Super League : Todd Carney, le “bad boy” au pays des dragons
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Super League : Todd Carney, le “bad boy” au pays des dragons

"The time has come", le 5 février la Super League reprend ses droits et l'attraction de cette saison se situe en France, avec l'arrivée de l'international australien Todd Carney au sein des Dragons Catalans.

60 minutes, 2 essais

Une petite heure, c’est le temps exact qu’il aura fallu au virtuose australien pour mettre les supporters catalans à ses pieds. Ce samedi, les dracs affrontaient le XIII Cathares (formation regroupant les meilleurs joueurs de l’AS Carcassonne, du FC Lézignan et du XIII Limouxin). Ce match était l’occasion d’enfin voir Todd Carney sous ses nouvelles couleurs. Numéro un sur le dos, aligné d’entrée de jeu, le demi d’ouverture n’aura pas eu besoin de beaucoup temps pour se remettre en jambes. Un jeu solide, une bonne vision, des combinaisons décisives, mais surtout deux essais avant qu’il ne se fasse remplacer à la 60ème minute sous les applaudissements du stade Albert Domec de Carcassonne.

Todd Carney, du prodige au terrible

827 points depuis ses débuts en pro. C’est avec cet affolant total qu’en septembre dernier le joueur de 28 ans signait son contrat de 3 ans avec les Dragons Catalans. En recrutant ce polyvalent rugbyman (pouvant jouer demi d’ouverture, demi de mêlée, voir arrière), le club français faisait alors un gros coup, un très gros coup même. Car Todd Carney n’est autre qu’une des pointures mondiales à son poste, sacré meilleur joueur de la National Rugby League et du monde en 2010. Étincelant, hors du commun, génie, depuis son arrivée dans le rugby pro à seulement 17 ans et une ascension plus que fulgurante, ce joueur n’a cessé de susciter l’admiration de tous. Mais un génie, dans toute l’extravagance que peut représenter ce terme, à ses parts plus ou moins grandes d’excentricité, de déraisonnable, d’insolite. Malheureusement chez Todd Carney, ce sont ces dernières qui ont construit le personnage, le menant du sommet aux déboires.

2004, à un an de la majorité, l’australien fait son arrivée dans le monde de la NRL sous le maillot des Raiders de Camberra. Moins de deux ans plus tard, en 2006, et quelques 19 essais inscrits, premier dérapage. Todd Carney est arrêté pour conduite en état d’ivresse et son permis lui est retiré pour cinq ans. L’année d’après, entre une dizaine de nouveaux essais, le rocambolesque Todd se retrouve mêlé à un accident de la route et sera arrêté pour délit de fuite.

2008-2009, première exclusion de la NRL, première descente aux enfers

2008, Todd Carney se retrouve de nouveau sur le devant de la scène pour avoir uriné sur une personne en boite de nuit. Face aux déboires de son joueur, Camberra décide tout de même de le garder. Le club lui impose un contrat comprenant de multiples conditions et obligations (notamment au niveau du comportement) qu’il refuse. Carney est alors banni de la NRL pour deux ans. C’est à cette époque qu’il tente une première fois de rejoindre la Super League à Huddersfield. Cependant, ses démêlés avec la justice l’empêchent d’obtenir un visa.

Sans club, l’australien continue de dériver et se fait de nouveau arrêter, cette fois-ci pour vandalisme. Néanmoins, il obtient une chance de retoucher au ballon avec l’autorisation de jouer dans le district du Cairn (Queensland) avec les Atherton Roosters. Le début d’une nouvelle vie ? Malheureusement non. Rien n’est jamais simple avec Carney et alors qu’il retrouve les terrains dans le nord de l’Australie, ce dernier se fera agresser par quatre hommes dont Nick Sliney (actuel joueur des London Broncos). Quelques mois plus tard, nouvelle interpellation, le demi d’ouverture aurait blessé un homme en mettant le feu à son pantalon. Mais aucune plainte n’est finalement déposée contre lui.

2010, l’apogée 

Malgré tout, un génie reste un génie et dans la catégorie des rugbymen de talent, Todd Carney côtoie les sommets. C’est ainsi qu’en 2010, alors que sa suspension de deux ans touche à sa fin, les Roosters de Sydney le signent pour trois ans. L’association Roosters-Carney est parfaite. Le plus grand club d’Australie et son talentueux maître à jouer étaient fait pour se rencontrer. Entouré de joueurs comme Mitchell Pearce ou Shaun Kenny-Dowall, l’australien renaît de ses cendres et inscrit plus de 200 points. Le bad boy de l’hémisphère sud est alors au top de son rugby, il sera sacré meilleur joueur de la NRL et du monde.

