Paul-Henri Mathieu, à coeur vaillant rien d’impossible
Photo Panoramic

Paul-Henri Mathieu, à coeur vaillant rien d’impossible

Il avait plus ou moins disparu du grand circuit ATP pour arpenter les Challengers dans le but d'entamer une remontée au classement ATP en vue de la saison 2016 qui pourrait être sa dernière. Il, c'est Paul-Henri Mathieu dit Paulo ou PHM, où l'histoire du phénix qui renait sans cesse de ses cendres, l'histoire d'un joueur au talent fou mais pas épargné par les blessures et par la vie. L'histoire d'un combattant au cœur vaillant qui touche les gens. Car à 33 ans, notre Paulo national vient d'atteindre la finale du Tournoi ATP 250 de Kitzbühel et n'a sans doute jamais été si aimé du public français. Retour sur le parcours de vie d'un homme au courage hors norme qui méritait bien un petit hommage.

Un frenchie formé à l’académie des champions chez Bollettieri

L’histoire de Paulo, c’est l’histoire d’un p’tit Alsacien dont l’histoire d’amour avec la petite balle jaune a commencé alors qu’il n’avait que 3 ans et quelques semaines. Comme beaucoup d’apprentis champions, le petit Paul-Henri a commencé à taper la balle dans le garage de la maison familiale avant de migrer petit à petit vers les cours de tennis. Le club de ses débuts ? Le Tennis Club de Lingoslheim à quelques kilomètres au Sud de Strasbourg la capitale Alsacienne. Il y restera jusqu’à ses onze ans, l’âge auquel Paul-Henri rejoint une section sport-étude spécialisée dans le tennis à Reims, alors qu’à cet âge-là ses copains font leur entrée au collège en 6ème. De cette époque, Paulo raconte : “au sport-étude, ils m’ont pris avec une année d’avance car ils m’avaient déjà repéré. Parallèlement au tennis qui était ma passion, j’avais de bons résultats scolaires. En fait sans jamais trop travailler, je n’ai jamais eu aucun soucis au niveau de mes notes”. Le jeune tennisman en herbe y restera 3 ans jusqu’à ses quatorze ans où il rejoint l’INSEP section tennis (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) de Vincennes. Là-bas, le jeune Paul-Henri, en avance d’un an sur ces petits camarades de promo, n’est pas à l’aise au sein du groupe. Il en garde d’ailleurs encore aujourd’hui un assez mauvais souvenir “ça s’est beaucoup moins bien passé qu’à Reins où je me sentais comme dans une grande famille. Là on était beaucoup plus nombreux, trop nombreux à mon goût, et j’étais un peu perdu. J’étais toujours le plus jeune et je n’avais d’affinité avec personne. Je ne m’y plaisais pas du tout”.  Malgré cela, les résultats commencent à tomber dès la saison 1996 : le jeune Paul-Henri remporte l’Orange Bowl Junior à seulement 14 ans et la renommée de l’épreuve le positionne d’office en tant que future star du circuit ATP… Mais Paulo l’adolescent a des envies d’ailleurs et va saisir une opportunité en or : grâce à IMG (International Management Group, groupe leader au niveau mondial en terme de management sportif) qui gère déjà les intérêts du jeune français, il part en mai 1997 faire un stage de 15 jours en Floride de l’autre côté de l’Atlantique au sein de la prestigieuseBollettierri Acadamy - qui a formé plusieurs des plus grands joueurs de l’histoire comme Agassi, Sampras, Courier, Hingis ou encore Seles -. Sur place, le français découvre vite un autre monde. Il raconte : “tout de suite, j’ai été pris à part et c’est là que j’ai rencontré Bollettieri le big boss. Globalement tout c’est bien passé, et trois mois plus tard, en aout, je revenais pour intégrer de manière officielle l’académie. Je partais un peu dans l’inconnu mais je savais que c’était la bonne décision pour réussir dans le tennis. J’étais très motivé et très excité.” Le début d’une autre vie pour Paulo.

