XV de France : Ca a mal “tournée”
Photo Panoramic

XV de France : Ca a mal “tournée”

Il est des scénarios qui se répètent encore et encore. Comme une histoire sans fin, sans issue. Pourtant, l’ambition était là, les joueurs se disaient prêts, le staff confiant. L’espoir fait vivre, la réalité sur le terrain est tout autre.

Objectif de la tournée : trois victoires. Trois victoires qui se sont converties en défaites. Dans cette quête finalement déchue, Guy Novès et son staff avaient concocté un groupe remanié face aux nombreuses blessures de leurs joueurs cadres. Sous les feux des projecteurs, des jeunes aux cotés de joueurs peu expérimentés. Les individualités de chacun mis au profit du collectif devaient mener à une équipe compétitive et de qualité. Résultat ? Une équipe attentiste, dépassée, sans solutions, n’arrivant pas à mettre en place en jeu plaisant, et ce pendant toute la durée de la tournée.

Acte 1-Scène 1 : France VS Nouvelle-Zélande, Stade de France

C’est dans un stade plein que les joueurs s’élancent face caméras pour livrer bataille. Un combat qui s’annonce rude face à des All Blacks difficiles à battre. Les hymnes résonnent, le Haka retentit. Les Bleus ne semblent pas plus impressionnés. Et pourtant, ils seront tout au long de la rencontre l’ombre d’eux-mêmes. Des Bleus hagards et attentistes, spectateurs des Blacks.

Les Néo-Zélandais débloquent rapidement leur compteur : ils ouvrent le score avec un essai à la huitième minute. Déjà 0-7. Ils viennent planter le décor d’une rencontre qui s’annonce compliquée pour les Tricolores.

Les minutes s’écoulent, le match tourne toujours à l’avantage des Blacks: pénalité et nouvel essai transformé, le tableau d’affichage indique alors 0-17. L’équipe de France réagit tout de même avec un essai de Teddy Thomas. Essai non transformé, mais l’espoir revient et laisse entrevoir un sursaut d’orgueil des Français. En vain, les Blacks enfoncent le clou et viennent anéantir tout espoir de victoire avec deux nouveaux essais avant la mi-temps. Ils mènent alors 31 à 15.

Au retour des vestiaires, les hommes de Guy Novès réagissent, ils essayent, tentent. Ils seront récompensés avec une pénalité dès l’entame de la seconde période. Puis, ils marqueront. Enfin, avec l’aide de Sonny-Bill Williams qui, sur une passe au pied d’Anthony Belleau, éjecte le ballon hors des limites du terrain, double sanction : carton jaune et essai de pénalité. Ensuite, la France ne cesse de défendre. Les Blacks trouvent une nouvelle fois la faille et marquent : 18-36. La fin de match est terrible, les score est là, l’échec aussi. Les joueurs ont semblé spectateurs : aucun n’ a été capable de faire basculer le match à l’exception peut-être d’Antoine Dupont auteur d’une bonne prestation.

Couper – Action

Cette fois, c’est à Lyon que le XV de France a rendez-vous avec la Nouvelle-Zélande. Une nouvelle équipe pour un match de gala un jour de semaine. Sans enjeu donc. A part celui de retrouver la gagne, la victoire avec la manière.

Les joueurs entrent en scène en quête d’un succès. Ces Bleus montrer un autre visage que ceux qui ont défié les Blacks quatre jours auparavant : plus déterminés, plus soudés aussi, mais surtout qui jouent dans l’avancée. Toutefois, ce sont les hommes en noirs qui scorent en premier. La réaction des Tricolores ne tarde pas : après un beau mouvement collectif, Gabriel Lacroix vient aplatir derrière l’en-but. L’équipe de France revient à hauteur.

Les Néo-Z répondent aussitôt et prennent un peu plus le large. C’est sans compter sur la rapidité de Gabriel Lacroix qui intercepte le ballon et fille dans l’en-but 80 mètres plus loin : un magnifique essai qui remet les Bleus dans la course.

