Tapie le caméléon, Mitterrand le sphinx, pieuvres du sport français (1981-1993)
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Tapie le caméléon, Mitterrand le sphinx, pieuvres du sport français (1981-1993)

Pendant les deux septennats de François Mitterrand, Bernard Tapie a été l’homme d’affaires le plus en vue de l’Hexagone, étendant son influence au microcosme sportif, dans le cyclisme d’abord avec deux victoires dans le Tour de France (Bernard Hinault en 1985, Greg LeMond en 1986) et une dans le Giro (Bernard Hinault en 1985) puis dans le football avec l’Olympique de Marseille (un titre de champion d’Europe en 1993, quatre titres de champion de France en 19089, 1990, 1991 et 1992, une Coupe de France en 1989). Quant au Président de la République, il fut en 1990-1991 la pierre angulaire du passage du Grand Prix de France de Formule 1 du Castellet au circuit de Nevers Magny-Cours … Tous les deux ont étendu leurs nombreuses tentacules jusqu’au microcosme sportif français entre 1981 et 1993.

Le début des années 80 fut une période faste pour François Mitterrand comme pour Bernard Tapie.

En mai 1981, l’Histoire a immortalisé cette photo du nouveau président de la République allant déposer une rose sur le parvis du Panthéon. Le 5 mai, le candidat socialiste avait tenu tête au président sortant Valéry Giscard d’Estaing, qui avait subi l’effet boomerang de l’homme du passé, qui lui était revenu en homme du passif ! Elu président de la République dimanche 10 mai 1981, Mitterrand fête sa victoire près de la place de la Bastille, fêtant avec son entourage la victoire en ayant fait privatiser le premier étage de la brasserie Bofinger.

Pour Bernard Tapie, 1982 est la date d’achat de l’ancien yacht d’Alain Colas, rebaptisé Phocéa. Ce bateau sera le symbole de la puissance du tycoon français, qui épouse le 23 mai 1987 Dominique Mialet – Damianos en Méditerranée, au large de Corfou.

Ancien vendeur de télévisions, issu d’un milieu modeste, Tapie rencontre le président de la République en 1987 par le publicitaire Jacques Séguéla, conseiller en communication de Mitterrand durant la campagne électorale de 1981.

En 1987, Tapie est déjà le businessman le plus flamboyant de France, et a réussi dans le cyclisme. En 1983, contacté durant ses vacances à Tahiti par la famille Beyl, Bernard Tapie reprend la société Look, fabriquant de fixations de ski depuis 1956, que Jean-Claude killy en personne utilisait durant sa carrière. Look est basée à Nevers, chef-lieu de la Nièvre et fief électoral de François Mitterrand. C’est là que son Ministre des Affaires Sociales, Pierre Bérégovoy, est élu maire en 1983.

Pour un franc symbolique, Tapie reprend 66 % des parts de Look, tandis que Pierre Bérégovoy intervient auprès de la CFDT, syndicat majoritaire chez Look, accepte que les salariés fassent des heures supplémentaires non rémunérées. Un espoir d’embellie intervient pour Look quand l’entreprise se lance dans la commercialisation de pédales automatiques pour le vélo, invention du fondateur Jean Beyl. Cela tombe bien, cela va motiver le transfert de Bernard Hinault dans la future équipe cycliste La Vie Claire pour 1984.

C’est par Jean de Gribaldy, dont Tapie sponsorisait en 1983 l’équipe Sem France Loire via sa marque de magasins bio La Vie Claire, que Bernard Hinault fait connaissance avec le spécialiste de la reprise à un franc symbolique.

Recruté par Tapie à prix d’or, le quadruple maillot jaune du Tour était en froid avec Cyrille Guimard chez Renault, son jeune coéquipier Laurent Fignon ayant explosé en gagnant la Grande Boucle en 1983, édition orpheline du Blaireau.

Le projet de pédale automatique motive autant le champion d’Yffiniac que renaître de ses cendres, tel le phénix. En février 1984, avec son coéquipier Alain Vigneron lui aussi transfuge de Renault, Bernard Hinault teste en exclusivité mondiale la pédale automatique Look.

“Avec le Blaireau, on a été les premiers au monde à essayer ces nouvelles pédales, rappelle Alain Vigneron. C’était en février 1984. J’ai tout de suite adopté le système. J’ai même reçu une prime pour ces essais : 10 0000 francs. Pour moi, ça équivalait à un mois de salaire.”

Dauphin de Laurent Fignon sur la Grande Boucle à l’été 1984, Bernard Hinault se retrouve écrasé par son cadet de six ans, terminant à 10’32’’ au classement général. Le constat est identique pour la Vie Claire, laminée sur le plan collectif par la formation Renault, avec douze succès d’étape contre un (celui d’Hinault dans le prologue).

En 1984, Tapie va une nouvelle fois utiliser la férule de Fignon à son avantage. Car le 3e de ce Tour de France 1984 n’est autre que le champion du monde en titre Greg LeMond, coéquipier de luxe de Fignon dans son maillot irisé.

Comme un an plus tôt avec Hinault avec le développement de la pédale automatique Look, Nanard fait un deal avec le coureur californien : joker d’Hinault en 1985, leader de la Vie Claire en 1986.

LeMond accepte d’autant plus qu’il signe un contrat record sur trois ans, pour un million de dollars, du jamais vu dans le cyclisme, sport de prolétaires …

Autour d’Hinault et LeMond, Tapie construit une véritable multinationale du cyclisme, une Dream Team, le Suisse Niki Ruttimann, le Canadien Steve Bauer, le Danois Kim Andersen ou encore l’Américain Andrew Hampsten, futur maillot rose du Giro en 1988 après la mythique étape du Gavia inondé de neige … Ces étrangers renforcent le noyau dur des anciens de Renault qui ont suivi Hinault dans l’aventure La Vie Claire : Charly Bérard, Maurice Le Guilloux et Alain Vigneron.

A l’époque, on ne voyait pas des hommes riches comme Crésus débarquer dans le sport, tels la famille Benetton et Dietrich Mäteschitz (Red Bull) en Formule 1, ou l’oligarque Roman Abramovitch dans le football …

Afin d’encadrer deux champions de l’envergure de Greg LeMond et Bernard Hinault, Tapie va chercher un directeur sportif à l’approche scientifique, Paul Koechli, ancien coureur professionnel et formateur à la Haute Ecole du sport de Macolin près de Berne. Le Suisse, qui utilisait déjà les ordinateurs, était partisan d’une nutrition contrôlée et de protocoles personnalisés.

Renault a humilié la Vie Claire en 1984, l’équipe de Cyrille Guimard va payer doublement l’absence de son leader Laurent Fignon, dont elle orpheline pour ce Tour de France 1985.
Ironie du sort, Fignon est blessé au tendon d’Achille, blessé comme Hinault trahi par son genou après ce deuxième maillot amarillo conquis de justesse au printemps 1983 sur la Vuelta.  Au départ du Tour de France 1985 à Plumelec, le Blaireau annonce la couleur à Charly Mottet (Renault) : Vous rentrerez à Paris sans rien. Parole tenue, le Losange ne gagne aucune étape tandis que le mieux classé des coureurs de Guimard au général est Marc Madiot, 26e à près de 34 minutes du maillot jaune, Bernard Hinault, celui dont on annonçait un peu trop vite l’inexorable déclin en 1984, pensant que le natif d’Yffiniac irait se retirer dans sa ferme de Calorguen … L’usure du pouvoir ne frappera jamais Hinault, seul champion cycliste qui avait programmé à l’avance sa sortie pour fin 1986.

Mais avant ce Tour de France 1985, le champion Hinault a repris confiance par une superbe victoire dans le Grand Prix des Nations à l’automne 1984, suivie d’un succès dans le Tour de Lombardie puis d’un autre avec Francesco Moser dans le trophée Baracchi.

En juillet 1985, l’affaire est vite pliée pour le Breton dans cette 72e édition au parfum particulier. Hégémonique dans le chrono de Strasbourg, faisant figure d’OVNI avec son matériel d’avant-garde, Hinault prend le maillot jaune sous les yeux du patron, Bernard Tapie. C’est ensuite l’hallali à Morzine Avoriaz en compagnie de l’escaladeur colombien Luis Herrera.

Dans l’étape suivante, vers Lans-en-Vercors, l’Histoire retient le passage du peloton devant le président de la République, François Mitterrand, qui prend les champions cyclistes en photo en compagnie de son chef de cabinet de l’époque, Jean Glavany et de Félix Lévitan.

En ce 10 juillet 1985, le septennat du président va basculer. A l’autre bout du monde, en baie d’Auckland, la DGSE fait couler le Rainbow Warrior, navire de l’organisation Greenpeace. Ce sera l’un des plus gros scandales de la présidence de François Mitterrand. L’opération est commanditée par le ministre de la Défense français Charles Hernu, avec l’autorisation explicite du président de la République, par laquelle les services secrets français sabordent le navire amiral de l’organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, à quai en Nouvelle-Zélande et paré à appareiller pour l’atoll de Mururoa (en Polynésie Française) afin de protester contre les essais nucléaires français. Le naufrage duRainbow Warrior fit un mort : Fernando Pereira, photographe, membre de l’équipage de Greenpeace.

Mais avant que l’affaire n’éclate, le Président est l’invité de Félix Lévitan sur la Grande Boucle, au kilomètre 224 d’une étape qui en compte 269 et qui sera remportée par le Colombien Fabio Parra, au lendemain de la victoire de son compatriote Luis Herrera à Avoriaz sur les hauteurs de Morzine. Parra, Herrera et Rafael Acevedo ont conclu un accord tacite avec Bernard Hinault, le quadruple maillot jaune parti vers la quête du Graal d’un cinquième : les Sud-Américains peuvent viser les étapes de montagne ainsi que le Grand Prix de la Montagne, tandis qu’Hinault a les coudées franches au classement général.

C’est donc au sommet de la côte de Monteau (là où Raymond Poulidor avait attaqué pour gagner le Critérium du Dauphiné Libéré en 1966) que François Mitterrand, en costume sable ce 10 juillet 1985, se positionne pour photographier à 15h27 le passage du peloton sans démagogie aucune de la part du premier personnage de l’Etat.

“Les contacts étaient établis depuis longtemps, raconta Félix Lévitan. Le Président souhaitait assister à un moment du Tour, mais il y eut beaucoup de contrordres, car il désirait dans le même temps effectuer un pèlerinage dans le Vercors, en compagnie de Richard Marrillier, qui joua un rôle important dans la Résistance. Et ce n’est, en définitive, qu’hier soir, que sa visite nous fut confirmée par téléphone.”

L’aréopage des journalistes suiveurs du cyclisme se souviennent de l’érudition de l’ancien avocat Mitterrand, qui discutaient après les critériums dans la salle du Vieux-Morvan à Château-Chinon. Le Vieux Morvan est un lieu important dans la vie et la carrière du quatrième Président de la Ve République.

En 1944 alors qu’il dirige son réseau de résistance en Bourgogne sous le nom de code « François Morland », il rencontre sa future épouse Danielle Gouze, résistante dans son réseau âgée de 17 ans et habitante de Cluny. Ils se réfugient à l’Hôtel Au Vieux Morvan de Château-Chinon, puis se marient à la libération en 1944. À partir de 1946, Mitterrand entreprend le rituel symbolique de l’ascension de la roche de Solutré près de Mâcon en mémoire de ses années de résistance en Bourgogne, chaque dimanche de Pentecôte. Cette même année, des amis résistants tels qu’Henri Queuille et le PDG fondateur de L’Oréal Eugène Schueller le convainquent de se présenter dans la Nièvre avec l’aide d’importants réseaux d’anciens amis résistants locaux et nationaux influents. Il devient à 30 ans le plus jeune ministre de France en tant que ministre des anciens combattants et des victimes de guerre en 1947. Il est élu député de la Nièvre de 1946 à 1958 puis de 1962 à 1981, sénateur de la Nièvre de 1959 à 1962, maire de Château-Chinon de 1959 à 1981, conseiller général puis président du conseil général de la Nièvre de 1964 à 1981.

Sans domicile à Château-Chinon, Mitterrand loue lors des nombreux séjours dans la Nièvre de sa vie, la chambre 15 de son passé de résistant de l’Hôtel Au Vieux Morvan, où il passe entre autres toutes ses soirées électorales, dont celle de son élection à la présidence française de 1981, avant de rejoindre la rue de Solférino dans le VIIe arrondissement de Paris (siège du Parti Socialiste), pendant que son entourage (dont Jack Lang et Paul Quilès) fête la victoire chez Bofinger, près de la place de la Bastille en ébullition.

C’est au Vieux Morvan que le candidat nouvellement élu avait donc parlé cyclisme tant de fois, lui qui avait connu le Vélodrome d’Hiver jadis. C’est la chaleur humaine du cyclisme que le Président est venu chercher en ce 10 juillet 1985 :Cette ferveur qui m’entoure, je la connais, car à 12 ou 13 ans, j’allais dans le nord de la France, dans les Flandres même, assister à des arrivées d’étape. J’ai vu gagner Leducq et Francis Pélissier, vous voyez que tout cela remonte à loin.

A 1930 et 1932 en effet pour les deux victoires finales d’André Leducq dans le Tour de France, André Leducq et ses 25 victoires d’étape que Bernard Hinault a égalé par son succès au contre-la-montre de Strasbourg, André Leducq qui fut le grand maillot jaune français pendant l’adolescence de François Mitterrand. Ce même François Mitterrand qui décorera Hinault de la Légion d’Honneur le 21 janvier 1986, quelques mois après Michel Platini en 1985, le footballeur star ayant aussi fait son entrée via son double de cire au musée Grévin.

La chute d’Hinault sur le cours Fauriel de Saint-Etienne relance involontairement le suspense de ce Tour de France 1985 promis à l’ogre d’Yffiniac. Blessé au nez, le maillot jaune souffre le martyr dans les Pyrénées où Greg LeMond pense à attaquer dans Luz Ardiden. Mais l’Américain se voit rappeler son devoir de super coéquipier par Paul Koechli

-  Je peux y aller ?

-  Non

Ensuite frustré et sans doute entretenu dans sa déception par les journalistes américains de CBS venus couvrir l’évènement, Greg LeMond a déjà les yeux tournés sur l’édition 1986. La passation de pouvoir a lieu au Lac de Vassivière, où LeMond gagne avec autorité le dernier chrono de cette édition 1985, annonçant ainsi son émergence implacable en vue de 1986.

Derrière Hinault, conséquence directe de l’ère Open décidée en 1983 par Félix Lévitan, on trouve quatre coureurs anglophones, l’Américain Greg LeMond, l’Irlandais Stephen Roche et Sean Kelly, l’Australien Phil Anderson, qui adolescent avait des posters d’Hinault dans sa chambre !

En 1983 en effet à Cancale lors de la journée de repos, Félix Lévitan et Jacques Goddet annoncent une nouvelle formule Open ouverte aux amateurs de pays internationaux, qui comme les Colombiens viendront via une équipe nationale affronter les groupes sportifs européens sponsorisés par des marques. Lévitan espérait un départ de Washington DC en 1984 ou 1985, il n’en sera rien …

1985 marque une rupture dans le cyclisme, primo par l’internalisation irréversible du cyclisme, secundo par l’évolution de la technique (pédales automatiques, roues lenticulaires, casques profilés, maillots en Lycra, cadres en carbone, guidons de triathlète), tertio par l’inflation des salaires des forçats de la route, conséquence directe de l’arrivée de Bernard Tapie

“Les cyclistes étaient les sportifs les plus courageux et les moins bien payés, rappelle Nanard. Ils n’avaient jamais été valorisés correctement.”

Tapie a contribué à professionnaliser le cyclisme par cet apport financier, n’oublions pas que certains coureurs étaient semi-professionnels, tels Philippe Poissonnier (Renault), ouvrier dans une usine de métallurgie l’hiver, et coureur cycliste de février à octobre, ou encore Eric Caritoux, qui s’entraînait tout en cultivant ses vignes près du Mont Ventoux.

Après son triomphe dans la Vuelta en 1984, Caritoux avait été augmenté mais n’avait de quoi constituer un patrimoine pour sa retraite, à l’inverse de Miguel Indurain ou Jan Ullrich après lui par exemple :

“Je touchais 5000 francs par mois avant la Vuelta, et après ma victoire, j’ai eu 30 0000 francs. Mais je n’ai pas changé mon mode de vie.”

Caritoux, lauréat donc du Tour d’Espagne en 1984, partageait en effet son temps entre le vélo et la viticulture : L’hiver, j’allais rouler cinq heures le matin, et l’après-midi je passais trois heures sur mes terres. De Gribaldy n’avait rien contre le fait qu’on travaille, d’ailleurs. Pour lui, ça évitait au gars de gamberger.

Ce témoignage se faisant l’écho d’une époque révolue parait inimaginable aujourd’hui, époque où le vicomte Jean de Gribaldy était, comme Paul Koechli, à cheval sur la diététique.

“On ne pouvait pas manger de pain, raconte Caritoux. Il nous mettait des biscottes, de la levure, du sucre non raffiné. Le matin à l’hôtel, il nous faisait enlever les croissants des tables. Mais parfois, il nous ramenait du comté !”

Les transferts vers les hôtels étaient effectués dans des conditions spartiates, loin de l’hélicoptère parfois affrété par l’US Postal pour Lance Armstrong pour redescendre vers la vallée après une grande étape de montagne, ou des Pullman et autre camping-cars moderne du Team Sky.

Encore une fois, les souvenirs d’Eric Caritoux font état d’un sport plus proche de l’amateurisme que du professionnalisme en 1985 : L’équipe avait trois Peugeot 504 et on montait à cinq dans chaque voiture.

Enfin, quelques années avant que l’EPO ne s’invite dans la boîte de Pandore du cyclisme sous la bienveillance du Ponce Pilate de Lausanne, Hein Verbruggen (UCI), le dopage était bien présent mais moins décisif que dans les années 90 où on pouvait transformer un âne en cheval de course, tel Bjarne Riis maillot jaune en 1996.

Mais Koechli avait considérablement apporté à Bernard Hinault en vue de l’ultime phase de sa somptueuse carrière.

“Guimard avait fréquenté l’école de Macolin mais autant avoir affaire à Dieu qu’à ses saints, avouera un jour Hinault.Cyrille avait traduit à sa manière ce qu’il avait appris, mais avec Koechli j’avais la version originale. J’ai réappris à m’entraîner, j’ai appris à bosser les intensités, j’ai appris la diététique. Koechli avait l’âme d’un pédagogue, il expliquait qu’il fallait travailler ça pour développer ça. C’était un prof, quoi !”

Le Breton rêvait de revanche après sa longue au blessure au genou contractée en mai 1983, il l’obtient donc en 1985 par un doublé Giro – Tour de France, son deuxième après celui de 1982. Sous l’égide du directeur sportif suisse Paul Koechli, Hinault gagne donc son cinquième Tour de France, avec pour dauphin le grand espoir américain Greg LeMond, champion du monde sur route en 1983.

En cette saison 1985, Hinault égale le record de Jacques Anquetil et Eddy Merckx avec cinq victoires dans la Grande Boucle. Il commettra le péché d’orgueil de viser en 1986 une utopique sixième victoire, trahissant son pacte de non-agression avec LeMond …

Entre sa victoire de 1985 et le début du Tour 1986, Hinault avait apporté une petite correction à son engagement avec Greg LeMond pourtant contractualisé avec Bernard Tapie :

“D’accord pour aider Greg, mais dans la mesure seulement où il saura se montrer digne du maillot jaune …”

C’est ainsi qu’après une échappée avec Pedro Delgado sur la route de Pau, Bernard Hinault prend le maillot jaune avec une énorme avance sur Greg LeMond. Mais l’étape de Superbagnères, le lendemain, marque la riposte de LeMond.

Ce dernier l’emporte en 1986 devant Hinault, avec en apogée la fameuse arrivée main dans la main du Californien et du Breton à l’Alpe d’Huez …

La veille sur la route de Briançon, Bernard Hinault frôle l’abandon dans le col de l’Izoard, victime d’une terrible douleur au mollet. Les caméras d’Antenne 2, tels des vautours, attendent le jet de l’éponge. La moto est tellement proche du champion d’Yffiniac que ce dernier entend le message de Patrick Chêne : Hinault est en perdition. Vous ne lâchez pas d’un centimètre. Il va abandonner. Vous n’avez pas le droit d’image.

Quand il relate cet épisode issu de son 77e et dernier jour en jaune sur le Tour de France, Hinault trahit l’orgueil du champion : “J’étais prêt à abandonner quand j’ai entendu le message dans la radio. J’ai alors imaginé le cameraman comme un charognard prêt à attendre ma chute. Je ne voulais pas lui offrir ce plaisir.”

Le lendemain matin au départ de Briançon, Patrick Chêne et son collègue André Germain guettent l’arrivée d’Hinault, qui doit subir des soins au laser dans une ambulance du service médical. Quand arrive la voiture du quintuple maillot jaune, c’est Bernard Tapie qui en sort en premier ! L’homme d’affaires se précipite vers le cameraman et met sa main sur l’objectif.  Patrick Chêne s’interpose face à Tapie, prenant son bras, et l’altercation se termine par quelques noms d’oiseaux entre le journaliste d’Antenne 2 et le futur président de l’OM.

Les maillots de l’équipe La Vie Claire sont de vrais arbres de Noël pour des coureurs devenus hommes sandwich : La Vie Claire, Look, Wonder Radar, tous les sponsors sont issus de l’empire industriel de Bernard Tapie.
Mais, après avoir réussi dans le cyclisme en 1985 et 1986, ce dernier s’intéresse au football. Ironie du destin, après avoir participé à l’inflation des salaires dans le peloton professionnel (Greg LeMond négociera très bien son salaire entre 1990 et 1992 auprès de Roger Zannier et Roger Legeay chez Z), Tapie voit son ex-équipe tomber de Charybde en Scylla : Hinault en retraite fin 1986, LeMond accident de chasse le lundi de Pâques 1987 à Rancho Murieta, la formation Toshiba finit 3e du Tour de France 1987 avec celui que l’on considère comme l’héritier d’Hinault dans le cyclisme français, Jean-François Bernard, originaire de la Nièvre ! Comme Look, qui sans ce vecteur de communication, rechute lourdement dès 1987 : 9.6 millions de francs de pertes, puis 41.5 millions en 1988. Malgré cela, Bernard Tapie et Pierre Bérégovoy (devenu Ministre de l’Economie et des Finances) trouvent un repreneur en 1989 pour la bagatelle de 260 millions de francs ! Ce qui semblait utopique devient pourtant réalité quand un pigeon à deux têtes, l’Américain John Jellinek (distributeur de Look aux Etats-Unis) et le groupe horloger suisse Ebel, reprennent Look en cette année 1989 via la holding Ebel Finances !

1989, c’est l’année du doublé Coupe – Championnat de l’Olympique de Marseille, avec cette victoire 4-3 du club phocéen en finale de la Coupe de France contre Monaco. Ce 19 juin 1989, au Parc des Princes, Jean-Pierre Papin réussit l’un des plus grands matches de sa carrière avec un triplé, et JPP fait la bise au Président François Mitterrand, qui comme le veut la tradition, remet le trophée Charles Simon au capitaine du club lauréat.

1989, c’est aussi l’année du retour du Tour de France à Marseille pour la première fois depuis 1971. A l’époque, le maire Gaston Defferre avait été furieux de rater l’arrivée hyper précoce de l’échappée démarrée au kilomètre zéro par Eddy Merckx, éparpillé façon puzzle par Luis Ocaña la veille à Orcières-Merlette. Malgré la terrible banderille donnée par l’Espagnol, le Cannibale n’abdique pas, et les échappées arrivent dans la cité phocéenne aves deux heures d’avance sur les prévisions les plus optimistes. Sur le Vieux Port de Marseille, les techniciens de l’ORTF étaient encore en train d’installer leur matériel. Gaston Defferre rate donc le bénéfice politique du passage des forçats de la route à Marseille, et met son veto au retour du peloton dans sa ville. Mort en 1986, Defferre ne changer pas d’un iota. En 1989, année du bicentenaire de la Révolution Française, le Tour revient à Marseille pour la première fois depuis 1971 donc, loin de l’osmose entre Bordeaux et le Tour de France, avec 39 arrivées consécutives entre 1952 et 1990 dans la ville de Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux depuis 1947, plus jeune général de la Résistance et ami personnel de Jacques Goddet qu’il aidé financièrement à lancer le journal L’Equipe en février 1946.

Bordeaux, ville du plus puissant club de football français des années 80, présidé par Claude Bez, rival de Tapie dès son arrivée à l’OM en 1986, grâce à … Gaston Defferre …

Trois ans après la reprise du club marseillais par Bernard Tapie, l’OM est devenu le meilleur club de l’Hexagone en 1989. Comment en est-on arrivé là, et aussi vite ?

Tout commence en 1985, année où les Girondins de Bordeaux de Claude Bez, Aimé Jacquet, Alain Giresse et Jean Tigana imposent leur implacable hégémonie au football français, avec un deuxième titre de champion consécutif, et un parcours européen où ils manquent de peu de sortir la Juventus Turin de Michel Platini, cette Vecchia Signora de Giovanni Trapattoni qui sera sacrée champion d’Europe le 29 mai 1985 devant Liverpool, dans l’enfer du Heysel.

Tout commence le 4 décembre 1985, boulevard Lannes dans le XVIe arrondissement de Paris. A l’ambassade d’URSS, le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev donne un dîner en faveur de son homologue français, François Mitterrand. Parmi les invités, on trouve Gaston Defferre, maire de Marseille depuis 1953 et Ministre de l’Intérieur, son épouse Edmonde Charles-Roux (depuis 1973), mais également Bernard Tapie, déjà dans les petits papiers du pouvoir socialiste.

L’entrepreneur se trouve à la même table que la femme du premier édile de la deuxième ville de France, et Tapie confie qu’il aimerait, plutôt qu’une équipe cycliste, diriger un club de football.

“Pourquoi pas l’Olympique de Marseille”, demande Edmonde Charles-Roux, qui présente ensuite son voisin de table à Gaston Defferre, qui n’a gardé la mairie de Marseille qu’au prix d’un découpage électoral favorable en 1983. En effet, l’édile a fait voter une loi concernant Paris, Lyon et Marseille, changeant le mode de scrutin pour qu’il lui devienne favorable. Comme tant de Ministres de l’Intérieur avant ou après lui, Defferre a franchi le Rubicon en modifiant les règles du jeu électoral pour son bénéfice politique personnel, manquant à sa mission régalienne du haut de sa tour d’ivoire …

Aux élections municipales du printemps 1983, malgré 2 500 voix de moins que son adversaire de droite Jean-Claude Gaudin, le maire des années French Connection garde son fauteuil de premier magistrat de la ville de Pagnol. En faisant de Tapie le président de l’OM, Gaston Defferre doit préparer sa succession à Marseille en vue de 1989, comme voulu par François Mitterrand, tout en limitant l’influence naissante de l’avocat Michel Pezet, qui a mis le maire en minorité dans la puissante Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône au congrès de Fos-sur-Mer.

Deux jours après ce dîner à l’ambassade soviétique, Defferre convoque Tapie place Beauvau, au Ministère de l’Intérieur. L’entrepreneur fait déjà restaurer son quatre-mâts, le futur Phocéa, dans les chantiers navals de Marseille, ville qui intéresse fortement Bernard Tapie.

Jean-Louis Levreau, futur adjoint de Tapie à l’OM et responsable de la rubrique des sports au Provençal (propriété de Gaston Defferre, tout comme le journal de droite Le Méridional), assiste à la scène.

Le Provençal va orchestrer une campagne de déstabilisation du président de l’OM, Jean Carrieu. Sauvé par les Minots (dont Eric Di Meco et José Anigo) au printemps 1981, le club est péniblement remonté dans l’élite en 1984. Les années Skoblar sont loin, le club olympien est perclus de dettes. Dans le journal possédé par le maire, Jean Carrieu est ridiculisé. Sa famille reçoit ensuite des menaces de mort. Son entreprise de travaux publics perd ensuite des marchés, les banques l’asphyxient. Avec tant d’épées de Damoclès au-dessus de la tête, Carrieu joue son va-tout et se rapproche de Jean-Claude Gaudin, rival politique de Gaston Defferre dans les Bouches-du-Rhône.

Marc Fratani, futur bras droit de Tapie à Marseille dans ses campagnes électorales pour les législatives ou les municipales, est alors bénévole à l’OM. Fratani informe Gaston Defferre d’un complot fomenté contre lui par Carrieu avec l’appui de Gaudin, baron du RPR marseillais à l’époque. Démissionnaire de son poste de président de l’OM le 5 avril 1986, Jean Carrieu, poussé à bout, se suicidera en février 1987 dans sa ville natale de Cassis … Le vieux lion Gaston Defferre, lui, est mort le 5 mai 1986. Sa veuve Edmonde-Charles Roux cèdera Le Provençal au groupe Hachette, malgré les projets de rachat de Bernard Tapie, qui deviendra en 2013 propriétaire du quotidien régional (rebaptisé La Provence en 1997 après sa fusion avec l’autre journal local Le Méridional).

1986 marque une rupture dans le monde du football. Trois condottieres des affaires reprennent un club de football : Silvio Berlusconi au Milan AC, Jean-Luc Lagardère au Racing de Paris (futur Matra Racing) et Bernard Tapie à l’OM, loin du modèle du club paternaliste de clubs comme la Juventus Turin, le FC Sochaux Montbéliard ou le PSV Eindhoven liés à une entreprise, respectivement FIAT, Peugeot ou encore Philips.
Si Lagardère a réussi dans le sport automobile (victoires aux 24 Heures du Mans avec Henri Pescarolo en 1972, 1973, 1974, titre mondial en F1 en 1969 avec Jackie Stewart), il va échouer dans les grandes largeurs dans le football. Berlusconi et Tapie, eux, vont réussir, le Cavaliere italien étant même le modèle de Tapie jusqu’à leur affrontement par procuration un certain 26 mai 1993 sur la pelouse du stade Olympique de Munich, sous cette toile d’araignée qui symbolisent les ramifications politiques et industriels de ces deux hommes qui ne reculeront devant rien pour s’enrichir…

De 1986 à 1994, les stars vont débarquer chaque année à la Commanderie et sur la Canebière, fort du financement avantageux négocié par Defferre pour l’OM (subvention annuelle de 14 millions de francs votée par la municipalité de Marseille, facilités auprès du Crédit Lyonnais, prêt de 20 millions de francs octroyés par le Crédit Municipal), sorte de legs posthume et d’héritage du nouveau président Tapie, qui s’entoure dès 1986 de l’ancien sélectionneur Michel Hidalgo comme directeur sportif :

-  1986 : François Brisson (Strasbourg), Jean-François Domergue (Toulouse), Karl-Heinz Förster (VfB Stuttgart), Bernard Genghini (Monaco), Alain Giresse (Girondins de Bordeaux), Thierry Laurey (Valenciennes), Jean-Pierre Papin (FC Bruges), Franck Passi (Montpellier), Braz Sliskovic (Hadjuk Split)

-  1987 : Klaus Allofs (FC Cologne), Abedi Ayew Pelé (Mulhouse), Patrice Eyraud (Toulon), Yvon Le Roux (FC Nantes)

-  1988 : Eric Cantona (Auxerre), Bruno Germain (Toulon), Gaétan Huard (Lens), Franck Sauzée (Sochaux), Philippe Thys (FC Nantes), Philippe Vercruysse (Lens)

-  1989 : Manuel Amoros (Monaco), Jean Castaneda (Saint-Etienne), Didier Deschamps (FC Nantes), Enzo Francescoli (Matra Racing Paris), Carlos Mozer (Benfica Lisbonne), Alain Roche (Girondins de Bordeaux), Jean Tigana (Girondins de Bordeaux), Chris Waddle (Tottenham Hotspur)

-  1990 : Abedi Ayew Pelé (Lille), Basile Boli (Auxerre), Eric Cantona (Montpellier), Alain Casanova (Le Havre), Bernard Casoni (Toulon), Laurent Fournier (Saint-Etienne), Pascal Olmeta (Matra Racing Paris), Bernard Pardo (Bordeaux), Dragan Stojkovic (Etoile Rouge Belgrade)

-  1991 : Jocelyn Angloma (Paris SG), Pascal Baills (Montpellier), Didier Deschamps (Girondins de Bordeaux), Jean-Philippe Durand (Girondins de Bordeaux), Franck Sauzée (Monaco), Trevor Steven (Glasgow Rangers), Daniel Xuereb (Montpellier)

-  1992 : Fabien Barthez (Toulouse), Alen Boksic (Cannes), Marcel Desailly (FC Nantes), Jean-Jacques Eydelie (FC Nantes), Jean-Marc Ferreri (Auxerre), Martin Rafael Vazquez (Torino), François Omam-Biyik (Lens), Jean-Christophe Thomas (Sochaux), Rudi Völler (AS Rome)

-  1993 : Sonny Anderson (Servette Genève), Alain Boghossian (Istres), Daniel Dutuel (Auxerre), Pascal Fugier (Lyon) , Paulo Futre (Benfica Lisbonne), William Prunier (Auxerre), Gilles Rousset (Lyon), Rui Barros (Monaco), Dragan Stojkovic (Hellas Vérone)

-  1994 : Joël Cantona (Stockport Country), Tony Cascarino (Chelsea), Michel De Wolf (RSC Anderlecht), Marcel Dib (Girondins de Bordeaux), Bernard Ferrer (Toulouse), Jean-Marc Ferreri (Martigues), Bruno Germain (Angers), Didier Wacouboué (Endoume)

Dans cette époque qui précède l’arrêt Bosman, deux ou trois étrangers suffisent, et Tapie applique la méthode qui sera reprise bien plus tard par son disciple Jean-Michel Aulas à Lyon, faire le monopole sur les meilleurs joueurs du championnat de France pour affaiblir la concurrence. Diviser pour mieux régner.

On le voit, Tapie a réussi de gros coups, soufflant en 1986 Papin au FC Bruges (Monaco convoitait JPP) et Giresse à Bordeaux, puis des pointures comme l’Uruguayen Enzo Francescoli, l’Anglais Chris Waddle, les Brésiliens Carlos Mozer et Sonny Anderson, les Allemands Karl-Heinz Förster, Klaus Allofs et Rudi Völler, le Ghanéen Abedi Ayew Pelé, le Portugais Rui Barros ou les Yougoslavies Dragan « Pixie » Stojkovic et Alen Boksic.

En 1990, après deux titres de champion de France avec l’OM, Tapie est même adoubé par le Brésilien Joao Havelange, alors président de la FIFA, le samedi 7 juillet 1990 à Rome, à la veille de la finale de la Coupe du Monde entre la RFA de Lothar Mätthaus et l’Argentine de Diego Maradona.

“Les responsables d’Adidas ont une grande nouvelle à vous communiquer”, annonce Havelange, omnipotent président de la FIFA depuis 1974, grâce à l’influence colossale d’Horst Dassler, faiseurs de rois à la FIFA mais aussi à l’IAAF ou au CIO, et qui décèdera en 1987.

Le président du conseil de surveillance et le directeur exécutif d’Adidas expliquent : Pour assurer la continuité de la société, nous avons décidé de vendre 80 % des parts à Bernard Tapie Finance.

En complet croisé beige, Tapie est radieux, c’est l’un des plus beaux jours de sa vie. Selon la légende, le pilleur d’épaves, qui ne parle pas la langue de Goethe, se rend à Herzogenaurach, en Bavière, ville natale de Lothar Mätthaus mais aussi et surtout des frères ennemis de la chaussure de sport, ces Romulus et Rémus qui vont s’entretuer pendant des décennies, Adolf Dassler (Adidas) et Rudolf Dassler (Puma). Les héritiers d’Horst Dassler, ses quatre sœurs et ses deux enfants, se déchirent après son décès le 9 avril 1987.

“Dans une famille habituée aux conflits elles n’étaient d’accord sur rien, et la prise de position de l’une était systématiquement rejetée par les autres. Il fallait donc les traiter séparément, comme pour les Horaces et les Curiaces, mais moins violemment. Des mois de discussions, des trésors de patience, des allers-retours incessants, finalement j’avais réussi à les convaincre, écrit Bernard Tapie en 2013 dans son livre Un scandale d’Etat : oui, mais pas celui qu’ils vous racontent.”

Le doute est permis sur les négociations de Tapie avec les sœurs Dassler, à cause d’une erreur qui perdure dans le temps, de 1999 à 2013, quatorze ans, comme deux septennats ou deux miroirs cassés pour deux fois sept ans de malheur. Les sœurs d’Horst Dassler et filles d’Adolf sont quatre, Inge, Karin, Brigit et Sigrid. Or dans cet ouvrage consacré à sa défense dans l’affaire Adidas / Crédit Lyonnais, Tapie écrit ceci page 63 : I”l me fallait en effet négocier avec les trois sœurs Dassler, héritières de leur père Adolf et de leur frère Horst.”

Dans son précédent livre paru en 1999 (Librement), Tapie avait en effet déjà commis la même bourde, à la page 153 … “Curieusement, le fait que je sois français et de gauche semble leur plaire […]. Bref, les trois héritières me cèdent la marque aux trois bandes.”

Le plan de restructuration comprend la délocalisation d’une partie de la production en Asie, la redéfinition des politiques commerciales et de la relation avec les distributeurs. Sur le plan marketing, l’image est modernisée par le nouveau logo de la marque, le triangle à trois bandes (l’actuel logo de la marque), remplaçant la fleur de lotus dès 1991, Bernard Tapie ayant débauché le styliste de Nike, Rob Strasser. Le plan de restructuration est lourd pour l’entreprise, dont les comptes restent déficitaires pendant deux ans (1991, 1992). Mais il porte ses fruits : à partir de 1993, Adidas est à nouveau profitable.

Pour l’ancien maire de Laval et secrétaire d’Etat au Budget sous le gouvernement d’Alain Juppé (1995-1997), François d’Aubert,  le Crédit Lyonnais n’est pas tout blanc dans l’affaire du rachat d’Adidas en 1990, avec en filigrane la responsabilité de François Mitterrand, Michel Rocard et Pierre Bérégovoy, soit les figures de proue de l’Elysée, Matignon et Bercy cette année là. “Pour financer l’achat d’Adidas, la banque nationalisée a agi sous les ordres de l’Elysée et de MatignonN’oublions pas que c’est Pierre Bérégovoy qui a nommé Jean-Yves Haberer président du Crédit Lyonnais en septembre 1988, avec pour mission de devenir un partenaire des entreprises, à l’image des grandes banques d’affaires allemandes. En moins de trois ans, le portefeuille de participations du Crédit Lyonnais est passé de 5 à plus de 20 milliards de francs. On connaît le résultat.”

Sorti deuxième de la promotion Vauban de l’ENA en 1959, ancien inspecteur des finances, Jean-Yves Haberer fut directeur de cabinet de plusieurs Ministres de droite entre 1969 et 1978 (Michel Debré, Michel Durafour, Robert Boulin et René Monory), avant d’être nommé directeur du Trésor en 1978.

En 1981, après la victoire de François Mitterrand, Jean-Yves Haberer ne conteste pas la légitimité du nouveau pouvoir. Il y gagnera, en 1982, la présidence de la banque d’affaires Paribas, mais Édouard Balladur mettra fin à ses fonctions en 1986 en arrivant au Ministère de l’Economie et des Finances.

Lorsque la gauche revient au pouvoir, en 1988, Haberer est nommé président du Crédit Lyonnais par Pierre Bérégovoy, et sera le principal responsable de sa banqueroute.

Le fiasco Adidas pose de lourdes questions. Pourquoi, si Adidas valait beaucoup plus en février 1993 lors de sa revente, Bernard Tapie a-t-il accepté de la brader à 2.085 milliards de francs ? Mais le Crédit Lyonnais peut aussi être accusé d’avoir violé l’obligation faite à tout mandataire de ne pas porter contrepartie de l’opération de vente qui lui est confiée.

Dans les années 80 et 90, les dérives de la banque et de ses filiales furent légion … L’Italien Giancarlo Parretti, ancien garçon de café à Orvieto en Ombrie au centre de l’Italie, connu pour son rachat avorté de la Métro Goldwyn Mayer en 1990, fut accueilli à bras ouvert par Jean-Yves Haberer malgré son accumulation de faillites, ses trois séjours en prison et ses liens avec la mafia sicilienne. Malgré sa réputation plus que controversée, l’escroc sans le sou obtient en 1990 d’une filiale néerlandaise du Crédit Lyonnais un prêt d’un milliards de francs pour l’acquisition de la MGM. Il est vrai que cet homme d’affaires italien bénéficiait d’un appui au Parti Socialiste. Sur ses cartes de visite, Parretti se présentait en effet comme premier secrétaire de la Fédération Française du Parti Socialiste Italien,  et qu’il était domicilié à Paris au 10, rue de Solférino, siège du Parti Socialiste Français.

Un autre escroc italien, Florio Florini, a laissé une ardoise encore plus colossale. En 1982, il avait été contraint de démissionner de l’ENI, société nationale d’hydrocarbures, à la suite de la faillite de la banque Ambrosiano, établissement lié au Vatican qui blanchissait de l’argent douteux, et dont le président, Roberto Calvi, avait été retrouvé pendu le 17 juin 1982 sous un pont de Londres. A la tête de la Sasea Holding, basée à Genève, Florini achète à tour de bras dans les secteurs de l’immobilier, des assurances et du cinéma. Au total, plus de 300 sociétés enchevêtrées dans plus de dix pays … En 1992, la Sasea laisse un trou de près de 3 milliards de francs suisses, somme astronomique dont devra s’acquitter le Crédit Lyonnais en tant que banque créancière.

Le Crédit Lyonnais, qui via l’influence de Gaston Defferre accordait dès 1986 des facilités à Bernard Tapie, nouveau président de l’Olympique de Marseille.

Dès février 1986, avant même de remplacer à l’OM Jean Carrieu comme président d’un club qui attend le titre national depuis 1972, Bernard Tapie annonce la couleur dans France Football du mardi 6 février 1986 !

A la question à 1 000 francs que lui pose l’hebdomadaire qu’il reçoit dans ses bureaux parisiens de l’avenue de Friedland, Bernard Tapie ne se dérobe pas face à Jacques Thibert, Jean-Marie Lorant et Denis Chaumier …

A la question “A l’OM, des tas de gens ont échoué avant vous ?”, l’éloquent homme d’affaires répond avec tact.

“Je crois savoir pourquoi. Il y a trois éléments. D’abord, et ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre, le sport n’est pas une science exacte. S’il l’était, il serait déprimant et n’aurait aucun intérêt. Il n’existe pas de réponse certaine à donner en pâture à ceux qui demandent que Marseille soit champion de France.

A Marseille, on veut être le numéro 1. Peut-être nous autorisera-t-on à être numéro 2 mais l’objectif qu’on nous assignera, ce sera la première place. On pourra faite toute ce qu’on veut et toute ce qu’on peut, il n’est pas certain qu’on y parvienne. C’est un vrai problème. J’ajoute autre chose : il y a des endroits où les éléments du microcosme local vous autorisent plus de délais qu’ailleurs. 

Je pense, par exemple, qu’à Nantes on sait se montrer plus patient qu’à Marseille, où il faut tout, tout de suite.

Il y a, à Marseille, une telle pénétration du football dans toutes les structures, aussi bien politique, économique, industrielle, sociale que culturelle, que chaque Marseillais se sent propriétaire de l’OM. C’est ce qui me surprendra toujours. Quand il y a 30 000 spectateurs au stade, on compte autant de sélectionneurs.”

Le palmarès de l’ère Tapie parle pour lui : quatre titres de champion de France (1989, 1990, 1991, 1992), une Coupe de France (1989) et surtout la première et seule, encore en 2015, Ligue des Champions (1993).

C’est ainsi que dès 1986-1987, alors que l’OM de Bernard Tapie rêve de porter l’estocade au Bordeaux de Claude Bez, le tout-Paris se rue au stade Vélodrome, utilisant le Falcon 20 racheté par le self-made man à un certain Giovanni Agnelli !

Créée par le quotidien L’Equipe en 1955, la C1 rentrait logiquement chez elle, en France, via la cité phocéenne ! Après les échecs du Stade de Reims devant le Real Madrid de Di Stefano (1956 et 1959), de l’AS Saint-Etienne face au Bayern Munich de Beckenbauer (1976), Marseille venait à bout du signe indien, deux ans après le terrible échec de Bari (1991) face au club yougoslave de l’Etoile Rouge Belgrade et trois ans après la main de Vata (1990) qui avait propulsé le Benfica Lisbonne à Vienne face au Milan AC de Sacchi.

Le Barça de Cruyff éliminé par le CSKA Moscou dès l’automne 1992 (tel l’OM un an plus tôt face au Sparta Prague), Marseille retrouvait l’ogre milanais de Fabio Capello en Bavière en mai 1993, succédant à la Dream Team du Mister, bien qu’orpheline de son trio magique Papin / Waddle / Mozer.

Pour mesurer le colossal exploit de cet OM de 1993, conquérant de l’impossible et guerrier opiniâtre mais moins virtuose que ceux de 1990 ou 1991 qui tutoyaient la perfection sur le plan technique, il faut rappeler qu’avant ou après, plus personne n’a atteint le Graal en C1, ce climax qu’espère atteindre le PSG des Qataris à plus ou moins court terme.

Marseille contre Milan, c’était David contre Goliath, mais en 26 mai 1993, Basile Boli efface les larmes de crocodile qu’il avait montré à la France entière dans les Pouilles. Oubliée la déception de San Nicola, voici l’apothéose de l’Olympiastadion. Un petit rappel remet mieux en perspective la prouesse réussi face au Pantagruel de Lombardie, qui venait de gagner 10 matches européens de rang et avait aligné 58 matches sans défaite dans le Calcio entre mai 1991 et mars 1993 ! Bref, le club italien était le nec plus ultra, le must du début des années 90, avec Marco Van Basten et Franco Baresi en figures de proue.

Finales de C1 des clubs français depuis 1956

-  1956 : Stade  de Reims (battu à Paris par le Real Madrid)

-  1959 : Stade  de Reims (battu à Stuttgart par le Real Madrid)

-  1976 : AS Saint-Etienne (battue à Glasgow par le Bayern Munich)

-  1991 : Olympique de Marseille (battu à Bari par l’Etoile Rouge Belgrade)

 

-  2004 : AS Monaco (battue à Gelsenkirchen par le FC Porto)

Demi-Finales de C1 des clubs français depuis 1956

-  1975 : AS Saint-Etienne (éliminée par le Bayern Munich)

-  1985 : Girondins de Bordeaux (éliminé par la Juventus Turin)

-  1990 : Olympique de Marseille (éliminé par le Benfica Lisbonne)

-  1994 : AS Monaco (éliminé par le Milan AC)

-  1995 : Paris Saint-Germain (éliminé par le Milan AC)

-  1996 : FC Nantes Atlantique (éliminé par la Juventus Turin)

-  1998 : AS Monaco (éliminé par la Juventus Turin)

-  2010 : Olympique Lyonnais (éliminé par le Bayern Munich)

Quarts de Finale de C1 des clubs français depuis 1956

-  1963 : Stade de Reims (éliminé par le Feyenoord Rotterdam)

-  1977 : AS Saint-Etienne (éliminé par Liverpool)

-  1980 : RC Strasbourg (éliminé par l’Ajax Amsterdam)

-  1988 : Girondins de Bordeaux (éliminé par le PSV Eindhoven)

-  1989 : AS Monaco (éliminé par le Galatasaray Istanbul)

-  1997 : AJ Auxerre (éliminé par le Borussia Dortmund)

-  2004 : Olympique Lyonnais (éliminé par le FC Porto)

-  2005 : Olympique Lyonnais (éliminé par le PSV Eindhoven)

-  2006 : Olympique Lyonnais (éliminé par le Milan AC)

-  2010 : Girondins de Bordeaux (éliminé par l’Olympique Lyonnais)

-  2012 : Olympique de Marseille (éliminé par le Bayern Munich)

-  2013 : Paris Saint-Germain (éliminé par le FC Barcelone)

-  2014 : Paris Saint-Germain (éliminé par Chelsea)

-  2015 : AS Monaco (éliminé par la Juventus Turin)

-  2015 : Paris Saint-Germain (éliminé par le FC Barcelone)

Mais Tapie a tout de même subi quelques échecs à Marseille … L’arrivée en fanfare de Franz Beckenbauer (écho au rachat d’Adidas en 1990 pour mieux pénétrer le marché d’outre Rhin, achat réalisé pour une bouchée de pain trois ans après la mort d’Horst Dassler à seulement 51 ans), entraîneur tout juste auréolé de son titre de champion du monde avec la RFA en Italie, fut un flop en 1990, puisque c’est Raymond Goethals qui finit la saison en lieu et place du Kaiser ! Deux défaites ont sonné le glas des espoirs de Beckenbauer de réussir au Vélodrome, contre Lech Poznan (2-3 en Pologne) mais surtout Auxerre en décembre 1990 (0-4 en Bourgogne) ! La légende retiendra qu’en ce 7 décembre 1990 à l’Abbé Deschamps,  l’Empereur de Munich, sous l’effet implacable du courroux, avait fait virer manu militari du vestiaire des visiteurs, un certain Jean-Pierre Soisson, maire d’Auxerre et Ministre du Travail dans le gouvernement de Michel Rocard …

Viré sans ménagement par Tapie après ce camouflet dans le fief de Guy Roux, la légende du football allemand se plaint ensuite de ne pas avoir été payé durant quatre mois. Un article au vitriol signé Rémy Lacombe paraît dans L’Equipe : Le Kaiser a-t-il été payé ? Mais Lacombe, bien que sûr de ses sources, a utilisé le conditionnel … La lune de miel a tourné court entre Beckenbauer et l’OM. Pour l’inviter à voir un match au Stade Vélodrome et le convaincre de signer à Marseille, Tapie avait en personne été chercher Beckenbauer en Allemagne, utilisant son jet privé pour un vol auquel participait Rémy Lacombe.

Fin 1990, alors que Gérard Ernault a remplacé Noël Couédel (au destin à la Rastignac, comme Tapie) comme directeur de la rédaction de L’Equipe, le quotidien sportif publie la bande enregistrée des propos tenus par le président de l’OM à l’encontre de Rémy Lacombe :

“Ce que vous avez fait là, vous allez le payer toute votre vie. Si vous avez envie de tailler des pipes à Beckenbauer ou me chier dessus, ça vous regarde, c’est dans la ligne de votre journal. […] Vous perso, vous allez avoir affaire à moi. Vous verrez et je vais vous dire, ça va durer tant que vous soyez plus opérationnel. Vous avez bien compris ça. C’est moi perso qui vais m’occuper de vous.”

Le journal gagnera le procès en diffamation intenté par Bernard Tapie en raison de la publication de ses propos incendiaires.

Un autre échec retentissant de Tapie à l’OM fut le transfert réussi du Pibe del Oro en juin 1989. Roi de Naples depuis 1984, Maradona a offert en 1987 le prestigieux Scudetto au club napolitain, premier club du Mezzogiorno à remporter le championnat depuis 1970 et le Cagliari de Gigi Riva … L’Italie du Nord truste les titres avec la Juventus Turin et les deux frères ennemis de Lombardie, l’Inter et l’AC Milan, sans oublier la Fiorentina, la Sampdoria, le Torino voire l’AS Rome ou la Lazio. Avec Maradona, Naples reprend sa fierté !