L’adolescent débarque à Miami sans parler un mot d’anglais, car comme tout bon Alsacien qui se respecte il a fait allemand première langue lors de sa scolarité. Pour autant, le jeune français se sent très vite à l’aise en Floride et à l’Académie : “l’intégration s’est super bien passée, j’ai retrouvé une grande famille, le type de structure que j’affectionne. Nous étions dans des conditions privilégiées avec un appartement pour cinq”. Au niveau du tennis, Paul-Henri s’entraine alors avec le Belge Xavier Malisse, âgé de 2 ans de plus que lui (né en 1980, et qui atteindra la 19ème place mondiale au meilleur de sa carrière après une 1/2 finale à Wimbledon). Les deux ados s’entendent bien, et heureusement car l’intensité du travail est intense chez Bollettieri : 5 à 6h quotidien sous la chaleur étouffante de Miami. Paulo n’est pas habitué à une telle charge de travail et son corps a du mal à digérer la répétition des efforts : au bout de 3 mois seulement, il doit être opéré du genou gauche à cause d’une fissure au ménisque : 4 mois d’arrêt et 2 mois de plus pour revenir au niveau. L’année suivante, rebelote mais à l’autre genou cette fois : 2 mois sans tennis et 1 mois de reprise, soit au total près d’un an de perdu, énorme pour un jeune tennisman en pleine formation. Pour autant, le jeune Paul-Henri ne s’en fait pas outre mesure et reste au States pour faire sa rééducation et profiter de la qualité de soins de l’Academy. Une fois bien remis sur pieds, Paulo commence à sentir le vent tourner, comme il l’explique : “après quelques mois, l’ambiance a commencé à changer et il y a eu des problèmes au niveau de l’encadrement. Moi la France commençait à me manquer un peu, et entre tout, je commençais un peu à saturer…“. L’expérience US aura duré un peu plus de 2 ans, et au début de l’année 2000, l’année de ses 18 ans, Paulo décide rentre en France.

2002 : L’année de l’explosion à seulement 20 ans  

De retour en France, Paulo décide de s’entourer de Thierry Champion qui devient son entraîneur avec pour objectif d’arriver rapidement sur le circuit ATP : “j’avais rencontré Thierry en 1999 – à l’Orange Bowl version moins de 18 ans – et on a tout de suite accroché, enfin surtout moi ! J’ai tout de suite senti que c’était avec lui que je voulais travailler. Lui a mis plus de temps pour me cerner, car au premier abord, c’est vrai que je suis un peu sauvage. j’ai tout de suite retrouvé la confiance avec Thierry. A 14 ans, je gagnais tout, ensuite à cause des blessures il y a eu des périodes de doute forcément“. Mais dès le début de la saison 2000, celui qu’on commence déjà à surnommer PHM retrouve les bonnes sensations, et pour sa première saison sur le circuit junior, Paulo réalise le rêve de tout jeune joueur français : remporter Roland-Garros Junior en battant en finale l’espagnol Tommy Robredo. Cette victoire donne une confiance énorme au jeune français qui prend conscience de son énorme potentiel notamment sur terre battue, sa surface préférée. L’étape suivante est donc tout naturellement le passage chez les grands, chez les pros. Tout se passe en douceur pour Paul-Henri qui joue son premier tournoi ATP en juin 2000 en Autriche à Kitzbühel (tiens tiens…) sur la surface ocre. Le français arrive à se sortir des qualifications avant du chuter au premier tour face à l’espagnol Albert Costa (vainqueur de Roland-Garros 2012). Pour autant, Thierry Champion ne veut pas griller son poulain, et Paulo effectue la majeure partie des saisons 2000 et 2001 sur le circuit challenger (circuit de seconde zone) pour s’aguerrir et prendre de la caisse. Durant cette période, son seul Grand-Chelem reste sa participation à Roland-Garros 2001 où – bénéficiaire d’une wild-card – il affronte au premier tour Lleyton Hewitt alors numéro 6 mondial. Paulo fait trembler l’australien et lui prend un set, avant de flancher physiquement. Le public Porte d’Auteuil vient de faire la découverte de “Paulo”.

PHM attaque la saison 2002 – celle de ses 20 ans – le couteau entre les dents avec l’envie de tout casser. Objectif annoncé de l’Alsacien et de son coach : rentrer dans le top 100 mondial. Refroidit par une défaite au premier tour de l’Open d’Australie (wild-card), il retourne faire ses gamme dans des tournois challenger pour emmagasiner des matchs et des victoires sur terre-battue et ainsi préparer au mieux la saison sur terre. Bien lui a pris car il obtient son premier bon résultat sur le circuit ATP à Casablanca où il atteint les 1/4 de finale : “je sentais que je progressais, que ça venait, et puis est arrivé Roland…”. Avant d’aborder ce Roland-Garros 2002, Paulo est 107ème mondial, et le grand-chelem parisien va permettre au français de se révéler au monde du tennis. “Ca a commencé par une victoire en 5 sets au premier tour contre Ferreira, puis j’ai enchaîné : victoire contre Fabrice Santoro au second tour et contre Novak au troisième, où j’ai peut-être joué le meilleur tennis de ma vie. En 1/8ème de finale, j’affronte Andre Agassi sur le central devant 15 000 personnes. Je mène 2 sets à zéro mais je perds en 5 sets après avoir eu un break d’avance dans le cinquième. Je crois que j’aurai pu gagner, il m’a manqué un peu d’expérience. Mais j’ai beaucoup appris, j’ai pris conscience que je pouvais rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde, et dans la tête ça change tout !” Le jeune français surfe sur cette vague de confiance et se paye le luxe de battre la légende Pete Sampras lors de son dernier match officiel au tant que joueur professionnel, lors du tournoi de Long Island aux States. A l’US Open, il s’incline de justesse en 5 sets contre le chilien Fernando Gonzalez, mais Paulo vient de franchir un cap : “j’étais en pleine forme, sûr de mon tennis, j’étais rentré dans le top 100 et ce n’était pas un hasard”. Tout va alors se précipiter pour le français : il est appelé par le capitaine Guy Forget dans l’équipe de France qui rencontre les USA en 1/2 finale de la Coupe Davis – sur terre, à Roland -. S’il n’est que remplaçant, Paulo rentre alors dans une autre dimension. Son premier tournoi, il va le gagner à Moscou, en indoor, en se payant le luxe de battre en 1/2 l’idole locale le russe Marat Safin alors n°4 mondial. Sur sa lancée, il s’aligne à Lyon avec cette fois une grosse pancarte derrière le dos. A ce moment-là, Paulo marche sur l’eau, et il remporte le tournoi, son second en deux semaines, en battant en finale le brésilien Gustavo Kuerten, une de ses idoles ! “En arrivant, j’avais un peu mal à la cuisse. J’avais juste l’ambition de faire de mon mieux car j’étais attendu après ma victoire à Moscou. J’ai beaucoup moins bien joué que là-bas, j’avais moins de force, j’ai surtout gagné mes matchs au mental, sur la confiance. Je me suis étonné moi-même. Une fois en finale, je me suis dit que je n’avais plus qu’un match à gagner, et finalement c’est Guga qui a craqué. J’avais la volonté et le public français avec moi, un des plus beaux moments de ma carrière”. Le français a un peu trop tiré sur la corde et se donne une blessure aux abdominaux qui le prive d’une participation au tournoi de Bercy, repos oblige. Comme il guérit plus vite que prévu, Guy Forget le convoque dans le groupe France qui doit affronter le Russie en finale de la Coupe Davis au Palais omnisport de Paris-Bercy.

Le traumatisme de la finale de Coupe Davis perdue

L’épisode de la finale de la Coupe Davis 2002 et les 2 simples perdus par PHM reste certainement l’évènement qui revient le plus souvent quand on évoque la carrière de l’Alsacien – avec son match contre Nadal en 2008 que nous évoquerons ci-après -. Une défaite qui va marquer le joueur dans sa chair, de pat l’acharnement médiatique qu’elle a engendré. Retour sur les faits. “J’étais très heureux, j’ai pris le stage comme une occasion idéale pour me remettre en route après ma blessure. Je ne pensais pas jouer, mais au cours de la préparation j’ai très vite retrouvé mon niveau. Je jouais de mieux en mieux et la blessure d’Arnaud Clément a poussé Guy Forget a me sélectionner en simple. Quand il m’a annoncé que j’allais jouer, je n’étais qu’à moitié surpris. J’étais super heureux, je pensais au fait que j’allais vivre un truc extraordinaire, exactement le genre d’évènement que j’aime vivre et pour lequel je joue au tennis”.Vendredi 29 novembre 2012, dans un POPB chauffé à blanc avec 15 000 personnes acquises à la cause des français, Paulo est lâché dans l’arène et affronte pour le 1er match le n°1 russe Marat Safin qu’il a battu quelques semaine plus tôt chez lui à MoscouLe français est au niveau mais manque un peu de rythme après plusieurs semaines sans compétition : il s’incline en 4 sets (6-4 / 3-6 / 6-1  / 6-4) et la Russie mène 1-0. ”Le premier match contre Safin a été un peu dur, je manquais de compétition car je n’avais plus joué depuis longtemps. Certes il a fait un gros match mais j’aurai pu le battre, je n’étais pas loin. Après le match, j’étais déçu bien sûr, j’aurai voulu créer la surprise”. La défaite de Mathieu face à Safin n’a rien d’anormale en soit, car le russe a un CV long comme le bras et partait favori. Lors du 2ème match, Sébastien Grosjean le n°1 français fait le job contre Ievgueni Kafelnikov (7-6 / 6-3 / 6-0) et la France tourne à 1 partout. Le samedi, la paire française Nicolas Escudé – Fabrice Santoro remporte en 5 sets un double d’anthologie face à Safin-Kafelnikov après avoir été menée 2 sets à 1 (6-3 / 3-6 / 5-7 / 6-3 / 6-4) : la France mène 2-1 et a son destin entre ses mains, si elle gagne un seul des deux matchs du dimanche, elle remportera la Coupe Davis. Paulo raconte “C’était tendu, mais j’étais confiant. Guy est venu m’annoncer le samedi soir que c’est moi qui jouerai s’il y avait un 5ème match décisif. Je pensais que ce serait Kafelnikov et finalement ça a été Youzhny….”. Grosjean s’incline en 3 sets contre Safin et tout se joue donc sur ce 5ème match. Paulo affronte donc Mikhail Youzhny, 20 ans comme lui, un jeune loup dont les dents rayent le parquet. Tout commence comme dans un rêve pour le français qui  mène 2 sets à 0 au bout d’1h25m de jeu (6-3 / 6-2). Tout le monde est persuadé que la France va droit vers le saladier d’argent, tant Paulo marche sur le russe. Oui mais voilà, Youzhny réagit, Paulo se tend et perd la 3ème manche (6-3). Le français attaque le 4ème set pied au plancher et mène vite 4-2. La salle est en fusion, les français chantent, la France est en haleine. Il est même à 2 points du match à 5-4 30-30. Sauf que le russe s’accroche, debreake et remporte le set 7-5. Le 5ème set est un calvaire pour Paulo qui sent le match lui échapper : malgré un debreak pour revenir à 3-3, il finit par s’incliner 6-4. La Russie remporte la Coupe Davis 3-2. Paulo est en pleur, la France aussi. Confession. “Ce match, j’ai encore du mal à en parler. Ca me fait mal, c’est dur. Je crois que j’ai perdu parce que j’ai trop voulu le gagner pour l’équipe, pour la France et pas assez pour moi. C’est une défaite vraiment dure car je me sens responsable de la défaite de la France. C’était dur pour tout le monde, pour toute l’équipe. Avec le recul, je me rends compte que ce n’étais pas un match comme les autres, ça restera la plus grande défaite de ma carrière”. Le plus dur pour Paulo dans l’histoire, c’est certainement les jours qui ont suivi la rencontre, avec les réactions de la presse ou des gens dans la rue : “j’ai dû affronter le regard des autres dans la rue, tous ces gens qui te saluent, qui ne savent pas quoi te dire, qui ont pitié de toi. C’était dur à vivre. En même temps, certains me disaient que je les avais fait vibrer, ça fait plaisir. Le grand public, les non-initiés au tennis m’ont vraiment découvert ce jour-là”.

