Saracens – Racing 92 : vrai habitué contre faux néophyte
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Saracens – Racing 92 : vrai habitué contre faux néophyte

La finale de l'European Rugby Champions Cup verra les Sarries affronter les Ciel et Blanc (samedi 14 mai 2016, 17h30), au Parc-OL de Lyon. Ce match, entre deux clubs qui n'ont jamais siégé sur le toit de l'Europe, opposera une équipe expérimentée dans la compétition, à une autre moins rompue à ses hautes sphères. Mais aucun des deux prétendants n'a vraiment l'allure d'un débutant.

Ils ne le quittent plus depuis 2013 ! Les Saracens étaient les seuls membres du dernier carré de l’ERCC (ex-H Cup) à l’avoir déjà été l’an passé. Face aux Wasps, cette expérience a payé (24-17). Est-ce l’heure du sacre pour le club de Watford, dans la banlieue de Londres ?

Owen Farrell s’en sort bien

Pour cela, il pourra compter sur la présence de son maître à jouer. Owen Farrell, cité pour un plaquage dangereux sur Dan Robson, n’a écopé que de deux semaines de suspension (décision prise le 27 avril). Si le comité disciplinaire de l’EPCR a donc jugé que le geste de l’ouvreur anglais était répréhensible, il ne lui a infligé que la sanction minimale… préservant ses chances de disputer la finale de la compétition. Lui, par contre, ne sera pas de la partie. Ancien homme fort du pack des Saracens, le Namibien Jacques Burger (32 ans) tirera sa révérence demain, lors de la dernière journée de Premiership (dimanche 1er mai).

Jacques Burger, clap de fin

Titulaire (pour la sixième fois, seulement, en championnat) face à Newcastle, le rugueux flanker ne participera donc ni aux phases finales en Angleterre, ni au dernier acte de l’ERCC. Sa décision - respectée par son employeur - pourrait avoir un impact sur la quête de suprématie nationale des Saracens (tenants du titre et leaders). Les demi-finales de Premiership se disputent en effet une semaine après l’attribution du trophée européen. Si un, ou plusieurs, joueur(s) de la troisième ligne des Sarries se blesse(nt), l’absence de l’expérimenté Burger risque d’être regrettée.

Maro Itoje, solide et aérien

Il aurait pu “dépanner”, bien qu’il n’est plus l’élément incontournable qu’il a été. Dans le pack, celui qui est en passe de le devenir, c’est Maro Itoje. Le deuxième-ligne de 21 ans a éclaboussé le Tournoi des 6 Nations de sa classe. Délié ballon en main, (à partir de 53s ), présent dans le combat, bon en touche, il est omniprésent. Son éclosion à haut niveau confirme une tendance à son poste, où le prototype du joueur moderne est bien différent de ce qu’il était il y a dix ans. George Kruis, avec qui il forme l’attelage de “seconde barre” des Saracens et, régulièrement, du XV de la Rose, crève lui aussi l’écran. Un peu moins spectaculaire, il est tout aussi efficace. Ces deux joueurs, complémentaires, viennent de signer une prolongation de leurs contrats, qui courent maintenant jusqu’en 2019.

Force de frappe tout terrain
Ce duo sur lequel le club de Watford souhaite bâtir l’avenir, n’est pas son seul atout. Du talonneur survitaminé Schalk Brits (arrivé en 2009), qui a été l’un des symboles de l’avènements des Sarries en Europe, à l’arrière Alex Goode (en 2008), en passant par le centre Brad Barritt (2009) : les Saracens proposent une menace plurielle, et profite d’une dynamique collective construite sur le long terme. Depuis qu’ils sont devenus des clients sur la scène continentale, ils n’ont perdu aucun joueur majeur. Si les stars Chris Ashton (2012) et Billy Vunipola (2013) – virevoltant ailier, n°8 “bulldozer” – sont arrivés plus récemment, ce vécu commun permet une excellente organisation… et demande consécration. Un vécu commun dont ne peut se targuer l’autre finaliste de l’ERCC 2015/2016.

Au Racing, l’improbable osmose 

En effet, le club francilien jouit d’une certaine stabilité (Szarzewski, Machenaud, Imhoff font partie des meubles), mais ne présente pas la même continuité. Plusieurs recrues sont venues, cet été, le renforcer. Chris Masoe, Dan Carter, Joe Rokocoko, Yannick Nyanga, entre autres, ont rebattu certaines cartes et apporté leur plus-value. Mais la période d’adaptation que ces changements auraient pu entraîner, s’est finalement opérée à vitesse “grand v”. Si l’accent très néo-zélandais pris par le recrutement du Racing (Ben Tameifuna, Ros Filipo s’ajoutant à la liste des nouveaux, et Casey Laulala étant déjà présent) a aidé, c’est aussi l’efficace mélange des générations qui a permis cette rapidité. Lors de la demi-finale victorieuse, face aux Leicester Tigers, au coup de sifflet final, Camille Chat Louis Dupichot (tous deux âgés de 20 ans) et Khatchik Vartanov (23 ans) étaient sur le terrain.