Au pays des kangourous, Todd Carney était le roi du ballon du ballon ovale. Alors que rien ne semblait l’arrêter, il entame la saison suivante sur les chapeaux de roues avant de se faire rattraper par ses vieux démons…

2012, direction les Sharks de Crunella-Sutherland

Accidents, alcool, trois fautes graves en à peine deux mois,… les Roosters de Sydney décident en 2011 de se séparer du joueur. Il rebondit alors aux Sharks avec à la clé un contrat de deux ans. Sous les ordres de Shane Flanagan, coach de l’équipe depuis 2010, tout se passe pour le mieux. Todd Carney mène son groupe en phase finale et s’incline face aux Raiders, club de ses débuts. Le demi d’ouverture continue de briller et est sélectionné au sein des New South Wales Blues dans le traditionnel State of Origin. Convoité par plusieurs équipes à la trêve, les Sharks le prolongent alors pour cinq nouvelles saisons en 2013.

2014, deuxième descente en enfer, la fin du joueur en NRL

Mais cette idylle envisagée sur le long terme n’est qu’une utopie. Le 29 juin 2014 le joueur est licencié de son club. La raison ? L’apparition sur les réseaux sociaux de la désormais célèbre mais néanmoins dramatique photo montrant le joueur s’urinant dans la bouche. Cet ultime revers est celui de trop. Jim Doyle, alors président de la NRL déclare qu’il serait “surpris si n’importe quel club montrait de l’intérêt en le signant compte tenu de son histoire mouvementée. Et que même si un club le faisait, ce serait improbable que la NRL soit d’accord pour l’inscrire.”

2015, l’aventure catalane

Sans club, sans ligue, sportivement parlant Todd Carney est au fond du gouffre. Il ne parvient d’ailleurs pas à rebondir dans la ligue japonaise. Les rigoureux clubs nippons, appartenant à des marques, refusent de le recruter compte tenu de son casier judiciaire mais également du trop grand nombre de tatouages sur sa peau. Cependant, il va tout de même susciter l’intérêt de nombreuses équipes de Super League mais également… de Top 14 selon Fox Sports et les dires de Bernard Guasch, président des Dragons Catalans. Mais c’est finalement dans le sud de la France, à Perpignan, que le tumultueux australien pose ses valises.

Son arrivée n’est pas sans rappeler celle de Greg Bird, autre kangaroo venu se racheter une conduite dans les terres catalanes. Christophe Jouffret, directeur général du club catalan, l’avait d’ailleurs souligné lors de l’annonce de la signature du joueur : “Nous avons avec succès accueilli Greg Bird par le passé qui, en proie à des problèmes extra-sportifs avant sa venue à Perpignan, est devenu après son passage chez nous le joueur exemplaire et brillant qu’il est aujourd’hui en NRL et avec l’équipe d’Australie. Avec un Todd à la manœuvre, notre équipe assurera le spectacle à Brutus et ailleurs pour le plus grand bonheur de nos supporters et partenaires.”

A 28 ans, cet exil sonne comme une des dernières lueurs d’espoir dans la carrière de Todd Carney qui a lui même déclaré que Perpignan serait sa dernière destination : “Dès que je m’installe, je vais apprendre le français (…) J’ai signé un contrat de trois ans et j’aimerais terminer ma carrière ici, aller au-delà de ces trois ans (…) Je vais vraiment entrer dans la culture de ce club et en faire ma maison pour le reste de ma carrière.”

Dans cet immense jeu qu’est le sport de haut niveau, les Dracs ont décidé de jouer à quitte ou double. Recruté un tel génie c’est avoir l’assurance du plus grand des spectacles. Mais sera-t-il en dehors ou sur le terrain ? L’avenir nous le dira.

1m84, 90 kg, 11 ans en pro, 827 points. Sur le papier, et avec l’autre recrutement de Willie Tonga ou le retour de Remy Casty, les Dragons seront plus que jamais une équipe à prendre au sérieux cette saison.

Après une demi-finale perdue la saison passée, les catalans pourront-ils rêver du titre de Super League cette saison ?

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