Le match de sa vie : Nadal à Roland-Garros en 2006

Au-delà du palmarès qui est le sien – il compte à ce jour 4 titres ATP – Moscou et Lyon en 2002, Casablanca et Gstaad en 2007 l’année de son meilleur classement (12ème mondial en 2008) – Paulo a la plupart du temps marqué les esprits par des matchs d’anthologie. Outre la finale de Coupe Davis que nous venons d’évoquer, sa scène principale reste Roland-Garros et le Grand Chelem parisien. Le plus mythique reste certainement sa confrontation avec Rafael Nadal lors de l’édition 2006. Retour sur les faits. 3 juin 2006, 3ème Tour de Roland, le français affronte l’Espagnol, n°2 mondial, tenant du titre et roi de la terre battue le jour de ses 20 ans. Le français arrive lui à 24 ans dans la peau de la tête de série n°32. Avant le match, Paulo se donne dans la presse “10 % de chance de l’emporter” face au majorquin, terreur de la surface ocre. Mais sur le terrain, le français est sans complexe, et porté par le public d’un central totalement acquis à sa cause, il fait une entame de match sensationnelle. L’intensité de la partie est folle, le niveau de jeu très élevé et les deux joueurs se rendent coup pour coup. Offensif dans ses intentions de jeu, PHM pilonne le revers de Nadal et fait craquer le taureau de Manacor : 1ère manche 7-5 pour le français en près d’1h10 de jeu ! Dans la suite du match, tous les jeux sont accrochés ou presque : 40-A, avantage…mais au final, Rafa réussi à inverser la tendance et à s’imposer dans les 3 sets suivant sur le même score 6-4, au bout d’un combat homérique de près de 5 heures (4h53, soit le match en 4 sets le plus long de l’ère open) ! S’il a perdu ce jour-là, Paulo est rentré dans la légende de Roland et du tennis, ainsi que dans l’imaginaire collectif. Nadal remporte sa 56ème victoire consécutive sur terre et file vers un 2ème Roland consécutif, où il battra en finale Roger Federer. Paulo déclarera à l’issue la rencontre “j’étais à 200 % sur les plans physiques et psychologiques, mais il court partout, on a l’impression qu’il ne se fatigue jamais, il vient peut-être d’une autre planète…(sic). En tout cas, ce qui est sûr c’est qu’il est né différent. Il a un physique surhumain. Celui qui lui collera 3 sets à 0 sur terre battue n’est pas encore né”.Qu’il gagne ou qu’il perde, Paulo ne laisse personne indifférent car il séduit de par l’intensité de son jeu et la dramaturgie que prennent souvent les scénarios de ses matchs. Pas un hasard si ses matchs les plus célèbres sont des défaites. Un joueur à part, tout simplement.

