Sport, dopage et corruption : la rançon du succès

L’avenir du sport est-il menacé ? Pour les amoureux du sport, cette année 2013 suscite colère et indignation. A la Une, les aveux de l’ex-coureur cycliste américain Lance Armstrong déballés le 22 janvier 2013 et les allégations de dopage qui touchent le monde de l’athlétisme mi-juillet ont fait naître un sombre spectre sur l’avenir du sport dans la perspective des prochains Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver à Sotchi.

Ils nous avaient habitué à la performance, à l’exploit et au spectacle mais Lance Armstrong, Marion Jones, Floyd Landis et les autres ont laissé derrière eux une image ternie du sport de haut niveau. Au placard l’excellence sportive et les scènes d’exultations lors de victoires remarquables, désormais le sport rime avec débâcle. La raison : l’appât du gain.

Représentant des investissements pour les « sponsors », les sportifs de haut niveau sont devenus de vulgaires marchandises au lieu d’être de véritables professionnels, luttant pour une carrière sportive fructueuse. Une fois pris par la patrouille, les sanctions sont peu dissuasives au regard des dommages et bavures créés dans la sphère sportive.

La valeur sportive s’est progressivement transformée en valeur monétaire. Pour illustrer ce phénomène paradoxal, un seul exemple : on évalue à plusieurs milliers de dollars chaque centimètre au-dessus des six mètres franchis par le sauteur à la perche ukrainien Sergei Bubka. Cette situation perverse engendre évidemment des réseaux de corruption. Les dérives mafieuses inondent le milieu sportif ces dernières années, le dopage en est un symptôme. Principal débat, le dopage soulève de multiples questions et préoccupations.

Depuis une dizaine d’années, le phénomène alarme les autorités sportives et s’intensifie sans que l’on puisse y mettre un terme en adoptant des solutions rigoureuses et par des sanctions adaptées. Depuis quelques années, le nombre d’athlètes soupçonnés de dopage est en constante augmentation. Selon le CIO, les fioles de test anti-dopage sont conservées durant huit ans, ce qui permet même neuf ans après de démasquer les tricheurs. Ainsi le Comité International Olympique a retiré à quatre athlètes des Jeux Olympiques d’Athènes leur titre après la découverte de substances illicites.

La première préoccupation concerne les laboratoires clandestins ou supposés comme tels en relation directe avec les produits. Les laboratoires, comme le néerlandais Affymax pour ne citer que celui-là, qui fabriquent les produits dopants dissimulés dans le corps des athlètes, conservent leur avance sur les Agences de contrôle. D’autre part, les investissements financiers sur les produits dopants sont en constante augmentation, contrairement à ceux sur les contrôles. Certains experts avancent même que les institutions sportives internationales sont incapables aujourd’hui de considérer le problème comme prioritaire et de mobiliser les moyens nécessaires à la création d’agences de contrôle antidopage modernes, performantes et indépendantes.

De l’aveu même du Président de la FIFA, Joseph S. Blatter, il y a de la tricherie dans le monde du football comme dans toutes les activités de la vie humaine. Ce débat serait-il moins prioritaire que celui des grosses sommes d’argent d’origines diverses ? Droits de télévision, droits publicitaires, « sponsoring » ? C’est encore là que survient la seconde dérive. L’exemple le plus probant est le vote en faveur du Qatar pour l’organisation de la Coupe du Monde de football en 2022. Des soupçons sont ciblés sur les votes de certaines délégations européennes, africaines. Il ne suffit plus d’avoir les compétences sportives pour prétendre à l’organisation des jeux, il faut surtout être un pays riche.

Les instances sportives doivent prendre leurs responsabilités et ériger des règles strictes de contrôle et des sanctions d’exclusions définitives de tout sportif coupable de violation. Il faut des précisions claires dans les budgets d’organisation des jeux, spécifiant et clarifiant les origines des fonds qui interviennent dans les compétitions sportives en général. Il faut revenir aux valeurs fondamentales du sport qui tiennent compte des limites physiologiques de l’humain. Plus haut, plus vite, plus fort mais sans érythropoïétine, sans produit -comme le faisaient les athlètes des pays de l’est dans les années 1950- l’année qui précède les grands rendez-vous sportifs et sans injection de testostérone élaborée. L’important est de participer pour reprendre l’expression du baron Pierre de Coubertin. Tout comme il est important d’organiser les jeux pour autre chose que le pactole.

A un an des jeux d’hiver de Sotchi, les préparatifs s’accélèrent et le budget prévu initialement pour l’organisation est semble-t-il largement dépassé. Dans un pays où le respect des droits de l’homme est une imagination de l’occident, on sera tenté certainement de redorer le blason d’une façon ou d’une autre. Espérons que les performances des athlètes seront à visage humain et ne seront pas les résultats des recherches bio-informatique dignes de celles du Docteur Mengele.

