Stats avancées : le virage prudent de la NHL
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Stats avancées : le virage prudent de la NHL

Un bon manager est prêt à tout pour voir son équipe au sommet. En 2002, Billy Beane, le gérant de l'équipe de baseball des Oakland A's, se tourne vers les statistiques avancées pour monter une équipe compétitive malgré des finances limitées. Les résultats surprenants des A's ont donné une certaine crédibilité à cette nouvelle approche. Approche qui a bien sûr ses limites.

L‘intersaison qui s’achève en NHL dégage une tendance très nette : l’ouverture des clubs de hockey à l’utilisation des statistiques avancées. Les noms Tyler Dellow, Sunny Metha et Kyle Dubas n’évoquent pas grand chose chez les amateurs de hockey. Pourtant, ils figurent depuis cet été dans l’organigramme des Oilers, des Devils et des Maple Leafs. Leur rôle : apporter une nouvelle dimension à l’analyse de la performance des joueurs.

Brève description

Les stats avancées sont créées à partir des stats “grand public” (celles qu’on trouve sur le site officiel de la NHL) ; la plus populaire est le Corsi. Le Corsi se calcule de la sorte : “nombre de tirs dirigés vers le but adversaire (cadrés, non-cadrés, bloqués deviés)” – “nombre de tirs dirigés vers son propre but”. Ce calcul se fait seulement lorsque le joueur est sur la glace. Donc si Sidney Crosby termine son match avec un Corsi de +7, cela signifie que lui et les joueurs avec qui il a joué ont envoyé 7 tirs de plus que leurs adversaires lorsque Crosby évoluait sur la patinoire. Un peu complexe, mais pertinent.

Bien sûr cette utilisation massive des chiffres ne fait pas l’unanimité. Et heureusement ! Les limites sont rapidement visibles. Mesurer l’état mental d’un joueur ne peut pas se faire avec les stats avancées.

Il y a toujours un “mais”…

Dans un article publié sur le site du magazine The Hockey News le 13 juillet, 2 directeurs-gérants qui s’intéressent de près aux stats avancées expriment malgré tout leur prudence.

Les propriétaires des Devils du New Jersey possèdent aussi les Philadelphia Sixers en NBA. Ils utilisent les stats avancées dans le basketball et voudraient faire de même avec leur équipe de hockey. S’il n’est pas fermé à l’idée, le DG des Devils Lou Lamoriello met en avant le manque de marge de manœuvre : “on peut se retrouver paralysés avec les statistiques qui servent à analyser les joueurs” précise-t-il.

De son côté, Ken Holland (4 coupes Stanley en tant que gérant des Red Wings) a lui aussi fait part de son intérêt pour les analyses chiffrées. Il précise pourtant que celles-ci “n’ont pas une grande influence sur nos prises de décision”.

Les deux DG interrogés questionnent la fiabilité des chiffres quand ils sont utilisés dans le hockey. “Le baseball est plus noir ou blanc” souligne Holland en référence à l’expérience des A’s.

L’histoire de Billy Beane des A’s est d’ailleurs assez différente. L’équipe d’Oakland évolue dans une ligue qui n’impose pas de plafond salarial. Alors forcément, les petits marchés comme Oakland ont un net désavantage par rapport aux franchises comme les New York Yankees. D’où le titre complet du livre de Michael Lewis “Moneyball : The Art of Winning an Unfair Game” (“L’art de gagner un dans un sport inégalitaire”). Billy Beane utilise ce système pour optimiser ses dépenses et avoir l’équipe la plus compétitive avec les moyens dont il dispose.

La limite de l’approche Billy Beane

Comme cela est bien montré dans le film “Le Stratège” (tiré du livre de Lewis), l’approche des A’s ne fonctionne qu’à partir d’un certain nombre de matchs joués. “Notre échantillon est trop petit pour l’instant” dit le personnage Peter Brand au propriétaire des A’s alors que le début de saison de l’équipe fait craindre le pire.

Il faut savoir qu’une saison de MLB compte 162 matchs (contre 82 en NHL). Donc des résultats peuvent être visibles sur une saison complète. Mais lorsque qu’arrivent les playoffs, c’est une autre histoire. Depuis que les A’s ont adopté cette approche, ils n’ont gagné qu’une seule confrontation sur 6 (en 2006).

Conclusion

Dans le domaine sportif, les stats sont toujours intéressantes. Pour les “geeks” des chiffres, les stats avancées du style Corsi peuvent représenter une véritable mine d’or d’information. Les dirigeants du hockey regardent ça avec une certaine méfiance pour le moment. Ils ont raison. Ce qui est applicable au baseball ou au basket ne l’est pas forcément au hockey. Le degré d’incertitude est plus élevé dans ce sport, les statistiques sont donc moins fiables. D’où les sceptiques qui se font aussi entendre (autant dans le baseball et le hockey).

Même en Amérique du Nord où l’analyse quantitative est fortement imprégnée dans la culture (dans tous les domaines), l’utilisation des statistiques avancées fait des septiques.

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