Nikola Jokic : le Serbe aux mains d’argent
Photo Panoramic

Nikola Jokic : le Serbe aux mains d’argent

Devenu leader des Denver Nuggets depuis le début de la saison, Nikola Jokic ne cesse d'impressionner du haut de ses 22 ans. Retour sur son parcours et ses perspectives d'avenir.

Le “petit” Nikola

Nikola Jokic est le plus jeune d’une famille de 3 enfants. Dire qu’il est le plus jeune est un euphémisme puisque ses frères ont 11 et 13 ans de plus que lui. Les deux étant des joueurs de basket, ils auront servi d’exemple pour le cadet de la famille. Le plus jeune des deux, Nemanja, aura même joué pour l’université de Detroit Mercy. Les deux frères sont aussi des amis proches de Darko Milicic, ancien pivot des Pistons ou encore des Timberwolves. Baignant dans une atmosphère de basket, Jokic était donc prédestiné à poursuivre le dessein déjà entamé par ses deux frères.

Problème : le petit Nikola était vraiment petit à l’époque et également en surpoids, et on a plus de facilité à croire cette deuxième contrainte. Du coup, le serbe est dans un premier temps placé au poste de meneur où il apprendra à développer sa vision du jeu et son sens de la passe. Les débuts dans le basket de Jokic ne sont pas vraiment faciles et il est, à l’époque, plus passionné par les chevaux que la balle orange puisqu’il rêvait de devenir lad. Son père va le pousser à continuer et les premiers résultats arriveront assez vite pour l’enfant de Sombor.

La croissance du pivot 

Chouchou du coach et en pleine croissance, Jokic se bat désormais dans la cour des grands en tant qu’ailier fort ou même de pivot. Il est recruté en 2012, à seulement 17 ans, par le club de la capitale : le Mega Basket, ancien club des joueurs NBA Boban Marjanovic, Ivica Zubac mais aussi du français Timothé Luwawu-Cabarrot. Encore un peu tendre, Jokic joue principalement en équipe de jeunes pour sa première saison. Il jouera seulement des bouts de matchs avec l’équipe première et son apport est famélique (1,8 points par match). Pendant ce temps là, il est aussi un membre important de l’équipe serbe U19 qui remporte la médaille d’argent aux championnats du monde juniors.

Devant ces belles performances chez les jeunes, le Mega va lui donner de plus en plus de temps de jeu pour la saison suivante. Ses statistiques vont alors exploser puisqu’il va tourner en Ligue Serbe à près de 11 points par match pour 6 rebonds et plus de 3 passes décisives. Le tout en 24 minutes de temps de jeu par match. S’étant qualifié pour la Ligue Adriatique (championnat opposant les meilleurs clubs des pays de l’ex-Yougoslavie mais aussi des clubs tchèques, hongrois ou encore bulgare), on pensait voir l’impact de Jokic diminuer dans une ligue avec un niveau assez relevé. Pourtant sa production statistique continue de progresser et celui ci impressionne tout le monde. Pas mal pour un garçon à peine majeur.

Ayant éclaboussé de sa classe énormément de scouts NBA et en prouvant dans une ligue de bon niveau, Jokic se présente logiquement à la draft 2014. On sait que les joueurs européens sont parfois sélectionnés plus bas que leur niveau réel. On peut expliquer ce phénomène par plusieurs raisons : les joueurs ont parfois peur de traverser l’Atlantique pour quitter une situation avantageuse en Europe (star ou titulaire de leur équipe) pour une situation où ils vont devoir se battre pour leur place. De plus, le jeu NBA n’est pas le même que le jeu européen et demande des prédispositions physiques que n’ont pas toujours les joueurs européens, même si ces derniers auront plutôt tendance à compenser avec leurs techniques. Enfin, les européens ont parfois du mal à s’adapter aux contraintes de la NBA (calendrier plus intense, vie américaine etc…)

