encore 74 % des déplacements. Ce sont les services de bus qui assurent l’essentiel du trafic public. Afin d’améliorer le fonctionnement de son réseau, la ville de Rio a décidé de le réorganiser. L’Etat et la municipalité de Rio ont tenté de donner des réponses aux différents problèmes. Cela passe par une restructuration du réseau comme le bus, avec une priorité affichée pour le rail (train et métro) aujourd’hui sous-exploité. Le système ferroviaire doit ainsi être complété par un service de bus massifié : on assiste à une mise en place de véhicules de taille supérieure et de couloirs exclusivement réservés au bus.

Les coûts de la construction des stades sont exorbitants. On peut prendre l’exemple du Maracaña. Ce dernier a fait l’objet de plusieurs rénovations depuis quelques années, passant ainsi de 200 000 places debout à 76 000 places assises. De plus, la toiture a été remplacée par une nouvelle en fibre de verre. Or, le montant de ces transformations a été doublé par rapport au devis initial. On estime ces travaux à 449 millions d’euros, une somme considérable qui un impact gigantesque sur les finances du pays. Mais le problème majeur reste la destruction de structures déjà existantes au profit des constructions olympiques. La favela Metrô-Manguiera risque d’être rasée. Ces destructions laisseront place à un centre commercial, un musée, un parking géant mais surtout de l’espace pour faciliter la circulation et l’accessibilité aux installations. La construction d’infrastructures nouvelles et le réaménagement des favelas imposent une délocalisation des populations qui y vivent. Ainsi, on assiste aux expulsion des plus faibles : les favelados, les SDF, les toxicomanes sont les premiers touchés.

Cependant, toutes ces modifications ont un coût et ce sont les habitants qui sont les premiers tributaires de ces rénovations. L’inflation des prix s’est manifestée après le début des rénovations. Le prix du billet de bus s’est envolé, mais c’est le coût de la vie en général qui a augmenté. Cela va entraîner de vives agitations.

De vives réactions populaires

Nous avons vu que les aménagements prévus ont entraîné de nombreux problèmes. Ces derniers amènent eux à une vive agitation populaire. Il faut d’abord signaler que la ville de Rio de Janeiro est confrontée à un grave surendettement qui entraîne la baisse du pouvoir d’achat des populations. De fait, le coût de la vie augmente, ce qui se traduit par une phase d’inflation et une augmentation du marché immobilier. Les populations descendent donc dans la rue pour manifester leur désaccord. Le plus grand exemple de ces manifestations s’est déroulé lors des matchs de la Coupe des Confédérations au mois de juin 2013. Profitant de la médiatisation de la compétition, les cariocas sont descendus dans la rue afin de manifester leur mécontentement vis-à-vis de l’organisation du Mondial 2014.

Les revendications des manifestants concernaient la forte augmentation des tarifs de transports et plus généralement le coût excessif de l’organisation du Mondial de football. Cette mobilisation ne concernait pas seulement la ville de Rio, d’autres villes ont vu apparaître de nombreuses contestations comme à Sao Paulo. Les manifestations et les revendications ont duré au cours des quinze jours de la compétition, portées par un slogan “Brésil réveille-toi, un professeur vaut plus que Neymar”. Les Brésiliens n’ont pas hésité à manifester dans les nuits provoquant de grosses agitations. Alors que l’équipe nationale était en finale au stade Maracana (situé à Rio), des milliers de manifestants ont profité de l’événement pour se rapprocher au plus près du stade afin d’exprimer leur colère. Cette soirée qui devait être une fête totale pour tout le pays, fut contrastée en raison des affrontements opposant la police et les manifestants.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter