Un avenir pour la Coupe Davis ?
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Un avenir pour la Coupe Davis ?

La victoire française du week-end dernier n’a pas manqué de soulever des interrogations sur la « valeur » de la Coupe Davis sur l’échiquier du tennis professionnel. La question n’est pas nouvelle, mais vu que c’est notre équipe nationale qui est pointée du doigt, elle est plus actuelle dans les médias français. Qu’en est-il réellement ?

Bon nombre de commentaires fleurissent depuis dimanche dernier sur la faiblesse des équipes que la France a dû affronter lors de cette campagne 2017. Et en effet, il n’y a pas de quoi pavoiser particulièrement quand on observe que le joueur le mieux classé battu par un Français en simple fut Daniel Evans lors du quart de finale, 44ème mondial au moment des faits. Pas de Nishikori en huitième, pas de Murray en quart, pas de Djokovic en demi. Goffin, lui, était bien présent en finale et a gagné haut la main ses deux simples, mais il ne pouvait empêcher le collectif français, plus homogène, de remporter les trois points restants.

Le procès en illégitimité fait à l’équipe de France est, à bien des égards, injuste. Ce n’est pas de la faute des Français si la Coupe Davis ne figurait pas parmi les priorités des grands cadors de 2017. Prenons l’exemple du Big Four, dont les quatre membres ont le Saladier d’argent sur leurs étagères respectives depuis 2015. Combien de fois se sont-ils affrontés en Coupe Davis ? Deux fois au total, avec un Federer-Djokovic en 2006 (à une époque où le Serbe n’était qu’un jeune espoir) et un Nadal-Djokovic en 2009, largement remporté par l’ogre espagnol sur sa terre battue. Si l’on devait prolonger le propos des esprits chagrins, ce serait l’ensemble des victoires finales en Coupe Davis de la décennie écoulée qui serait sujet à caution, puisque les meilleurs eux-mêmes ne s’y sont presque jamais affrontés…

Plutôt que de pinailler sur la légitimité des équipes victorieuses de la Coupe Davis, il convient d’examiner sa place réelle dans les priorités des joueurs, et les problèmes qu’elle pose dans le calendrier du tennis professionnel… et d’envisager des issues honorables pour la Vieille dame du tennis.

Qu’en est-il de l’esprit patriotique en tennis ?

Sport individuel par excellence, le tennis a connu une profonde évolution depuis 40 ans. Connors et Borg furent les premières stars du tennis mondial, entendre ici les premiers champions dont la notoriété dépassa largement le cadre du tennis. Aujourd’hui l’argent coule à flots, les joueurs engagent de véritables armées de compétences autour d’eux, et les considérations financières expliquent largement les cadences infernales qu’ils s’imposent tout au long de l’année. Le système de classement les conduit à privilégier la quantité au détriment de la qualité. Avec neuf Masters 1000 obligatoires en plus des quatre tournois du Grand Chelem, ils sont à pied-d’œuvre toute l’année, sans véritable temps de repos.

La Coupe Davis, qui propose aux deux nations finalistes quatre rendez-vous chaque année sur des surfaces potentiellement différentes (et pas forcément connues à l’avance), accentue encore la cadence. Là où les quatre tournois majeurs concluent une séquence de plusieurs semaines disputées sur la même surface et sur le même continent, la Coupe Davis propose, par sa formule même, une surface aléatoire et un déplacement géographique qui l’est tout autant. Songeons au cas d’un joueur argentin qui, au soir du Masters 1000 de Miami (sur dur) devra se déplacer en Australie (sur gazon) pour le quart de finale de la Coupe Davis, avant d’enchaîner avec la terre battue européenne… Si l’on ajoute que la Coupe Davis n’apporte aucun point ATP (considération essentielle pour le joueur), on peut comprendre que ce pari, tant mental que physique, aille à l’encontre de l’intérêt du joueur.

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons qui poussent les grands champions de notre époque à délaisser la Coupe Davis une fois qu’ils l’ont remportée. Au regard des efforts supplémentaires qu’elle exige, les considérations patriotiques finissent par être minimes.

Quant à l’impact de la Coupe Davis, il est extrêmement variable d’un pays à l’autre. Elle est certes très importante en France, entre autres depuis l’épopée des Mousquetaires des années 20 qui ont déboulonné l’équipe américaine, conservé le Saladier d’argent les cinq années suivantes et fait construire un stade à la hauteur de l’événement du côté de la Porte d’Auteuil pour l’occasion… Sans la Vieille Dame du tennis, la France ne serait probablement pas l’une des quatre nations majeures du tennis mondial.

Mais qu’en est-il des autres pays ? Je repense souvent à l’exemple de Pete Sampras, qui fut régulièrement suspecté de manquer de fibre patriotique. Ce procès est en partie injuste : en 1995, orphelin d’Agassi, Pete disputa une formidable finale de Coupe Davis en Russie, en finissant vainqueur mais perclus de crampes le vendredi contre Chesnokov, avant de remporter le double et le simple du dimanche (contre Kafelnikov, vainqueur à Roland Garros quelques mois plus tard). Ce qui reste l’un des plus grands exploits de sa carrière n’a pratiquement rencontré aucun écho aux Etats-Unis, où le football américain et la NBA tiennent le haut du pavé. Deux ans plus tard, toujours en finale et toujours à l’extérieur sur la terre battue suédoise, Sampras se blesse et doit abandonner, ce qui perturbe sa préparation hivernale ; à l’Australian Open suivant, Pete s’est incliné sans gloire en quart de finale face à Kucera. Comment lui reprocher d’être passé à autre chose ensuite ?

Halte à une refonte du format de la Coupe Davis !

Evacuons rapidement les propositions formulées actuellement : aucune ne parvient à rattraper l’autre.

La finale en terrain neutre : le seul avantage serait un laps de temps bien plus grand pour organiser l’événement. Pour le reste, c’est une ineptie. Comment passionner le public mexicain pour une finale Canada-Japon ? Et par ailleurs, une seule des finales de Coupe Davis – organisées, je le rappelle, en deux mois – a-t-elle été un échec commercial en raison d’une organisation insuffisante ?

Le passage de trois à deux sets gagnants : archétype d’une proposition visant à enterrer une compétition sans le dire. La spécificité des Grands Chelems, c’est le défi physique qu’ils imposent sur deux semaines, et c’est ce qui en fait la grandeur, justement partagée avec la Coupe Davis. Pourquoi priver les joueurs d’un exploit de trois matchs en cinq sets sur trois jours ?

La réduction des rencontres sur deux jours : ce serait pratiquement la fin du cumul simple-double pour un joueur. Quel problème pose un joueur qui s’aligne sur les deux disciplines ? En revanche, on peut déplacer la question sous un autre angle : pourquoi autoriser un joueur à disputer deux simples ? Autrement dit, une rencontre de Coupe Davis ne pourrait-elle pas mettre aux prises deux équipes constituées de six joueurs, quatre pour le simple et deux pour le double ? Cela mettrait en avant la force d’un collectif plutôt qu’un talent individuel mais isolé… Néanmoins, je pense pour ma part que la formule actuelle reste la bonne.

Une dernière chose, histoire d’apporter à l’argumentaire des défenseurs du format actuel de la Coupe Davis, un élément qui ne revient pratiquement jamais : en 2017, 134 nations ont disputé la Coupe Davis, qui reste pour de nombreux pays (notamment en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud) la principale vitrine du tennis et un formidable levier pour le développement de ce sport. Ne s’intéresser qu’au groupe mondial, c’est mettre de côté cet élément fondamental qui constitue une mission essentielle de l’ITF.

C’est le calendrier qu’il faut réformer

Le rythme infernal de la saison tennistique a conduit tous les joueurs majeurs de notre époque – et en premier lieu les membres du Big Four – à de longues pauses pour cause de blessures. Lorsqu’une grande partie de 2016 se déroule sans Federer et Nadal, et quand la deuxième moitié de 2017 est privée de Djokovic, Murray et Wawrinka, il est grand temps de s’interroger, d’autant plus que la Coupe Davis n’est en rien la cause de leurs blessures.

J’ai déjà indiqué plus haut que les quatre tournois du Grand Chelem sont précédés d’une série de tournois qui en constituent la préparation, sur la même surface et sur le même continent. Mais cette préparation est très courte concernant l’Australian Open : les joueurs n’ont en effet que deux semaines de compétition dans les pattes. Pourquoi ne pas déplacer le Grand Chelem australien début mars, en le faisant précéder de deux mois de compétition ? Et puisqu’on est dans le Pacifique, on pourrait jalonner cette première période de tous les tournois de cette région, pour l’instant éparpillés sur toute la saison. En particulier le Masters 1000 de Shanghai.