  1. avatar
    11 août 2013 a 16 h 39 min

    C’est ce qui s’appelle un article à charge ! Si l’auteur n’aime pas le sport pro, à quoi cela sert-il de s’y intéresser ?

    En plus, je ne vois pas en quoi le Qatar n’a pas les “compétences sportives” pour accueillir la Coupe du monde de la FIFA. A moins que les “compétences sportives” ne désignent la qualité des sportifs nés dans ce coin de désert (parce qu’il y a de bons footballeurs et fondeurs naturalisés) et l’engouement du public local : en ce cas, oui, le Qatar est à la ramasse. Sinon les stades sont déjà beaux et l’organisation frôlera le parfait, aucun doute. Mais, oui, le Laos ou la Somalie ne sont pas prêts d’organiser la Coupe du monde de la FIFA ! Par contre, le Maroc est bien placé pour 2026… Et puis, jamais un pays pauvre n’a organisé cette compétition (c’est d’ailleurs pour des problèmes de trésorerie que la Colombie a dû se désister pour l’organisation de l’édition 1986 qui lui avait été confiée). Quant à la corruption et aux manipulations, endémiques au sein de la FIFA, ce n’est pas le Qatar qui les a inventées. Mais, d’un point de vue documentaire, la FIFA reste une institution très ouverte. Et les manipulations, le dopage et tout le toutim n’empêchèrent pas les éditions 1950, 1970 ou 1998 d’être superbes !

    Quant à punir à vie le “sportif coupable de violation”, faut aller doucement ! Dans quel domaine applique-t-on une si sévère punition ? Pourquoi un tel rigorisme pour le sport pro ? Si je viens bourré au travail, est-ce qu’on doit m’interdire à vie d’exercer ma profession ? Et puis, clarifier les fonds dans le domaine du sport pro, moi je veux bien, mais il y a d’autres priorités : l’opacité des comptes publics me semble plus alarmante et sa clarification plus urgente.

    Coubertin n’a, sans doute, jamais prononcer cette phrase qu’on lui prête si souvent. Pas plus qu’il ne fut un dogmatique de l’amateurisme (voir l’organisation des Jeux de Paris en 1900, par exemple).

    Et puis, je suis sûr qu’il y a beaucoup des morts d’Auschwitz qui aurait bien voulu avoir affaire à Leinders, Ferrari ou Rijckaert plutôt qu’à Mengele…

    • avatar
      12 août 2013 a 12 h 13 min
      Par Nonvignon Fanny

      Je suis une ancienne athlète donc évidemment que j’aime le sport seulement je suis juste blasé de voir certains sports dénaturés et salis voilà tout !

  2. avatar
    26 août 2013 a 3 h 14 min
    Par Milène

    Ah ah, j’aime bien la référence à un célèbre médecin Nazi . Merci Fanny pour cet article. L’athlétisme a été victime ces dernières semaines d’une chasse au dopage prolifique et inquiétante. La performance doit résider dans le travail ardu et dans l’éthique et non pas dans l’usage de produits qui en plus de ternir l’image du sport, sont de vrais dangers pour la santé. What comes easy won’t last. What lasts won’t come easy. La performance en soit n’est pas le problème, les moyens pour y parvenir en revanche…La recherche de performance aux sports faits à un niveau compétitif est légitime, puisque l’excellence est le moteur de tout dépassement de soi. Ce dépassement de soi doit cependant avoir un visage humain synonyme d’un corps et d’un mental qui ont été poussé au delà de leurs limites. Espérons que les générations actuelles et futures comprennent le sens de la fierté et de l’accomplissement.

    @Nicolas, le but de l’article est de dénoncer le dopage dans le sport. Je ne vois pas en quoi l’auteur est contre le sport professionnel. Qui plus est, le Qatar n’est pas un pays de foot. Il est super de donner la possibilité aux pays de ce genre d’organiser des compétitions d’envergure. Cependant, plusieurs sont d’accord pour souligner le lobby Qatari (notamment par le financement d’équipe tel que le PSG, ou l’apport de sponsor à des gros clubs, un peu partout dans le monde.). Il ne sers à rien de faire l’autruche en refusant de voir cette réalité et en accusant toute personne qui en parle d’être contre le sport professionnel.

  3. avatar
    26 janvier 2015 a 20 h 08 min
    Par Leslie

    Moi qui ne m’intéresse pas énormément au sport force est de constater que l’avènement du Dopage dans nos contrées m’a poussé à y jeter un coup d’œil. Les frasques de plus en plus remarquées de certains sportifs arrivent parfois à éclipser les performances et la beauté d’exploits portés par d’honnêtes passionnés. Il est évident qu’aujourd’hui la nature même du sport a été dénaturée. Il n’y a vraiment rien à ajouter. C’est triste mais cet article tranchant pointe très bien le principal problème: l’appât du gain. Peut être que quand les autorités compétentes se seront décidées à arrêter de jouer aux timides par peur de toucher au domaine sacré que constitue le Sport, de vraies sanctions seront prises. Merci à l’auteur !

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