France-Serbie : une rencontre charnière pour l’équipe de France
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France-Serbie : une rencontre charnière pour l’équipe de France

Analysée comme une simple répétition, la demi-finale de Coupe Davis opposant la France à une Serbie amoindrie a été le tournant de la saison. Remportée par l’Équipe de France, cette rencontre a révélé des enseignements capitaux dans la compréhension d'un groupe en route pour la victoire finale. C'est maintenant en novembre que la reconstruction du groupe opérée depuis fin 2014 doit trouver sa plus belle finalité.

Il aura fallu attendre le dimanche pour sceller la victoire des Bleus. Hier, Jo-Wilfried Tsonga a renversé le Serbe Dusan Lajovic en quatre manches (2-6, 6-2, 7-6, 6-2) et envoyé la France en finale de la Coupe Davis pour la 18ème fois de son histoire. Cette rencontre, anecdotique au départ après le retrait notable de Novak Djokovic, a redonné de la confiance au groupe de Yannick Noah et des certitudes dans l’horizon de la réception de la finale face à la Belgique en novembre prochain.

Tsonga réaffirme son statut

Très attendu, le joueur le mieux classé de cette confrontation (18ème) a exercé son autorité tout au long du week-end. Décevant ici-même en 2014, et hauteur d’une saison poussive cette année, Jo-Wilfried Tsonga a redoré son statut de n°1 français en apportant deux points cruciaux. Il a d’abord maîtrisé son premier match face au jeune talent Laslo Djere, redonnant ainsi de la sérénité à l’équipe de France après la défaite de Lucas Pouille en ouverture. Puis il a pris le dessus en quatre sets sur un étonnant Dusan Lajovic pour conclure la confrontation.

Critiqué pour ses faibles performances, surtout en Grand Chelem (1er tour à Roland-Garros, 2ème tour à l’US Open), Jo-Wilfried Tsonga a réussi à briser cette conjoncture négative et à réaffirmer son statut de meilleur joueur français grâce au retour de ses armes-clés (services, coups droits, conclusions au filet). C’est lui qui offre une nouvelle finale à la France grâce au bon travail de la paire de double française le samedi.

Le double Herbert/Mahut rassure

En Coupe Davis, l’épreuve du double tranche généralement le gain d’une rencontre. Depuis que Yannick Noah y a installé Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut, un temps n°1 mondiaux de la discipline, le bilan est contrasté. En cause, cette défaite critique face à la Croatie l’an passé en demi-finale. Cette année, ces deux compères traversent une saison difficile (1er tour à Roland-Garros et à Wimbledon), mais connaissent depuis août dernier un “été indien” avec deux titres en Masters (Montréal, Cincinnati). Même s’ils n’ont pas défendu leurs chances à l’US Open, ils sont arrivés dans le Nord avec des automatismes retrouvés.

Face à une équipe serbe composée d’un vétéran, Nenad Zimonjic, et du novice Filip Krajinovic, la paire bleue a déroulé son tennis fait de combinaisons et de feintes. Elle a su enflammer le stade couvert par des points magistraux, face à une équipe serbe qui n’atteignait clairement pas son niveau. Rattrapée quelque peu par les émotions, la paire française a conclu le match en trois sets (6-1, 6-2, 7-6), fort logiquement. La prestation de Pierre-Hugues Herbert et de Nicolas Mahut témoigne de la confiance donnée par le capitaine Yannick Noah, lui qui a pourtant été en retrait lors de cette demi-finale.

Noah et sa remise en question

On le voyait euphorique, bavard lors des dernières rencontres de Coupe Davis. Yannick Noah, à nouveau capitaine du groupe France depuis 2016, s’est remis en cause après la défaite de Lucas Pouille en ouverture de la demi-finale. Stressé en amont de la confrontation, Yannick Noah n’aurait en fait que transmis davantage ses incertitudes à ses joueurs au lieu de les soutenir. Et cela s’est vu lors du premier match : Noah a tout simplement partagé son stress avec un Lucas Pouille déjà tendu par les conditions de jeu, dans sa région, et connu pour être victime de crampes de stress, comme à Roland-Garros cette année.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Jo-Wilfried Tsonga n’a sollicité que peu de fois son capitaine après le premier match de Pouille. Reconnaissant ses erreurs, Yannick Noah a changé radicalement son état d’esprit pendant les rencontres suivantes. Le plus flagrant a été de le voir lors du dernier match, assis aux côtés de Tsonga sans chercher à le regarder, ni à lui parler instantanément. C’est alors le joueur français qui cherchait son capitaine du regard, notamment entre les points. Une attitude plutôt inattendue, à la fois sobre et solennelle, qui tranche avec son visage brocardé par les supporters, mais qui a su porter ses fruits avec la victoire au bout. Tout cela est le témoin d’un changement d’ambiance au sein du groupe France, un groupe qui a su se renouveler.