Les tournois d’Indian Wells et de Miami, qui s’étalent chacun sur 10 jours, prennent une place exorbitante dans le calendrier, sont mal placés et prétendent actuellement se suffire à eux-mêmes puisqu’ils ne sont pas disputés sur la même surface que le Grand Chelem suivant, Roland Garros. Première proposition : les réduire à une semaine. Deuxième proposition : ne conserver le statut de Masters 1000 que pour un des deux ; à vue d’œil, Miami semble le plus prestigieux des deux, mais la discussion reste ouverte. Troisième proposition : les déplacer au mois de janvier, en vue justement de l’Australian Open. Les climats californien et floridien le permettent. La saison qui mène à l’Australian Open débuterait donc sur le sol américain, pour se poursuivre avec Doha/Dubai, l’Inde, la Chine, le Japon, pour se terminer en Australie. Elle serait jalonnée de deux Masters 1000 : Miami et Shanghai.

La saison sur terre battue débuterait en Amérique latine pour se terminer en Europe. Pas de grosse révolution, mais elle serait légèrement raccourcie par rapport à aujourd’hui. Elle serait marquée par deux Masters 1000, Monte-Carlo et Rome, mais on pourrait envisager que l’un des deux soit remplacé par un Masters 1000 en Amérique latine, continent où le tennis connaît un grand développement.

Pas de changement pour la saison sur gazon, trois semaines de tournois sur herbe puis Wimbledon. Ensuite arriverait la saison sur le ciment américain avec un seul Masters 1000. Je propose l’Open du Canada, les Etats-Unis étant déjà servis en début d’année. Enfin, en septembre-octobre, une période indoor en Europe – et en Europe seulement – qui passe par le Masters 1000 de Bercy et se clôt par le Masters début novembre.

Dans cette configuration, nous aurions ainsi une saison tennistique comprenant 10 tournois obligatoires seulement (au lieu de 13 actuellement), ce qui laisserait plus de plages de repos.

Le seul véritable inconvénient de ces propositions, c’est un début de saison qui resterait « planétaire » en commençant aux Etats-Unis pour se poursuivre en Asie, puis dans le Pacifique. Mais la même objection est valable aujourd’hui, avec la fin de saison en indoor qui passe par Shanghai et Bercy ; pour l’instant elle se termine à Londres, mais pour combien de temps encore ?

Et la Coupe Davis ?

Le premier tour de Coupe Davis se déroulerait durant la première semaine de l’année, avant le début de la saison régulière. Une telle idée s’est heurtée jusqu’à présent à la proximité avec l’Australian Open, mais le problème serait résolu.

Les quarts de finale se dérouleraient en mars, deux semaines après l’Australian Open. Une transition de surface et de continent étant de toute façon à l’ordre du jour (la suite immédiate se déroule sur terre battue en Amérique latine), c’est le moment le plus opportun.

Les demi-finales (et les barrages) auraient lieu en septembre, deux semaines après l’US Open.

La finale, enfin, se déroulerait en novembre, deux semaines après le Masters.

Une dernière proposition pour la route, largement discutable mais à laquelle je ne vois pas d’inconvénient majeur : que l’ITF et le CIO s’entendent pour l’organisation de la Coupe Davis pendant les JO (une année sur quatre, donc), sous le même format de cinq matchs par rencontre, durant les deux semaines estivales des JO et sur le stade des JO. Pour l’équipe gagnante, la victoire en Coupe Davis se doublerait d’une médaille d’or olympique. Un calendrier radicalement différent donc pendant les années olympiques, qui nécessiterait par exemple de décaler d’une semaine l’US Open, mais qui libèrerait de véritables plages de repos dans la foulée des Grands Chelems.

  1. avatar
    30 novembre 2017 a 17 h 28 min
    Par Cullen

    Excellent article qui fait le tour complet de la question. En plus, je suis d’accord avec à peu près toutes les propositions, ce qui n’enlève rien ;-).