Nourri au nectar et à l’ambroisie, Diego Maradona est la clé de voûte de ce Napoli où le Brésilien Careca flambe également. En 1989, le club italien vient de gagner la C3 contre le VfB Stuttgart. Michel Platini retraité depuis 1987, Zico en exil au Japon à 36 ans, Marco Van Basten en pleine ascension mais pas encore à son apogée, le virtuose argentin est au pinacle de sa carrière, il domine le football mondial.

Quoi de mieux qu’offrir celui qui gravera son nom aux côtés de Puskas, Di Stefano, Pelé, Cruyff, Beckenbauer et Platini dans le gotha du football mondial ? Maradona serait l’orfèvre idéal pour offrir des caviars à Jean-Pierre Papin, attaquant stakhanoviste qui progresse d’année en année, jusqu’à devenir le meilleur joueur d’Europe en 1991, avec un Ballon d’Or en forme de plébiscite cette année là.

Au printemps 1989, proche du placard à l’OM, Michel Hidalgo se voit confier une mission par Tapie : approcher Maradona à Naples … L’ancien sélectionneur des Bleus se voit adjoindre un certain Michel Basilevitch pour cette mission de grande importance.

Un personnage hors normes, ce Michel Basilevitch, né en 1946 à Paris de parents russes, qui mérite un aparté. Enorme au sens propre comme au sens figuré : 1.95 mètre pour 120 kilos, et un véritable aboyeur capable des plus beaux coups de bluff ! L’homme avait même travaillé avec les Rolling Stones, devenant un intime de Mick Jagger ! Avec un aplomb incroyable, il s’opposait aux présidents des grands clubs d’Europe dans les années 80-90, Berlusconi à Milan, Nunez à Barcelone ou Michel Denisot à Paris. C’est lui également qui négocie en 1977 le transfert de Johnny Rep à Bastia, faisant croire à l’ancienne vedette de l’Ajax que Furiani est le terrain d’entraînement du club corse !

-  C’est là que le Sporting joue ?

-  Mais non, tu plaisantes, c’est le centre d’entraînement. Pour le stade, on verra plus tard !

Ainsi est signé le contrat de Rep avec le Sporting, finaliste de la C3 en 1978.
Deux autres grands joueurs néerlandais ont été plus gravement enfumés par Basilevitch, les deux Johan, Cruyff et Neeskens ! En 1978, Cruyff investit beaucoup d’argent dans un élevage de porcs en Catalogne, idem pour son vieux complice Neeskens. Les deux stars injectent des millions de pesetas qui doivent ensuite fructifier dans les banques suisses. Le beau-père du triple Ballon d’Or, Cor Coster porte ensuite plainte contre Basilevitch, coupable à ses yeux d’avoir détourné de l’argent en Suisse pour son profit exclusif …

Ruinés, Cruyff et Neeskens quittent le soleil espagnol en 1978 pour la NASL, le premier aux Los Angeles Aztecs, le second au Csomos New York.

Depuis, Basilevitch et Cruyff se vouent une haine réciproque, le premier tentant de convaincre. Candidat à la présidence du Barça en 2003 (club dont il est socio depuis 1975) face à Joan Laporta (chef du groupe d’opposition à Nunez, l’Elefant Blau, dont Cruyff était l’éminence grise), l’ancien impresario ne mâche pas ses mots sur le mythique numéro 14

“L’argent est tout pour Cruyff. Il ne pense qu’à ça. Il ne vit que pour ça. L’argent est tout pour lui.”

Basilevitch enfonce le clou en citant Cruyff dans une phrase qui rappelle le blasphème légendaire de John Lennon en 1965, qui sonna le début de la fin des Beatles aux Etats-Unis :

Vous savez ce qu’il m’a dit un jour ?

-  Je suis plus populaire que le Christ !

-  Johan, c’est blasphématoire

-  Oui, mais c’est vrai …

Vivant comme un nabab d’Hollywood, Basilevitch se déplaça durant des années à Barcelone dans une Rolls-Royce blanche avec chauffeur !

Après l’élimination du Bayern par Naples en demi-finale de la Coupe UEFA au printemps 1989, Diego Maradona obtient de son président Corrado Ferlaino un accord tacite : si le Napoli gagne la C3, Maradona peut quitter son club après cinq ans et de bons et loyaux services.
Diego Maradona remplit sa part du contrat avec le trophée européen obtenu contre Jürgen Klinsmann et ses coéquipiers du VfB Stuttgart.
Bernard Tapie, lui, envoie donc comme émissaires Michel, Hidalgo et Basilevitch, négocier en Italie avec le Napoli.  Les deux hommes se faufilent dans la maison du Pibe, via le garage où ils voient les quatre bolides Ferrari que possède le roi Diego.

Hidalgo parle à Maradona de sa future maison à Cassis, le contrat est signé avec le double accord du joueur ainsi que du président Ferlaino, pour 60 millions de francs.

Mais les fuites dans la presse sportive française (scoop de L’Equipe) début juin 1989 font capoter l’affaire. DansL’Equipe du 3 juin 1989, François de Montvalon tient pour acquis le transfert de Diego Maradona à l’OM. Le journaliste a même téléphoné directement à Michel Basilevitch, demandant à l’impresario de lui passer Michel Hidalgo. Gêné, l’ancien sélectionneur avoue qu’il est à Naples pour négocier avec El Pibe del Oro.

Avant le bouclage de L’Equipe, Tapie fait pression sur Noël Couëdel pour qu’il renonce à l’exclusivité de l’info, qu’il souhaite laisser à Jean-Louis Levreau, rédacteur en chef du Provençal et membre du comité de gestion de l’OM. Tapie visant une carrière politique à Marseille, il ne peut se prendre le risque de se mettre à dos le très puissant quotidien local. Ne pouvant prendre le risque de se brouiller avec Tapie, Couëdel accepte de faire marche arrière.

L’affaire devient trop énorme et Ferlaino fait marche arrière sous la pression locale, Tapie finit par renoncer à son duo Papin – Maradona. L’Argentin ne signera pas plus en 1990 au Milan de Berlusconi, ne trahissant pas les tifosi napolitains pour un club d’Italie du Nord.

Un jour, sur le Phocéa, Bernard Tapie et Michel Basilevitch se disputeront à propos du transfert avorté de Maradona à l’OM. Les deux hommes manquent d’en venir aux mains, et les gardes du corps interviennent pour éviter que l’un d’entre eux ne tombe à l’eau !

Tapie et L’Equipe, une relation compliquée, comme le montre l’affaire de la taupe en 1991, au paroxysme de l’hégémonie marseillaise sur le football français : le comité de rédaction du journal d’Issy-les-Moulineaux débat d’un article sur le veto de Tapie de prêter des joueurs de l’OM à l’équipe de France pour de simples matches amicaux, pour ne pas risquer de blessure, ce fameux virus FIFA …

Appelant Tapie pour recueillir son opinion, Denis Chaumier, rédacteur en chef en charge du football à L’Equipe, réalise que le président du club phocéen a déjà l’info. Avec Gérard Ernault et Jean-Jacques Vierne, Chaumier pense de suite à un espion dans leur journal. Gilles Pernet, journaliste de la rubrique automobile dirigée par Johnny Rives, est rapidement accusé. Proche de Tapie, cet amoureux de la voile ensuit reconverti comme journaliste avait conseillé le businessman lors du rachat du Phocéa, super voilier de course de feu Alain Colas.

En 1987, Tapie aide Francis Bouygues lors de la privatisation de TF1. Tapie propose la direction des Sports de la Une à Noël Couëdel, futur rédacteur en chef de L’Equipe. C’est Gilles Pernet qui avait présenté Couëdel à Tapie, au 20, villa Saïd, un des deux domiciles parisiens de Tapie, proche de l’avenue Foch (l’autre port d’attache de BT étant le fameux hôtel particulier, l’hôtel de Cavoye, situé au 52 de la rue des Saint-Pères, Tapie ayant ses habitudes à la Locanda, petit restaurant italien de la rue du Dragon).

En 1991, Gilles Pernet claque la porte de L’Equipe pour rejoindre le service des sports de TF1. Mais Pernet assure que sa décision n’était pas motivée par l’affaire d’espionnage dont il était l’objet à Issy-les-Moulineaux. En 1987, Pernet avait eu plusieurs offres, une de Tapie pour intégrer la communication de son groupe, l’autre de TF1. Quatre ans plus tard, se sentant peu reconnu par un journal à qui il avait offert la venue de champions d’envergure comme Juan Manuel Fangio, Andre Agassi ou Ayrton Senna, Gilles Pernet accepte un contrat du P.D.G de TF1, Patrick Le Lay, que lui avait présenté … Bernard Tapie ! Bien plus tard en 2013, Le Lay aidera Tapie dans son aventure à la tête du quotidien La Provence …

Car Tapie avait retenu la leçon de Gaston Defferre, lui-même maire de Marseille et propriétaire de deux quotidiens locaux. Defferre lui avait conseillé, afin de concentrer tous les pouvoirs dans la cité phocéenne, d’être à la fois maire de la ville, président de l’OM et propriétaire du Provençal. Mais jamais Tapie n’a pu cumuler la couronne municipale, la tiare sportive et le sceptre du pouvoir médiatique.

Beaucoup d’affaires, de rumeurs et autres navrantes polémiques ont sali la réputation de l’OM de Tapie, qui reste dans la mémoire collective la meilleure équipe européenne de la période 1986-1994 suivant le drame du Heysel (1985), exception faite du Milan AC d’Arrigo Sacchi et Fabio Capello ainsi que du Barça de Johan Cruyff, la fameuse Dream Team.

En mai 1989, lorsque l’OM devance le PSG pour remporter son premier championnat de France depuis 1972, d’étranges rumeurs viennent du match nul entre Lens, la lanterne rouge, et le club parisien, tenu en échec 0-0 à Félix Bollaert. Avec 17 points en 38 journées, le club artésien était déjà relégué depuis belle lurette, et faisait figure d’un des pires derniers du championnat de l’après-guerre.

Sous couvert d’anonymat, un joueur lensois confie dans les vestiaires : “Je ne sais pas pourquoi, ce soir, on a touché double prime pour faire match nul avec le PSG.”

Président du PSG, Francis Borelli s’insurge : “Il y avait du micmac dans l’air. Lens était bon dernier du classement, avec 17 points et 26 défaites. Ils n’avaient plus rien à espérer mais ils se sont battus comme des lions. Tapie a acheté le match !”

Une deuxième bombe éclate déjà avec l’affaire Ivic / Susic. Quatre jours avant le décisif OM – PSG du printemps 1989 (remporté par Marseille 1-0 sur un but de Franck Sauzée), Tapie aurait contacté Tomislav Ivic, l’entraîneur yougoslave du PSG, afin de lui proposer le poste de Gérard Gili en vue de la saison 1989-1990 ! La rumeur d’un déjeuner entre Bernard Tapie et Safet Susic, star du PSG, est également persistante. Susic avoue : ”C’est vrai, Tapie m’a appelé mais c’était après notre défaite au Vélodrome. Il voulait constituer un gros effectif pour la Coupe d’Europe, nous avions discuté, nous nous étions même mis d’accord.”

Quand il apprend la nouvelle, Borelli laisse éclater son courroux … Cette tactique digne de Mazarin sème la zizanie au PSG, qui joue sans son virtuose Susic pour les deux derniers matches du championnat, dont celui contre Lens !

Durant cette saison 1988-1989, d’autres matches de Marseille prêtent sujet à polémique, comme l’indiquent les analyses du quotidien L’Equipe …

Le 17 septembre 1988 pour le compte de la 12e journée, l’OM bat Cannes 2-1 au Vélodrome, avec un but décisif de Jean-Pierre Papin à la 83e minute.” Le succès marseillais est tiré par les cheveux, l’égalisation cannoise étant curieusement refusée.”

Lors de la 27e journée du 18 février 1989, l’OM bat Laval 1-0 sur un but de Bruno Germain à la 89e minute : L’OM piétine face aux Lavallois. Il faut un arbitrage maison pour que Marseille s’en sorte.

L’entraîneur des Tangos, Michel Le Milinaire, déclare ouvertement ses soupçons : “L’OM a trouvé un précieux douzième homme en la personne de M. Féret.”

Le 28 septembre 1990, la commission nationale de discipline de la FFF publie un rapport d’enquête de 23 pages sur des faits qu’elle juge troublants :

-  La remise par Claude Bez (alors président des Girondins de Bordeaux) d’une cassette audio d’une conversation entre Bernard Tapie et Jean-Pierre Bernès. Le premier y donne des conseils au second “afin que celui-ci incite le manager de Laurent Fournier, joueur de l’AS Saint-Etienne, à recommander à ce dernier à ne pas jouer normalement, lors d’un match Saint-Etienne – Marseille, le 24 avril 1990.”

-  Les révélations du joueur de Brest Roberto Cabanas. Le Paraguayen aurait reçu, la veille du match Brest – Olympique de Marseille du 24 mars 1990, un appel téléphonique d’un impresario l’incitant,” moyennant une somme versée par Marseille, à quitter le terrain en simulant une blessure au bout de quinze minutes de jeu.”

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    2 février 2016 a 18 h 06 min

    la suite de cet article super long ci-dessous

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    Concernant ce Stade Brestois-OM (2-1), le président breton, François Yvinec, certifie que son attaquant Roberto Cabanas a reçu, la veille du match, un appel de l’agent Manuel Garcia, lui suggérant de simuler une blessure au bout d’un quart d’heure. Auteur des deux buts de son équipe face au champion de France en titre, le Paraguayen dira n’avoir pas tenu compte de cette sollicitation.

    - Les déclarations de Jean-François Domergue, entraîneur du Stade Malherbe de Caen : A l’occasion du match Caen – Marseille du 11 novembre 1989, j’ai été approché par quelqu’un de l’OM. Il me proposait une somme d’argent pour que je dise à un joueur qu’il fallait qu’il ne soit pas tellement bon. Avant ce Caen-OM (0-2). Domergue admet avoir reçu, à deux reprises, des propositions de Jean-Pierre Bernès lui proposant 500 000 francs en échange d’une mauvaise prestation du gardien Philippe Montanier. Domergue affirmera à la Commission Nationale de Discipline qu’il n’a pas pris au sérieux ces propos énoncés avec sourire et ironie.

    - La conversation entre deux anciens Lensois, Philippe Vercruysse et Didier Sénac, le premier jouant à l’OM, disant au second passé à Bordeaux en 1987 : Si tu fais penalty sur Papin, il y aura une petite bourse pour toi. Le 21 octobre 1989, le Girondin Didier Sénac fait état à son capitaine Patrick Battiston d’un coup de fil de son ami Philippe Vercruysse, avant le match Bordeaux-OM (3-0), l’invitant à provoquer un penalty sur Jean-Pierre Papin, contre une somme de 200 ou 500.000 francs (Sénac ne se souvient plus). Les deux joueurs concernés évoqueront ensuite une plaisanterie sans conséquence, et la Commission nationale de discipline ne donnera pas suite.

    Aucun de ces quatre dossiers n’est allé plus loin, mais l’on retient aussi les déclarations d’Arsène Wenger, alors entraîneur de Monaco, à mi-chemin entre résignation et suspicion : De toute façon, dans le Championnat, on ne peut viser au mieux que la deuxième place.

    D’autres affaires ont émaillé la réputation de l’OM sous l’ère Tapie / Bernès :
    - Le mardi 13 décembre 1988 au stade du Ray, à la mi-temps de Nice-OM, les numéros 6 et 3 marseillais sont tirés au sort pour le contrôle antidopage. Jean-Pierre Papin (n°9) et Philippe Thys (n°2) se présentent au terme de la rencontre. Bruno Germain (n°6) et Eric Di Meco (n°3) ont été remplacés bien avant le coup de sifflet final et ont quitté le stade… Avec une ligne de défense originale (ils prétendant avoir lu les numéros tirés au sort à l’envers), les dirigeants et joueurs phocéens s’en tirent en appel, contre une rallonge de l’amende.

    - 18 octobre 1989. OM – AEK Athènes, huitième de finale aller de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. Selon l’imprésario Ljubomir Barin, Jean-Pierre Bernès l’a chargé d’acheter les joueurs du champion de Grèce pour leur réception au Stade Vélodrome. Les Grecs dans la combine devaient entrer sur le terrain avec les chaussettes baissées, mais l’arbitre leur ayant fait remonter dans le couloir des vestiaires, Tapie est entré dans une rage noire, racontera Barin au juge Pierre Philippon, dans le cadre de l’instruction sur le procès des comptes de l’OM (en 1997, portant sur la période 1987-1990).

    - 6 novembre 1990. OM-Lech Poznan (6-0), huitième de finale retour de la Coupe d’Europe des Clubs Champions 1991. Après le carton de l’OM faisant suite à la défaite du double champion de France en titre lors du huitième de finale aller (3-2 pour Lech Poznan en Pologne), les dirigeants polonais affirment que leurs joueurs ont été drogués en buvant du jus d’orange au cours de leur séjour marseillais.

    - 6 avril 1991. Spartak Moscou-OM (1-3), demi-finale aller de la Coupe d’Europe des Clubs Champions 1991. En enquêtant sur les comptes de l’OM quelques années après les faits, le juge Philippon découvre qu’avant la demi-finale de la C1 contre le Spartak Moscou, Jean-Pierre Bernès a demandé à l’homme d’affaires Jean-Louis Haguenauer (ami de Manuel Amoros et dirigeant d’une société d’import-export à Moscou) d’organiser la corruption des joueurs moscovites via des intermédiaires de sa connaissance (dont Vaguiz Khidiatouline, ancien joueur du TFC). L’OM l’emporte sur trois monumentales erreurs des défenseurs. Deux mois plus tard, 375.000 dollars sont versés par l’OM et aboutissent après un circuit complexe sur un compte dont est bénéficiaire Jean-Louis Haguenauer, lequel se chargera de la redistribution auprès des joueurs. La saison suivante, l’entraîneur du Spartak affirme que ses joueurs ont été achetés, mais après enquête, l’UEFA (qui n’entendra pas les joueurs) classe l’affaire.

    - 14 décembre 1991. Pour le compte de la 22e journée du championnat de France 1992, l’OM passe un terrible 5-1 à Rennes au Vélodrome, dont un triplé de JPP, quelques jours avant de recevoir son Ballon d’Or européen après un plébiscite des journalistes du Vieux Continent. Les dirigeants rennais, eux, fulminent : leurs joueurs auraient bu du jus d’orange suspect dans leur hôtel marseillais… au point de s’endormir entre Marignane et Marseille. Selon le docteur Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage, deux joueurs rennais avaient dans leur organisme assez d’anxiolytiques pour dormir 48 heures…

    - 7 mars 1992. L’OM bat le FC Nantes à la Beaujoire pour le compte de la 31e journée du championnat de France de D1 1992, sur le score de 1-0 (but de Jean-Pierre Papin). Jean-Jacques Eydelie affirme avoir été auparavant contacté par un joueur de l’OM lui déclarant Je sais que, l’année prochaine, tu seras à Marseille, ce serait bien que, pour ce match-là, tu nous aides. Eydelie dit avoir refusé, mais tout de même touché une prime exceptionnelle de 300.000 francs (en raison de la victoire marseillaise) quelques semaines après son arrivée à Marseille.

    - 17 mars 1993. OM – CSKA Moscou (6-0), 6e journée de la phase de poules de la Ligue des Champions 1993. Guennadi Kostiliev, l’entraîneur russe, affirme que ses joueurs ont été malades en ingérant un thé frelaté et qu’il a reçu un appel téléphonique lui proposant de laisser filer le match en échange d’une forte somme d’argent. Plus tard, Kostiliev informera l’UEFA n’avoir jamais entendu parler de corruption autour du match perdu par son équipe au Vélodrome. Eydelie affirme qu’au match aller comme au match retour, les boissons des Moscovites ont été trafiquées. 6-0 ce jour là au Vélodrome (triplé de Franck Sauzée), un énorme carton face au club bourreau de la Dream Team de Johan Cruyff six mois plus tôt au Nou Camp de Barcelone …

    - 21 avril 1993. FC Bruges – OM (0-1), 6e journée de la phase de poules de la Ligue des Champions 1993. Deux jours avant le match, l’OM transfère 311 000 dollars via un compte en Suisse, vers une banque bruxelloise, où un intermédiaire belge, Michel Tincler, retire la somme en liquide. Il reconnaîtra avoir agi sur demande d’Alain Laroche (directeur financier du club phocéen), pensant, selon ses dires, toucher un dessous-de-table pour une transaction immobilière. Sur le terrain, le Croate Alen Boksic marque dès la troisième minute de jeu dans ce match décisif pour la qualification de l’OM pour la grande finale de Munich contre le Milan AC de Fabio Capello. Au match précédent au Vélodrome, Marseille avait raté le coche, étant tenu en échec par les Glasgow Rangers 1-1. Les quadruples champions d’Ecosse en titre avaient donc encore en espoir de se qualifier pour la finale en Bavière.

    - 7 avril 1993, OM – Glasgow Rangers (1-1). Le 23 février 2011, Marseille reçoit Manchester United en huitième de finale aller de la Ligue des Champions, 0-0 face aux Red Devils pour les champions de France 2010. C’est le moment que choisit Mark Hateley, international anglais, ancien attaquant vedette des Glasgow Rangers entre 1990 et 1995. Voici ce qu’il explique sur les deux rencontres Glasgow Rangers – FC Bruges (2-1) et OM – Glasgow Rangers (1-1) du printemps 1993 dans une interview accordée à la chaine Britannique ITV : C’était une personne parlant français, qui m’a offert une grosse somme pour que je ne joue pas [contre le FC Bruges]. Cela désigne une personne, ou des personnes, qui travaillaient au club et ne voulaient pas que je joue. L’ancien joueur du Milan AC et de Monaco, qui a bien évidemment éconduit son interlocuteur, ne prête pas attention à cet appel, pensant même tout d’abord à une blague. Ce n’est que lorsqu’il est exclu de façon particulièrement sévère lors du match joué à Ibrox Park contre le Club Brugge (le suspendant donc automatiquement pour le match contre l’OM au Stade Vélodrome) qu’il s’interroge : Dès qu’on m’a sorti le carton, le coup de téléphone m’est revenu à la mémoire. Je me suis senti floué à 100%, c’était une chance unique pour les Rangers. Mark Hateley estimait en février 2011 que Marseille devrait être déchu de son titre européen remporté le mois suivant face à l’AC Milan en finale (1-0). L’UEFA et la Fédération Française de Football ont pour leur part réagit à ces propos en rappelant qu’une enquête avait été mené à l’époque, et qu’aujourd’hui les dix ans de prescription étaient passés.

    - 26 mai 1993, OM – Milan AC (1-0), finale de la Ligue des Champions 1993 au stade olympique de Munich. Certaines rumeurs affirment même que Tapie a corrompu le Milan de Berlusconi ! Lundi 7 août 1995, dans les salons de l’Hôtel Intercontinental de Berlin, Jean-Pierre Papin bavarde avec quatre journalistes vedettes italiens : Claudio Gregori (Corriere dello Sport), Andrea Masala (Gazzetta dello Sport), Alberto Costa (Corriere della Serra) et Gianni Visnadi (Tuttosport). Les quatre journalistes transalpins, carnet en main, font le pied de grue. Ils attendent en effet les joueurs du Milan AC qui rentrent de l’entraînement et qui le soir même, affrontent le Bayern de Munich en match amical de préparation d’avant-saison. Mais voici Jean-Pierre Papin qui passe la porte et qui reconnaît deux des reporters pour les avoir fréquentés quotidiennement lors de ses deux années passées à Milanello sous l’égide de Fabio Capello. Sur un ton badin, l’ancien avant-centre du Milan AC (1992-1994), battu par l’Olympique de Marseille en finale de la Ligue des champions en 1993, lâche sa bombe : Jusqu’à présent, on n’a su que 10 % des choses qui se sont passées à l’OM (…). Même la finale OM – Milan a été truquée (…), deux joueurs milanais étaient dans le coup (…). Je venais de passer six ans à Marseille, je savais comment ça se passait J’avais déjà averti Berlusconi (président du Milan AC) et Galliani (administrateur délégué). (…) Je les avais suppliés: Soyez prêts à tout… Soyez attentifs à l’arbitre, à tout le monde. A ce point de l’échange, Andrea Masala, de la Gazzetta dello Sport, ne peut s’empêcher de pousser Papin dans ses retranchements. Il lui demande donc s’il ne sous-entend pas qu’un joueur milanais ait pu être acheté, songeant sans doute à Frank Rijkaard, lequel est encore maudit dans la capitale lombarde car suspecté d’avoir laissé Basile Boli s’élever dans le ciel bavarois et marquer de la tête le but de la victoire marseillaise. Réponse de Papin, aussi précise qu’un but en pleine lucarne: Pas un, mais deux joueurs. On ne peut pas arranger un match avec un seul joueur, car, à dix, on peut toujours jouer. Avec deux joueurs en moins, la partie devient plus difficile. JPP refusera de livrer les noms des joueurs en question. Propos « off the record », gaffe ou plaisanterie, JPP démentira ses déclarations le lendemain. Les journalistes, eux, confirmeront. Le Corriere dello Sport publiera même l’enregistrement intégral des accusations. Saisie de l’affaire, la commission de discipline de l’Union européenne de football (UEFA) classera le dossier sans suite. Seuls, Bernard Tapie et Guy Drut, ministre des Sports du gouvernement d’Alain Juppé, minimisent la portée des propos. Je ne crois pas une seconde que Papin ait pu porter de telles accusations, avait indiqué l’ex-président de l’OM. C’est une maladresse d’expression montée en épingle par la presse italienne, selon le ministre des Sports. Pour Jean-Pierre Bernès, ce ne sont que des conneries. Plus acide, Marcel Desailly aurait déclaré que Papin était en mal de chronique sportive, JPP n’ayant plus été appelé en équipe de France par Aimé Jacquet depuis le 18 janvier 1995 à Utrecht face aux Pays-Bas (pour sa dernière sélection en bleu, tout comme pour son vieux complice Eric Cantona).
    Dans sa biographie, Jean-Jacques Eydelie évoque ce scénario, sans apporter de preuves. Il écrit : Lors de la réception, après notre finale victorieuse, un coéquipier m’a montré deux types qui venaient chercher des valises…
    Ces rumeurs sur la finale gagnée contre Milan ne se limitent pas au milieu du football. Dans les salons intellectuels, on les alimente. Un an avant l’épisode Papin, Françoise Giroud écrivait dans son Journal d’une Parisienne, page 139 : Selon un homme qui sait tout du football, le match OM – Milan AC était truqué. Il donne même le montant de la corruption : 11,5 millions de francs. Impossible de citer son nom, naturellement (…). Ses accusations sont-elles fondées, je ne sais pas. Mais qu’elles puissent être portées dans des conversations privées, c’est déjà effarant.

