Nadal, comme l’imbécile heureux

Éliminé d'entrée à Wimbledon, Rafael Nadal était, quoi qu'on en dise, diminué par une blessure au genou. Depuis 2008, l'Espagnol n'a jamais quitté un tournoi du Grand Chelem avant les demi-finales sans qu'on n'évoque un problème physique.

Le physique est à Rafael Nadal ce que l’ignorance est à l’imbécile heureux. C’est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. Grâce à cette ignorance, l’imbécile vit dans son propre monde tout rose bonbon, mais c’est aussi à cause d’elle que les autres le raillent. Si Nadal a remporté tant de victoires de prestige, c’est en grande partie grâce à son physique. Physique qui, d’un autre côté, le lâche régulièrement, notamment au niveau des genoux.

Éliminé d’emblée à Wimbledon, “l’Ogre de l’ocre” a montré des difficultés de déplacements inquiétantes face au valeureux Steve Darcis. Sans vouloir enlever une once de mérite au Belge, il est difficile d’imaginer que le “surlifteur” gaucher ait pu perdre en 3 sets face à un 132e joueur mondial qui n’avait remporté qu’un match sur le circuit principal depuis le début de la saison (ses autres victoires ont été obtenues dans des tournois challengers). Battu pour la première fois de sa carrière dès son entrée en lice dans un tournoi du Grand Chelem, “Rafa” a refusé d’évoquer une quelconque rechute de son genou gauche pour “excuser” sa défaite. “Ce n’est pas le bon moment pour parler de ça (…) Arrêtez de me parler de mon genou”, a lâché l’Espagnol.

Pourtant, ses réponses ont laissé transparaître une nouvelle blessure. “J’ai fait de mon mieux à chaque instant sur le court, mais ce n’était pas possible pour moi cet après-midi (…) Je n’ai aucune blessure que je n’avais pas avant. J’ai joué à 100% de ce que j’avais en moi aujourd’hui (le 24 juin) (…) Je n’avais pas la force habituelle pour retourner la situation.” Autre indice quant à la (très) probable diminution physique du “Taureau de Manacor”, son forfait à Halle avant Wimb’. “Je n’ai pas pu jouer Halle, c’est comme ça, on ne peut pas revenir en arrière.” “Pas pu”, et non “pas voulu”… Ne jouer aucun match sur gazon avant le majeur londonien ne ressemble pas au méticuleux Majorquin.

Depuis 2006, année de sa première finale à Wimby (avant cela, il n’avait jamais dépassé le deuxième tour), “RN” n’était jamais arrivé au All England club sans avoir gambadé sur terrain vert en match officiel. “C’est difficile de s’adapter au gazon quand on n’a pas pu se préparer avant”, a-t-il d’ailleurs confié après sa chute face à Darcis.

Depuis 2008, le parcours “grand chelemien” du neveu de Toni ne s’est jamais arrêté avant les demi-finales sans qu’on ne parle de blessure. En 2009, le roi “terrien” perd sa couronne à Roland Garros en s’inclinant devant Robin Söderling en huitième de finale. Touché au genou, il manquera Wimbledon et ne reviendra sur le circuit que deux mois plus tard. En 2010, il abandonne face à Andy Murray en quart de finale de l’Open d’Australie. Lors de l’édition suivante du majeur australien, touché aux ischio-jambiers, il est battu sèchement par David Ferrer au même stade de la compétition, et ne rejoue pas avant Indian Wells un mois et demi plus tard. Enfin, l’an dernier, il perd face à Lukas “Je-tape-comme-un-sourd-sur-tout-ce-qui-est-jaune” Rosol au deuxième tour de Wimbledon. Blessé au genou gauche, il ne fera son retour sur le circuit ATP que sept mois plus tard, en février 2013.

S’il était diminué contre Darcis, pourquoi n’a-t-il simplement pas abandonné, me direz-vous ? Simplement parce que ce n’est pas dans la mentalité du bonhomme. Éduqué à la dure, façon spartiate, par son entraîneur d’oncle, Rafael Nadal pense toujours pouvoir faire la différence grâce à son mental. Durant sa jeunesse, jamais le tonton-coach ne l’a autorisé à se reposer sur une blessure pour “excuser” et accepter la défaite. Adolescent, Rafael Nadal a remporté le championnat espagnol des moins de 14 ans après s’être fracturé le petit doigt de la main gauche dès le premier tour. “Je n’ai pas voulu me plaindre sous l’œil vigilant de Toni, ni renoncer à participer au tournoi”, raconte-t-il dans son autobiographie (“Rafa”, écrit avec John Carlin). “J’ai joué avec cette douleur jusqu’à presque l’oublier. C’est une question de concentration d’arriver à écarter de son esprit tout ce qui n’est pas le jeu proprement dit”. Autrement dit, la douleur c’est mental, suffit de ne pas y croire, et tu n’as pas mal, jeune jedi !