    D’abord, il ne faut pas dénaturer la Coupe Davis. A partir de là, exit la finale sur terrain neutre ou l’organiser en Final Four pour soi-disant libérer un week-end. La Fed Cup avait fait l’expérience et même si le Tennis féminin passionne beaucoup moins en général, ça avait été un véritable fiasco. Il ne faut pas non plus avoir beaucoup suivi cette compétition pour vouloir réduire les matchs à 2 sets gagnants quand on se rappelle des duels homériques que se sont livrés McEnroe et Wilander en 1982 ou Boetsch et Kulti en 1996. Je conserverai donc le format actuel mais interdirait simplement à un joueur de disputer plus d’une rencontre en simple, pour (re)donner une dimension collective à cette épreuve.

    Sur le calendrier proposé, je suis en phase également avec simplement quelques nuances. Je décalerai comme toi l’Open d’Australie au mois de mars mais avec une période de préparation qui serait disputée en Asie/Océanie uniquement, avec en point d’orgue le M1000 de Shangaï. Mais il me semble que les organisateurs de l’Australian Open maintiennent exprès le tournoi en janvier pour profiter d’une actualité sportive assez creuse sur le plan médiatique et donc peu de concurrence. Rien à ajouter sur la saison de terre battue, je valide un M1000 en Amérique du Sud et 1 en Europe, en l’occurrence plutôt à Monte Carlo. Pour celle sur gazon, même en réduisant le nombre de M1000 dans l’année, je donnerai une promotion au tournoi du Queen’s qui mériterait un tout autre statut. Ensuite, et c’est là que j’aurai une très légère divergence de point de vue, je placerai Key Biscane et Indian Wells juste avant l’US Open, avec l’étiquette M1000 pour Miami (en plus de Montréal/Toronto) même si jouer en Floride au mois d’Août poserait peut-être des soucis d’ordre climatiques. Enfin, la dernière partie de la saison serait jouée en Europe et je maintiendrai du coup le statut M1000 à Bercy s’il n’y a plus autant de désistements.

    • avatar
      30 novembre 2017 a 20 h 13 min
      Par Enzo29

      Salut Cullen, effectivement je crois qu’on est sur la même longueur d’onde.

      En fait, pour les Masters 1000 américains, je tique un peu sur l’idée que les quatre ex-Masters 1000 soient rassemblés sur 6 semaines pendant l’été. Si tu ajoutes les deux semaines de CD dont je parle pour les années olympiques, tu es quasi-obligé de les mettre carrément en concurrence les uns avec les autres. C’est pour cela que je proposais de maintenir Indian Wells et Miami en début d’année, mais en janvier au lieu de mars.

      Pour le 1000 sur terre battue, je pencherais plutôt pour garder Rome, aussi prestigieux que Monte Carlo, et qui depuis longtemps rassemble tous les cadors, contrairement au tournoi monégasque (plus tôt dans le calendrier, et donc plus éloigné de RG). Et par ailleurs, de nombreuses nations majeures du tennis se voient déclasser leur tournoi dans mon hypothèse. La France doit aussi en prendre sa part : si je réduis de 4 à 2 les 1000 nord-américains, je me vois mal garder les deux 1000 français (ouais OK, Monte Carlo n’est pas en France…).

      Pour l’AO en mars, peut-être auraient-ils une concurrence médiatique, mais d’un autre côté fin janvier on est au coeur des vacances estivales en Australie. Crois-tu que RG aurait autant de public s’il se déroulait fin juillet ?

      De toute façon je sais bien que je suis un doux rêveur, car je ne tiens aucun compte des intérêts des financiers, médias, sponsors, etc., qui désormais régissent ce calendrier. Le premier Masters 1000 de l’année, je le verrais en Afrique, afin d’obliger tout le monde à s’y rendre, ce qui représenterait un levier énorme pour le développement du tennis là-bas. C’est dire si je plane…

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        1 décembre 2017 a 13 h 00 min
        Par Cullen

        Je reconnais avoir répondu un peu vite et, en y réfléchissant bien, Rome (voire Madrid) seraient plus légitimes que Monte Carlo. En revanche, je reste convaincu qu’il serait possible de concentrer Indian Wells, Miami, Montréal/Toronto et Cincinnati avant l’US Open. Déjà, en superposant les tournois d’Atlanta et de Washington (que je passerai en ATP250) la dernière semaine de juillet, et en décalant le début du Grand Chelem américain d’une semaine, ce qui n’aurait pas d’impact majeur. Et pour ne pas trop léser les Américains, je maintiendrai Miami et Cincinnati (au lieu de l’Open du Canada) en MS1000 pour qu’ils ne perdent qu’un seul tournoi M1000 dans l’année. Mais au final, comme tu le soulignes très bien dans ta conclusion, tout ceci reste parfaitement utopique.