    - Décembre 2003. Après les accusations de l’attaquant irlandais Tony Cascarino, lundi 15 décembre 2003, dans sa chronique du très honorable quotidien The Times, son homologue anglais Chris Waddle a indiqué mercredi 17 décembre 2003 au tabloïd The Sun que du temps de Bernard Tapie à l’Olympique de Marseille (première période), les joueurs recevaient des injections de produits non-identifiés. Waddle a joué à l’OM de 1990 à 1992 et Tony Cascarino de 1994 à 1996. Le médecin du club nous disait que ces injections nous aideraient à récupérer après les matches. J’en ai subi quelques-unes, mais elles ne m’ont pas fait beaucoup d’effet, explique Chris Waddle. Je ne sais pas ce que c’était, jamais personne n’a subi de tests anti-dopage et jamais rien d’illégal n’a été révélé. Dans le Times, Cascarino se montrait plus accusateur : J’ai reçu de manière répétée des injections à Marseille. Je me raccroche à l’espoir que c’était légal. Mais je suis sûr à 99 % que ce n’était pas le cas. Quel que fut le produit, mes performances se sont améliorées. Tapie m’avait fait clairement comprendre que ma place dans l’équipe dépendait de ma docilité. Bernard Tapie, qui avait quitté la présidence de l’OM en décembre 1994 suite à l’affaire VA-OM, a démenti les propos de l’Irlandais. Tout cela n’a aucun sens, a-t-il répondu à l’AFP. Une nouvelle fois après les propos de Waddle, Bernard Tapie, ex-président de l’OM, a répondu. Dans le football, il y a du dopage, parce que dans tous les sports il y en a, mais il est individuel (…) Dans tous les clubs, les services médicaux sont dirigés par des médecins. Aucun d’eux ne prendrait le risque de faire un dopage collectif au risque de perdre son droit d’exercer a déclaré Bernard Tapie sur RTL. Le football, c’est un petit monde où tout se raconte. S’il y avait un dopage organisé dans un club, en deux ou trois saisons, ça se saurait a poursuivi Tapie. Croyant démentir les accusations de Chris Waddle et Tony Cascarino sur les pratiques pharmaceutiques de l’OM des années 90, l’ancien défenseur Bernard Casoni déclare le 20 décembre 2003 au quotidien Le Monde : On nous appliquait dans le bas du dos un pistolet à air comprimé qui comprenait plusieurs fléchettes, quatre je crois. Le but était de stimuler les glandes surrénales qui sécrètent naturellement des hormones. C’était plus psychologique qu’autre chose : il suffisait que tu fasses un bon match pour que tu aies envie de recommencer. Marcel Desailly, dans son autobiographie Capitaine parue en 2002, avait également évoqué le sujet alors qu’il était capitaine de l’équipe de France championne du monde (1998) et d’Europe (2000) en titre.

    D’autres sont plus cash à propos du pilleur d’épaves, comme l’ancien dirigeant du PSG Bernard Brochand (Pour moi, Tapie, qu’on le veuille ou non … c’est un personnage, euh … je ne veux pas porter de jugement … Mais c’est le diable, c’est Satan ! Intelligent, séduisant, mais c’est Satan ! Nous, à côté, on était des enfants de choeur), son ancien associé à l’OM Jean-Louis Levreau (Tapie, quand il est quelque part, il n’y a de l’oxygène que pour lui. Les autres n’ont pas le droit de respirer) ou le grand argentier Jean-Claude Darmon (Ce que Tapie a fait au foot, c’est l’équivalent de la Shoah)

    Tapie avait laissé entendre à plusieurs reprises que la fin justifierait tous les moyens. Après la fameuse main de Vata qui, en avril 1990, qualifie le Benfica Lisbonne pour la finale européenne en C1 contre l’AC Milan, Tapie déclare : Ce sont les dirigeants portugais qui m’ont battu. Mais je ne suis pas plus con qu’eux, j’apprends vite. Et je vous garantis que la prochaine fois, l’arbitre n’accordera pas le but de la main !

    Impossible d’évoquer Bernard Tapie président de l’OM sans évoquer Claude Bez, son rival et dirigeant des Girondins de Bordeaux, champions de France en 1984, 1985 et 1987 et vainqueurs de la Coupe de France en 1986 et 1987. L’arrivée de Tapie et le transfert d’Alain Giresse de la Gironde vers la cité phocéenne alimentent le duel entre ces deux présidents à la grande gueule, chacun se souvenant de l’arrivée en avril 1990 de Bez au Stade Vélodrome en Cadillac !

    Au printemps 1990, le mardi 20 mars très exactement, Bernard Tapie accuse son rival dans L’Equipe de frauder le fisc. Je vais avoir des choses à dire à Charasse (ministre du Budget à l’époque sous le gouvernement de Michel Rocard) sur un dossier qui me paraît nettement plus important : l’enrichissement de certains dirigeants sur le dos de leur club.
    C’est un bâton de dynamite ? interroge L’Equipe.
    Vous verrez. J’ai monté un dossier sur tous les transferts des dernières saisons. Et l’on s’aperçoit que certains fraudent le fisc et trichent avec les clubs dont ils ont la responsabilité. Ce qui me paraît bien plus grave que le reste, vu les sommes en jeu, qui se chiffrent en millions de francs. La vraie cause de l’appauvrissement des clubs, elle est là.

    Touché mais pas coulé par cette banderille verbale de Tapie, Claude Bez réagit en homme fier qui veut éviter l’estocade, qui viendra en 1991 par une rétrogradation administrative des Girondins par la DNCG, avant qu’Alain Affelou (président), Rolland Courbis (entraîneur) et le trio de joueurs Zidane / Lizarazu / Dugarry n’amorcent le renouveau du club à partir de la saison 1992-1993.
    L’interview de Bez est réalisée le mercredi 21 mars 1990 par Christophe Hutteau, correspondant de L’Equipe à Bordeaux, en présence d’un huissier de justice, Me Jaïs, et les propos sont d’une violence rare, inédite dans l’Histoire du quotidien sportif fondé par Jacques Goddet en février 1946. La rivalité Bez / Tapie, c’était aussi et surtout une joute verbale d’hommes forts en répartie, pas seulement une lutte sportive et politique :

    Il y a 17 jours, M. Bernard Tapie a envoyé son homme de main, M. Bernès, me rencontrer à Bordeaux. Celui-ci m’a demandé le plus grand secret et pour être sûr que cela le soit, je lui ai proposé qu’on se rencontre à mon domicile. Il est arrivé en ami, je lui ai offert l’apéritif, et, le verre à la main, il a commencé à me dire que M. Bernard Tapie avait un dossier sur moi et qu’il fallait donc que je me calme. J’ai pris l’air inquiet, interrogatif, lui demandant : « Sur moi ? Un dossier ? » Confirmation de M. Bernès. Alors j’ai dit bon ! J’ai appelé mon secrétaire général à son domicile, je lui ai dit très exactement « Viens immédiatement, M. Bernès ne mange plus chez moi ». Je lui ai indiqué que je ne le cassais pas en deux, parce qu’il trouvait chez moi, et qu’en tout autre lieu, il ne serait déjà plus debout […]. Il porte des accusations excessivement graves, sans citer de nom, sur l’ensemble des dirigeants du football français. L’attitude de Bernard Tapie est parfaitement compréhensible ; il se croit ministrable, cela veut dire qu’il pense être appelé à de hautes fonctions ministérielles dans un avenir proche. Je ne l’invente pas, il l’a annoncé publiquement, avant même le premier tour des dernières élections législatives. Il lance une opération de bluff. IL attaque par les médias, non pas en justice, mais par médias interposés […]

    Cette interview au vitriol ne sera jamais publiée par L’Equipe, et le directeur adjoint de la rédaction, Gérard Ernault, s’en explique le vendredi 23 mars 1990 dans un courrier adressé à Claude Bez.
    L’entretien que vous avez accordé le mercredi 21 mars à Christophe Hutteau, notre correspondant à Bordeaux, comportait des accusations si graves et des propos tellement diffamatoires que, sur le conseil de nos avocats, nous avons été mis dans l’obligation de ne pas le faire paraître […]. Dans un tel cas de figure, les accusations prononcées doivent recevoir l’appui d’une preuve matérielle ou bien être étayées par les témoignages convergents des personnes visées par des tentatives de corruption […]. Si de votre côté, vous détenez des documents apportant la démonstration irréfutable de ce que vous avancez, nous sommes prêts, bien entendu, à en prendre connaissance. […] Les contentieux qui nous ont opposés ne sont pas oubliés. Mais en aucune façon, je vous prie de le croire, nous ne chercherons à nous en servir pour vous empêcher de vous exprimer sur un sujet crucial, dès lors que ce serait dans une forme légale.

    La réponse de Bez à Ernault, cinglante, intervient trois jours plus tard …
    Le mardi 20 mars 1990, vous avez cru devoir passer une interview de M. Bernard Tapie, portant des accusations graves sur des présidents de club. A la demande de l’un de vos journalistes, j’ai accordé une réponse en présence d’un huissier. J’ai demandé à votre journaliste de contacter le journal avant l’entretien pour prévenir de cette présence. L’accord lui a été donné de prendre l’interview. J’ai constaté que vous n’avez pas publié mes prises de position, votre justification semblant être la crainte d’une plainte de M. Tapie, suite à mes affirmations. En conséquence, j’ai transmis votre article du 20 mars à mon avocat, pour des poursuites éventuelles à votre encontre. Vous êtes à mes yeux disqualifiés, pendant un an, jusqu’au 20 mars 1991, de toutes relations avec les Girondins de Bordeaux FC, votre présence est interdite dans les liens sous la responsabilité des Girondins de Bordeaux FC, et aucun salarié du club n’est autorisé à vous parler. Malheureusement, je ne peux pas encore empêcher votre présence gratuite au stade dans la tribune de presse. Je vais essayer par tous les moyens légaux d’y parvenir et, dans ce cas, vous aurez le droit bien entendu d’acheter le nombre de places qu’il vous plairait afin de réaliser les profits qui sont la justification de votre existence. Ces mesures ne sont que la réaction à votre conception du droit à l’information pour le moins surprenante. Vous avez estimé que le public avait le droit d’être informé des insultes portés à l’encontre des clubs par Bernard Tapie. Vous n’avez pas estimé nécessaire d’informer le public des réactions d’un des présidents concernés. Lorsque les insultes sont générales, tout le monde se sent visé. Il ne s’agit pas de dire « qui se sent morveux se mouche », mais « qui se sent attaqué réagit » […] Vous comprendrez aisément que je ne vous adresse pas mes salutations. Signé Claude Bez, président des Girondins de Bordeaux FC, un des présidents insultés par votre journal du 20 mars 1990.

    Dans ce litige Bez / Tapie, il est plus que manifeste que sous l’égide de Noël Couëdel, le journal L’Equipe a pris position pour le président de l’OM au détriment de celui des Girondins de Bordeaux, faisant là preuve d’une grave partialité.
    Le mardi 11 septembre 1990, L’Equipe publie un scoop qui se révèlera faux sur Bez. Le quotidien prévoit le remplacement de Claude Bez par Jean-Pierre Derose à la présidence du club aquitain, via une annonce du maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas, ami proche de Jacques Goddet, qui a quitté son poste de directeur de la publication de la SNC L’Equipe en 1986.

    C’est le scénario inverse du scoop qui se produit à Paris, au restaurant Edgar dans le 2e arrondissement où le maire de Bordeaux a convoqué l’aréopage journalistique, Chaban dédouanant Bez. Le samedi 15 septembre 1990, Jérôme Bureau se fend d’un éditorial volcanique dans L’Equipe Magazine, éditorial adoubé par Couëdel (contact privilégié de Tapie au sein de L’Equipe), qui lui vaudra les remontrances de Jean-Pierre Courcol du côté d’Issy-les-Moulineaux, pour Jérôme Bureau qui sera tout de même nommé directeur de la rédaction en 1993 avant l’acharnement, via sa propre plume ou celle de ses zélés sbires de la rubrique football (Gérard Ejnès et Vincent Duluc), sur le sélectionneur national Aimé Jacquet entre 1994 et 1998 …

    C’est un triste vieillard, surtout en politique. C’est triste un crocodile avec un dentier. C’est triste un homme d’Etat qui nous prend pour des cons. […] Jacques Chaban-Delmas ne nous offre plus que l’image d’un animal politique aussi souple que le Marsupilami, mais aussi venimeux que le cobra. Tout ce qu’on a appris à détester au cours des années 80. Tout ce dont nous ne voulons plus. […] Non, mon message est plus clair, plus direct : dehors ! Allez donc écrire vos Mémoires, monsieur Chaban-Delmas. Faites-vous donc oublier si vous voulez que l’on se souvienne de vous. Et emmenez donc dans vos bagages ce président de club dont je me garderai bien de parler, mais qui ne fait plus rire personne. Dehors ! […].
    Jean-Pierre Courcol, à l’époque directeur de la publication de la SNC L’Equipe, reçoit des appels innombrables de gaullistes échaudés par les propos venimeux de Bureau envers le plus jeune général de la Résistance. Courcol convoque Bureau pour l’incendier de reproches.

    J’ai le sentiment d’avoir été joué par Noël Couëdel, avouera Jérôme Bureau. En effet, l’erreur du scoop du mardi est reléguée aux oubliettes derrière cet éditorial qui sent le soufre … Ou quand Coüedel rime avec Machiavel !

    Tel un shérif dans un western spaghetti de Sergio Leone, harmonica d’Ennio Morricone en moins mais revolvers prêts à tirer sur ses ennemis, Bernard Tapie faisait donc la loi via les médias, et notamment via L’Equipe au sein de l’aréopage jacobin des quotidiens nationaux.

    Ancien de France Football et de L’Equipe, devenu par la suite journaliste indépendant, Patrick Lafayette fut écoeuré par les années Tapie et la proximité trop ostentatoire de certains journalistes avec l’homme d’affaires, ce qu’il explique en 2008 à un autre free-lance, David Garcia : Une fois, j’ai vu Denis Chaumier descendre de la voiture de Tapie avec son fils Baptiste portant une écharpe de l’OM autour du cou, ça résume bien les rapports qu’il avait avec le patron de l’OM.

    Denis Chaumier s’en défend toujours face à David Garcia : Après un match au Parc des Princes, Tapie m’a offert un maillot de Sonny Anderson que j’ai donné à mon fils. De même que Dominique Rocheteau m’avait fait don de son maillot bleu de l’Euro 84. Ou Gérard Houllier du maillot de Liverpool, le Marseillais Samir Nasri ou dernièrement Kakà, lors de la remise du Ballon d’Or 2007. Je ne vois pas ce qu’il y a de répréhensible à accepter ce genre de cadeau dont la valeur est surtout symbolique. Sauf à considérer que les journalistes se vendent pour un maillot, ce qui n’est pas cher payé.
    Chaumier et Lafayette sont en froid depuis le 29 Mai 1991, et la finale perdue à Bari par l’OM contre l’Etoile Rouge Belgrade. On reproche à Lafayette d’avoir levé les bras sur le tir au but victorieux des Yougoslaves. Quelques jours plus tard, le journaliste sportif Jean Ferrara évoque cet épisode avec Bernard Tapie lors d’un entretien paru dans France-Soir.

    La preuve que Lafayette est anti-OM, ce journaliste dansait de joie après le tir au but de Pancev, affirme le président du club phocéen. Patrick Lafayette, lui, a son idée sur l’informateur de Tapie.
    Chaumier l’a raconté à Tapie. Depuis, cette histoire me court après. Alors que je n’ai jamais été OM, au contraire. J’ai même manifesté ma joie une fois, quand Chris Waddle a marqué contre le Milan AC. Ce jour là, j’ai oublié mon devoir de réserve.

    Bien évidemment, Lafayette ne porte guère Bernard Tapie dans son cœur : Tapie est un homme qui pourrait faire fortune en vendant des confettis à la sortie d’un cimetière.

    Sa prise de conscience du système Tapie fut comme un dépucelage violent : Dans les couloirs de l’hôtel Méridien, à Paris, Tapie me dit : « 1000, 10 000, 100 000, un million, tu te laisses enculer pour combien ? Tu vois, c’est ça le foot petit »
    Un autre jour, devant le même hôtel Méridien, Patrick Lafayette aperçoit Tapie en grande discussion avec le journaliste sportif Olivier Rey : « T’es toujours à Antenne 2, ça te dirait de présenter Téléfoot, je m’en occupe. J’appelle Bourges (*) » Sur ces entrefaites, Nanard redescend la vitre de sa voiture et démarre en trombe. Olivier Rey reste bouchée bée et répète avec un air d’abruti, la bouche pendante « Tapie va me faire bosser à Téléfoot », se marre Lafayette, même si Rey ne remplaça jamais Thierry Roland sur l’émission phare du football français.

    (*) Hervé Bourges, ancien président du CSA, fut président de TF1 entre 1983 et 1987, avant sa privatisation par le gouvernement de Jacques Chirac, conduisant au rachat de la chaîne par Francis Bouygues.

    TF1 où Thierry Roland mais aussi Pascal Praud faisaient preuve d’une complaisance souvent navrante à l’égard de Tapie … Même si bien plus tard, Praud et Tapie en viendront aux mains en plein Paris ! En octobre 2001, Bernard Tapie, alors directeur sportif de l’Olympique de Marseille présidé par Robert-Louis Dreyfus, croise par hasard Pascal Praud, journaliste à TF1, dans un magasin de vêtements à Paris.

    Le témoignage de Pascal Praud est sans équivoque : Il est venu vers moi et a commencé à m’insulter : “Praud, t’es qu’un connard ! Dimanche, à Téléfoot, tu as dit que l’OM avait utilisé en cinq mois pratiquement autant d’entraîneurs que Nantes en 45 ans. T’es encore pire que les autres. Je ne te parlerai plus de ma vie !” Ce à quoi je lui ai répondu : “Bonjour, Monsieur Tapie”. Et il est reparti de plus belle : “T’es gentil, tu ne m’adresses plus la parole, t’es qu’un connard !” Ça commençait à m’énerver et je lui ai répondu : “Toi, t’es un GROS connard”. A ce moment-là, il s’est avancé et m’a mis une pêche et un coup de pied dans les parties. Après, on nous a séparés mais il y a encore eu cinq bonnes minutes d’insultes. Il m’a dit que la prochaine fois que je viendrais à Marseille, on m’attendrait.
    De son côté, Bernard Tapie affirme avoir simplement pris par le cou le journaliste dans le but de « le pousser dehors. Suite à cette altercation d’octobre 2001, Pascal Praud déposera plainte pour coups et blessures et voie de fait contre Bernard Tapie.
    Mais Olivier Rey, cacique de Stade 2 où il avait rejoint Robert Chapatte et Thierry Roland en 1979, était un proche de Tapie … Le 20 mai 1993, son équipe de tournage interroge Jacques Glassmann qui lui révèle ce qui deviendra l’affaire OM-VA. Alors que France 2 veut diffuser ce reportage, Olivier Rey reste introuvable et il faudra réenregistrer les propos du joueur. Selon certaines sources, cette affaire serait à l’origine du départ d’Olivier Rey de la chaîne publique, comme l’affirmera le journal Le Monde dans son édition du 25 avril 2006 …

    L’Equipe et France Football, bien que faisant tous deux partie du groupe Amaury, vont diverger sur le cas Tapie au début des années 90. Le quotidien omnisports va encenser le club phocéen et par là même Bernard Tapie, bien que rendant compte le mercredi 26 mai 1993, jour de la grande finale de Coupe d’Europe OM – AC Milan, du témoignage du frère de Jacques Glassmann, sur le mystérieux appel téléphonique que le libero valenciennois a reçu, mercredi 19 mai, dans sa chambre à l’hôtel du Lac.

    Le 21 mai, le quotidien avait publié un encadré Valenciennes accuse ! Jacques Glassmann a déclaré à l’arbitre Jean-Marie Véniel ceci après la rencontre VA – OM du 20 mai 1993 : Un dirigeant marseillais m’a appelé mercredi à notre hôtel. Maintenant, je sais qu’il n’y aura pas de preuve puisque c’était un coup de téléphone. C’est donc ma parole contre celle des gens de l’OM. Je suis un garçon honnête, j’ai conscience des accusations que je porte. Je vais à présent discuter avec mes dirigeants et attendre qu’on m’interroge.
    Le 16 juin 1993, c’est Boro Primorac, entraîneur croate de Valenciennes Anzin, qui est contacté par un certain André-Noël Filippeddu, propriétaire d’un restaurant de Bonifacio à 50 % avec Marcel Dib, futur footballeur de l’OM entre 1994 et 1996, et ancien joueur de Monaco. Proche du milieu corse et de Marc Fratani, l’ancien attaché parlementaire de Bernard Tapie, Filippeddu se présente comme un représentant du club de Bastia, alors en D2, et lui fait miroiter un contrat de 200 000 francs par mois pour diriger le destin sportif du club corse, encore marqué par la catastrophe de Furiani le 5 mai 1992. Le lendemain, 17 juin 1993, Primorac est invité par Filippedu au Fouquet’s, à l’angle des avenues des Champs-Elysées et George V. Après le déjeuner, Primorac est emmené au 24 avenue de Friedland, au siège de Bernard Tapie Finance. Le Croate se voit proposer un dilemme, ou plutôt un odieux chantage : un juteux contrat sur l’Ile-de-Beauté pour la saison 1993-1994 en contrepartie du retrait de son témoignage dans l’affaire OM – VA.

    Jurant qu’il était bien présent dans les locaux du groupe Tapie en ce 17 juin 1993, Jacques Mellick sera condamné pour faux témoignage et subornation de témoin. L’ancien Ministre délégué de la Mer (sous le gouvernement de Michel Rocard) et maire de Béthune devait servir d’alibi à Bernard Tapie pour ce rendez-vous du 17 juin 1993. Or Mellick n’était pas à Paris mais à Béthune ce jour là, et n’était que le second choix pour couvrir le président de l’OM. Le premier n’était autre que le plus haut fonctionnaire de l’Etat, le Président de la République François Mitterrand !
    Mellick se laisse convaincre par deux hauts personnages de l’Etat après un dîner suivant un congrès à Versailles. L’alibi est grotesque, et le pot-aux-roses sera révélé par l’hebdomadaire Le Point.

    Mais à l’époque, le charme de Nanard est incandescent. Les journalistes ? Des cons faciles à manipuler ou cette maxime restée célèbre dont se souvient Damien Ressiot, il est plus facile d’acheter des journalistes qu’un journal.

    Emporté dans le même élan qu’une grande partie de la presse hexagonale – Le Parisien (également propriété du groupe Amaury), le jour de la finale de la Coupe d’Europe Clubs des Champions de l’OM à Bari se déguise même en Bari-sien – L’Equipe s’enlise via son vaisseau satellite L’Equipe Magazine. Jérôme Bureau, moins d’un an après ses attaques contre Jacques Chaban-Delmas, signe samedi 25 mai 1990 un éditorial une fois de plus à la limite, intitulé « in Bed with l’OM ». Morceaux choisis. Ah, cette finale de Bari, Dieu qu’elle est longue à arriver ! On en crève de la vivre. Tant, sans doute, s’est-on persuadé que l’OM peut la gagner. Que l’OM va la gagner. Ils sont forts, très forts. […] Marseille, capitale d’une Provence-Côte d’Azur lors des prochaines élections régionales dont le probable affrontement Tapie-Le Pen va faire le centre de la France politique. Marseille, capitale de la France par la grâce de l’OM. Marseille, ville agaçante, dérangeante, inhabituelle. Marseille ville admirable.

    A la lecture de cet éditorial, le sang de Jacques Thibert, alors rédacteur en chef de France Football, ne fait qu’un tour … Quel culot d’écrire un tel éditorial à la gloire de l’OM.
    C’était un édito de supporter. Pour ma part, en tant que journaliste, je ne me sens pas l’âme d’un supporter, confirme Patrick Lafayette, son ancien collègue à la rédaction de France Football.

    Même dans sa chute, L’Equipe n’oubliera pas Bernard Tapie. Les journalistes dont il a juré la perte l’accompagneront en effet dans sa descente aux enfers. Si l’affaire OM-VA scelle sa carrière sportive et politique en 1994, ceux qui ont dénoncé, dans les colonnes du journal ou dans l’hebdomadaire du groupe Amaury, France Football sont au mieux placardisés, au pire virés. Et FF, sorte de résistant médiatique sous les années du Tapie Boom, est décapité. Ses trois têtes dirigeantes, Patrick Lafayette, Jacques Thibert et François de Montvalon sont remerciés tour à tour. Un de leurs éditos restera célèbre, le 6 juillet 1993. Tout le monde il pue, tout le monde il sent la charogne, y a que Tapie qui sent l’eau de Cologne. Victoire à la Pyrrhus pour Tapie mais victoire quand même.