Intérims prolongés avec succès

C’est à l’occasion de la Coupe du Monde que les jeunes ont obtenu du temps de jeu avec l’équipe première. Etienne Dussartre, Xavier Chauveau (23 ans) ou autre Dupichot, ont ainsi participé à la victoire en terres clermontoises (20-16) lors de la 11e journée de championnat. Si le turn over qui a été instauré suite aux prestations convaincantes de ces joueurs en devenir (Luc Barba, Cedate Gomes Sa etc.) n’a pas toujours été gagnant (défaite cuisante à Montpellier 60-7), il porte ses fruits, permet une saine émulation. Surtout, sans connaître la vérité du vestiaire, l’impression dégagée est celle d’un groupe soudé. Entre ce que l’on appelle souvent les “équipe type” et “équipe bis” : aucun clivage apparent. A cinq journées de la fin, avant son match face à Clermont – demain, 16h15 – le Racing compte 11 points d’avance sur l’UBB (7e) : en Top 14, la qualification reste à assurer.

Chris Masoe, objectif quadruplé

Avec un calendrier si chargé, le club des Hauts-de-Seine devra compter, jusqu’au bout, sur toutes ses forces vives. Dans son effectif, un homme sera en quête d’une quatrième couronne européenne : Chris Masoe a participé aux trois campagnes victorieuses du RCT. Impressionnant face aux Tigers, il a montré qu’il restait un homme des grands rendez-vous. Carter, l’est aussi, évidemment. Si l’ouvreur “All Black” n’a jamais participé à une finale de H Cup/ERCC… impossible de parler d’une pression inédite, pour l’une des Légendes de ce sport. Plus globalement, le pedigree des Racingmen est tel que miser sur leur manque d’expérience paraît illusoire. Contrairement à son compatriote (qui en compte deux), Rokocoko ne présente aucune Coupe William Webb Ellis à son palmarès… mais des états de service glorieux et une forme étincelante.

Joe Rokocoko est “venu pour ça“ 

Il a mis tant de temps à s’acclimater aux joutes hexagonales… Joe n’était que l’ombre de lui-même, lors de ses deux premières saisons à Bayonne. Pendant un an et demi, plus précisément. En effet, le 16 février 2013, il renaît au Stade Yves-du-Manoir, en marquant enfin un essai sous ses nouvelles couleurs, face à son futur club : le Racing. A partir de cette réalisation, il entame sa résurrection et devient l’un des chouchous du Stade Jean-Dauger, notamment grâce à son repositionnement au centre. Il participe au jeu, en devient un leader, et retrouve son instinct de finisseur (19 essais pour l’AB ). Aujourd’hui replacé à l’aile, bien que, selon ses propres dires “(s)on fils court plus vite que (lui)”, il brille par sa justesse tactique. Même lorsqu’il est amené à jouer au pompier de service en n° 12 (alors que c’est en 13 que s’exprimait plutôt sa polyvalence) : il répond présent. Rokocoko était “venu pour ça“, pour jouer de tels matchs, pour prouver qu’à 32 ans, moins véloce qu’avant, il est toujours capable de remplir des objectifs sportifs élevés. Non, il n’est pas venu en France en retraite anticipée.

Revanche dans l’air 

Il était encore à l’Aviron Bayonnais l’an passé : le nom des Saracens ne rime pour lui avec aucun souvenir douloureux. Tous ses coéquipiers ne peuvent en dire autant. L’enjeu d’une première victoire européenne prendra, certainement, le pas sur tout autre sentiment… mais, plusieurs joueurs du Racing auront peut-être dans un coin de leur tête, un compte à régler avec leurs vis-à-vis. En effet, la saison dernière, les Sarries avaient éliminé les Franciliens, à Colombes, à l’issue d’un quart de finale très serré (12-11) et d’une cruelle décision de Nigel Owens (il avait pénalisé Fabrice Metz, pour un déblayage illicite, à 10 secondes de la fin, alors que le Racing menait 11-9). Comme un clin d’œil cynique : c’est ce même Nigel Owens qui arbitrera cette finale au parfum de revanche.

Depuis 2013, les Saracens sont – avec Clermont – les plus sérieux challengers du roi varois, leur présence continue dans le dernier carré de la grande coupe d’Europe coïncidant avec le règne Toulonnais. Un règne auquel le Racing 92 a mis fin.

Qui succédera au RCT : son bourreau ou l’un de ses ex-dauphins ?

Simon Farvacque 

Sources :

http://www.itsrugby.fr/joueur-2890.html

http://www.lnr.fr/rugby-top-14

http://www.saracens.com/news-article/itoje-and-kruis-extend-saracens-deals

Publié le 30.04.2016

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