Sacramento Kings : l’après Cousins, encore une reconstruction ?
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Sacramento Kings : l’après Cousins, encore une reconstruction ?

Absents des playoffs depuis 2006, les Kings ont depuis entamé plusieurs reconstructions. Problème, aucun d'entre elles n'a mené à la post-season, malgré de très bons joueurs passés dans l'effectif. Alors, après avoir tradé Demarcus Cousins, quelles options s'offrent à Vivek Ranadive dans un futur proche pour faire retrouver les sommets à la capitale californienne ?

De l’instabilité et des mauvais choix

Sept ans après avoir connu leur dernière participation en playoffs, les Kings se font racheter en 2013 par un homme d’affaires indien : Vivek Ranadive. Celui-ci évite alors le déménagement de la franchise à Seattle, qui avait été refusé par la NBA. En effet, la stabilité ne règne pas en maître à Sacto, les tractations de départs étant légion (que ce soit vers Seattle ou Anaheim). L’arrivée du nouveau propriétaire devait donner un nouvel élan à une franchise en perdition, dont le seul atout était alors un pivot aussi doué qu’immature. Malheureusement, un propriétaire impliqué n’est pas forcément la meilleure des choses lorsqu’il ne possède pas une grande expérience du basket, mais qu’il souhaite s’impliquer dans tous les choix (souvent mauvais).

Résultat, 9 coachs depuis 2006, un trade d’Isaiah Thomas contre une bouchée de pain en 2014 ou encore un forcing pour drafter Nik Stauskas (échangé un an plus tard contre presque rien) alors que Dario Saric ou Zach Lavine étaient encore disponibles. Autre fait d’arme de Ranadive, le licenciement de Mike Malone alors que celui-ci arrivait presque à contrôler Demarcus Cousins. Principale éclaircie dans le ciel noir des Kings, l’arrivée cette saison du nouveau complexe : le Golden 1 center, salle ultr- moderne et véritable bijou. Le bilan est donc très contrasté pour le milliardaire indien, qui a recruté Vlade Divac comme pantin pour justifier ses propres choix sportifs. Mais cela pourrait ne pas durer, les dernières rumeurs annoncent ainsi un entretien avec l’ancien GM des Sixers : Sam Hinkie. Encore une fois, le doute règne et le climat n’est pas propice à un développement serein à Sacramento.

Des drafts horriblement ratées

Les Kings ont eu les clés pour reconstruire avec un choix dans le top 10 de la draft dans les 7 dernières années. Malheureusement pour leurs fans, ceux-ci ont presque tous été mal utilisés. On compte 4 bons joueurs sélectionnés : Demarcus Cousins (5ème choix en 2010), Willie Cauley-Stein (6ème choix en 2015), Bismack Byiombo (7ème choix en 2011) et Marquesse Chriss (8ème choix 2016). Mais comme rien ne va, 3 ont été tradés (Chriss et Biyombo n’ont jamais porté le maillot pourpre). Le trade de Byiombo a été effectué dans un deal à trois, Sacramento obtenant seulement John Salmons et Jimmer Fredette dans l’échange. Celui-ci peut paraître absolument absurde maintenant, mais à l’époque Jimmer Fredette était attendu comme un futur grand joueur NBA. Parmi les 4 joueurs cités précédemment, seul WCS est encore présent.

Parmi les échecs les plus retentissants, outre Stauskas (8ème choix), nous pouvons compter Ben Mc Lemore (7ème choix) ou Thomas Robinson (5ème choix). Pour parachever le tout, il suffit de rappeler qu’Hassan Whiteside avait été drafté (33ème choix) mais pas retenu dans les plans de la franchise. Quand on voit ce qu’il produit actuellement avec Miami, on peut se poser des questions. Si nous pouvions donner un conseil à Vivek Ranadive, il serait temps de changer immédiatement de scouts ! Plus sérieusement, la reconstruction dure à cause de ces échecs répétés à la Draft, le principe étant normalement de construire autour de plusieurs jeunes talents en les draftant. Hormis Cousins, on cherche encore les autres.

Une star ingérable

Et si l’incapacité des Kings à retrouver les playoffs depuis 2010 venait de leur star, Demarcus Cousins ? Cela peut paraître paradoxal d’accuser un All Star en puissance et peut-être le pivot le plus dominant depuis très longtemps. Mais derrière d’excellents chiffres (plus de 27 points de moyenne depuis 2013) se cache un caractère ingérable. Véritablement immature, “Boogie” a franchi la ligne jaune en insultant son coach George Karl l’année dernière devant tout le vestiaire. Ce feuilleton, entretenu par de nombreuses anecdotes sur les deux hommes, a pris fin avec le licenciement de George Karl dès le lendemain de la saison.

Ces péripéties en disent long sur ce leader véritablement immature. Cousins réclamait les pleins pouvoirs à Sacto et la direction suivait en couvrant la moindre de ses frasques. De fait, le vestiaire perd confiance en son coach qui est remis en question par un leader contestable. Une situation compliquée et une équation jamais résolue sinon par le départ du pivot. Autre malentendu hors-terrain, son conflit avec les journalistes locaux. Il a menacé un journaliste qui avait publié un article sur lui et son frère, qui avaient eu une altercation dans un bar. Cousins est souvent impliqué dans des faits similaires, étant aussi poursuivi pour agression, tout comme son ancien coéquipier Matt Barnes.

Son attitude n’était pas problématique que dans les bureaux, elle l’était aussi sur le terrain. En effet, l’originaire d’Alabama est coutumier des fautes techniques depuis son arrivée dans la ligue. Il les collectionne à une vitesse impressionnante, pour des motifs divers. Coup au visage plus ou moins volontaire, trash-talking grossier avec le coach adverse ou refus de quitter le terrain, Boogie est un monstre en la matière. Il a passé plusieurs fois le seuil des 16 fautes techniques par saison, au-dessus duquel un match de suspension est automatique toutes les 2 fautes techniques. Ces excès sur le terrain n’aident pas à instaurer une bonne ambiance ; c’est même plutôt l’inverse.

De plus, Cousins s’est mis à accuser les arbitres de le défavoriser. Si l’on ne peut nier qu’il est parfois ciblé, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même pour être devenu ce joueur sulfureux. Malgré tout, son talent justifiait toutes ses frasques aux yeux de la direction. Sa domination et sa palette offensive font de lui un des meilleurs pivots de la ligue. Mais malheureusement, il n’a jamais eu un rôle de leader, que ce soit dans le jeu ou dans les vestiaires. Hormis ses yeux doux envers John Wall (ancien coéquipier à Kentucky), il n’a jamais pesé lors de la free-agency pour être mieux entouré. Il a donc participé à l’instauration d’un climat délétère, malgré un niveau de jeu excellent.

Un échange retentissant de Demarcus Cousins

Revenons en 2017, plus précisément aux alentours du All Star Break. Les Kings possèdent une réelle chance d’aller en playoffs avec moins de 2 matchs de retard sur le 8ème, Denver. Des rumeurs de trade apparaissent sur le joueur qui semblait intouchable, Boogie. Affaire d’état en Californie, Vlade Divac vient rassurer “DMC” pour lui dire que toutes les rumeurs de trade étaient fausses. Devant les médias, l’ancienne gloire des Kings avait aussi affirmé qu’une prolongation était très proche, pour un deal aux alentours des 200 millions de dollars.

Mais l’impensable est devenu réel. “Le vrai peut quelques fois n’être pas vraisemblable”, cette citation de Boileau est parfaite pour illustrer la situation. Imaginer Cousins partir était devenu possible avec les récentes rumeurs, mais pas pour rejoindre une raquette comptant déjà une jeune star en la personne d’Anthony Davis. Ceci est d’autant plus surréaliste que les contreparties sont faibles : Buddy Hield, Tyreke Evans (retour au bercail), Langston Galloway ainsi qu’un 1er et un 2ème tour de draft en 2017, en échange de Demarcus Cousins et d’Omri Casspi. Chose incroyable, le 1er tour de draft est protégé top 3 par les Pels, ceci prouvant la naïveté de Vlade Divac !

La peur des dirigeants était que DMC refuse de prolonger et parte en 2018, d’où l’urgence de faire l’échange. A quelques jours de la fameuse Trade Deadline, la valeur de Cousins diminuait. Alors que de meilleures offres auraient pu apparaître, la décision semble avoir été prise rapidement. En effet, Boogie semblait enclin à prolonger et, malgré son caractère ingérable, son attachement à la ville n’était pas feint (il a pleuré dans un bar en annonçant son départ).