    L‘hebdomadaire France Football, lui, va en effet vite stopper l’idylle avec Tapie, après la fameuse interview de février 1986 où l’homme d’affaires présentait, en roulant des mécaniques, son projet pour le club marseillais. Dans un style proche du Canard Enchaîné, à la fois satirique et saignant, sans tabou et avec humour ravageur, avec son trio Jacques Thibert – François de Montvalon – Patrick Lafayette, FF va croiser le fer avec Tapie, pour une bagarre qui dépasse le cadre simple du football.
    « France Foot » s’est très nettement démarqué de « L’Equipe » qui cultivait des liaisons dangereuses avec Tapie, le journal y a gagné en indépendance éditoriale et en qualité, se remémore Lafayette, fier et nostalgie d’une époque révolue, celle où il était rédacteur en chef adjoint et complice du Che Guevara du journalisme de foot, François de Montvalon, rédacteur en chef de France Football .
    Montvalon m’a transmis le virus de l’intégrité, rappelle Patrick Lafayette, vieux militant CGT. Tapie proposait un modèle de société à l’opposé de celle dans laquelle je voulais que mes enfants grandissent. Et la gauche la promouvait.

    Retiré en Corse, Jacques Thibert sera marqué au fer rouge par sa croisade anti-Tapie. Il a tout analysé très vite, Tapie ne connaissait rien au foot en arrivant à l’OM, six mois après il comprenait tout : la corruption, le dopage, la manière de faire fonctionner une équipe de compétiteurs.

    Si le passage de l’ancien propriétaire de La Vie Claire à Marseille fut un succès sur le plan sportif, le plus grand échec de Tapie reste cependant l’affaire OM – VA, victoire à la Pyrrhus six jours avant l’euphorique succès contre les Rossoneri de Fabio Capello.

    Le 14 juillet 1993, François Mitterrand commet une faute impardonnable durant la traditionnelle interview suivant la garden-party de l’Elysée et le défilé militaire pour la commémoration, non pas de la Prise de Bastille (1789) mais de la Fête de la Fédération (1790).
    Devant les journalistes Patrick Poivre d’Arvor (TF1), Paul Amar (France 2) et Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1), le Président de la République commente une affaire judiciaire en cours d’instruction. Le pouvoir exécutif prend le pas sur le pouvoir judiciaire devant des millions de téléspectateurs …

    Mitterrand évoque en effet un dossier dans lequel il n’y a pas grand-chose, ou en tout cas rien de bien grave. Quant à Bernard Tapie, selon le chef de l’Etat, il fait rêver la France.

    Quelques mois plus tard, François Mitterrand commettra une autre faute dans une allocation télévisée, celle du renoncement dans le grand défi économique, le 31 décembre 1993 : Nous avons tout essayé contre le chômage.

    La question que tout le monde se pose, c’est pourquoi Tapie a bénéficié, durant tant d’années de la bienveillance de Mitterrand et du pouvoir socialiste ?

    Dans Mitterrand et les quarante voleurs (ouvrage datant de 1994), le journaliste Jean de Montaldo évoque une thèse intéressante, au vitriol.

    Le secret du couple ? Une amoralité insondable, un challenge permanent, sans vainqueur ni vaincu, dans la pratique du cynisme, une même propension à recourir au mensonge pour parvenir à leurs fins, réduire leurs adversaires, réussir contre eux tous les mauvais coups. Tapie – Mitterrand ? Ces esthètes du gâchis s’entendent comme larrons en foire – l’un à la tête de la France, l’autre dans les sociétés qu’il dépèce et le football qu’il salit – pour savoir qui des deux, pour se maintenir à flot, ira le plus loin dans l’utilisation de l’arnaque politique et de l’escroquerie médiatique. Combien de temps faudra-t-il avant que la France ne se lasse de leur égal péché d’orgueil, leur total mépris du peuple qu’ils prétendent servir, mais qu’ils savent toujours mieux duper, grâces à des stratagèmes qu’ils ne se lassent plus d’exploiter ? Tapie doit plus à Mitterrand qu’à sa bonne étoile, Que lui serait-il arrivé, que serait-il devenu s’il n’avait bénéficié, depuis tant d’années, des hautes protections de l’Elysée ?
    La protection politique, Tapie en bénéficie à outrance après l’affaire OM – VA en juillet 1993. Celle du Président Mitterrand tout d’abord, qui provoquera cette réaction audacieuse du procureur Eric de Montgolfier, au micro du journaliste de France Info Nicolas Poincaré : Décidément, l’Elysée n’est pas un bon observatoire pour la justice.
    Le procureur faisait évidemment référence à l’affaire de l’Observatoire survenue en octobre 1959, épisode sombre de la carrière politique de François Mitterrand. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, après avoir dîné à la brasserie Lipp avec Georges Dayan, François Mitterrand, ancien ministre de la IVe République, sénateur de la Nièvre, décide de rentrer chez lui, rue Guynemer, vers minuit trente. François Mitterrand, selon sa version, suspecte une autre voiture de le suivre, modifie son parcours, arrête sa Peugeot 403 au niveau de l’avenue de l’Observatoire, enjambe une haie du jardin de l’Observatoire et se réfugie derrière un buisson. Sa voiture est alors criblée de sept balles. Le lendemain de l’affaire, les journaux relatent l’histoire en faisant l’éloge de Mitterrand, qui n’aurait dû son salut qu’à sa rapidité de réaction. Il redevient le leader de la lutte contre l’extrême droite.
    Les soupçons des enquêteurs s’orientent d’abord vers les partisans de l’Algérie française. S’ensuit une controverse politique et judiciaire, appelée l’affaire de l’Observatoire, François Mitterrand étant accusé d’avoir lui-même commandité l’attentat dans le but de regagner les faveurs de l’opinion publique. L’ancien député gaulliste Robert Pesquet s’est présenté six jours après l’attentat comme son complice, présentant des preuves — qu’il affirme irréfutables — de ses rencontres préalables avec Mitterrand. Ce dernier finira par admettre avoir rencontré Pesquet avant l’attentat. Aux dires de Pesquet, Mitterrand aurait été enthousiasmé à l’idée de se faire de la publicité par ce moyen, et aurait planifié l’opération en détail.

    Des années après, Pesquet répète avoir été le cerveau à l’origine du faux attentat mais annonce qu’il en avait prévu la divulgation à l’insu de Mitterrand, et qu’il s’agissait donc dès le départ d’une manipulation destinée à discréditer ce dernier. Robert Pesquet a avancé plus tard encore des idées difficilement vérifiables, qui contribuent à entretenir un certain mystère autour de l’affaire : notamment qu’un attentat simple avait d’abord été envisagé par l’extrême droite, ou encore que c’est à l’instigation d’autres personnes à droite qu’il avait approché Mitterrand …
    C’est donc à ce vieil épisode qu’Eric de Montgolfier fait référence. Mais le procureur pourrait décocher ses flèches contre bon nombre d’hommes politiques, tant Bernard Tapie semble dans une forteresse imprenable … Eric de Montgolfier n’en aura pas le temps. Le lendemain de sa pique verbale contre le chef de l’Etat, il est convoqué à la Chancellerie :

    Je suis reçu par cinq personnes, dont le directeur de cabinet, Philippe Léger. Le garde des Sceaux, Pierre Méhaignerie, n’est pas là, mais j’ai un entretien téléphonique avec lui. On me demande de faire moins de vagues, et de m’offusquer un peu moins fort.

    Ce rappel à l’ordre par un des quatre Ministres d’Etat du gouvernement Balladur (au même titre que Simone Veil, Charles Pasqua et François Léotard) répond à une certaine logique, à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle en 1995, marigot dans lequel deux crocodiles de droite, Jacques Chirac et Edouard Balladur, vont s’entretuer sans pitié. Eric de Montgolfier n’est pas dupe de la manœuvre de Pierre Méhaignerie, Ministre de la Justice, et d’Edouard Balladur, Premier Ministre de cohabitation et ultime locataire de Matignon dans le second septennat du sphinx Mitterrand.

    La cohabitation d’alors est qualifiée de molle. Balladur ne veut pas faire de vagues et souhaite, par calcul politique, épargner Mitterrand. Le soutien de celui-ci lors de la prochaine élection présidentielle de 1995 est d’ailleurs espéré par Matignon.

    L’Elysée, Matignon, le Ministère de la Justice, mais aussi celui du Budget, puisque le cabinet de Nicolas Sarkozy accorde un moratoire de trois ans à Bernard Tapie pour éponger les 123 millions de francs de pertes de l’OM, conséquence de la suspension du club phocéen de Coupe d’Europe par la FIFA et l’UEFA pour la saison 1993-1994. Sans poule aux œufs d’or estampillée UEFA, Marseille est exsangue financièrement, et le club phocéen devra vendre plusieurs joueurs pour renflouer les caisses : Alen Boksic (Lazio Rome), Paulo Futre (Reggina), Marcel Desailly (Milan AC).

    Ce coup de pouce est jugé un peu trop miraculeux par Pierre Dubiton, alors juge au tribunal de commerce de Marseille et futur administrateur de l’OM : A ma connaissance, aucune entreprise n’a jamais obtenu de telles conditions ! On dit que les loups se mangent entre eux, mais visiblement pas en politique …

    Pourquoi tant de mansuétude envers Tapie ? Pour ménager François Mitterrand en vue de son soutien implicite, mais aussi parce que Bernard Tapie pourrait aussi se présenter à l’élection présidentielle de 1995 et diviser la gauche.

    C’est ainsi que Tapie tance Michel Rouger à l’automne 1994 : J’ai tout le gouvernement derrière moi. Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à appeler Sarkozy.

    Mais quand le socialiste Jacques Delors, Président de la Commission Européenne et favori des sondages, renonce à se présenter le 11 décembre 1994 pour le scrutin élyséen, Tapie ne sert plus à rien pour le tandem Balladur / Sarkozy, pas plus qu’à Jacques Chirac. Lâché par ses anges gardiens, le président de l’OM entame sa descente aux enfers sur le plan judiciaire, conséquence de ses errements avec le club phocéen (entre autres malversations).
    En 1998, André Bercoff résumera cet épisode dans son livre Comment ils ont tué Tapie : Il n’avait évidemment aucune chance d’entrer à l’Elysée, mais il détenait un pouvoir de nuisance assez grand pour faire gagner le candidat de la droite, c’est-à-dire Balladur ou Chirac.

    Bien plus tard, Bernard Tapie retrouvera Nicolas Sarkozy pour le fameux arbitrage de 2008 dans le litige ave le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas.
    La reprise du championnat de France 1993-1994, après un stage agité dans les Pyrénées à Font-Romeu, se déroule pour l’OM dans un Stade Vélodrome qui sent le soufre, face à Lens le samedi 24 juillet 1993. Bernard Tapie et Jean-Louis Levreau interdisent l’entrée du stade aux caméras autres que celles de Canal + et TF1. Après le match remporté par l’OM 1-0 (but de Basile Boli), un cameraman de France 2 est agressé d’un coup de tête. Deux jours plus tôt, jeudi 22 juillet 1993, la paranoïa avait conduit Tapie à jeter à la mer, au golfe d’Hyères, la caméra d’un journaliste de France 3, Georges Mattera.

    Mais Tapie n’en était pas à son coup d’essai en terme de violences sur des journalistes :
    - En 1989, Hervé Gattegno, journaliste au Méridional (rival local du Provençal à Marseille) puis au Nouvel Observateur, se fait traiter de raclure par Tapie.

    - En avril 1991 à Moscou à l’occasion de la demi-finale européenne Spartak – OM, Tapie se jette sur Alain Vernon d’Antenne 2, lui saisit la joue et lui frappe violemment le menton de la main gauche : Je te ferai virer d’Antenne 2. On te connaît sale, communiste.

    - En juillet 1993, Bernard Tapie n’hésite pas à foncer avec sa voiture sur un journaliste et un caméraman de France 2 avenue de Friedland, près de ses bureaux parisiens.

    C’est dire le degré de paranoïa de Tapie durant l’affaire OM – VA, dont les remous remontent jusqu’aux plus hautes instances européenne et mondiale du football.

    Le Brésilien Joao Havelange et le Suédois Lennart Johansson, présidents respectifs de la FIFA et l’UEFA, ont tranché fin août 1993 : Marseille ne pourra pas défendre son titre de champion d’Europe en Ligue des Champions, pas plus que participer à la Supercoupe d’Europe contre Parme (vainqueur de la Coupe des Coupes 1993) ni à la Coupe Intercontinentale contre le Sao Paulo FC (vainqueur de la Copa Libertadores). Le Milan AC de Berlusconi et Capello (vice-champion d’Europe 1993) remplace logiquement l’OM face à Parme et Sao Paulo, mais le remplacement du champion d’Europe s’avère bien plus délicat à gérer pour Jean-Fournet Fayard et Noël Le Graët, patrons de la Fédération Français de Football (FFF) et de la Ligue Nationale de Football (LNF).
    Le Gräet est même accusé par Tapie de ne pas avoir suffisamment défendu l’OM le lundi 6 septembre 1993 à la réunion de la dernière chance à Zurich, au siège de la FIFA. Tapie a fait subir une pression incroyable au maire de Guingamp et président de la LNF, lui faisant même coller un contrôle fiscal par le biais de son ami Michel Charasse, Ministre du Budget du gouvernement de Pierre Bérégovoy.

    Fâché des sanctions prononcées contre le club, Bernard Tapie avait déposé plainte contre l’UEFA, organisatrice des compétitions européennes. Une plainte qui avait toutes les chances d’aboutir, les sanctions prononcées à l’égard de l’OM étant antérieures à tout jugement judiciaire. Mais plane la menace de la Fifa, si Nanard ne recule pas, de sanctionner la Fédération française de football, la ligue, voire de retirer à la France l’organisation de la Coupe du Monde 1998. Président de la FIFA omnipotent entre 1974 et 1998, Joao Havelange était un homme qui n’hésite pas à porter l’estocade à ceux qui s’opposent à la foudre divine. Alors, Noël Le Graët prend sa plus belle plume vendredi 10 septembre 1993 pour écrire une lettre à Bernard Tapie.
    Le président du plus prestigieux des clubs français qui nous a apporté le premier trophée européen de notre histoire et dont les joueurs, par leur talent exceptionnel, ont amené l’équipe de France à participer à la Coupe du Monde 1994 (*) et ont grandement contribué à ce que notre pats se voit attribuer la Coupe du Monde 1998, ne peut être celui qui peut être l’auteur de sa perte.

    (*) Deux jours plus tôt après une victoire mercredi 8 septembre 1993 à Tampere contre la Finlande, la qualification de l’équipe de France semblait assurée pour la World Cup 1994 aux Etats-Unis, à tel point que le champagne coulait à flot dans l’avion du retour pour les joueurs de Gérard Houllier. Seule la voix sensée d’Eric Cantona avait appelé à la prudence, avant que les Bleus de Gérard Houllier ne tombent du Capitole à la Roche Tarpéienne le 13 octobre contre Israêl (2-3) puis le 17 novembre face à la Bulgarie d’Emil Kostadinov (1-2). Preuve de l’arrogance française, avant le match contre Israël, la sono du Parc des Princes passe L’Amérique de feu Joe Dassin …

    C’est le 8 septembre 1993 que l’UEFA exige aussi de la part du football français le nom du club suppléant en Ligue des Champions. Cet épisode donnera l’occasion d’un beau panier des crabes au siège de la Ligue … La logique aurait voulu que le dauphin de l’OM en championnat, le PSG, endosse ce rôle ingrat. Mais il n’en fut rien, pour des raisons politiques.

    Actionnaire du club parisien, Canal + ne veut pas en entendre parler pour ne pas hérisser le poil des abonnés marseillais. Sans parler que Jacques Chirac, maire de Paris et déjà sur les starting-blocks en vue de l’élection présidentielle de 1995, ne veut pas prendre le risque de se mettre à dos le précieux électorat de la région Provence Alpes Côte d’Azur en vue de cette échéance. Défait en 1981 et 1988, Chirac n’a plus le droit à l’erreur. Or un sondage publié le 7 septembre 1993 par le Parisien donne la tendance de l’opinion : 61 des Français trouvent l’exclusion de Marseille de la C1 par l’UEFA injustifiée. Le chiffre grimpe à 77 % en région PACA, un vrai plébiscité pro-OM.
    Sur l’antenne d’Europe 1, Chirac fait le plaidoyer du maintien du PSG en Coupe des Coupes, en tant que vainqueur sortant de la Coupe de France : On ne doit mener que les combats pour lesquels on s’est qualifiés. Le PSG a gagné la Coupe de France et il se battra dans la Coupe des Coupes. Il n’a aucune raison de se battre pour une compétition dans laquelle il ne s’est pas qualifié.

    C’est dans cette atmosphère que Noël Le Graët et Jean-Fournet Fayard reçoivent les représentants des clubs français qualifiés pour une Coupe d’Europe en 1993-1994 : Michel Denisot, Bernard Brochand et Pierre Lescure (Paris SG), Jean-Louis Campora (Monaco), Guy Scherrer (FC Nantes), Alain Afflelou (Girondins de Bordeaux), Jean-Claude Hamel et Guy Roux (Auxerre), ces deux derniers profitant pour le club icaunais du système des vases communicants. Grand argentier du foot français, Jean-Claude Darmon est également présent.
    Cette réunion sera ubuesque et chacun défend une position divergente :
    - Le PSG ne souhaite pas jouer le rôle de l’imposteur, Pierre Lescure pensant avant tout aux intérêts économiques de Canal +. Sur le plan sportif, la C2 est plus abordable, notamment avec un premier tour moins risqué face aux Chypriotes de l’Apoël Nicosie qu’en C1 face aux Grecs de l’AEK Athènes.

    - Nantes, via Guy Scherrer, défend logiquement la thèse que le club arrivé deuxième du championnat de France 1993, en l’occurrence le PSG, doit remplacer le premier.

    - Bordeaux, par la voix d’Alain Afflelou, envisage plutôt de ne pas remplacer du tout l’OM en C1. Mais le risque aurait été énorme de voir l’UEFA entreprendre des représailles envers le football français.

    C’est finalement l’AS Monaco, 3e du championnat de France, qui doit remplacer Marseille en C1. Le club princier d’Arsène Wenger fera honneur à la D1 française, malgré trois défaites contre les deux ogres du Vieux Continent, le FC Barcelone et l’AC Milan : un double revers contre la Dream Team de Johan Cruyff en phase de poules (0-2 au Nou Camp, 0-1 à Louis II) et une cruelle défaite en demi-finale contre l’ogre rossonero de Fabio Capello (0-3 à San Siro).

    Alors qu’Auxerre récupère une place en Coupe UEFA, que le PSG reste en C2 et que Monaco est propulsé de la C3 vers la C1 à quelques jours d’affronter l’AEK Athènes en tour préliminaire, Noël Le Graët justifie ainsi le choix de la France : La Coupe de France est une épreuve reine chez nous, et il est normal d’autoriser le PSG à la défendre. En outre, Monaco dispose de l’indice UEFA le plus élevé après l’OM. C’est finalement logique.
    Sauf qu’un détail d’importance a échappé au maire de Guingamp … L’argument de l’indice UEFA était bidon, car dans ce cas Auxerre (indice UEFA 2.86) aurait dû être qualifié à la place de Monaco (2.68).

    Le poids de Canal + a pesé lourd dans cette désignation du club suppléant pour la C1 1993-1994. Canal + , sauveur du PSG en 1991, à l’initiative de Bernard Tapie, qui se targue toujours d’avoir monté la rivalité PSG / OM :
    En 1990-1991, le club parisien présidé par Francis Borelli se traîne dans le ventre mou du classement. La mairie de Paris, par l’un de ses adjoints (Alain Juppé), refuse d’éponger la dette du club mais souhaite qu’un repreneur soit trouvé. Alors que Bernard Brochand, Alain Cayzac et Charles Talar travaillent à ce projet de reprise, une offre concrète arrive sur le bureau de Jacques Chirac à l’Hôtel de Ville.

    Par l’intermédiaire de Charles Pasqua, c’est le Président du Milan AC, Silvio Berlusconi, qui fait une offre pour le club parisien en mars 1991, alors que son club affronte l’OM de Bernard Tapie dans un duel homérique en Coupe d’Europe des Clubs Champions, duel perdu grâce au génie du tandem Papin / Waddle : Vous avez un problème avec le PSG, je suis prêt à le régler. Je reprends le club, j’efface la dette et j’arrive avec deux stars du Milan AC, dont Ruud Gullit.
    Mais refroidi par la reprise de la Cinq par Berlusconi en 1986, Jacques Chirac oppose un irrévocable veto à l’offre du Cavaliere, suite à une réunion extraordinaire avec Alain Juppé, Guy Drut, Jean Tiberi, Bernard Brochand et Francis Borelli, plus cinq autres futurs ministres du gouvernement d’Edouard Balladur, parmi lesquels très certainement Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy.
    Bernard Brochand et Alain Cayzac reprennent leur bâton de pèlerin jusqu’au domicile de Jean-Luc Lagardère, rue de Presbourg. Le directeur financier du groupe Lagardère s’oppose à la reprise, bien que l’homme d’affaires soit intéressé. Partenaire historique du PSG, RTL est approché mais le directeur de la station, Philippe Labro, ne peut décider seul. TF1 est également approchée.

    C’est finalement Canal + qui rafle la mise. Sponsor du PSG depuis 1987, la chaîne cryptée diffuse le championnat de France de football depuis 1984, année de sa création par André Rousselet, un proche de François Mitterrand.
    En 1991, Marseille écrase tout avec ses stars, Papin, Mozer, Waddle, Abedi Pelé … L’équipe de Tapie et Goethals est en lice pour l’historique triplé C1 – Coupe de France – Championnat. Le raté de Bari contre l’Etoile Rouge de Belgrade viendra tout gâcher. Par effet domino, les Phocéens encore touchés mentalement perdent trois jours après leur échec européen la finale de la Coupe de France contre leur dauphin monégasque, ce qui sauve la saison des hommes d’Arsène Wenger.

    Mais Monaco est loin de pouvoir rivaliser avec Marseille sur une saison de Division 1, le championnat de France 1991-1992 le prouvera avec un cavalier seul de l’OM parachevé par une victoire 3-0 des Marseillais au stade Louis II, en forme de camouflet pour Arsène Wenger.
    L’adrénaline et la glorieuse incertitude du sport sont les ingrédients indispensables de bonnes recettes télévisuelles. Sans rival pour Marseille, le championnat de France sera aussi passionnant à regarder que l’herbe pousser ou la peinture sécher.

    Canal + accepte donc de reprendre le PSG en mai 1991. Bernard Tapie n’y est pas étranger : Seuls en haut, on se faisait chier ! Tout le monde a oublié que j’ai poussé Canal à entrer dans le PSG. J’en parlais à Biétry depuis longtemps, je l’ai convaincu que c’était une bonne chose pour tout le monde. Canal Plus à Paris, mais aussi Aulas à Lyon, c’est moi qui les ai fait venir, cela ne sert à rien d’être tout seul.
    L’accord est signé le 20 Mai 1991, la mairie de Paris maintenant sa subvention. Bien que proche de François Mitterrand puisqu’il l’a aidé à financer ses campagnes présidentielles depuis 1965 et lui a présenté Jacques Séguéla (le S de Havas Euro RSCG, le C étant Alain Cayzac), André Rousselet n’a pas intérêt à se faire mal voir de la droite et de Jacques Chirac, qui traverse pourtant une traversée du désert en cette année 1991, un mois avant son célèbre discours d’Orléans sur le bruit et l’odeur, lors d’un dîner – débat du RPR :
    Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. Nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne paient pas d’impôt ! [...] Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu’il y a un problème de l’immigration, et que si l’on ne le traite pas­ et, les socialistes étant ce qu’ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l’opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes. […] La plupart de ces gens-là sont des gens qui travaillent, des braves gens ; on est bien content de les avoir. Si on n’avait pas l’épicier kabyle au coin de la rue, ouvert de 7 heures du matin à minuit, combien de fois on n’aurait rien à bouffer le soir ?
    Ironie du destin, Rousselet sera débarqué en 1994 de la présidence de Canal + par un gouvernement de droite, celui d’Edouard Balladur !
    Patron des sports de la chaîne, Charles Biétry ne sera pas le président délégué du PSG, puisque Pierre Lescure, directeur général de Canal +, n’a pas le temps de se consacrer à 100 % au club francilien. Le nom de Biétry est logique puisqu’il a mené les négociations, a travaillé à ce projet de reprise pour la chaîne cryptée. Mais ce sera finalement Michel Denisot qui sera délégué par Canal + au PSG : André Rousselet a tranché, Charles Biétry devant rester au service des sports en vue de la couverture 24h/24 prévue par Canal + durant l’été 1992 pour les Jeux Olympiques de Barcelone.

    Paradoxe de l’année 1991, le rapprochement PSG / Canal + / Mairie de Paris rend certains hommes politiques de droites habitués de la tribune présidentielle du Parc des Princes : Jacques Chirac, Alain Juppé, Philippe Seguin, Jean Tiberi ou encore Nicolas Sarkozy, alors que Bernard Tapie, futur Ministre de la Ville du gouvernement socialiste de Pierre Bérégovoy, accueille entre autres au stade Vélodrome Laurent Fabius, Michel Vauzelle ou encore Jean-Louis Bianco.
    Le duel PSG / OM prend donc forme en 1991 grâce, indirectement, à Bernard Tapie et François Mitterrand, puisque Canal + est présidée par son ami de longue date André Rousselet. En 1991, le mercato estival se solde par une aide indirecte de Bernard Tapie : Jocelyn Angloma passe du PSG à l’OM, tandis que Bernard Pardo, Laurent Fournier et Bruno Germain font le chemin inverse, de la Commanderie vers le Camp des Loges.

    1991, c’est

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    2 février 2016 a 18 h 07 min

    1991, c’est aussi l’année de l’intervention française dans le Golfe qui fera démissionner Jean-Pierre Chevènement du gouvernement de Michel Rocard.
    Un ministre, ça ferme sa gueule. Et si cela veut l’ouvrir, cela démissionne.