Les Tricolores rentrent même au vestiaire avec un point d’avance. Mais en seconde période, ils n’avancent plus, ils essayent pourtant, jouent mais les Blacks sont bien plus forts. Ils inscrivent d’ailleurs deux essais en cinq minutes : 15-28. Le staff décide de faire rentrer du sang neuf, le banc se vide, le score ne bouge plus. Il faut attendre la 73ème minute pour voir Henry Chavancy marquer, et laisser l’illusion que l’histoire pourrait ne pas se répéter. Un seul essai manque au XV de France pour espérer remporter le match. Un seul essai, qui ne viendra jamais. La France concède une nouvelle défaite.

Bis repetita

Une semaine après l’échec face aux Blacks, au casting d’une distribution Made in XV de France, les acteurs restent les mêmes. Une seconde chance, histoire de pouvoir se racheter. De montrer un autre visage, celui d’une équipe déterminée capable d’affronter les plus grands.

Déterminés et plus combatifs, les joueurs le sont. Ce qui n’empêche pas leur adversaire de marquer d’entrée de jeu : 0-8. Les Sud-Africains sont beaucoup plus réalistes, ils assomment les Bleus, certains sont contraints à sortir. Mais l’envie est là : Anthony Belleau réussit à conclure un mouvement collectif approximatif et marque son premier essai : 7-8.

Les Bleus filent au vestiaire avec encore l’espoir de créer la surprise. A  la reprise, ils passent devant au tableau d’affichage. L’espoir renait, mais le rugby français devient illisible : fautes en pagaille, répétitions de passes approximatives et mauvais choix. Sans grande conséquence jusqu’à ce tirage de maillot de Baptiste Serin. Dix minutes au chaud, et les Springboks repassent devant. A son retour sur le terrain, il marque : 17-18. Encore quatre minutes à jouer. Quatre minutes, bien trop court pour que les Boks rentrent à la maison sans victoire. Les Bleus s’inclinent, une fois de plus, une fois de trop pour un public qui se lasse de voir une équipe échouer match après match.

Les joueurs français limitent la casse en perdant avec un point d’écart. Ils peuvent remercier Handré Pollard, buteur malheureux échouant à plusieurs reprises. L’arbitre aussi, qui, sur la faute de Baptiste Serin aurait pu accorder un essai de pénalité. Les Bleus devront se contenter de peu, il ne leur reste plus qu’un match, un seul pour sauver la tournée et redorer le blason d’une équipe qui ne fait plus rêver personne.

En avant-première

A Nanterre, la UAena accueille les protagonistes d’un dernier épisode qui se doit de sauver l’honneur. A l’affiche de ce France-Japon, de nouveaux Bleus : Gabriel Lacroix, Sekou Macalou et Henry Chavancy font leur entrée.

A priori le public venu découvrir ce “nouveau temple du rugby”, s’attendait à voir un match alliant jeu et essais sans effets spéciaux face à un adversaire nettement à la portée du XV de France. Le sport n’est pas une science exacte, loin de là.

Les Japonais ouvrent le score en premier, déjà dans la construction d’un jeu qu’ils ne cesseront de développer au cours de la rencontre. Vitesse, rapidité, jeu à la main, gestes techniques, et voilà les Français déjà à la peine.

Ils reviennent toutefois à hauteur avec une pénalité de François Trinh-Duc. Puis Rabah Slimani est à la conclusion d’un mouvement plus ou moins construit, le XV de France passe pour la première fois de la rencontre devant juste avant la mi-temps. Mais pas pour longtemps.

A la pause, la Coupe Webb Ellis est, elle aussi, venue découvrir cette salle. Jeu de lumière et stade plongé dans le noir pour une Coupe qui vient célébrer l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde 2023 en France. Elle laisse ensuite la place aux autres stars de la soirée, les Japonais.