Après quatorze mois d’arrêt : l’un des plus grands come-back du tennis

Novembre 2010, alors qu’il est en lice au tournoi de Bâle, PHM se réveille avec le genou enflé. Victime d’arthrose, dont la cause est notamment une morphologie de jambe trop arquée, il va se voir obligé de subir une opération extrêmement lourde, seule solution pour envisager une guérison totale. Pour vaincre son ostéotomie tibiale, il faut lui fracturer le tibia et le péroné afin de lui redresser la jambe ! La plupart des spécialistes le donnent alors perdu pour la pratique du tennis de haut niveau. Vont s’en suivre 11 mois laborieux de convalescence, de rééducation douloureuse et d’entrainement acharné pour espérer retrouver un jour le chemin des cours. Un long chemin de croix pour Paulo. Mais alors que certains auraient pu y voir un clap de fin venu du destin, l’Alsacien va au contraire prendre ce coup du sort comme un nouveau défi à relever, le plus grand défi de sa carrière. “Bien sûr que j’ai pensé à une possible fin de carrière, mais cette opération était l’occasion de relever un nouveau challenge, car je ne voulais pas terminer ma carrière sur une blessure. Quelque part, cette blessure a peut-être été un mal pour un bien car depuis 2008, je commençais à ressentir une certaine lassitude sur le circuit. Ce coup dur m’a redonné un regain d’énergie, un sens nouveau à ma carrière”. Après des mois interminables d’arrêt, Paulo réussi son paris grâce à un courage et une volonté hors du commun – nous vous conseillons l’épisode de l’émission “Intérieur Sport” sur Canal + qui lui est consacrée – : faire son retour sur le circuit ATP, le 31 janvier 2012 lors du 1er tour de l’obscur tournoi challenger de d’Heilbronn. S’il s’incline face au modeste belge Ruben Bemelmans, l’essentiel est ailleurs, il est à nouveau un joueur de tennis professionnel, lui qui est retombé à la 700ème place mondiale : ce n’est pas une victoire, c’est un véritable miracle. Quand il a recommencé à taper la balle, Paulo ne pouvait même pas courir, il était assis sur une chaise au milieu du court…”c’est assez bizarre, car quand j’ai repris la raquette j’ai eu l’impression de l’avoir laissé la veille, mais après, pour retrouver le rythme de la compétition c’est autre chose”. Pour ne pas risquer une rechute qui pourrait être fatale, Paulo se programme un retour en douceur, sans forcer, pour retrouver avant tout le plaisir de jouer. Se pose alors la question de savoir s’il pourra retrouver un niveau équivalent à celui qu’il avait avant sa blessure, ce à quoi il répond ” j’ai quelque chose en plus que certains autres joueurs n’ont pas, de là à revenir plus fort je ne sais pas…”. A partir de cet instant-là, Paulo entame une deuxième carrière, une deuxième vie en sorte. Il sait alors qu’il ne gagnera jamais Roland-Garros, et qu’il ne sera même probablement jamais l’immense champion espéré par son entraineur d’un jour, Mats Wilander.

Le 1er Grand Chelem de sa “nouvelle” carrière se présente avec l’édition 2012 de Roland – son 1er depuis l’US Open 2010 -, pour lequel il a reçu une wild-card de la part des organisateurs souhaitant récompenser sa formidable force de caractère. Avant la rencontre, il confesse “le simple fait de jouer ici, c’est une grande victoire pour moi”. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il va en connaitre d’autres, des victoires Porte d’Auteuil. Au 1er tour, il affronte l’allemand Bjorn Phau, et le début de match est compliqué pour le français qui est vite mené 2 manches à rien 6-2 / 6-4 : “le début de match était un peu compliqué, j’ai eu du mal à me rendre compte que je jouais à Roland. J’avais tellement attendu ce moment que j’ai mis du temps à démarrer”. Paulo attaque alors un deuxième match, avec la même détermination qu’il a commencé sa deuxième carrière après sa grave blessure, et inverse peu à peu la vapeur pour finir en trombe avec un 6-0 infligé à son adversaire dans le 5ème set, sur un court numéro 2 transformé en véritable arène avec un public survolté. Drôle de destin pour un joueur qui a perdu tant de matchs importants après avoir remporté les 2 premiers sets…Une grande et belle victoire, que sa longue absence lui fait relativiser “revenir de 2 sets à zéro, ça n’a rien d’extraordinaire. Ce qui l’est, c’est de pouvoir être sur le court. Le reste c’est rien. Après, bien sûr que ça m’a manqué de vivre ce genre de moments avec le public derrière moi. Quand j’étais au fond du trou, j’essayais de m’accrocher à ça, je me suis battu pour revivre ça”. Au tour suivant, Paulo affronte le géant américain John Isner. Il va vivre l’un des plus beaux et des plus émotionnels matchs de sa carrière, avec une victoire épique 18-16 au 5ème set après 5h40 de combat. Ce jour-là, la France tombe amoureuse du courage et de l’abnégation d’un Paulo qui reçoit l’une des plus belles ovations entendues sur un court de tennis. Après le match, il avouera même avoir joué avec un orteil fracturé, car Roland reste à par pour un joueur français. “Si cela n’avait pas été Roland, avec la douleur j’aurai certainement perdu en 3 sets, mais à Roland on arrive toujours à sortir quelque chose de plus en nous, une force intérieure qu’on n’arrive pas à trouver dans les autres tournois”. Paulo fait alors la rencontre avec une toute nouvelle popularité : “j’ai toujours eu beaucoup de supporters, mais depuis cette période ça n’a rien à voir, le fait d’avoir partagé mes difficultés, je pense que ça m’a rendu plus humain auprès du public, les gens se sont identifiés à moi. Quand on voit un joueur souffrir dans son quotidien, ça rapproche”.