    1991, c’est aussi la dernière année de la présidence Mitterrand où un gouvernement socialiste ne compte pas un certain Bernard Tapie dans ses rangs, chouchou de « Tonton ».

    A sa nomination, le conseiller François de Grossouvre reste incrédule de voir chaque mercredi le très controversé personnage qu’est Bernard Tapie, Ministre de la Ville, entrer au salon Murat où se tient le Conseil des Ministres de la République !
    On n’accepte pas n’importe qui à la table du Conseil des Ministres, là où se prennent les décisions les plus secrètes. Avant d’appeler qui que ce soit au gouvernement, une enquête doit être faite. Je ne comprends pas comment François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, parfaitement informés, puisqu’ils ont accès aux bulletins du casier judiciaire, ont pris le risque d’introduire un aventurier au sommet de l’Etat.
    Justement, c’est là que le bât blesse, Mitterrand comme Bérégovoy sont complices des déraillements fiscaux du matamore Bernard Tapie dans les années 80.

    En avril 1992, Tapie remplace au Ministère de la Ville Michel Delebarre, installé en décembre 1990 suite aux émeutes de Vaulx-en-Velin.
    Ancien Ministre du Budget sous le septennat de François Mitterrand, Michel Charasse se souvient de la nomination du bateleur : Je pense que c’est ce côté batailleur qui plaisait à Mitterrand. Bernard Tapie avait du bagout, il ne se laissait pas faire, alors que tout l’establishment, en particulier les financiers, était contre lui. Et puis choquer la bourgeoisie ne faisait pas peur à François Mitterrand, pour preuve la nomination d’une femme Premier Ministre, puis de Pierre Bérégovoy, un ancien ouvrier.

    Le 10 mai 1992, Bérégovoy, tout juste installé à Matignon, déclare ceci à propos de son Ministre de la Ville : Je considère que Bernard Tapie est honnête. C’est un gagneur, je lui fais confiance.
    Face à la gauche caviar et aux énarques, Pierre Bérégovoy ne rate jamais une occasion de rappeler qu’il est un fils du peuple, oubliant de préciser que son père, d’origine ukrainienne, était capitaine du tsar, avant de tenir un café – épicerie à Déville-lès-Rouen. Comme Bernard Tapie, Pierre Bérégovoy en rajoute sur son enfance misérable.
    J’ai gaulé tout de suite Béré et il m’a aimé, assure Tapie, qui raconte ainsi leur première rencontre en 1983 : A Nevers, lorsque je rachète Look, une entreprise de 600 employés au bord de la faillite, Béré demande à me voir. Il est d’autant plus épaté qu’il a vu comment j’ai fait. Je ne lui ai pas demandé une thune.

    Hubert Marty-Vrayance, nommé directeur départemental des Renseignements Généraux de la Nièvre fin 1988, a côtoyé Pierre Bérégovoy pendant quatre ans :
    C’était un homme particulièrement honnête, peu intéressé par l’argent, qui voulait véritablement lutter contre la corruption. Mais il s’est vite rendu compte, à partir du second septennat de François Mitterrand, que ce dernier était entouré de fripouilles. C’est bien Mitterrand qui a imposé Tapie à Bérégovoy.
    C’est également la version fournie par Gérard Carreyrou, ancien journaliste de TF1 et ami de Pierre Bérégovoy : Pierre m’a répété plusieurs fois que pour Tapie comme pour Charasse, c’était Mitterrand qui lui avait demandé, soit de les nommer, soit de les avoir près de lui.

    Pourtant, Mitterrand a tenté le 14 juillet 1993, lors de la traditionnelle interview suivant la garden-party de l’Elysée, de faire croire l’inverse au peuple français : Je le connaissais très peu avant que Pierre Bérégovoy ne me soumette son nom dans la liste de son gouvernement. Je l’ai accepté et il s’est révélé un excellent ministre.

    Emblématique entraîneur d’Auxerre de 1961 à 2000, Guy Roux avance une explication convaincante sur le pourquoi de la nomination de Tapie comme ministre par Mitterrand et Bérégovoy : Avec sa « gueule », ses sourires, son bagout et son bateau, Tapie introduisait dans l’esprit de la population une notion de rêve que la France recherchait.

    Avant de faire entrer Bernard Tapie au gouvernement, le chef de l’Etat avait sollicité Guy Roux au sujet de l’action du patron de l’OM dans le football. La réponse de Guy Roux fut la suivante : Prudence.
    Comment juger l’action du ministre Tapie, OVNI qui a tout connu dans sa vie ? Il passait mal auprès des fonctionnaires car n’était pas énarque, ne faisait pas partie du sérail. Mais orphelin de l’Aménagement du Territoire, sa mission le plus importante qui représente l’une des principales lignes budgétaires de l’Etat, le Ministère de la Ville version Tapie était donc un gadget, une sous-administration sans argent et sous autorité. Mais la manœuvre politique du couple Mitterrand / Bérégovoy était habile : faire croire que le pouvoir socialiste s’occupait enfin des banlieues.

    Remercié le 23 mai 1992 après avoir fait pression via Franck Terrier, membre du cabinet de Michel Vauzelle, alors Garde des Sceaux, sur la juge d’instruction Edith Boizette qui enquêtait sur l’affaire Tranchant, Bernard Tapie est donc lâché par François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, contraints de dresser la guillotine sur leur chouchou politique afin de calmer la magistrature. Pierre Brégovoy s’adresse en ces termes à son ex-Ministre : Tu m’as mis dans une situation impossible. Je n’ai pas le choix. Je suis obligé de me séparer de toi.

    Mais dès le 24 décembre 1992, Tapie reprend sa place à l’hôtel de Roquelaure, au Ministère de la Ville. Car Edith Boizette a rendu le 18 décembre 1992 un non-lieu en sa faveur dans l’affaire Tranchant, même si les dix pages des attendus de l’ordonnance de ce non-lieu sont très sévères envers le président de l’OM. Pierre Bérégovoy justifie ce retour de Bernard Tapie au gouvernement car les soupçons envers lui étaient illégitimes.

    Hubert Marty-Vrayance, lui, a connu une fin de carrière mouvementée liée à certaines de ses prises de position, notamment sur les attentats du 11 septembre 2001 ou sur le décès de Pierre Bérégovoy, le 1er mai 1993. Selon lui, il ne s’agirait pas d’un suicide mais d’un assassinat, car il se préparait à lancer sa candidature pour les élections présidentielles de 1995. Il devenait dangereux pour toutes les fripouilles du Parti Socialiste.

    En avril 1992, tout juste nommé Premier Ministre par Mitterrand en remplacement d’Edith Cresson, Bérégovoy chercher à engager Jacques Pilhan, le communicant du Président de la République, ainsi que Jean-Marc Lech, directeur de l’Institut de sondages Ipsos.
    Mais d’autres se montrent moins indulgentes envers l’ancien maire de Nevers, qui a longtemps échoué dans sa quête du Graal d’un fief électoral, notamment en Normandie, sa région d’origine. Fin 1982, François Mitterrand lui propose Nevers en désespoir de cause, place forte de la Nièvre, son bastion historique depuis 1946.

    Résultat, tel Faust attiré par Méphistophélès, Bérégovoy doit tout à Mitterrand politiquement et cherche en permanence sa reconnaissance, d’autant que l’ancien cheminot n’est jamais n’est pratiquement jamais invité dans les hauts lieux de la mitterrandie : la rue de Bièvre à Paris, Latché dans les Landes, la roche de Solutré lors de son ascension annuelle, l’hôtel du Vieux-Morvan …

    Cela va pousser Bérégovoy à avale des couleuvres de plus en plus grosses, notamment celle qui précipitera sa chute au printemps 1993, le prêt à un million de francs de la part de Roger-Patrice Pelat, ami personnel de Mitterrand, rencontré en prison en Allemagne durant la guerre. Ce prêt passé devant notaire avait servi en 1986 à l’achat d’un appartement rue des Belles Feuilles, dans le XVIe arrondissement de Paris.

    Avant 1981 et le début du premier septennat du Florentin, alias François Mitterrand, le pilleur d’épaves Tapie n’était guère connu, exception faite de ses fameuses tentatives en 1979 pour récupérer à bas prix les châteaux du dictateur africain, Jean-Bédel Bokassa, couronné empereur du Centrafrique dans un faste indécent le 1er décembre 1977.
    C’est via sa compagne Dominique Mialet-Damianos, en cure à Eugénie-les-Bains avec Thérèse Houphouët-Boigny (épouse de l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny), que Tapie va avoir l’occasion d’approcher Bokassa, réfugié à Abidjan quelques jours après que son régime soit renversé en septembre 1979. Or Bernard Tapie et sa compagne se retrouvent au même moment invités à Abidjan par La Première Dame de Côté d’Ivoire. A seulement 36 ans et avec un aplomb incroyable, Tapie décide de faire croire à Bokassa que ses châteaux d’Hardricourt (Yvelines), Mézy (Yvelines), Neuvy-sur-Barangeon (Cher) et Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher) vont être nationalisés. Il lui propose alors un rachat à 10 % de leur valeur pour lui éviter la ruine, en promettant que les sommes seront reversées à l’UNICEF ! Bokassa apprendra ensuite qu’il n’a jamais été question de nationaliser ses châteaux !

    Cet épisode sulfureux attirera à Bernard Tapie la haine du président Valéry Giscard d’Estaing, tandis que les réseaux Françafrique de Jacques Foccart avaient fait capoter l’opération du matamore, puisque l’Elysée était engluée dans la fameuse affaire des diamants de Bokassa, qui pèsera si lourd dans la défaite de VGE à l’élection présidentielle de 1981, face à François Mitterrand !

    Il est prouvé depuis longtemps que Mitterrand comme Bérégovoy ne pouvaient pas ne pas savoir à propos des errements fiscaux du contribuable Tapie … Le 1er août 1984, le directeur général adjoint des impôts J.Roche saisit le secrétaire d’Etat chargé du Budget, Henri Emmanuelli. Le fisc redoute déjà la Berezina du groupe Tapie, alors composé de Terraillon, Testut et Look. La DGI demande logiquement des vérifications approfondies de la situation fiscale du groupe Tapie. Mais au Ministère du Budget, une note du 7 août 1984, rédigée par Alain Font pour Frédéric Saint-Geours (futur directeur général adjoint du groupe Peugeot Citroën sous Jacques Calvet puis Jean-Martin Folz) suggère d’attendre. Saint-Geours n’est autre que le directeur de cabinet d’Henri Emmanuelli.
    Suite à cette note du 7 août 1984, la DGI reçoit une fin de non-recevoir de la part du cabinet d’Henri Emmanuelli, dont le supérieur et ministre de tutelle n’est autre que Pierre Bérégovoy, détenteur du portefeuille de l’Economie et des Finances dans le nouveau gouvernement de Laurent Fabius.

    En 1986, quand il publie son livre Gagner, Bernard Tapie en remet une couche sur le harcèlement judiciaire dont il fait preuve, sur cette chasse à sorcières dont il fait l’objet :
    On me veut du mal. Je suis blanc comme neige. Je n’ai jamais rien caché. Tout ce dont on m’accuse, je m’en suis déjà expliqué. On me fait un mauvais procès, en me ressortant à chaque fois les mêmes dossiers. On m’en veut parce que je réussis et que je suis le meilleur.

    En octobre 1993, la justice suisse exécute une commission rogatoire du juge d’instruction Pierre Philippon, bloquant une dizaine de comptes bancaires dans les cantons de Bâle, Genève, Lucerne, Zurich ainsi que dans la principauté du Liechtenstein.
    Curieusement, les premières commissions rogatoires étaient parties le 19 août 1992, mais n’étaient arrivés en Suisse qu’en avril 1993, après la défaite de la gauche aux élections législatives de mars 1993 !

    Au total, le juge d’instruction marseillais avait délivré une quarantaine de commissions rogatoires internationales, vers l’Angleterre, l’Irlande, Jersey, Guernesey, Monaco, l’Italie, le Portugal, l’Espagne ou encore l’Allemagne.
    A cette époque, on parle en effet de plus de 80 millions de francs sortis des comptes de l’OM par le biais de fausses factures et de montages via fausses sociétés et les classiques manœuvres gigognes destinées à faire trompe l’oeil : adresses et numéros de téléphone bidons, papiers à en-tête trafiqués …
    En avril 1998, Bernard Tapie sera convaincu par la justice d’avoir utilisé frauduleusement plus de 101 millions de francs ! Alors que les soupçons débutent dès novembre 1990 via une enquête préliminaire sur les comptes de l’OM, ce n’est que le 15 août 1992 qu’une information judiciaire est ouverte par le Ministre socialiste de la Justice, Michel Vauzelle, mais sur neuf clubs professionnels, pas seulement sur l’Olympique de Marseille. Sont également en ligne de mire le PSG, l’AS Cannes, Montpellier Hérault ou encore le FC Nantes !

    Cette manœuvre destinée à noyer le poisson n’empêchera pas la condamnation de Bernard Tapie, le 28 mars 1994, pour faux, usage de faux, recels de faux, abus de confiance, recels d’abus de confiance et abus de bien sociaux. Le tout à la veille de son élection comme conseiller général des Bouches-du-Rhône !
    Mais à Marseille, personne ne peut réussir sans avoir le bac, comprenez banditisme, affairisme et clientélisme. Tapie a hérité en 1986 à l’OM de ce système mis en place par Gaston Defferre, qui faisait de la politique avec les milieux corse et marseillais à l’époque de la French Connection. Dominique Venturi, un des barons de la drogue, entrait sans frapper dans le bureau du maire. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale, Dominique Venturi, alias Nick, s’était rapproché des milices socialistes tenues par le jeune avocat Gaston Defferre, son futur mentor.

    C’est en enquêtant sur le Sporting Club de Toulon de Rolland Courbis que la justice perquisitionne ensuite le siège de l’OM en novembre 1990, afin de retrouver la trace de transferts entre les deux clubs. Courbis, champion de France avec Marseille en 1972 puis avec Monaco en 1978 et 1982 comme joueur, est un personnage controversé. En 1990, avec son épouse la comtesse Marie-Luisa Rizzoli (veuve de l’ancien président du Milan AC, Andrea Rizzoli, dirigeant du club rossonero entre 1954 et 1963), Courbis est inculpé pour des jeux truqués aux casinos de Nice et Cannes. Le couple est soupçonné de blanchir l’argent noir du ballon rond, mais sera relaxé par la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence en 1996.
    C’est en effet aux côtés de sa compagne, la comtesse Marie-Louise Rizzoli, que Rolland Courbis ramasse 1,6 million de francs à la roulette de Beaulieu. Le problème au casino, c’est que quand tu perds, tu as des ennuis avec ton banquier, et quand tu gagnes c’est avec la police, déclare Courbis.

    Au printemps de 1990, avec la comtesse, l’entraîneur de Toulon est inculpé d’infraction à la législation sur les jeux, dans l’affaire de baronnage du Palm Beach de Cannes. On les soupçonne d’avoir truqué des jeux aux casinos de Nice et Cannes, d’être de mèche avec des croupiers et d’avoir raflé plusieurs millions sous la table.
    En 1996, Rolland Courbis est blessé par balle dans l’assassinat de Dominique Rutily, membre présumé du Gang de la brise de mer, à Hyères dans le Var et président du Football Club de Calvi. Il avait pour ambition de reprendre l’OGC Nice et Rolland Courbis était son conseiller technique.
    Le 29 mars 1996, alors que les deux hommes venaient d’assister à la rencontre entre Calvi et l’équipe d’Hyères, c’est en regagnant sa voiture que Rutily est tombé dans une embuscade tendue par quatre hommes, armés de calibres 9 mm et 11,43 mm. Touché de plusieurs balles à la tête, Dominique Rutily est mort sur le coup. Courbis, atteint d’une balle, a été transporté à l’hôpital. Il a été opéré immédiatement et les médecins estimèrent que ses jours n’étaient pas en danger. Les agresseurs ont pris la fuite sans être inquiétés.

    L’enquête a été confiée au SRPJ de Marseille. Pour les policiers, Rutily aurait été victime d’un règlement de comptes lié au banditisme. Le président du club de Calvi était en effet un personnage important du milieu corse. Outre ses fonctions dans le football, Rutily était le patron d’une discothèque, le Challenger, à L’Ile-Rousse. Il déclarait également un troupeau d’une vingtaine de vaches, lui donnant droit aux primes européennes. Condamné, en 1990, par la cour d’assises de Nice à quatre ans de prison pour une attaque à main armée commise en 1987, Rutily passait pour l’un des barons de la « Brise de mer », une bande de voyous née une vingtaine d’années auparavant et qui avait l’habitude de se réunir dans un bar dont elle a pris le nom, sur le vieux port de Bastia.
    Le groupe de la Brise de Mer réalise le « Casse du Siècle » le dimanche 25 mars 1990 : un braquage dans une agence de l’Union des Banques Suisses de Genève. 31.4 millions de francs suisses, soit 220 kg de billets, sont dérobés (125 millions de francs français). Le butin ne sera jamais retrouvé, sur les neuf personnes concernées par l’enquête, aucune ne sera condamnée. L’enquête montrera qu’ils ont disposé de complicités à l’intérieur de la banque UBS.

    Devenu entraîneur à Toulon en 1986, Courbis est l’un des hommes qui a formé Tapie aux combines du foot business : les matches ne se gagnent pas que sur le terrain.
    Ce que Tapie traduira à sa manière après la fameuse défaite européenne d’avril 1990 contre le Benfica Lisbonne : J’ai compris pourquoi nous étions un petit club. On n’a pas trouvé la femme de ménage espagnole de l’arbitre belge.

    Les relations de Courbis avec le milieu sont notoires. Libéré de la prison des Baumettes le 26 novembre 1992, le parrain du milieu marseillais Francis le Belge (alias Francis Vanverberghe) est relâché contre une caution de 1.5 million de francs, dont un des chèques est signé par Bernard Pardo, ancien joueur de Courbis à Toulon, transféré à Marseille en 1990 après une saison de transition à Bordeaux.
    En novembre 1992, Tapie est Ministre de la Ville, et aurait accédé à la requête de l’avocat de Francis le Belge, après vingt rejets de demande de libération depuis 1988 par la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence. Francis Vanverberghe sera assassiné le 27 septembre 2000 par une équipe de tueurs à moto dans un café de course de standing L’Artois Club, dans le VIIIe arrondissement de Paris, de 7 balles de 11.43 millimètres. Ironie du destin, la piste privilégiée est une vengeance du gang de la Brise de Mer, celui auquel appartenait feu Dominique Rutily.
    Selon plusieurs parrains interrogés par la police, La Bande de la brise de mer aurait éliminé le Belge par l’intermédiaire de son bras armé avec l’accord des caïds marseillais. Quinze jours avant sa mort, Vanverberghe a séjourné en Corse. On n’a jamais su pourquoi, s’étonne un autre policier. D’après nos informations, il y aurait eu un litige dans une histoire de racket sur un casino de la région niçoise. Le Belge avait encaissé sans redistribuer aux Corses. Et surtout son empire était convoité par eux. D’ailleurs, dans la capitale, un très célèbre organisateur de soirées et les tenanciers de bars à hôtesses versant la dîme au Belge vont être repris en main par les truands corses. Ce ne sont pas les Hornec qui se sont installés à Paris mais les Corses, fait remarquer un fin connaisseur du milieu. Enfin, ce sont les hommes de main de la Brise de mer qui sont suspectés dans les assassinats des proches du Belge qui suivront.

    Dans les mystérieuses opérations financières de l’OM et du Sporting Club de Toulon, un petit établissement financier est omniprésent, la Finter Bank, née en 1957 de la fortune laissée à sa mort par Eugenio Balzan, réfugié italien en Suisse. Sa seule héritière, Lisa Balzan, est décédée le 28 mars 1957, veille de la fondation de la Finter Bank ! En 1966, la banque passe sous le contrôle du groupe industriel italien Pesenti.
    Carlo Pesenti, proche du Vatican, était un intime de Roberto Calvi, président de la Banco Ambrosiano retrouvé pendu le 17 juin 1982 sous un pont de Londres.
    Pesenti, lui, meurt deux ans plus tard, en 1984, juste avant de comparaître pour malversations financières devant un tribunal de Milan. La Finter Bank, elle, apparaît comme l’un des bailleurs de fonds de Jean-Dominique Fratoni, empereur des casinos niçois et surnommé le Napoléon des Jeux.

    En 1977, Jean-Dominique Fratoni souhaite acquérir son principal concurrent, le casino Palais de la Méditerranée, dirigé par Renée Leroux. Par l’entremise de Maurice Agnelet, il propose à la fille de Renée Leroux, Agnès Leroux, qui avait une liaison avec Agnelet et qui était en conflit avec sa mère, une somme de trois millions de francs en échange de ses droits de vote au conseil d’administration du Palais de la Méditerranée. Au cours de l’assemblée générale des actionnaires du 30 juin 1977, Agnès Leroux met sa mère en minorité.
    Agnès Leroux disparaît ensuite mystérieusement au cours du week-end de la Toussaint 1977. Cette disparition gêne Fratoni, car il avait encore besoin que l’héritière vote en sa faveur dans le but de rapprocher les deux casinos. Il obtient que les 3 millions qu’il devait verser soient placés sous séquestre.
    Soupçonné d’être impliqué dans la disparition criminelle et sous le coup d’une information judiciaire pour des délits financiers (et notamment le délit d’achat irrégulier de vote), Jean-Dominique Fratoni est inculpé en octobre 1978 et s’enfuit en Italie en 1980, puis en Suisse quelques années plus tard.

    Il est condamné par défaut, en 1983 et 1985, à un total de cinq années de prison et à 410 millions de francs d’amende pour des infractions fiscales et douanières. Fratoni était notoirement ami de Jacques Médecin, maire de Nice, et n’aurait été qu’un prête-nom pour une branche de la Mafia qui l’aurait chargé de racheter plusieurs casinos de la Côte d’Azur.
    Soutien du sulfureux Fratoni, la Finter Bank n’est pas irréprochable non plus. En 1983, son agence de Chiasso, dans le canton suisse italophone du Tessin, fait transiter plusieurs centaines de milliers de deutschemarks concernés par du trafic d’héroïne entre l’Italie et la Suisse.

    En 1991, la Finter Bank avait des engagements à hauteurs de 80 millions de francs dans le groupe Bernard Tapie Finance. La banque les ramènera à 3 millions au deuxième trimestre 1993.

    Les comptes de l’OM seront inspectés par un expert-comptable, Pierre Dubiton, futur directeur administratif du club, qui cohabitera avec Tapie des années plus tard, lorsque ce dernier sera rappelé au club en avril 2001 par Robert Louis-Dreyfus, président de l’OM depuis 1996 et qui avait racheté Adidas à Tapie en 1993 …
    Dans France Football, Robert Louis-Dreyfus se montre cynique à propos de la cohabitation Tapie / Dubiton, alors que l’OM végète entre 1999 et 2001, après une superbe saison du centenaire marquée par une finale de C3 perdue à Moscou contre Parme et une place de dauphin en championnat derrière les Girondins de Bordeaux : Je crois que cela a été mon coup de génie de mettre ensemble Bernard Tapie et Pierre Dubiton ! J’ai pu me débarrasser des deux en même temps.

    Durant son second passage à l’OM, éclair, le directeur sportif Bernard Tapie aura supervisé pas moins de 58 transferts, qui rapportent beaucoup d’argent à deux agents à la réputation controversée, Jean-Luc Barresi (proche du milieu marseillais) et Gilbert Sau ! Les deux hommes disposent de la loge n°7 au Stade Vélodrome.
    Bernard Tapie admet connaître Jean-Luc Barresi, qui lui aurait été présenté par Renaud Muselier, premier adjoint à la mairie de Marseille. Le 22 octobre 2001, Tapie est rattrapé par une plainte de Pierre Dubiton, ancien directeur administratif de l’OM chassé sans diplomatie par le club. L’enquête du SRPJ de Marseille va principalement concerner le transfert du joueur argentin Eduardo Tuzzio, champion d’Argentine 2001 en ouverture avec San Lorenzo, club supporté par Jorge Bergoglio, le futur pape François, et par l’acteur américain Viggo Mortensen (USS Alabama, The Lord of the Rings, A History of Violence, Eastern Promises, The Two Faces of January).
    Alors âgé de 27 ans, Tuzzio n’a rien d’un crack. Il signe le 26 juin 2001 avec l’Olympique de Marseille une convention de transfert en vue d’un contrat de 4 ans pour 2.347 millions d’euros.

    Le 18 juillet 2001, l’agent Gilbert Sau reçoit 400 000 dollars au titre commissions dans le cadre de transfert du joueur Eduardo Tuzzio du Servette Genève vers l’OM. Le 19 juillet, le club phocéen paie au joueur pour se rendre au bord du Lac Léman. C’est à Genève que Tuzzio signe un autre contrat avec le club suisse, allant du 19 juillet 2001 au 30 juin 2002, pour 2.6 millions de dollars, qui deviennent 5.2 millions le 24 juillet …
    Dans ce panier de crabes incompréhensible, tout s’éclaire par la suite. Le 25 juillet est signé un protocole d’accord pour le transfert de Tuzzio du Servette vers l’OM, pour 6.479 millions d’euros (environ 42.5 millions de francs), près du triple de la somme prévue le 26 juin. Ces 30 millions de francs supplémentaires vont permettre de rémunérer grassement les agents et de virer à Tuzzio une belle somme sur un compte à l’étranger, qui échappera au fisc français …
    Pour la police française, le transfert de Tuzzio vers la Canebière n’a été qu’un montage qui a permis à l’Olympique de Marseille de détourner des fonds.