  2. avatar
    1 décembre 2017 a 22 h 56 min

    Merci pour l’article Enzo !

    Je suis d’accord, je ne vois pas de façon d’améliorer la Coupe Davis.
    Je suis contre la limitation d’un seul simple par joueur car cela défavoriserait les nations qui n’ont pas une grande profondeur de joueurs de haut niveau mais qui ont la chance d’en avoir un.

    Par exemple le Royaume-Uni aurait-il remporté la Coupe Davis sans Murray ? Les Belges auraient-il été en finale sans Goffin ?

    Vos calendriers réformés sont intéressants, même si évidemment rien ne changera de façon substantielle à court terme tant tous les facteurs sont interreliés. Enzo, tu parles des “intérêts financiers, médias, sponsors etc., qui désormais régissent ce calendrier.” Selon moi cela a été le cas “depuis” longtemps; c.f. par exemple Connors renonçant à Roland Garros pour disputer de lucratifs “intervilles”.

    Pour le statut en M1000 notamment selon moi cela dépend surtout des bourses offertes, et donc de l’affluence et de la popularité des tournois. Donc il est peu probable que “l’on” puisse rétrograder les M1000 américains par exemples.

    Il faudrait que l’ATP et l’ITF soient beaucoup plus puissantes pour forcer une telle réforme en profondeur, mais je crois qu’ils sont à la merci des tournois eux-mêmes.

    • avatar
      2 décembre 2017 a 16 h 59 min
      Par Enzo29

      Salut Fabrice

      Pour Connors entre 74 et 78, je ne suis pas sûr que l’argument financier soit la seule motivation. Elle était présente bien sûr, mais je crois que la prééminence des tournois du Grand Chelem est une longue construction, qui n’était pas achevée à ce moment-là. Emerson lui-même, longtemps recordman des victoires en majeur, n’avait pas forcément conscience de son record. Après 68-69, le torchon a brûlé entre les mécènes qui contrôlaient des écuries de joueurs, et la Fédération internationale qui malgré l’ère Open gardait la main sur les GC et la Coupe Davis. Le circuit WCT, en particulier, a longtemps fait de l’ombre au circuit “classique”, et les joueurs sous contrat WCT ont pu être exclus selon les années. Au début des années 70, le tableau de Roland Garros n’avait rien d’exceptionnel, et Wimbledon et l’US Open étaient bien les deux épreuves suprêmes de la saison.

      Une autre raison, je crois, a été l’éloignement géographique de la France pour les Américains et les Australiens (Newcombe, Rosewall, Ashe, Smith, Connors), auquel s’ajoutaient la barrière de la surface pour certains – dont Connors – et peut-être la barrière de la langue. S’il était acquis que Wimbledon était incontournable, le French, disputé sur une surface hostile car méconnue, et dans un environnement qui leur était moins familier, leur est probablement apparu comme plus délicat à préparer et moins indispensable. Si tu ajoutes la proximité du calendrier entre Roland Garros et Wimbledon, on aboutit à une situation où, pour préparer Roland Garros, les champions de l’époque allaient devoir passer non pas deux, mais six semaines en Europe, et encore en ne comptant pas les tournois avant Roland. Alors qu’en zappant Roland, ils pouvaient se préparer chez eux sur gazon, et ne faire qu’un voyage de deux semaines pour Londres.

      Le palmarès de Roland Garros dans ces années-là est éloquent : Kodès, Gimeno, Nastase, Borg, auxquels s’ajoutent les finalistes Franulovic, Pilic, Orantès… Que des Européens !

      Dans ces conditions, Connors, après deux sorties prématurées en 72 et 73 sur une terre battue parisienne qui nécessitait pour lui une longue préparation, a-t-il réellement envisagé de disputer Roland Garros et de le préparer correctement ? Jouer les Intervilles était plus lucratif pour lui, mais surtout plus simple ! D’ailleurs, s’il avait gagné son procès contre la FFT à cette époque, aurait-il vraiment disputé le French ? Ou recherchait-il seulement un dédommagement financier ?

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