Sa femme, le combat d’une (de sa) vie

Avancer, se battre, Paulo sait le faire. Et malheureusement la vie va lui donner une nouvelle occasion de le prouver. Saison 2013, la mécanique ne suit plus trop pour le joueur français. Alors qu’il vient d’enchainer une 7ème défaite consécutive lors du premier tour d’un tournoi, le français est touché au dos et au mollet et perd de sa superbe, après son formidable come-back de 2012 récompensé par l’ATP comme “come-back le plus spectaculaire de l’année”. Agé de 31 ans, Paulo ne semble alors avoir ni la force physique ni les ressources mentales qu’exigent une présente au haut niveau sur le circuit. La lassitude semble avoir pris le pas chez un homme revenu de très loin et qui a l’impression de ne pas être récompensé de ses efforts. Pourtant, on l’a compris au cours de toutes ces années, Paulo est un guerrier, pas le genre à baisser les bras. Mais cette fois, s’il est si touché c’est que le mal ne le touche pas à lui mais à sa compagne, touchée par un cancer des systèmes lymphatique (lymphome de Hodgkin). Paulo choisit de l’annoncer au grand public sur la toile, via son Twitter perso avec ce petit message “Gabriel (leur fils) et moi sommes contents que la premières chimiothérapie de maman se soit bien passée”. Dans les faits, Paulo avait appris dès janvier 2013 que sa moitié et maman de leur petit Gabriel (né en 2012) souffrait de cette maladie. Après 3 mois de chimio, la jeune femme semble réagir positivement au traitement et enchaine sur la radiothérapie. Pour PHM, le tennis et sa carrière deviennent alors secondaires, et il est difficile parfois pour lui de trouver sa place, alors qu’il est régulièrement appelé dans les airs pour se rendre d’un tournoi à l’autre aux quatre coins de l’Europe. D’autant plus que pendant sa longue période d’inactivité, sa femme a été son premier soutien et l’a toujours poussé à croire en un retour sur les courts. Il se confie “sur le moment, ça a été un tsunami. C’est forcément compliqué. On espère tous que ce sera bientôt derrière nous, mais c’est long. Dans une période comme ça, tout vous parait excessivement long. Partir en tournoi ? Ne pas partir pour rester près d’elle ? Je me posais sans cesse la question. Je ne sais pas si c’est possible de trouver le juste milieu. Rien ne peut être normal, mais on agit comme si ça l’était. C’est la seule solution pour avancer”. Entre ses galères physiques et le combat engagé auprès de sa femme, Paulo a changé les priorités de sa vie la trentaine passée : “on aborde forcément les choses différemment, j’ai acquis beaucoup de recul par rapport à pas mal de choses. J’essaye de passer le plus de temps possible avec mon fils et ma femme. La famille est la chose la plus importante, et même primordiale d’autant plus dans le monde du tennis qui est un sport égoïste”.