Jokic se présente à la draft sans trop d’espoir et se dit qu’en cas d’échec il se représentera l’année suivante. Pourtant, Jokic est sélectionné par les Denver Nuggets à la 11ème place du second tour. Le serbe avait tellement peu d’espoir pour cette draft qu’il était même en train de dormir quand sa vie allait prendre un nouveau tournant. Pas d’enflammade pourtant pour Jokic, d’un commun accord avec les Nuggets, ce dernier restera une année supplémentaire en Europe pour parfaire son jeu et débarquer en NBA pour la saison 2015-2016. En effet, les Nuggets ont également drafté Jusuf Nurkic, un autre pivot européen, et ont décidé de le préférer sur le moment à Jokic. Sans surprise, il continue sa progression et marche sur les raquettes serbes. Ils tournent en double-double durant toute la saison en affichant des moyennes de 18 points et 10 rebonds. Le serbe est enfin prêt, le petit Nikola est devenu grand (2m11) et le voilà en marche pour découvrir la NBA

La pépite des Nuggets 

Après une très bonne saison rookie, Denver fait confiance à son pivot bosniaque Jusuf Nurkic en titulaire au poste de pivot. Jokic arrive en tant que remplaçant du pivot et devrait jouer une petite quinzaine de minutes par match. Problème pour Nurkic, celui ci va se blesser pendant 2 mois. Jokic et JJ Hickson vont donc se partager le remplacement du bosniaque. Jokic va vite prendre la mesure de son concurrent et enchaîner les belles performances. Il réalise une performante impressionnante face aux Spurs 3 semaines après son arrivée en NBA : 23 points et 12 rebonds. Malgré le retour de Nurkic, Jokic continue d’impressionner en distribuant 9 caviars face aux Hornets, une statistique très rare pour un pivot. Enfin le 1er février, il score 27 points face au Raptors.

En guise de récompense, il sera sélectionné au All Star Game pour disputer le match des rookies, il terminera troisième du vote au Rookie de l’année derrière les intouchables Karl Anthony Towns et Kristaps Porzingis et il sera également sélectionné dans le premier cinq des meilleurs rookies. Pour finir, le serbe tourne sur sa saison rookie à 10 points, 7,6 rebonds et 2,6 passes en 21 minutes de temps de jeu. D’un point de vue collectif, les Nuggets se trouvent dans le ventre mou de la conférence et ne joue pas les playoffs. Cependant la présence de jeunes joueurs comme Nurkic, Jokic, Mudiay ou Harris et de joueurs confirmés comme Gallinari ou Chandler, permet au Nuggets de voir un avenir plutôt clair.

Jokic profitera de l’intersaison pour disputer les Jeux Olympiques de Rio avec la Serbie. C’est encore une réussite puisque les serbes échoueront en finale face aux américains. L’apprentissage continue pour Jokic et il est prêt à répondre aux questions autour de son cas : devenir titulaire à la place de Nurkic ? ou être titulaire avec lui ?

Le coach Mike Malone a essayé au début de la saison de faire évoluer les deux pivots ensemble en utilisant Jokic au poste d’ailier fort. Dans une NBA où le small ball domine, la tentative d’aligner deux intérieurs purs et durs dans le 5 de départ fut un échec. Malone n’a donc pas le choix et doit choisir son pivot titulaire : devant son hygiène de vie défaillante (prise de poids) et une forte tendance à se blesser, Nurkic se fait dépasser par Jokic. Et on peut dire que le serbe le lui a bien rendu.

“Magic” Jokic

Depuis son intronisation officiel en tant que titulaire, le serbe marche sur l’eau et sur ses adversaires. Sous ces airs de pivots patauds en surpoids, se cachent un incroyable joueur de basket. Offensivement, le pivot est capable de tout faire. Près du panier, ses fondamentaux lui permettent de scorer facilement tout en étant adroit. A mi-distance, Jokic fait des ravages avec un shoot parfaitement en place. En effet, il tourne à 60% de moyenne au tir, l’un des meilleurs de la NBA et c’est d’autant plus étonnant que ce classement est réservé habituellement au pivot avec des rôles limités offensivement (Jordan, Gobert ou Howard par exemple). Encore plus étonnant, il est également capable de dégainer à 3 points quand le jeu le lui demande. Il ne va pas forcer ce genre de shoot (moins de deux tentatives par match) mais il est tout à fait capable de sanctionner (37% de réussite sur la saison).