    Le quotidien “Libération” révèle quant à lui que le Servette s’octroie au passage une commission de 610 000 euros, personne ne pouvant sérieusement imaginer qu’il puisse acheter un joueur à un prix équivalent à son budget annuel.
    Le dossier de police évoque aussi le transfert de Frank Leboeuf en provenance de Chelsea à l’été 2001. Leboeuf et Tapie se mettent d’accord verbalement sur un salaire mensuel brut de 500 000 francs, et le versement d’une somme de 10 millions de francs à l’étranger, sur un compte tenu au Luxembourg.

    Malgré ces accusations et que bien dans l’œil du cyclone, Tapie échappe à l’épée de Damoclès judiciaire en 2007. Si Gilbert Sau, Frank Leboeuf, Pierre Dubiton ou encore Eduardo Tuzzio, ainsi que Patrick Trotignon et Christian Hervé (respectivement directeur général et président du Servette Genève) sont renvoyés devant le tribunal, Bernard Tapie ne comparaîtra pas devant la justice française lors de ce procès.
    Les avocats genevois dénoncent l’influence de Tapie sur le Servette, à la tête duquel il avait poussé son ami Michel Coencas, ancien président de Valenciennes en 1993 lors de l’affaire OM – VA. Michel Coencas a fait fortune via la Compagnie financière de Valois. Coencas et Tapie ont longtemps partagé le même avocat, Jean-Louis Borloo, ensuite Ministre d’Etat du deuxième gouvernement de François Fillon (2007-2010) sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ce dernier, via l’intermède de Christian Estrosi, avait en 1995 (en tant que Ministre du Budget) effacé une ardoise de 11 millions de francs pour Coencas, qui a notamment produit en 2000 la pièce de théâtre Vol au-dessus d’un nid de coucou dans laquelle Bernard Tapie reprenait le rôle joué en 1975 par Jack Nicholson sous la caméra de Milos Forman. En 2001, il rachète coup sur coup le Nîmes olympique, club de deuxième division, et le Servette de Genève. En 2003, les deux clubs étaient revendus par Michel Coencas.
    Comment expliquer l’intérêt de Tapie pour le Servette, club auquel il avait acheté Sonny Anderson en 1993 pour remplacer Alen Boksic vendu en urgence à la Lazio Rome ?
    La réponse de l’intéressé au quotidien suisse Le Matin, le 4 avril 2002, est intéressante : Le Servette, c’est sentimentalement mon deuxième club. […]. En fait, j’ai trois clubs de cœur. L’OM bien sûr. […]. Le Servette chez vous et aussi le Standard de Liège en Belgique, dirigé par mon ami Lucien d’Onofrio.
    Ce dernier a convaincu en 1999 un certain Robert Louis-Dreyfus, président de l’OM depuis 1996, d’investir dans le club wallon. Lucien d’Onofrio fut l’agent de nombreux joueurs achetés par l’OM entre 1986 et 1994, sous la présidence Tapie. Quant au Standard Liège, il a vendu pas moins de quatre joueurs au club phocéen en 2001 pour 17 millions d’euros : Daniel Van Buyten, Vedran Runje, Jurgen Caven et Joseph Yobo.

    Entre 2000 et 2011, année de la mort de RLD, c’est un Suisse qui préside le Standard de Liège, Reto Stiffler. Mais ce dernier reste à Davos, c’est donc le vice-président Lucien d’Onofrio qui décide au quotidien à Sclessin. Proche de RLD, Lucien d’Onofrio l’est aussi de Tapie, puisque le journal L’Express révèle qu’il lui arrive de monter sur le Phocéa pour venir discuter de transferts de joueurs. Quant à Sophie Tapie, fille de Bernard, elle révèle en juin 2015 au Journal du Dimanche, à propos de Lucien d’Onofrio, son parrain : Je le considérais comme un second papa.
    Le Belge Philippe Richard est un juge d’instruction assez tâtillon… Depuis 2004, il s’est échiné à décortiquer les lignes bancaires du Standard de Liège. Et sa quête l’a tout bonnement amené vers l’Olympique de Marseille, avec qui le club liégeois a des liens privilégiés, puisque quatre joueurs (Yobo, Runje, Cavens et Van Buyten) ont donc été transférés de Wallonie vers la Provence, à l’été 2001, pour un montant de plus de 17 millions d’euros.

    Une vraie manne providentielle pour le Standard, dont les caisses sonnaient si creux que sa survie dans l’élite du football du Royaume de Belgique était compromise. Et de vraies belles affaires. Tel Daniel Van Buyten, défenseur au physique de catcheur, qui a été vendu 11.5 millions d’euros par le Standard, soit près de quinze fois le prix auquel il a été acheté deux ans plus tôt au club de Charleroi. Van Buyten finira sa superbe carrière au Bayern Munich, ogre européen qui reste le must du Vieux Continent, Barça et Real Madrid exceptés.
    De là à soupçonner que le Standard a surfacturé le montant des transferts, il y a un pas… Que le juge d’instruction belge a bel et bien franchi, en 2004, en lançant son instruction. Avec d’autant plus de suspicion que le Standard et l’OM ont le même actionnaire principal en la personne de Robert Louis-Dreyfus.
    En cet été 2001, l’un des responsables de l’OM n’est autre que Bernard Tapie. Un Nanard revenu aux affaires 8 ans après l’affaire OM-VA (1993) et en grande forme. Sous son magistère, sont réalisés en une année plus de 50 transferts de joueurs, dont les quatre visés par la justice belge.

    Le Standard, troisième club de cœur de Bernard Tapie, qui aurait envisagé d’acquérir le Servette Genève en 2008. C’est Pierre Condamin-Gerbier, un ancien employé de la banque Reyl, qui l’affirme après avoir déjeuné avec l’homme d’affaire au Plaza Athénée à Paris début 2008.
    Je lui ai demandé comment il comptait financer le rachat du club. Il m’a répondu qu’il était absolument certain de percevoir une très forte somme d’argent, somme « énorme » selon ses termes, sans précision du montant, d’une décision qui serait rendue en sa faveur dans le cadre d’un arbitrage entre lui et le Crédit Lyonnais.
    Tapie démentira le 27 juin 2013, jour où le CDR (Consortium de Réalisation, entité créée en 1993 pour structurer la dette abyssale du Crédit Lyonnais) demande la révision de l’arbitrage, les propos de l’employé de la banque Reyl, mais l’arbitrage dans l’affaire Adidas / Crédit Lyonnais a bien eu lieu en sa faveur le 7 juillet 2008, après une polémique concernant la proximité entre l’avocat du bateleur, Me Maurice Lantourne, et l’un des trois juges arbitres, Pierre Estoup.

    Si Bernard Tapie conteste le témoignage de Pierre Condamin-Gerbier, de nombreux témoins ont vu l’ancien président de l’OM dans la cité de Calvin, en compagnie d’un certain Didier Tornare, pour visiter des villas sur les rives du lac Léman.

    Ancien notaire, Didier Tornare est un autre personnage controversé de la galaxie Tapie : vice-président du Servette, Didier n’est autre que le frère aîné de Manuel Tornare, maire socialiste de Genève à trois reprises entre 2001 et 2009. Ancien impresario des Gipsy Kings, il leur a fait enregistrer leur premier tube en 1987, Bamboléo … Fréquentant la jet-set, Tornare compte parmi ses clients Sophia Loren, Alain Prost ou encore Mireille Darc, avant de fuir en 1992 aux Bahamas pour échapper à la justice.
    Ayant fait fortune dans l’immobilier genevois au début des années 80, Didier Tornare fait la connaissance de Bernard Tapie, qui cherche en 1981 à rénover le yacht d’Alain Colas, le futur Phocéa. Pour cela, Tapie s’adresse au Crédit des Bergues, société aux capitaux venant du Koweït, établissement que seuls des initiés de la place financière de Genève pouvaient connaître … Comme Didier Tornare, qui fera partie des invités du mariage de Tapie sur le Phocéa, le 23 mars 1987 au large de Corfou.

    Touche-à-tout, le condottiere Bernard Tapie a donc évolué dans les univers du cyclisme et du football, mais jamais de la Formule 1 même s’il aurait eu fière allure en Principauté de Monaco avec son yacht le Phocéa.

    En 1991, le circuit de Nevers Magny-Cours remplace le tracé Paul Ricard au calendrier mondial de la Formule 1. Le circuit du Castellet, moderne en 1971 à sa création, devenait vieillissant. Jusqu’en 2008, le circuit bourguignon sera la phobie de Bernie Ecclestone, le grand argentier de la discipline reine du sport automobile.

    Primo, car Magny-Cours est champêtre, là où Ecclestone aime les villes lui qui a fait de Monaco un écrin inégalable, qui a vendu la F1 successivement aux villes de Montréal (1978), Las Vegas (1981, circuit du Caesars Palace), Detroit (1983), Dallas (1984), Adelaïde (1985), Phoenix (1991), Melbourne (1996, circuit de l’Albert Park), Valence (2008), Singapour (2008, circuit de Marina Bay), Sotchi (2014, circuit d’Adler), Bakou (2016) ou encore Jersey City (2017, circuit de Port Imperial dans l’Etat du New Jersey) pour des circuits urbains … Trop éloigné des aéroports internationaux de Paris, Lyon et Genève, le circuit n’a jamais construit les infrastructures hôtelières dignes de recevoir le microcosme de la F1, contraint de louer à prix d’or des chambres chez l’habitant. Les Anglais, Max Mosley et Bernie Ecclestone, ne le pardonneront jamais aux Nivernais, ce qui causera la perte du Grand Prix de France face aux épreuves venues d’Asie et du Golfe Persique, si modernes et riches.

    Secundo, le circuit nivernais n’offrira jamais de montagnes russes d’adrénaline au public français, faute de dépassements en nombre suffisant et d’une âme manquante, puisque ce billard n’a pas de personnalité, on a copié des virages d’autres circuits pour le dessiner (Adelaïde, Nürburgring, Estoril). Seule l’édition 1999 remportée par Heinz-Harald Frentzen (Jordan Mugen Honda) offrira le grand frisson, sous la pluie, et dans une moindre mesure celle de 2004 où le Kaiser Schumacher viendra à bout de Fernando Alonso par une stratégie magistrale, tirant la quintessence d’un bolide écarlate rendu plus léger par un quatrième ravitaillement en forme de coup de poker du stratège Ross Brawn, sorte de joueurs d’échecs du paddock capable de vous mettre échec et mat tout en dégustant une banane sur la passerelle de commandement de la Scuderia Ferrari. Faute de spectacle et de joutes d’anthologie, Magny-Cours perd de l’argent puisque les recettes de la billetterie sont insuffisantes. Ainsi en 2006, deux anciens membres du groupe Pink Floyd viennent jouer après le Grand Prix de France, en l’occurrence Roger Waters et Nick Mason.

    Tertio, la loi Evin promulguée le 10 janvier 1991 (interdisant la publicité pour le tabac et l’alcool), mesure phare du double septennat de François Mitterrand, a handicapé la France aux yeux d’Ecclestone, si longtemps proche de Philip Morris et son président en Europe, l’Italien Aleardo Buzzi, pierre angulaire des fameux accords Concorde de 1981. Une seule anecdote résume le poids qu’avait pris le secteur du tabac en F1 sur le plan politico-financier.

    Quattro, Magny-Cours succède à d’autres circuits français, Reims Gueux, Rouen, Charade, le Castellet ou encore Dijon Prenois. La France n’a jamais su implanter un tracé mythique comme Silverstone en Grande-Bretagne, l’autodrome de Monza en Italie, Monaco en Principauté, Spa Francorchamps en Belgique, le grand Nürburgring en Allemagne (la majestueuse Nordschleife), Interlagos au Brésil, ou encore Suzuka au Japon. Mais cela, François Mitterrand n’y pouvait rien, et l’absence de poids historique de Magny-Cours a aidé Ecclestone à supprimer le Grand Prix de France du calendrier, bien que l’épreuve existe depuis 1906, soit avant les Grands Prix d’Italie (1922), d’Allemagne (1927) ou de Monaco (1929).

    Le 27 juillet 1997, l’Allemagne sportive est en fête. A Paris, son jeune virtuose Jan Ullrich remporte, ceint du prestigieux maillot jaune, son premier Tour de France. A Hockenheim, Michael Schumacher (Ferrari) termine deuxième dans son bolide écarlate du Grand Prix d’Allemagne derrière un autre germanophone, le pilote autrichien Gerhard Berger (Benetton Renault), tout juste revenu d’une interruption de 3 courses liée à une infection des sinus et à la mort accidentelle de son père Johannis, décédé à 62 ans en avion.
    En coulisses, Mosley et Ecclestone rencontrent le chancelier allemand Helmut Kohl, qui les assure de son soutien pour opposer un veto allemand à la directive de l’Union Européenne. Ironie du destin, c’est avec le plus grand allié politique de François Mitterrand que Mosley et Ecclestone vont faire du lobbying pour éviter une extension de la loi Evin à toute l’Europe. C’est ainsi que le Grand Prix de Belgique sera retiré du calendrier mondial en 2003, malgré le statut d’écrin du circuit de Spa Francorchamps, le toboggan des Ardennes étant avec Monaco ou Suzuka l’un des rares juges de paix de la F1.

    L’Union Européenne souhaitant légiférer sur le retrait de la publicité et du sponsoring anti-tabac dans le cadre des compétitions sportives, Max Mosley et Bernie Ecclestone durent prendre leur bâton de pèlerin pour défendre leur poule aux œufs d’or, Philip Morris étant l’éminence grise de la F1 depuis les années 70 et leur partenariat avec McLaren (1974-1996) puis Ferrari (partenariat exclusif débuté en 1997). A la demande de Walter Thoma, PDG de Philip Morris Europe, l’aigle bicéphal Mosley / Ecclestone dut déployer ses ailes pour commencer un intense lobbying vers les politiques européens susceptibles de les aider contre le joug de Bruxelles, Helmut Kohl donc mais aussi le nouveau Premier Ministre britannique, Tony Blair.
    Ironie du destin, quelques mois après le décès de François Mitterrand le 8 janvier 1996 à Paris, une Ligier s’impose pour la dernière fois en F1, avec le succès plus qu’inattendu d’Olivier Panis en Principauté de Monaco. Parti 14e dans le labyrinthe monégasque, le Grenoblois triomphe devant David Coulthard (McLaren Mercedes) en profitant des malheurs de Michael Schumacher (Ferrari), Damon Hill (Williams Renault) ou encore Jean Alesi (Benetton Renault). L’ultime succès de Ligier remontait au Grand Prix du Canada 1981. Les vannes célestes s’étaient abattues sur l’île Notre-Dame, et la piste québécoise inondée par cette pluie apocalyptique avait été domptée par Jacques Laffite, en octobre 1981, cinq mois après l’élection de Mitterrand à l’Elysée.
    Le circuit de Nevers Magny-Cours a été officiellement inauguré le dimanche 7 juillet 1991, en présence du président de la République, François Mitterrand, qui accompagne Jean-Marie Balestre (président de la FISA) sur le podium du Grand Prix de France de Formule 1, podium royal où Nigel Mansell (Williams Renault) devance le triple champion du monde français Alain Prost (Ferrari) et le double champion du monde brésilien Ayrton Senna (McLaren Honda). C’était logique car sans Mitterrand, le circuit tel qu’on le connaît n’aurait jamais vu le jour.
    La petite piste, elle, avait été construite par l’entrepreneur Louis Stevenot, à la demande du maire de Magny-Cours Jean Bernigaud, sur son domaine de Bardonnay, au lieu-dit « Les Gaillères ». Un des événements qui est à l’origine de cette idée est le Grand Prix de l’ACF qui a eu lieu le 4 juillet 1954 à Reims Gueux, avec le doublé implacable des W196 Mercedes, les flèches d’argent pilotées par Juan Manuel Fangio et Karl Kling.

    Venu en tant que spectateur assister au triomphe de l’écurie d’Alfred Neubauer, Jean Bernigaud découvre qu’il est possible d’utiliser les routes pour créer un circuit de vitesse. Grand amateur de vitesse et de sports à sensation, il décide alors de passer à l’action chez lui, à Magny-Cours.

    Depuis 1959, entre des champs où paissent les vaches, se trouve un modeste autodrome au ruban d’asphalte agonisant, une piste de karting de 510 mètres de long puis un circuit Jean Behra (en hommage au défunt pilote niçois) créé en 1961. C’est l’héritage qu’à sa mort, en 1971, Jean Bernigaud, maire de Magny-Cours depuis 1957, a laissé à son épouse Jacqueline. Décédée en avril 2012 à l’âge de 90 ans, Jacqueline Bernigaud était la veuve de cet important propriétaire-éleveur de charolais, Jean Bernigaud, qu’elle épousa en 1942, lui donnant sept enfants. Passionné de sport automobile, il utilisera son rang de notable et ses terres agricoles pour assouvir sa passion …
    Se débarrasser d’un tel rocher de Sisyphe n’est pas évident. L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, en mai 1981, va cependant rendre l’opération possible. Entre le président et la famille Bernigaud existent en effet des liens privilégiés.
    François Mitterrand a accepté d’être le parrain de Christophe, le sixième enfant du couple Bernigaud. Un parrainage religieux en contrepartie un parrainage politique : quand, en 1946, Mitterrand s’était présenté aux élections législatives dans la Nièvre, où il était parachuté, c’est grâce aux réseaux de Jean Bernigaud, agriculteur très influent, qu’il parvint à se faire élire.

    En 1945, François Mitterrand et André Bettencourt apportent un témoignage en faveur du fondateur du groupe L’Oréal, mais aussi collaborateur et ancien financier de la Cagoule, Eugène Schueller. François Mitterrand est alors brièvement engagé comme président-directeur général des Éditions du Rond-Point et directeur du magazine Votre Beauté, appartenant au groupe fondé par Schueller.
    La chronologie opaque du président Mitterrand durant la guerre, de ses liens avec la Cagoule, Vichy puis la Résistance, sera le filigrane du livre de Georges-Marc Benamou, ensuite adapté par Robert Guédiguian en 2005 dans le Promeneur du Champ-de-Mars, où l’ancien candidat socialiste est incarné avec maestria par Michel Bouquet.

    En février 1946, François Mitterrand adhère à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), qu’il préside ensuite de 1953 à 1965 et qui lui offre un premier laboratoire politique.
    Candidat aux élections de la seconde Assemblée constituante, le 6 juin 1946, dans la 5e circonscription de la Seine, il ne recueille que 6 % des voix. Par la suite, François Mitterrand hésite entre s’implanter politiquement dans la Vienne ou dans la Nièvre. Eugène Schueller le convainc alors de se présenter dans la Nièvre sous l’étiquette du Rassemblement des gauches républicaines. Avec l’aide du clergé et des notables nivernais, dont Jean Bernigaud, François Mitterrand est élu, le 10 novembre 1946, député de la Nièvre, à la tête d’une liste « Unité et action républicaine », au programme anticommuniste. François Mitterrand abandonne alors ses fonctions aux éditions du Rond-Point …
    Aussi, sous la pression de François Mitterrand, lorsque le circuit de Magny-Cours doit trouver un repreneur, c’est le conseil général socialiste de la Nièvre (que Mitterrand a personnellement présidé entre 1964 et 1981) qui s’y colle et rachète l’affaire en septembre 1986. C’est sous l’influence de son ami Guy Ligier que Mitterrand, via le président du conseil général Bernard Bardin, orchestre la future implantation de la F1 française en Bourgogne. Ligier et Mitterrand se sont rencontrés alors que le futur directeur d’écurie œuvrait sur le chantier de l’ancien circuit de Magny-Cours et que l’homme politique était élu de la Nièvre.

    En 1986, la famille Bernigaud est indemnisée à hauteur de 15 millions de francs de l’époque (soit environ 2.3 millions d’euros). Et 180 millions de francs (soit 27,7 millions d’euros) seront injectés pour transformer le champ de citrouilles en une piste pour accueillir les gladiateurs de la vitesse, sur une piste où Renault gagnera six fois : quatre fois via l’écurie Williams avec Nigel Mansell (1991, 1992), Alain Prost (1993) et Damon Hill (1996), une fois par le biais de l’équipe Benetton avec Michael Schumacher (1995), une fois avec le Renault F1 Team avec Fernando Alonso (2005).
    Le coût exorbitant du rachat du circuit fera ainsi dire à l’académicien Jean-François Revel, à propos du couple Mitterrand / Bérégovoy, que l’on a glissé du gaspillage au brigandage.

    Mais l’ancien commissaire Hubert Marty-Vrayance soutient l’ancien maire de Nevers dans le dossier du circuit de Formule 1 de Nevers Magny-Cours : C’est faux de parler de connivence de la part de Pierre Bérégovoy. Au contraire, le circuit de Magny-Cours a occasionne de très vives tensions entre lui et Mitterrand.

    François Mitterrand étant resté très lié à Jean Bernigaud qui l’avait donc aidé à se faire élire député de la Nièvre en 1946, le sort de sa veuve Jacqueline avait préoccupé le président de la République qui avait aussitôt fait savoir à Elf qu’il convenait de l’aider. Aussitôt dit, aussitôt fait, la voilà titulaire d’un contrat de 4500 euros par mois pendant quatre ans. Sa mission: conduire toutes réflexions (…) sur des questions en relation avec les affaires culturelles. Interrogée, la dame a avoué n’avoir jamais rien fait pour Elf et avoir utilisé l’argent à des voyages familiaux au Brésil, à l’achat d’une voiture pour son petit-fils, à payer l’appartement de sa fille et à placer le restant sur des comptes bancaires. C’est un cas de réelles bonnes oeuvres, a plaidé devant le juge l’un des anciens dirigeants de la filiale suisse d’Elf.

    Après la mort de son mari en novembre 1971, Jacqueline Bernigaud assurera avec talent la direction du circuit de Magny-Cours où toute une génération de jeunes espoirs tricolores (René Arnoux, Jacques Laffite, Patrick Depailler, Didier Pironi) effectuera ses gammes et ses premiers tours de roues au sein de la fameuse et très célèbre école de pilotage Jim Russel, devenue Winfield, école que dirigeaient les frères Mike et Richard Knight, avec le support d’un certain Tico Martini, venu de sa lointaine île de Jersey et qui fit courir en 1978 René Arnoux sur une Martini MK23 (moteur Ford Cosworth) pour 9 Grands Prix, les premiers du champion grenoblois parmi l’élite des pilotes.

    Le circuit Jean Behra sera finalement démoli en 1988 pour laisser place au nouveau circuit automobile de Nevers Magny-Cours. En 1989, le circuit désormais homologué pour recevoir le Grand Prix de France de Formule 1 est inauguré le 29 avril. Venu en personne sur le podium du Grand Prix de France 1991, François Mitterrand confiera ensuite à son amie fidèle, Jacqueline Bernigaud le mot suivant :
    Surtout ne m’invitez plus jamais à assister à ce Grand Prix avec vos petites voitures qui font du bruit et sentent mauvais …
    Ce ne sera plus le cas, et Guy Ligier disparaîtra, ironie du destin, le dimanche 23 août 2015, soit le jour même de l’ultime podium de Romain Grosjean, qui devrait rester pour longtemps le dernier podium d’un Français en F1 : Jules Bianchi décédé à Nice en juillet 2015, Jean-Eric Vergne pilote essayeur de la Scuderia Ferrari sans assurance aucune de reprendre le cockpit de Kimi Räikkönen en 2017, Romain Grosjean dans l’inconnu en signant avec Gene Haas (pas de lien parenté avec Carl Haas, ancien associé de Paul Newman en Indycar) et la nouvelle écurie Haas F1 Team, Esteban Ocon et Pierre Gasly encore dans l’antichambre de l’élite …

    Ami de François Mitterrand, Guy Ligier était à Château-Chinon (Nièvre) le 10 mai 1981, le jour de l’élection du candidat socialiste à l’Elysée, comme l’a rappelé l’ancien ministre Jean Glavany, qui avait présidé l’association du circuit de Magny-Cours jusqu’au lundi 2 mars 1998.
    C’est ce jour là que l’ancien Ministre de l’Agriculture (1998-2002 dans le gouvernement Jospin), Jean Glavany, avait indiqué avoir démissionné dans l’après-midi de son mandat de président du circuit automobile de Nevers-Magny-Cours, hôte depuis 1991 du Grand Prix de France de Formule 1. Ancien chef de cabinet du président Mitterrand (qu’il avait même accompagné sur la route du Tour de France 1985 dans l’étape Morzine – Lans-en-Vercors), Jean Glavany présidait le Conseil d’orientation et de surveillance de la société d’économie mixte de Magny-Cours, ainsi que l’Association du circuit de Magny-Cours. « C’est vrai, j’ai démissionné, a indiqué M. Glavany, par ailleurs 1er vice-président de l’Assemblée Nationale aux côtés du titulaire du perchoir (Laurent Fabius). J’avais annoncé depuis deux ou trois ans que je ne ferais pas cela toute ma vie. J’ai démissionné parce que j’ai eu une profonde divergence avec la façon dont est géré le circuit.

    384 millions de francs ! Tel est le gigantesque magot qu’avait touché, durant le printemps 1993, la Fédération française du sport automobile (FFSA). Les desideratas de son habile président, Jean-Marie Balestre, avaient pris en compte par le généreux donateur: Pierre Bérégovoy, futur ex-Premier ministre et candidat député à Nevers (Nièvre).
    C’est l’histoire d’un cadeau inespéré, voire d’une pression sur l’Etat, à la limite du chantage, du racket, de l’extorsion de fonds. Jeudi 31 décembre 1992, alors que François Mitterrand présente ses vœux aux Français via les tubes cathodiques de France et de Navarre, la loi de finances rectificative débloque 450 millions de francs au bénéfice du ministère de la Jeunesse et des Sports sous la responsabilité de Frédérique Bredin, membre de la venimeuse promotion Voltaire (1980) de l’ENA, celle de François Hollande, Ségolène Royal, Jean-Pierre Jouyet, Dominique de Villepin, Renaud Donnedieu de Vabres, ou encore Michel Sapin. Objectif officiel ? Dédommager toutes les fédérations sportives qui bénéficiaient de la publicité sur le tabac avant le 1er janvier 1993. Et que la loi Evin (1991) a privées de cette manne providentielle. Objectif officieux? Satisfaire les revendications du tout-puissant président Jean-Marie Balestre. Et assurer, grâce à ce tour de passe-passe, la survie d’un circuit pas tout à fait comme les autres, Nevers Magny-Cours.