Aout 2015 : tel le phénix, il renait (encore) de ses cendres

Lors des saisons 2013 (ci-dessus) et 2014, Paulo traîne son mal-être sur les courts aux quatre coins du monde, et ne réussit aucun fait majeur. Il stagne autour de la 100ème place mondiale, avec des hauts (n°77) et des bas (n°140), mais ne parvient pas à faire de “coup” dans aucun des tournois du grand chelem, ni sur terre battue. Pour se relancer, il arpente les tournois de seconde zone, les challengers, dans l’espoir de gagner des matchs, remonter au classement et ainsi s’ouvrir directement les portes des gros tournois. En vain. Mai 2015, Paulo chute à la 134ème place mondiale, et se pose alors la légitime question de la suite à donner à sa carrière. Cela vaut-il le coup à 33 ans, alors qu’on a été 12ème mondial, de se battre toutes les semaines contre des jeunes loups aux dents longues sur des tournois où l’on joue devant quelques dizaines de personnes ? Pour Paulo, oui, car l’amour du jeu est plus fort que tout, et car il sent au fond de lui que même à son âge il en a encore dans le moteur, pourvu que son corps veuille bien le laisser tranquille. Pour que sa femme et son petit Gabriel soient fiers de leur champion de papa. Et la roue va finir par tourner du bon côté en cet été 2015. Début aout, tournoi de Kitzbühel en Autriche, Paulo doit passer par les qualifs pour atteindre le tableau final, ce qu’il réussit sans encombre. Puis tour à tour, l’Alsacien balaye Klizan (n°34), Delbonis (n°69) et l’espagnol Almagro, pour se qualifier pour da 1ère finale ATP depuis 6ans (à Hambourg) ! En finale, le français affronte Philipp Kohlschreiber (n°39) et marche sur l’allemand dans le 1er set (6-2) avant d’être rattrapé par la fatigue dans les deux suivants (2-6 / 2-6). S’il ne remporte pas son premier titre depuis 8 ans, l’essentiel est ailleurs, Paulo a retrouvé des sensations, remporté 7 victoires de suite (!) pour la première fois depuis des années, et se rappelle au bon souvenir du tennis mondial qu’il a toujours un coup droit d’exception. Pas suffisant apparemment pour la Fédération Française de Tennis, qui ne lui a pas accordé de wild-card pour lui ouvrir directement le tableau final du prochain US Open, préférant l’attribuer à Pierre-Hugues Herbet, 23 ans, 130ème mondial et sans fait d’arme majeur cette saison sur le circuit. Pas grave, Paulo qui en a vu d’autres passera donc par la case qualif, et à la vue de son niveau de jeu de ces dernières semaines, fort est à parier qu’on le retrouvera sur le tarmac du dernier Grand Chelem de la saison…

Le destin est parfois vicelard, et à ce jeux-là Paulo a eu sa part. Mais à ceux qui savent s’accrocher, qui ont le courage de ne jamais lâcher, il sait aussi – parfois – rendre  un peu de ce qu’il a pris. Le parcours de PHM à Kitzbühel et sa remontée à la 78ème place mondiale à 33 ans, c’est la victoire d’un type qui met plus de force encore à contrarier ce foutu destin  que ce dernier n’en met à lui pourrir la vie. Dans la vie comme dans la compétition, il faut savoir se battre, contre les épreuves ou contre les autres. Mais dans la vie comme dans la compétition il faut aussi se battre contre soi-même. Paulo a réussi à gagner ce combat-là, et ça, ça vaut toutes les Coupe Davis de la terre. Bravo, et merci pour la leçon, monsieur Mathieu.

Geoffrey Lieutaud /@Geoffrey2b

 

  1. avatar
    15 août 2015 a 22 h 12 min

    Bel article et bel hommage, un état d’esprit de combattant rare qui manque à beaucoup de joueurs français… PHM inspire vraiment le respect.

  2. avatar
    17 août 2015 a 19 h 05 min

    Un vrai battant, chapeau à lui. Le texte est très bon, merci Geoffrey.

  3. avatar
    18 août 2015 a 15 h 51 min

    Un récit agréable, merci.

  4. avatar
    18 août 2015 a 23 h 30 min
    Par Jerome

    Merci pour ce superbe article retraçant la carrière et la vie privee d un joueur empli d abnégation talentueux et o combien attachant. Paulo mérite le respect et cet article Lui rend un très bel hommage tellement mérite

  5. avatar
    29 août 2015 a 15 h 49 min

    Je l’avais annoncé dans l’article et Paulo l’a fait : le voilà qualifié pour le tableau final de l’US Open grâce à sa victoire sur le Colombien Falla au 3ème tour des qualifs, BRAVO !!!

  6. avatar
    2 septembre 2015 a 9 h 25 min

    Malheureusement défaite de Paulo au 1er tour de l’US Open, contre le Japonais de 19 ans Nishioka (ATP 140), malgré le fait qu’il ait mené 2 sets à 1, le physique à lâché dans les 4ème et 5ème set. Dur désormais à 33 ans et avec un corps meurtri les matchs en 5 sets pour PHM…

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter