Légalisation du MMA en France, ça coince encore
Photo Panoramic

Légalisation du MMA en France, ça coince encore

Malgré l’essor de la discipline dans l’hexagone et la nomination de Laura Flessel au ministère des sports, le MMA ne semble pas encore prêt à être officiellement reconnu en France. Des solutions devront toutefois être trouvées à terme face à un sport qui ne cesse de se développer.

Une interdiction qui perdure

Jugés trop violents ou encore trop éloignés de l’esprit sportif, les arts martiaux mixtes (MMA) s’imposent pourtant dans la pratique sportive des Français. Aujourd’hui, ils sont entre 30 000 et 50 000 pratiquants, répartis dans quelques centaines de clubs. Tous ont un point en commun : leur sport est interdit. Du moins, pas officiellement reconnu.

Les compétitions officielles sont proscrites, mais pas la pratique en tant que « loisir ». Cette interdiction est presque une particularité française. En Europe, seule la Norvège interdit encore le MMA. Mais avec la montée en puissance de l’UFC (Ultimate Fighting Championship), qui par ricochets ne cesse d’attirer les curieux dans les salles, difficile pour le gouvernement d’esquiver trop longtemps une telle situation.

Une situation encore bloquée

En 2016 déjà, l’ex-secrétaire d’Etat chargé des Sports Thierry Braillard s’était opposé à la pratique de la discipline. Raisons invoquées, les combats se déroulent dans une cage et autorisent les coups au sol. Un arrêté ministériel avait même été publié, interdisant formellement ce genre d’affrontements. Or, dans le même temps, un autre rapport avait été établi par des parlementaires en faveur de la légalisation du MMA. Un imbroglio qui démontre toute la complexité du dossier, d’autant plus qu’aucune suite n’a depuis vu le jour… ou presque.

« Le gouvernement nous prend pour des idiots », déclarait d’ailleurs pour RFI Bertrand Amoussou, président de la commission française de MMA, au lendemain de l’arrêté ministériel. La nomination de Laura Flessel comme ministre des sports dans le gouvernement Philipe semblait toutefois pouvoir changer la donne. L’ancienne escrimeuse est une pratiquante de la discipline et a récemment déclaré qu’il était « impossible de rester dans le statu quo ».

« Un refuge pour djihadistes »

Mais les pressions semblent encore trop fortes pour une légalisation rapide. Face à ce sport qui dérange et progresse peu à peu, la fédération française de judo est montée plus d’une fois au créneau. Son président Jean-Luc Rougé a même déclaré que le MMA n’était rien d’autre qu’une « invention pour faire du business » ou encore « un refuge pour djihadistes » dans un entretien accordé à l’AFP en janvier 2015.

Pour Michel Garcia, champion d’Europe de MMA en 2007 et aujourd’hui fondateur de la salle « Dynamite Center », le problème devrait être géré autrement que dans le conflit. « Le judo est très structuré chez nous, plutôt que d’être en opposition avec le MMA, pourquoi la fédération ne pourrait-elle pas l’encadrer ? » Un modèle qui pourrait convenir à tous, mais qui ne semble pas pouvoir aboutir dans l’immédiat. Selon l’Equipe, le ministère des sports attend les résultats d’un observatoire avant de se positionner officiellement sur le sujet.

Une légalisation pour changer les mentalités

Après tout, la légalisation ne devient-elle pas anecdotique ? Car même si le MMA n’est pas officiellement reconnu en France, rien ne semble pouvoir empêcher son développement. Le nombre de pratiquants ne cesse de croitre et l’UFC compte même quelques représentants français. Ces combattants font notamment une plus grande publicité pour les arts martiaux mixtes dans l’hexagone. Le dernier combat d’un jeune Français, Tom Duquesnoy, a même été diffusé en live Facebook par l’organisation elle-même. Un message fort envoyé aux fans quand on sait qu’un évènement en « Pay Per View » peut coûter jusqu’à 80 dollars aux Etats-Unis.

Malgré cette avancée plus ou moins sauvage, la légalisation aurait forcément un effet bénéfique. « Le fait que ce ne soit pas légalisé bloque tout de même l’approche d’une majorité de gens. Encore plus de personnes feraient un pas vers l’inscription et la découverte de ce sport » affirme l’ancien champion d’Europe.

Une reconnaissance quasi vitale pour les professionnels

Si une reconnaissance permettrait d’élargir encore l’accessibilité au plus grand nombre, les combattants professionnels seraient aussi gagnants. Aujourd’hui obligés de traverser les frontières pour une compétition ou pour s’entrainer, difficile pour eux d’évoluer dans les meilleures conditions. Jeune professionnel, Vianney Malezieux compte deux combats à son actif. Tous ont été disputés en Suisse. « Les voyages sont souvent longs et à nos frais. Je n’ai jamais pu faire un seul combat de MMA en étant jeune. Si les compétitions étaient autorisées, les combattants pourraient acquérir une plus grande expérience et avoir un meilleur niveau. »

Nul doute, le combat pour la reconnaissance du MMA nécessitera encore plusieurs rounds. La ministre des sports est plus que jamais attendue sur le sujet. Le chronomètre est déjà lancé.

Romain Boudon

  1. avatar
    5 décembre 2017 a 12 h 54 min

    Pour les plus curieux, voici une interview donnée par Jean-Luc Rougé au Parisien, où le président s’explique notamment sur ses mots prononcés à l’AFP :http://www.leparisien.fr/sports/autres/judo-jean-luc-rouge-les-arts-martiaux-sont-des-refuges-pour-jihadistes-25-06-2015-4893127.php

  2. avatar
    5 décembre 2017 a 16 h 24 min

    Personnellement je ne suis pas un grand fan car effectivement certains combats sont assez violents, mais ce n’est pas nécessairement pire que la boxe au niveau des coups répétés à la tête qui on le sait maintenant posent de graves problèmes à long terme.

    En AMM il peut y avoir de longues phases de lutte sans qu’aucun coup de soit porté.

    D’autre part le principal avantage des AMM est que l’UFC est la seule organisation majeure. Par conséquent tous les meilleurs combattants s’y retrouvent, et l’UFC force les meilleurs à s’affronter, donc les fans ont droit aux meilleurs combat au sommet.

    Ceci contraste avec la boxe notamment, où il y a 4 organisations majeures, et où les champions sont plus intéressés à moneyer leur ceinture en affrontant des boxeurs de seconde zone et en évitant les challengers les plus dangereux.

    Pour la situation des athlètes français, je me souviens entre autres de Francis Carmont qui s’entrainait à Montréal à une époque.

    Évidemment ici au Québec nous sommes extrêmement fier de Georges St-Pierre.

Répondre à Fabrice Baro Annuler la réponse.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter