La Roma : une saison d’exception
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La Roma : une saison d’exception

Personne ne croyait en eux. Ils devaient finir hors du podium de Serie A. Ils ne devaient pas passer les poules de Ligue des Champions. Finalement, ils ont fait l'une des plus belles saisons de leur histoire.

Des éléments contraires

Au départ de la saison, le doute régnait sur la capitale italienne. Un nouveau coach, Eusebio Di Francesco, peu habitué au haut niveau, venait d’arriver. Un nouveau directeur sportif, avec un CV plus complet, débarquait lui aussi en la personne de Monchi. Et surtout, la Roma avait perdu son guide, Francesco Totti, et semblait arriver en bout de cycle, après quatre saisons à courir après la Juventus sans jamais pouvoir la rattraper.

Pour respecter le fair-play financier, le club romain avait même dû vendre certains de ses joueurs les plus prometteurs durant le mercato. L’Egyptien Mohamed Salah, l’Allemand Tony Rüdiger et l’Argentin Leandro Paredes étaient tous partis sous d’autres cieux.

Et les recrues n’ont pas été des plus clinquantes. Si l’arrivée de Pellegrini, Romain d’origine, a fait vibrer la corde sensible de certains supporters, les autres noms n’évoquaient pas d’énormes espoirs : Cengiz Under, Rick Karsdorp, Grégoire Defrel ou encore Hector Moreno et Maxime Gonalons. La seule folie, qui ressemblait alors à un coup de poker, fut l’arrivée surprise de Patrick Schick, recalé au dernier moment par la Juve lors de la visite médicale.

Globalement, l’enthousiasme était modéré et les spécialistes prédisaient même une Roma qui sortirait du Top 4 de la Serie A. Rien de bien rassurant pour les fans de la Louve.

Pire encore, alors que la Roma avait déjà du mal à sortir des poules de Ligue des Champions, voilà que la tirage au sort la propulsait dans un groupe avec deux énormes épouvantails : l’Atletico Madrid et le Chelsea d’Antonio Conte. Là encore, au moment du tirage, les pronostics plaçaient la Roma en troisième position et donc éliminée de la plus grande compétition européenne.

Tout ce pessimisme autour du club a atteint son paroxysme quand, mené par l’ancien coach Romain Luciano Spalletti, l’Inter est venu s’imposer sur la pelouse de l’Olimpico à la fin du mois d’août. Il n’y avait alors plus de doute : la saison s’annonçait longue et difficile.

Les avis étaient cinglants : Di Francesco n’était pas le bon choix. Les recrues peinaient à s’imposer. Rien ne semblait s’assembler comme il le fallait.

Toujours y croire

Mais si le travail de Di Francesco sur le terrain pouvait parfois paraître inefficace, c’est dans les têtes des joueurs qu’il a réussi le plus grand des exploits. Petit à petit, ils se sont mis à croire en eux et à oublier que la Roma ne gagne (quasiment) jamais rien.

Ils ont démarré avec un nul d’anthologie sur la pelouse de Chelsea, à peine quatre jours après s’être inclinés à domicile face au Napoli. C’est là que tout a commencé à changer. La Roma enchaîne alors cinq matchs de suite sans encaisser de but et en passe trois aux Anglais lors du match retour, assurant quasiment sa qualification pour les huitièmes de finale de Ligue des Champions, et ce pour la première fois depuis 10 ans.

Malgré une défaite à Madrid et un passage à l’année 2018 très compliqué – la Roma n’a remporté aucune de ses 7 rencontres entre le 20 décembre et le 28 janvier -, quelque chose a changé. Ce n’était pas encore perceptible, et même l’obtention de la première place de la poule en coupe d’Europe n’était pas un gage de saison réussie.

Puis les choses se sont enchaînées. Grace à un extraordinaire Alisson Becker, sans aucun doute le meilleur Romain de la saison, la Louve s’est sortie du piège Donetsk au bénéfice d’un but inscrit par Under à l’extérieur.

En Serie A, même si elle est restée à distance du duo de tête, la Roma s’est solidement installée dans les places qualificatives pour la prochaine Ligue des Champions.

C’est alors que le tirage est arrivé : la Roma allait affronter le grand Barça.

D’une saison correcte à une année d’exception

Là encore, au moment du tirage, personne ne voyait la Roma gagnante. Les analyses tournaient autour d’une saison “déjà réussie” puisque le club avait franchi les poules et était arrivé au stade des quarts. Cette double confrontation avec les coéquipiers de Léo Messi ne devait être qu’une fête “finale”, un bonus, la cerise sur le gâteau. Personne ne croyait vraiment aux chances de la Roma. Et ce fut encore pire après le match aller, lorsque le Barça, sans forcer, réussit à s’imposer 4-1, ne laissant quasiment aucune chance à une qualification romaine.

Et pourtant, ce soir du 10 avril fut la plus belle soirée de football à Rome depuis près de 20 ans.

Alors que plus personne ne croyait en eux, ni les supporters, ni les analystes, ni même les médias locaux, les joueurs, gonflés à bloc par Eusebio Di Francesco, ont remonté leur déficit en s’imposant 3-0, faisant preuve d’une confiance et d’un mental hors norme.

Ils ont réalisé l’un des plus grands exploits de l’histoire du football italien et propulsé la saison de la Roma dans l’irréel. Un an après les larmes pour les adieux de Totti, les supporters pleuraient de joie pour une tête de Manolas.

Personne n’attendait ça d’eux. Personne ne croyait en eux. Et pourtant, ils l’ont fait.

Entrer dans l’histoire

Pour certains grands clubs européens, participer à une demi-finale de coupe d’Europe est monnaie courante. Pour un club comme la Roma, habitué aux places d’honneur et au rôle de “sparring partner” en Europe, c’est au-delà de l’incroyable.

Pour la première fois depuis la triste finale de 1984, le club y est parvenu. Et avec la manière. Si l’échec en demi face à Liverpool vient donner une fin amère à cette épopée, cette équipe est entrée dans le cœur de ses supporters… et dans surtout dans l’histoire.

A Rome, les gens vibrent plus par les émotions que par les résultats. A Rome, on vénère encore Agostino Di Bartolomei, capitaine malheureux lors de la finale perdue de 1984. Alors, il n’est pas difficile de comprendre que la tête de Kostas Manolas a été vécue comme une victoire totale, une explosion d’émotions comme le club de la Capitale en connaît trop peu.

Au final, les émotions apportées par l’épopée européenne compenseront le manque de compétitivité en Serie A, où l’essentiel a été atteint puisque la Roma s’est qualifiée pour la prochaine Ligue des Champions.

Le recrutement moyen de l’été est déjà oublié, les échecs et demi-réussites étant éclipsés par l’éclosion du talent de Cengiz Under.

Di Francesco, lui, critiqué et rabaissé en début de saison, a gagné de l’estime, du temps et du crédit.

La Roma se met maintenant à rêver. Et Monchi a tracé les contours de son projet. Fini le romantisme total, maintenant il veut gagner des titres. C’est là que le plus dur arrive dans un championnat ultra-dominé par la Juventus, qui semble toujours avoir des années d’avance sur ses concurrents.

Mais cet été, avec les rentrées inattendues d’argent, Rome n’est plus obligée de vendre. Et sera enfin en position de force dans les négociations. De quoi espérer des renforts pour peut-être, enfin, retrouver la joie de remporter la Serie A.

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