Malgré l’attitude classe du champion qui refuse de parler de blessure – “Darcis ne mérite pas que je me donne des excuses. Il a très bien joué” – il semble bien que le partisan du “vamos” ait une nouvelle fois du composer avec la douleur. “C’est beau pour Darcis, il a réussi à maîtriser ses nerfs, mais honnêtement, Nadal ne pouvait pas bouger”, a observé, comme beaucoup, Richard Krajicek sur la BBC. “Il avait clairement un problème physique”, a ajouté le vainqueur de Wimbledon 1997.

De son côté, Jérôme Bianchi estime que Rafael Nadal risque gros en jouant ainsi malgré les blessures. “Il ne peut pas glisser sur herbe, sinon, il perd ses appuis”, a expliqué le kiné de l’équipe de France de Fed Cup dans les colonnes de l’Équipe. “Or, le travail excentrique au niveau du quadriceps, c’est ce qu’il y a de plus traumatisant pour le tendon rotulien. Si son tendon est sensible est douloureux comme ça doit être le cas, c’est à chaque fois une horreur pour lui d’aller chercher la balle. (La terre), ça atténue énormément le travail sur le quadri. Mais sur herbe, ça ne pardonne pas. [...] Je pense qu’il peut se péter le tendon rotulien un de ces quatre. Il peut céder comme du verre, comme celui de Ronaldo, le footballeur. C’est l’épée de Damoclès qu’il a au-dessus de la tête.”

Pour continuer à vivre heureux dans le monde du tennis, Rafael Nadal doit faire comme l’imbécile et éviter de baisser la tête pour vivre dans l’ignorance de cette épée de Damoclès qui lui plane au-dessus du genou.

  1. avatar
    21 juillet 2013 a 20 h 11 min

    Oui, Nadal est un peu le Ronaldo du tennis. Etant jeune, il a dû se charger aux stéroïdes et ses tendons n’ont pas suivi! Maintenant, il a aussi le génie de Ronaldo!

    • avatar
      23 juillet 2013 a 12 h 07 min
      Par Viking

      De quel Ronaldo parles-tu?

      Le portugais ou le brésilien?

      De fait, si par génie on parle de bêtise, des trois, il n’y en a pas un pour sauver l’autre.

      • avatar
        23 juillet 2013 a 19 h 36 min

        Le Brésilen bien sûr. Pour ce qui est du génie, je parlais pas de QI (quoi que) mais de génie du sport voyons. Nadal a beau être un bourrin il a du génie.

        • avatar
          24 juillet 2013 a 12 h 03 min
          Par Viking

          A l’avenir, il faudra être plus précis, moi avec cette chaleur, j’ai du mal à comprendre, je deviens un bourrin.

          Je ne pense pas que Nadal soit un génie, un génie c’est juste le contraire qu’un bourrin.
          S’il était un génie, il pourrait contrecarrer ses petites baisse de régime par des sorties de qualité hors à mon avis, sans force physique, il perd beaucoup de son potenciel

        • avatar
          24 juillet 2013 a 20 h 08 min

          Non, je maintiens que Nadal est bien génial, cf la définition: “Le génie est le talent (le don naturel) qui permet de donner à l’art ses règles”.

          Nadal a innové en poussant plus haut l’intensité physique et le mental du tennisman. Il a été copié par Nole, Murray. C’est le génie des bourrins!

  2. avatar
    25 juillet 2013 a 11 h 52 min

    Tout à fait d’accord avec ce “génie des bourrins” de mocte!

    Rafa, c’est un peu le mec que j’aimais détesté quand il était au top et qu’il écrasait tout le monde, semblait être une machine. Maintenant qu’il a été blessé, qu’il semble fragile, accessible, il m’a un peu touché, il fait plus humain.

    Bon, ça et bien sur, le fait d’avoir essayé de pratiquer son jeu à mon faible niveau (c’est dit sans modestie hypocrite) et le surliftage, bah c’est vachement dur et loin d’être si accessible. Puis ça arrache le poignet surtout.

  3. avatar
    29 juillet 2013 a 18 h 19 min

    Tout d’abord, un petit bonjour à tous les transfuges de SportVox. Quelqu’un a vu AxelBorg ? Il a posté son dernier article aujourd’hui sur l’ancien site. En tout cas la bonne nouvelle c’est que l’ergonomie de ce site ne pourra être que bien meilleure que celle de SportVox.

    Venons-en à Nadal à présent: en effet il doit à présent être extrêmement prudent avec son physique. À mon avis cependant avec sa victoire à Roland-Garros sa saison est dores et déjà réussie. Seule l’envergure de Wimbledon (le plus grand/prestigieux tournoi du monde) l’a poussé à jouer blessé.

    • avatar
      31 juillet 2013 a 13 h 06 min

      Salut, je crois qu’Axelborg a annoncé qu’il rejoindrait bientôt ce site.

      Sinon pour poursuivre mon idée, on peut dire que Ronaldo était aussi un monstre physique à l’époque. Et qu’il a plus joué sur sa technique sur la fin. Nadal devrait donc tenter plus de service volée…

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