Manu Ginobili : le style au service de la victoire
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Manu Ginobili : le style au service de la victoire

Suite au coup de balai des Warriors sur des Spurs orphelins de Kawhi Leonard et Tony Parker et à bientôt 40 ans, Manu Ginobili a peut être joué le dernier match de sa carrière. Retour sur le parcours d'un esthète de la balle orange, doté d'un palmarès au moins aussi grand que son talent.

Le plus footballeur des basketteurs

Pour comprendre le jeu de Ginobili, il est important de s’intéresser à ses origines et à son enfance. Emanuel Ginobili est né le 28 juillet 1977 à Bahia Blanca en Argentine. Et dès son plus jeune âge, l’Argentin baigne dans le basket où ses deux grands frères connaissent des carrières modestes en Argentine et en Espagne. Son père était également coach d’une équipe à Bahia Blanca. Difficile de passer à coté du basket dans un environnement pareil. Encore plus quand durant son adolescence, Michael Jordan écrit sa légende de semaine en semaine. Comme bon nombre de jeune de son âge, MJ devient l’idole de Ginobili.

Il est également important de savoir que Ginobili est d’origine italienne et qu’il détient la double nationalité. Ces deux pays et leurs cultures sont sans doute la genèse du style de jeu de Ginobili. En effet, avant d’être un pays de basket, l’Argentine est un immense pays de football et il est difficile de ne pas être un fan de foot dans ce pays. Des joueurs comme Kent Bazemore ou Mike Conley expliquent que les joueurs européens et sud-américains ont une approche différente du basket que les Nord-américains en partie grâce au “soccer”. En effet, selon eux, grandir dans un environnement où le foot a une part importante dans la société, et donc d’avoir des réflexes différents dans leur approche du jeu, leur permet de développer une meilleure créativité. Et Ginobili en est sans doute le meilleur exemple. En ayant des réflexes autres que le joueur NBA type, il surprend facilement ses adversaires avec des gestes sortis de nulle part. On l’a encore vu il y a quelques jours avec son petit pont sur David West, un geste technique commun au foot mais beaucoup plus rare au basket.

Avec un peu de cliché et de mauvaise foi, on peut aussi également ajouter que Ginobili est un des plus grands “floppeurs” que la Ligue n’est connue. L’Argentin ne manque jamais une occasion d’exagérer un contact pour obtenir une faute. Faut-il voir un rapport entre son appétence pour le foot ou encore ses origines italiennes ? Je vous laisse vous faire votre opinion…

La fameuse “papatte gauche”

Outre son style de jeu particulier, “El Manu” n’en reste pas moins un basketteur accompli et très complet. Évoluant principalement au poste d’arrière durant toute sa carrière, Gino est également capable de mener le jeu grâce à son excellente vision du jeu, son bon dribble et sa très belle qualité de passe. Il mesure 1m98 ce qui en fait un joueur au physique très commun pour le poste 2. Malgré cela, il n’hésite pas à foncer tête baissée près du cercle où sa “papatte gauche” chère à Jacques Monclar lui permet de finir avec classe, malgré la taille des défenseurs adverses. Le numéro 20 des Spurs a également popularisé l’Euro Step en NBA : un geste désormais réalisé par bon nombre de star dont James Harden ou Dwayne Wade. Ginobili, malgré ses airs un peu frêle, est également capable de claquer des gros tomars sur la truffe des défenseurs : on se souvient notamment de son énorme poster sur Chris Bosh  lors des Finals 2014. Impressionnant quand on sait qu’il avait 36 ans à l’époque.

Quel est le point commun entre les Warriors, les Spurs et les Suns ? Toutes ces équipes ont été crucifiés en Playoffs par un shoot ultra clutch du divin argentin. En pénétration ou à 3 points, Ginobili aura crucifié plus d’une équipe dans les dernières secondes. Un vrai calvaire pour les adversaires des Spurs quand on connait les différentes menaces au sein de cette équipe. Le shoot à 3 points est également une arme importante du jeu de Gino. Quel est le point commun entre Ray Allen et Reggie Miller ? Et bien seulement ces deux joueurs ont inscrit plus de 3 points que l’Argentin en Playoffs. Cela révèle l’état d’esprit de Ginobili : un joueur capable d’élever son niveau dans les moments importants tout en privilégiant le collectif. En effet, il aura passé une bonne partie de sa carrière à sortir du banc plutôt que d’être titulaire, même si il finissait tous les matchs. Cette situation lui permettait d’être l’option numéro 1 des Spurs puisqu’il jouait avec les remplaçants. Peu de joueurs de son niveau auraient fait ce sacrifice de se cantonner à un rôle de 6ème homme pour le bien de son équipe.

Le principal bémol de sa panoplie de basketteur est son manque d’impact en défense où il aura toujours été considéré comme moyen voir mauvais. Cependant ses carences défensives ainsi que celle de Tony Parker ont été cachés par des défenseurs d’élite comme Bruce Bowen, Kawhi Leonard et évidemment Tim Duncan. Ginobili, de par son style de jeu inventif et ses fondamentaux maîtrisés, reste et restera comme un joueur ayant marqué la Ligue et aura inspiré de nombreux joueurs NBA : il est le joueur préféré de James Harden par exemple et les deux sont souvent comparés. Mais si Ginobili est aussi respecté, c’est également grâce à un palmarès immense.

Une armoire bien remplie

Tant sur le plan collectif qu’individuel, il aura marqué son époque. Drafté par les Spurs en 1999 à la 57ème place, l’Argentin joue alors en Italie avec le club de Viola Reggio Calabria : un petit club qui passera de la seconde à la première division italienne. Les Spurs le laissent mijoter encore quelques années en Europe avant de le rapatrier en 2002. Et pendant cette période, on peut dire qu’il n’a pas chômé. Il est transféré au Kinder Bologna où il va prendre une autre dimension. Bologne remporte le titre de champion d’Italie en 2001 mais surtout l’Euroligue également la même année. Il est élu MVP du championnat mais aussi de la finale de l’Euroligue. Avec sa sélection argentine, il mène son équipe à la deuxième place du championnat du monde en 2002. Les Spurs commencent à se frotter les mains et le rapatrient alors qu’il a 25 ans.

Et les débuts en NBA sont magnifiques d’un point du vue collectif. Si Ginobili n’est qu’un joueur de rotation pour sa première année, les Spurs seront champions NBA en 2003. L’année suivante, son rôle augmente au sein de l’institution Spurs et il tourne à presque 13 points de moyenne. Pourtant les Spurs échouent en demi-finale de conférence face à une série dramatique face aux Lakers. Mais l’Argentin ne va pas se laisser abattre, et réaliser un exploit retentissant à Athènes en 2004. Il porte sur ses épaules son équipe nationale et réalise exploit sur exploit : il inscrit un buzzer beater lors du premier match face à la Serbie-Monténégro, élimine lui et son équipe l’ogre américain en demi-finale et remporte le tournoi en battant l’Italie… Un exploit incroyable pour cette terre de foot où lui, Luis Scola, Carlos Delfino ou encore Andres Nocioni seront surnommés “La Généracion Dorada” par le peuple argentin. Du haut de ses 27 ans, Ginobili est le deuxième joueur de tout les temps à avoir remporté l’Euroligue, le titre NBA et le titre olympique.

Et la suite de sa carrière sera toute aussi brillante : les Spurs et lui gagneront 3 titres NBA supplémentaires en 2005, 2007 et 2014. Si il a un rôle moins important depuis quelques années en raison de son âge, il aura été un acteur tout aussi prépondérant que Tony Parker et Tim Duncan sur la fin des années 2000. En témoigne ses deux sélections au All-Star Game en 2005 et 2011 et son titre de meilleur 6ème homme en 2008. Alors que l’on pensait qu’il était “cramé” ses dernières saisons, Ginobili a réalisé une dernière campagne de Playoffs magnifique où il ira livré de très bons matchs face aux Warriors et des actions clutchs contre les Rockets. On peut légitimement penser que l’Argentin a encore le niveau pour jouer une saison supplémentaire. Cependant, la standing ovation qui lui a été délivré la nuit dernière ferait de superbes adieux pour ce génie de la balle orange, considéré comme le plus gros “steal” de l’histoire de la draft. Son départ tournerait encore un peu plus la page de la dynastie Spurs depuis le départ à la retraite de Tim Duncan. On attend donc la décision de “El Manu” avec beaucoup d’impatience…

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