Ce move a enterré le futur des Kings, qui semblaient pourtant armés pour retrouver les playoffs. Au passage, les Pelicans ne s’en tirent pas mieux et vont vraisemblablement louper les playoffs avec 9 défaites depuis l’échange pour 9 victoires. Autre chose surprenante, DMC n’avait pas été prévenu de son trade et l’a appris durant une séance de questions-réponses avec les médias. La scène est d’ailleurs totalement surréaliste avec un homme qui vient lui chuchoter qu’il doit faire ses valises.

Ici encore, la passion et l’envie de Vivek Ranadive ont surement impacté la décision. En effet, le boss des Kings est un fan de Buddy Hield, obtenu dans l’échange. Comme le prouve cette déclaration du rookie, le proprio a fait tout ce qu’il a pu, quitte à sacrifier son meilleur joueur pour son plaisir personnel…

Mais il y a une logique à cela, enfin presque. L’Indien pense que Hield a le potentiel pour devenir Stephen Curry. Comparer un simple rookie à un double MVP qui a révolutionné le jeu est quelque peu déplacé. Mais cela confirme la réputation de clown du président quand on sait ce qu’il déclarait lors de son forcing pour drafter Stauskas : ”Il shoote comme Stephen et il est grand comme Klay.”

Même si Hield a du potentiel, il a déjà 23 ans du fait de son cursus complet à l’université. En comparaison, Andrew Wiggins et Bradley Beal ont déjà beaucoup plus d’expérience malgré un âge similaire (23 ans pour Beal et 21 pour Wiggins). Le trade semble donc pour le moins étrange, sinon effectué sur un coup de tête (ou de cœur sur Buddy).

Quel avenir ?

L’absence de playoffs commence à être longue. Le réservoir de talent est rempli mais aucun ne semble capable d’assumer un rôle de franchise player à court terme. En effet, 3 rookies se montrent, profitant notamment de temps de jeu en fin de saison : Malachi Richardson (blessé depuis le All Star Break), Skal Labissiere et surtout Buddy Hield. Il faut rajouter à cela un Willie Cauley-Stein qui tarde à confirmer les belles promesses entrevues sur quelques matchs. Le temps va donc être long avant de retrouver la post-season, sauf si un blockbuster trade est effectué. Mais celui-ci n’aura sûrement jamais lieu, les contreparties pouvant être offertes par les Kings étant très faibles.

Le meilleur joueur est actuellement Rudy Gay, qui même blessé au tendon d’Achille va sûrement activer son option pour devenir free-agent. Autour des jeunes pousses, c’est bien faible. Arron Afflalo, Anthony Tolliver ou Garrett Temple sont des joueurs limités, l’éclaircie vient en ce moment de Darren Collison, qui performe en fin de saison. Problème, car rien ne va à Sacto, il est unrestricted free-agent à la fin de la saison. Revenu dans l’équipe où il avait gagné le titre de rookie de l’année, Tyreke Evans pourrait aussi être d’une grande aide … s’il n’était pas lui aussi free-agent non-protégé !

La situation s’annonce donc très compliquée pour les Kings, qui devront s’appuyer presque uniquement sur des jeunes encore inexpérimentés. Des choix de drafts bien utilisés pourraient amener des talents à Sacto, mais ce n’est pas ce dont Dave Joerger a besoin. En outre, drafter des bons joueurs (et surout les garder) ne semble pas chose aisée chez les Kings. Quant à Dave Joerger, il est bien le seul rayon de soleil dans la grisaille californienne. Malheureusement pour lui, ses dirigeants ne semblent pas décidés à lui laisser des bons joueurs pour retrouver les sommets. Il est très difficile d’envisager l’avenir de manière positive, les principaux problèmes de la franchise venant d’en haut.

La passion dévorante de Vivek Ranadive le force à s’impliquer plus que de raison. La direction multiplie les contre-sens et n’inspire aucune confiance au reste de la ligue. Le climat pesant n’aide pas non plus pour attirer d’hypothétiques free-agents. Personne n’étant en capacité de faire le ménage dans la hiérarchie (autrement dit d’exclure Ranadive), la situation va sans doute s’éterniser si le propriétaire ne décide pas de prendre du recul et de laisser la gestion à des professionnels du basket. La capitale californienne risque donc d’être l’endroit le plus risible de la NBA pour encore quelques années…

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