Enfin, là où le pivot nous impressionne le plus, c’est dans sa vision du jeu et sa capacité à faire des passes décisives. Il est le meilleur pivot passeur de la NBA en tournant à près de 5 passes décisives par match. Mieux depuis le mois de février, il tourne à 6 passes de moyenne. Il est capable de prendre le rebond défensif, de remonter la balle et de délivrer un caviar à un shooteur ou à un coéquipier vers le panier. Au poste, sa lecture des déplacements de ses coéquipiers et son sens du timing lui permettent de servir toute son équipe avec une facilité déconcertante. Ses coéquipiers et son coach à Denver ne le tarissent pas d’éloges et le considèrent comme la pierre angulaire de système offensif des Nuggets.

Kenneth Faried, son partenaire à l’intérieur, considère que c’est un réel plaisir de jouer à ses cotés. Wilson Chandler estime que le voir jouer oblige ses coéquipiers à jouer plus collectif et à penser de manière moins individualiste. Son coach loue sa vision du jeu et son excellent QI basket. L’ancien meneur des Pistons, Isiah Thomas, a avoué que le serbe lui rappelait Magic Johnson, rien que ça ! Jokic a avoué s’être inspiré de Hakeem Olajuwon, l’un des meilleurs pivots de l’histoire, mais aussi de Magic Johnson pour ses passes. On comprend mieux alors le style de Jokic.

Si son jeu est très spectaculaire (voir un gros nounours jouer parfois comme un meneur de jeu est tout de même unique), il n’en demeure pas moins efficace. En effet, Denver est la 4ème meilleure attaque de toute la NBA et truste la 8ème place de la conférence Ouest, qualificative pour le premier tour des playoffs. Denver profite de la mauvaise passe des Portland, Dallas ou autre New Orleans et créer la surprise. Même si la qualification est encore loin d’être assurée, les Nuggets ont déjà plus que bien réussis leur saison.

L’un des points faibles de Jokic est sa défense. Certes, il n’est pas aidé par la très très mauvaise défense de son équipe (3ème plus mauvaise aux points encaissés). Cependant, le serbe a tout de même des progrès à faire dans le domaine. Il n’est pas un horrible défenseur, son intelligence de jeu est bonne et lui permet d’avoir un bon sens du placement. Ses mains actives lui permettent de voler des ballons aux joueurs adverses. Malheureusement, ses déplacements latéraux sont trop lents et l’obligent à souvent être en retard. De plus, son manque de détente l’empêche d’être une menace au contre. En résumé, l’intelligence de jeu du pivot est bonne mais ses lacunes physiques l’empêchent d’être un bon défenseur.

Un futur pivot dominant ? 

Les pivots sont peu à peu en train de redevenir à la mode et Jokic en est un des principaux faire-valoir. Capable d’enchaîner deux triples-doubles de suite grâce aux points, aux rebonds et aux passes (le 5ème pivot de tous les temps à réaliser pareil exploit), le Serbe pourra vite devenir totalement indéfendable et ultra-complet. Il évolue dans une équipe avec des jeunes joueurs qui ne cessent de progresser et sont complémentaires de son jeu.

Cependant pour franchir un palier, Jokic et son équipe vont devoir s’améliorer en défense, notamment pour les joutes de playoffs. Dans le meilleur des cas, il pourra ressembler à un Marc Gasol de ce coté du terrain (ce qui serait déjà énorme) ; le Serbe se doit de progresser dans ce domaine s’il veut devenir un des meilleurs pivots de la Ligue. Du haut de ses 22 ans, il est déjà l’un des meilleurs pivots offensivement, peut être même le plus complet avec DeMarcus Cousins. A lui de faire tous les efforts nécessaires pour progresser en défense et devenir une référence à son poste !

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