    A quelques encablures de Château-Chinon, en rase campagne, un site clôturé accueille une boucle d’asphalte de plus de 4 kilomètres: l’anneau de Magny-Cours est un sanctuaire, le domaine réservé du président de la République. C’est lui qui l’a voulu. Pour la Nièvre, son département d’élection depuis 1946. Pour le constructeur automobile Guy Ligier, son ami depuis de nombreuses années. L’affaire est à ce point sensible pour le chef de l’Etat qu’il en confie la gestion à Jean Glavany, son ancien chef de cabinet, devenu secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement technique. Dès lors, l’Elysée et l’Hôtel de Matignon suivent pas à pas l’évolution de Magny-Cours. Et lèvent tous les obstacles à son développement.
    Le plus redoutable? Jean-Marie Balestre, l’homme dont l’agrément est impératif pour l’organisation des si recherchés grands prix de Formule 1. Et, surtout, pour le transfert d’une compétition d’un circuit à un autre. Or, que veulent Mitterrand et Bérégovoy ? Pérenniser le Grand Prix de France de Formule 1, bien sûr: cette épreuve ultra-médiatique, seule capable de rentabiliser le circuit et de désenclaver la Nièvre. Jean-Marie Balestre mesure parfaitement la portée de son pouvoir régalien, lui qui a fait la guerre à Bernie Ecclestone dans les années 80 et a vécu comme un tyran dans ses bureaux du 1, place de la Concorde, siège mondial de la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) et de l’ACF (Automobile Club de France), là où se réunissait le dernier mercredi de chaque mois (jusqu’en 2013) le club Le Siècle, la nomenklatura parisienne des politiques, grands patrons et barons des médias. Mais Balestre connaît aussi la sulfureuse réputation qu’il traîne derrière lui en raison d’un comportement controversé sous l’Occupation.

    Balestre était pétainiste et, en 1940, réfugié à Toulouse, adhère aux organisations d’extrême droite « Jeunes du Maréchal » puis « Jeune Front », où il fait la rencontre de Robert Hersant qui en est l’un des dirigeants. Dès l’été 1940, on le trouve impliqué dans des violences antisémites en compagnie de Robert Hersant, futur magnat des médias avec qui il fondera L’Auto-Journal en 1950. En 1941 et 1942, il codirige avec ce dernier le Centre de jeunesse maréchal Pétain de Brévannes, un camp d’embrigadement aux principes vichystes.
    Balestre s’engage en 1942 dans le Nationalsozialistische Kraftfahrkorps (NSKK, unité nazie des forces motorisées) où il fait un stage de plusieurs mois comme chauffeur de camions à Vilvorde, une banlieue de Bruxelles. Il lance le 18 novembre 1942 le journal Jeune Force de France et collabore à Devenir, le journal des SS français. Il écrira à cette occasion : Nous le pensons et nous l’affirmons : le salut ne nous viendra que du combat. L’heure des hommes virils a sonné. Il faut choisir entre le national-socialisme et la juiverie.
    Le 17 mai 1943, il entre en fonction à l’Ersatzcommando de la SS française avec le grade de deuxième classe à Paris (matricule 10.248), préparant les nouvelles recrues à la visite médicale et les envoyant à la gare de l’Est. D’après François Duprat, ancien membre du Front National décédé en 1978, Balestre fut le premier Français accepté dans la SS.

    En mars 1944, dans le Journal de la communauté européenne, Devenir, il écrit un article intitulé Les soldats du Führer, dans lequel il énonce : Les jeunes Français ont endossé leur uniforme de la Waffen SS, ils défendent son drapeau et son prestige ; ils ont embrassé un idéal intransigeant et appartiennent maintenant à un Ordre que l’on ne quitte que par la mort… Ils sont les soldats du Führer, ils sont les soldats fanatiques et fidèles d’Adolf Hitler qui leur a accordé par deux fois le plus grand des honneurs.
    Ces faits révélés par le journaliste Pierre Dubreuil dans son ouvrage Des bolides en or paru en 1984 ne seront pas démentis par le principal intéressé qui explique toutefois avoir agi en tant qu’agent infiltré pour le compte de la Résistance.

    En mai 1944, Jean-Marie Balestre est arrêté par la Gestapo parce que, d’après ses dires, il préparait un attentat. Des résistants affirment qu’il a été pris la main dans le sac à truquer des factures d’imprimerie, à revendre du papier journal contingenté et que, d’autre part, il s’était livré au marché noir. Il est mis au secret à Fresnes puis, le 17 août 1944, au moment de la débâcle allemande, est transféré dans le dernier convoi en partance pour l’Allemagne, comme droit commun et non comme prisonnier politique, puis interné dans les camps de Dantzig, Oranienburg, Dachau et Hersbruck. Jean-Marie Balestre est délivré par les Américains en avril 1945, et dès son retour en France, rejoint les rangs de la Résistance Française, mais est dénoncé comme ancien SS par les membres de la communauté juive. Après son incarcération à la prison de Fresnes, le 16 juin 1945 pour atteinte à la sûreté de l’État, un non-lieu est rendu le 16 mai 1947.
    Par décision ministérielle du 7 avril 1954, le soldat Jean-Marie Balestre se voit décerner le certificat et la médaille d’appartenance à la Résistance intérieure française pour service accomplis dans la Résistance du 1er avril 1942 au 4 mai 1945. En date du 14 juin 1957, le ministre des Anciens Combattants et Victimes de guerre lui attribue le titre, la carte et la médaille de déporté résistant. Balestre est même fait chevalier de la Légion d’honneur en 1979, alors qu’il a pris la présidence de la CSI au Belge Pierre Ugeux en 1978.

    C’est Claude Le Guézec, l’ancien directeur sportif de la grande équipe Matra et qui collabora longtemps également à la CSI (laquelle devint par la suite la FISA), qui, avec l’avocat Serge Klarsfeld, dévoilera le passé trouble de Jean-Marie Balestre dans les années 80.
    Président de la FFSA entre 1972 et 1996 soit près d’un quart de siècle, Jean-Marie Balestre est un homme qui ne cesse de jouer de son influence pour accumuler de la reconnaissance. Au mois de mai 1990, Pierre Bérégovoy, alors Ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement de Michel Rocard, le décore de la Croix d’officier de l’Ordre National du Mérite, sur la réserve personnelle du président de la République. Quelques semaines plus tard – après avoir été reçu à l’Elysée – Balestre attribue pour cinq ans le Grand Prix de France au circuit de Magny-Cours. Et tant pis pour le circuit Paul Ricard du Castellet (Var), qui l’organisait jusque-là. Pacte scellé. A Nevers, le conseil général entreprend dans l’euphorie des investissements colossaux : c’est Magny-Cours qui va sauver la Nièvre.
    Deux ans plus tard, en 1992, coup de théâtre. Une catastrophe nucléaire !, lance dans les couloirs de Matignon la directrice de la communication de Pierre Bérégovoy, qui vient d’apprendre la nouvelle : le prochain Grand Prix de France, prévu le dimanche 4 juillet 1993, est sur le point d’être supprimé par la Fédération internationale du sport automobile (FISA), présidée depuis octobre 1991 non plus par Jean-Marie Balestre mais par l’Anglais Max Mosley, ancien patron de l’écurie March et ancien avocat de Bernie Ecclestone, Max Mosley dont le père fut Oswald Mosley, chef du British Union of Fascists (BUF) dans les années 30 (et qui comptait Adolf Hitler et Josef Goebbels parmi ses invités de mariage) ! Par la faute de cette désormais célèbre loi Evin, justement voulue par les pouvoirs publics. Votée en janvier 1991, elle donnait, certes, deux ans aux constructeurs automobiles pour se retourner et trouver des solutions de repli. En trouvant, par exemple, d’autres sponsors que Philip Morris ou la SEITA (partenaire historique de Guy Ligier depuis 1976, où il avait fondé son écurie suite à une réunion boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, avec Johnny Rives, Henri Pescarolo, Stéphane Collaro, Gérard Ducarouge ou encore Jean-Pierre Beltoise). Mais ils ont préféré laisser faire. Et, au dernier moment, crier au loup en prétextant le risque d’une saisie judiciaire des bolides.
    C’est la grande intox. A l’origine de l’imbroglio juridique, l’action du Comité National Contre le Tabac (CNCT), une association d’utilité publique chargée par l’Etat de faire appliquer la loi. En octobre 1992, son avocat, Me Francis Caballero, fait condamner l’écurie Williams-Renault (sponsorisée par Camel, marque du groupe Reynolds Tobacco) à une forte astreinte, juste avant la diffusion en France du Grand Prix d’Australie qui doit se courir le dimanche 8 novembre 1992 sur le circuit d’Adelaïde. C’est la panique à bord: ces fous furieux ne vont-ils pas obtenir la saisie des voitures ? Balestre, lui, en est sûr. C’est du moins ce qu’il affirme en haut lieu. Pas du tout, affirme en mars 1993 Me Francis Caballero: nous n’en avions ni la possibilité ni la volonté. Il n’empêche: dans le cabinet du Premier Ministre Pierre Bérégovoy, on imagine déjà la saisie des Williams-Renault. A Magny-Cours ! D’où un premier amendement voté à la loi Evin : l’autorisation donnée aux télévisions françaises de retransmettre les grands prix étrangers, que la publicité pour le tabac soit autorisée ou non dans le pays en question. Pour le tabac, mais pour l’alcool, ce qui entraînera plus tard un autre combat pour les microcosme du football et du rgby (quart de finale aller de Coupe des Coupes non retransmis entre Arsenal et Auxerre le mardi 2 mars 1995 à Londres au stade d’Highbury, match décisif pour le Grand Chelem dans le Tournoi des Cinq Nations entre les XV d’Angleterre et d’Ecosse le samedi 18 mars 1995 à Londres au stade de Twickenham). En prime, le CNCT se voit interdire toute action judiciaire.

    Reste le principal obstacle : le Grand Prix de France. A Nevers Magny-Cours, circuit construit pour un coût pharaonique par le conseil général de la Nièvre, sur ordre de François Mitterrand et Pierre Bérégovoy ! Un seul homme peut faire revenir la FISA sur sa décision : Jean-Marie Balestre. L’amendement à la loi Evin lui suffit pas … Le requin Balestre obtient plus: les fameux 450 millions de francs, joli pactole équivalant à la totalité des subventions publiques accordées, en 1992, aux 80 sports olympiques.
    Un cadeau somptueux, fulmine Me Caballero en mars 1993. D’autant plus que l’opération a été présentée comme si l’argent dégagé résultait de l’augmentation récente du prix des cigarettes !

    En mars 1993, alors qu’Alain Prost gagne sur les hauteurs de Johannesburg le Grand Prix d’Afrique du Sud en ouverture du championnat du monde 1993 à Kyalami, les sbires du despotique Jean-Marie Balestre font du lobbying intense au ministère de la Jeunesse et des Sports, pour récupérer le maximum de crédits publics au bénéfice de la FFSA. Ils misent sur 384 millions et sont incapables d’apporter les preuves chiffrées de leur manque à gagner à eux: à tout casser 150 millions, assurait à l’époque l’avocat du Comité National Contre le Tabac. Pendant ce temps-là, à Nevers, la candidate écologiste Hélène Rochard (Génération Ecologie) exhibait des photos de Jean-Marie Balestre en uniforme allemand, et bénéficiait du soutien du Dr Daniel Benoîst, l’ancien Secrétaire d’Etat aux Personnes Agées (entre 1982 et 1984 dans le gouvernement de Pierre Mauroy) qui, en 1983, avait accepté de céder la mairie de Nevers à Pierre Bérégovoy. L’avocat se dit scandalisé par la dilapidation des fonds publics. Jean Glavany, lui, n’est pass vraiment à l’aise en ce mois de mars 1993. Certes, l’Association du circuit de Magny-Cours, qu’il préside, devrait s’y retrouver. Mais cela ne l’empêche pas d’avouer : Si j’avais été député, je crois que je n’aurais pas voté de tels crédits. Pas de chance, Jean Glavany n’était « que » Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Technique au printemps 1993 ! Il retrouvera par le suffrage universel un fauteuil de député des Hautes Pyrénées le 2 avril 1993, après la démission du gouvernement Bérégovoy, balayé par le raz-de-marée RPR / UDF aux élections législatives de mars 1993.

    Après Tapie et Mitterrand, le sport français est tombé du Capitole à la Roche Tarpéienne :

    - L’affaire OM – VA a porté en 1994 l’estocade à l’âge d’or du club phocéen, champion d’Europe en 1993 face au grand AC Milan de Fabio Capello et Silvio Berlusconi. Suspendu de C1 en 1994 et remplacé par Monaco, Marseille est reléguée en D2 entre 1994 et 1996, année où le rival du PSG remporte la Coupe des Coupes en 1996. C’est la deuxième et dernière Coupe d’Europe du football français, tandis que le club phocéen a été marqué au fer rouge par l’épisode OM – VA, mettant presque vingt ans à remonter sur le trône, étant sacré champion de France en 2010 sous l’égide de Didier Deschamps (capitaine victorieux en 1993 à Munich), après deux échecs contre les Girondins de Bordeaux, en 1999 et 2009. L’Europe, elle, se refuse deux fois à Marseille en Coupe UEFA, contre Parme en 1999 puis face à Valence en 2004, si loin de l’apothéose bavaroise de mai 1993.

    - Orphelin d’une grande équipe française capable de recruter un leader d’envergure, le cyclisme français n’a gagné qu’une seule fois le Tour de France depuis un quart de siècle, par procuration en 1990 ave

  3. avatar
    2 février 2016 a 18 h 07 min

    - Orphelin d’une grande équipe française capable de recruter un leader d’envergure, le cyclisme français n’a gagné qu’une seule fois le Tour de France depuis un quart de siècle, par procuration en 1990 avec l’Américain Greg LeMond leader de l’équipe Z de Roger Legeay. Quant à Bernard Hinault, dernier maillot jaune français, il attend toujours son successeur depuis 1985, année où le cyclisme français bouclait une période de onze Tours de France marquées par neuf maillots jaunes (seuls le Belge Lucien Van Impe en 1976 et le Néerlandais Joop Zoetemelk en 1980 avaient pu l’emporter entre 1975 et 1985). Jean Amadou avait écrit, sans le savoir, une chronique prémonitoire dans L’Equipe en juillet 1985, en voyant quatre anglophones calés derrière Hinault au classement général : ce qui risque d’être insolite dans les années qui viennent, c’est la victoire d’un français. En effet, entre 1986 et 2015, l’Espagne a remporté 10 Tours de France (1 pour Pedro Delgado en 1988, 5 pour Miguel Indurain en 1991, 1992, 1993, 1994 et 1995, 1 pour Oscar Pereiro Sio sur tapis vert en 2006, 2 pour Alberto Contador en 2007 et 2009, 1 pour Carlos Sastre en 2008), les Etats-Unis 10 (3 pour Greg LeMond en 1986, 1989 et 1990, 7 pour Lance Armstrong en 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005, victoires du Texan ensuite retirées sur tapis vert par l’UCI en octobre 2012), la Grande Bretagne 3 (1 pour Bradley Wiggins en 2012, 2 pour Christopher Froome en 2013 et 2015), l’Italie 2 (1 pour Marco Pantani en 1998, 1 pour Vincenzo Nibali en 2014), l’Irlande 1 (Stephen Roche en 1987), le Danemark 1 (Bjarne Riis en 1996), l’Allemagne 1 (Jan Ullrich en 1997), le Luxembourg 1 (Andy Schleck sur tapis vert en 2010), l’Australie 1 (Cadel Evans en 2010). La France, elle, s’est contenté de podiums (Bernard Hinault 2e en 1986, Laurent Fignon 2e en 1989, Richard Virenque 2e en 1997, Jean-Christophe Péraud 2e en 2014, Jean-François Bernard 3e en 1987, Richard Virenque 3e en 1996, Thibaut Pinot 3e en 2014)

    - 2008 marqua l’ultime édition du Grand Prix de France de F1, alors que l’Hexagone possédait le plus ancien Grand Prix automobile de vitesse du monde (1906), que ni un Premier Ministre féru de vitesse, François Fillon (2007-2012), ni un président de la FIA français (Jean Todt élu en 2009), n’ont pu faire renaître de ses cendres tel un phénix. Mais Nevers Magny-Cours eut deux superbes éditions à offrir à son public entre 1991 et 2008, celle de 1999 gagnée sous la pluie par l’Allemand Heinz-Harald Frentzen (Jordan Mugen Honda) et celle de 2004 remportée avec un brio tactique inégalable par le Kaiser Michael Schumacher (Ferrari) devant son héritier espagnol Fernando Alonso (Renault). Si Renault (2005, 2006) et Michelin (2005, 2006) ont porté haut les couleurs hexagonales en F1, personne n’a pu succéder à Alain Prost, dernier champion du monde français en 1993. Et la Marseillaise n’a pas retenti sur un circuit de Formule 1 depuis le succès d’Olivier Panis en mai 1996 à Monaco. Il reste heureusement les 24 Heures du Mans (créées en 1923) pour sauver les meubles dans un patrimoine du sport automobile français globalement en berne. Plus les années passent, plus le risque augmente pour la France de ne jamais revoir un Grand Prix sur son territoire, comme les Pays-Bas (ultime Grand Prix à Zandvoort en 1985), l’Afrique du Sud (dernière course à Kyalami en 1993), le Portugal (retrait du calendrier d’Estoril après 1996), l’Argentine (pas d’épreuve depuis 1998 à Buenos Aires), la Turquie (2011 fut la dernière édition à Istanbul Park), la Corée du Sud (2013 à Yeongam) et l’Inde (2013 à Buddh). Quand on voit que Bernie Ecclestone n’a eu de scrupules ni vers Silverstone (qui a frôlé la correctionnelle plusieurs fois, notamment dans l’optique du championnat 2010 où Donington devait remplacer l’ancien aérodrome de la Royal Air Force) ni vers Monza, circuits de légende de la F1, on peut se dire que la France risque de finir aux oubliettes de l’Histoire de la discipline reine du sport automobile.

    Quant à la sphère politique, elle a évidemment impacté le destin du sport français, notamment Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, les deux présidents ayant succédé à François Mitterrand à la tête de l’Etat.

    Elu en 1995 à la Présidence de la République, le chef du RPR avait déjà montré durant son mandat à la mairie de Paris qu’il ne se désintéressait pas du sport quand sa carrière politique en dépendait directement. En 1986 d’abord, avec ce magnifique discours en forme de plaidoyer pour que la Ville Lumière accueille les Jeux Olympiques d’été en 1992. Mais les dés étaient pipés par Juan Antonio Samaranch, président du CIO et clé de voûte du système, en faveur de Barcelone … Bien plus tard, le maire socialiste Bertrand Delanoë échouera par deux fois, face à Pékin en 2001 puis face à Londres en 2005, respectivement en vue des Jeux Olympiques de 2008 et 2012.

    En 1993, alors que l’UEFA bannit logiquement Marseille de la Ligue des Champions 1993-1994, la FFF pense logiquement au Paris Saint-Germain comme club suppléant du champion d’Europe en titre. En coulisses, Jacques Chirac fait pression pour un veto du PSG, dauphin de l’OM dans le championnat de France 1993. C’est finalement l’AS Monaco, 3e du championnat désormais orphelin de lauréat, qui endosse le rôle ingrat du club suppléant, avec un parcours honorable pour les Monégasques d’Arsène Wenger, campagne marquée par des défaites contre les deux ogres du Vieux Continent, le Barça de Johan Cruyff et sa Dream Team (Romario, Koeman, Stoïtchkov, Guardiola, Michael Laudrup et autres Zubizarreta) en phase de poules, puis l’AC Milan de Fabio Capello en demi-finale (0-3 à San Siro).

    Une fois parvenu à l’Elysée, Jacques Chirac intervient sur deux dossiers sportifs brûlants, où la real politik triomphe du romantisme et de l’insouciance. En 1997, son Ministre des Sports, Guy Drut, favorise la reprise de l’écurie Ligier par Alain Prost avant un mariage forcé avec Peugeot (encore présidé par Jacques Calvet, ancien directeur de cabinet de Valéry Giscard d’Estaing, Ministre des Finances entre 1969 et 1974) en vue de la saison 1998. Quatre ans plus tard, en 2001, Prost Grand Prix vit son ultime souffle, acculé de dettes et ensuite sacrifié au profit du Renault F1 Team qui phagocyte Benetton avant son grand retour dans l’élite du sport automobile en 2002.

    En juillet 1998, en visite sur le Tour de France avec son épouse Bernadette dans son fief électoral de Corrèze, Jacques Chirac fera pression sur les organisateurs (Jean-Marie Leblanc et Jean-Claude Killy) pour exclure les Festina d’un peloton cycliste encore soumis à la férule de l’omerta, d’un sport qui voit la boîte de Pandore s’entrouvrir, et avec elle les démons que le Ponce Pilate de l’UCI, Hein Verbruggen, pensait avoir refermé à jamais, lui évitant de descendre de sa tour d’ivoire pour nettoyer les écuries d’Augias.

    En 2007, le vieux loup Jacques Chirac se retire après douze ans de présidence. Nicolas Sarkozy lui succède et sera directement lié à la reprise du PSG par Qatar Sports Investment en 2011, avec une fameuse réunion à l’Elysée de novembre 2010, si compromettante par la suite pour Michel Platini, président de l’UEFA accusé de corruption dans le cadre de l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar par la FIFA, quelques mois après le navrant épisode où Roselyne Bachelot (Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports) et Rama Yade , sa secrétaire d’Etat chargée des Sports, avaient dû descendre dans la fange cacophonique de Knysna où baignaient Jean-Pierre Escalettes, Raymond Domenech, Patrice Evra, Franck Ribéry et William Gallas, symboles d’un football français si loin de ses triomphes passés, à l’Euro 84 sous l’œil du sphinx Mitterrand puis en Ligue des Champions 1993 avec le caméléon Tapie.

  4. avatar
    2 février 2016 a 19 h 36 min

    Franchement, la partie sur les années Tapie à l’OM en lisant cet article, je suis effaré des faits que je découvre pour la première fois. Cet article c’est du grand art!
    Félicitations!

  5. avatar
    3 février 2016 a 11 h 33 min

    Salut Miliko Pantic,

    Oui Bernard Tapie a triché dès le depart à l’OM, tricherie renforcée après 1990 par la terrible injustice de la main de Vata contre Benfica.

    Mais l’homme n’en était pas à son coup d’essai, entre son escroquerie envers Bokassa, ses reprises hasardeuses d’entreprises (Terraillon, Look, la Vie Claire) en difficulté ainsi que ses démélés fiscaux couverts par Mitterrand, Fabius, Bérégovoy et autres Emmanuelli en 1984 …

  6. avatar
    3 février 2016 a 17 h 42 min

    Quel article faramineux ! Quand je l’ai ouvert hier il manquait la suite dans les commentaires. Spectaculaire ce qu’il se passe en coulisses dans le sport.

    À mon avis ces dernières années ce sont les organisations de parieurs qui tirent les ficelles.

    Peut-être peux-tu étayer… Par exemple je n’ai pas suivi ces accusations des top joueurs de tennis qui auraient balancé des matchs.

    • avatar
      4 février 2016 a 10 h 11 min

      “Peut-être peux-tu étayer… “…

      Non mais Fabien Baro ça va pas la tête, étayer encore plus ? C’est un blog, pas la Pléiade !

      Merci Axel pour tout, cet article (que je n’ai pas lu, je suis de la génération Y, on a 5 minutes de capacité de concentration au maximum par jour, je ne sais déjà plus pourquoi je suis là) est une somme, et j’imagine à peine le travail que tu as furni pour l’écrire et le concevoir. Moi je dois en écrire un de 6 000 signes aujourd’hui pour mon boulot, et procrastine depuis 3 jours…

      • avatar
        4 février 2016 a 18 h 51 min

        Bonjour M. Zanque, petite précision, mon prénom n’est pas Fabien, mais bien Patrice (ou Francis, comme vous préferrez ;) )

  7. avatar
    4 février 2016 a 15 h 17 min

    Salut Fabrice,

    Je ne suis pas spécialiste des paris truqués mais le football et le tennis sont très touchés en effet.
    L’ancien tennisman russe Nikolai Davydenko était dans la ligne de mire avant de prendre sa retraite.
    En foot, le match Brésil / Ghana (3-0) en Coupe du Monde 2006 a fait couler beaucoup d’encre, sans parler du famleux Scudetto 1988 où Naples a fait hara-kiri au profit de l’AC Milan de Sacchi, par la faute des liens entre Diego Maradona et la Camorra.

    La mafia napolitaine aurait perdu trop gros si le club local avait conservé son titre national conquis en 1987, tandis qu’El Pibe del Oro était fourni en cocaine par la pègre.

    On peut aussi se demander si le Nigeria n’a pas balance son 1/8e en 1998 face au Danemark (1-4), surtout que les équipes africaines se déchirent souvent pour des histoires de primes, tel le Cameroun en 1994.

    Sinon, le bouquin de Declan Hill “Comment truquer un match de foot” décrit bien l’univers des paris sportifs clandestins, notamment en Asie, region du monde la plus gangrene par ce fléau.

    @Zanque, oui cet article fleuve sur BT et Tonton m’a pris énormément de temps, mais quel plaisir de conjuguer cyclisme, foot et F1 dans le meme papier, avec les coulisses politico-financières de la France des années 80-90.

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