Après seulement deux minutes de jeu, les hommes en rouge et blanc marquent de nouveau, les revoilà devant. La France continue de balbutier son rugby. Mais un éclair de génie laisse entrevoir une possible victoire : une magnifique passe au pied de François Trinh-Duc arrive à point nommé dans  les bras de Gabriel Lacroix qui marque, auteur quelques minutes plus tard d’une faute sanctionnée d’un carton jaune.

Puis, la France n’avance plus, elle recule sur chaque impact. Avec une défense à reculons, sans grande agressivité, les Japonais en profitent. Dominateurs, ils le sont, marqueurs aussi. Alors que la France avait inscrit trois points supplémentaires, le Japon recolle en score : 23-23. Il reste sept minutes pour créer l’exploit, les Japonais réussissent à tenir en échec le XV de France encore une fois dépassé par l’évènement. La raison : le terrain synthétique ? La luminosité ? La première dans ce “stade” ? Ou un manque cruel de jeu ? En tout cas, le Japon est venu, à jouer et à “gagner”. Le score, écrit sur le plus grand écran, annonce la fin d’une tournée catastrophique, aux allures de néant. Venant aussi sceller l’issue d’une rencontre finalement à sens unique, celui de la défaite.

Il est des tournées qui ne ressemblent à aucune autre, celle-ci a comme un air de juin sans victoire. Scénario triste, sans artifices ni suspense. La défaite face aux All Blacks, fatalité, devait faire réagir les Bleus qui ont peiné face aux Sudaf. Ils proposent même un remake de France-Nouvelle-Zélande enregistré deux semaines plus tôt face aux Japonais.

Aux yeux du monde, le France n’est plus une grande nation. Cette tournée confirme le sentiment d’impuissance des Tricolores. Pâles, sans jeu, attentistes. Difficile de croire que cette équipe sera apte à rivaliser dans le Tournoi de VI Nations en février. Réponse au prochain épisode.

  1. avatar
    30 novembre 2017 a 17 h 07 min
    Par Cullen

    Plus grand-chose à dire, cette Tournée n’a fait que confirmer ce qu’on savait déjà. Aujourd’hui les maux sont profonds et comme on se voile la face depuis 2011 et cette finale en trompe l’œil, on n’a rien fait ou presque pour enrayer le phénomène. Pour 2019 c’est cuit il faudra compter sur notre bonne étoile pour battre l’Argentine (l’Angleterre il faudra bien plus que ça…) et atteindre les quarts mais ne rêvons pas, on ne fera pas mieux. Et comme on a obtenu l’organisation de la Coupe du Monde 2023, autant s’y préparer pleinement pour y faire bonne figure quitte à faire une croix sur le Mondial japonais. Pour ça, on connait plus ou moins les remèdes (moins d’étrangers en Top 14, refonte du calendrier, mise à disposition des internationaux plus fréquente) mais pour le long terme, c’est à la formation dans son ensemble qu’il faut s’attaquer, en changeant notre vision archaïque et rétrograde du jeu. Quant à Guy Novès, je ne connais pas sa part de responsabilité, certainement infime, même si en choisissant Yannick Bru pour entrainer les avants, il a fait selon loi une grosse erreur. Certains réclament aujourd’hui l’arrivée d’un coach étranger à la tête des Bleus (Woodward, Cotter) alors pourquoi pas, ça changerait un peu les mentalités, mais encore une fois, ne soyons pas naïfs, les résultats (et la manière) ne changeront pas sans de grandes réformes en profondeur. 2 articles en compléments, l’un sur ces fameuses Tournées http://yourzone.beinsports.fr/rugby-equipe-de-france-all-blacks-les-tournees-ont-elles-encore-du-sens-120196/ l’autre sur le mesures à prendre pour s’en sortir http://yourzone.beinsports.fr/rugby-xv-de-france-post-coupe-monde-un-champ-de-ruines-98652/

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