La renaissance d’un groupe ?

Très proches dans la vie de tous les jours, se faisant même parfois la bise à la fin d’une opposition fratricide sur le circuit ATP, les tennismen tricolores étaient connus pour bien s’entendre, jusqu’à ce que des tensions inhérentes à la Coupe Davis apparaissent. Ce fut le cas après la finale perdue en 2014 et les mauvaises performances de 2015. Si, depuis le retour de Noah, on parle d’une ambiance morose dans le groupe France, ce week-end a montré des visages plus gais et plus souriants que dans un passé proche. Alors, est-ce dû simplement à la qualification pour la finale ?

Yannick Noah a fait évoluer son effectif, parfois par obligation, ce qui a sans doute allégé les tensions internes et crée de nouvelles amitiés entre les historiques (Tsonga, Gasquet, Monfils) et les rookies (Lucas Pouille, Jérémy Chardy ou plus récemment Adrian Mannarino). Puis, la présence quasi-continuelle de Pierre-Hugues Herbert et de Nicolas Mahut, deux comparses de toujours, apporte la gaieté et la joie de vivre essentielles dans la bonne entente d’un groupe. Enfin, l’esprit d’équipe s’est également ressenti sur le “banc” des joueurs, lorsque Lucas Pouille, dépité après sa défaite, était consolé par les autres. La célébration de la qualification a montré une équipe soudée, joyeuse au moment de faire son tour d’honneur devant un public de nouveau au rendez-vous derrière ses joueurs.

Le soutien indéfectible du public français

En raison des absences de Novak Djokovic ou de Victor Troicki, deux des meilleurs joueurs serbes, il y a eu un désintéressement médiatique pour cette demi-finale de Coupe Davis. Rien n’était fait pour que l’événement mobilise spectateurs et téléspectateurs devant cette demi-finale “gagnée d’avance”. Alors, il a été difficile pour les spectateurs de se mettre dedans, cueillis à froid par la température dans le stade découvert et le 6-1 encaissé par Lucas Pouille dans le premier set du premier match.

Néanmoins, le public a été présent le lendemain pour s’enflammer derrière la démonstration tennistique du double français dans un stade véritablement caisse de résonance. Dimanche, pour le match décisif de Tsonga, l’affluence a culminé à plus de 18 000 spectateurs, colossale pour un match de tennis et qui classe le stade Pierre-Mauroy juste derrière le court central de l’US Open. Il faudra que les joueurs sélectionnés pour la finale jouent avec ce soutien incontournable pour dépasser la pression de l’événement fin novembre prochain.

L’équipe de France de Coupe Davis a donc de nouveau rendez-vous avec l’histoire en novembre pour récompenser cette génération dorée. Elle s’appuiera sur des certitudes (le double, le soutien du public) mêlées à des doutes (formes des joueurs, réintégration de cadres ?) pour tenter de soulever son dixième saladier d’argent, une deuxième fois de suite à domicile.

  1. avatar
    18 septembre 2017 a 11 h 00 min
    Par Guga57

    Je partage l’enthousiasme de l’auteur, c’est toujours plaisant de voir la France arriver en finale de Coupe Davis. Face à la Belgique, qui plus est à domicile, la bande a Noah partira avec les faveurs des bookmakers, ce qui n’aurait pas été le cas si la finale avait été programmée en Australie… Ceci étant, on ne doit pas se voiler la face, même si les Bleus l’emportent fin-novembre, cela ne sera que l’arbre qui cache la forêt et c’est là où je pense que l’auteur s’emballe un peu en parlant de « renaissance »… Face à la Serbie bis (comme aux tours précédents d’ailleurs), la France a juste tenu son rang par rapport aux différents classements des joueurs présents. En outre, dans l’ensemble, la saison des tennismen tricolores n’en restent pas moins globalement décevante, en particulier en GC ! Et que dire de la nouvelle génération qui tarde vraiment à pointer le bout de son nez ? Car excepté Pouille et Herbert (en double), on attend toujours de voir les Quentin Halys et autre Mathias Bourgue franchir le palier qui les ferait (enfin) entrer dans les 100 premiers à l’ATP. Bref, si la France gagne la Coupe Davis cette année, j’ai bien peur que cette victoire ne fasse que cacher encore un peu le profond manque de relève qui guette le tennis français.

    • avatar
      20 septembre 2017 a 19 h 20 min

      Merci d’avoir réagit à l’article.
      Bon, effectivement, je m’emballe un peu :D :D :D
      En fait, j’ai plutôt abordé la manière dont l’équipe de France s’est qualifiée. La victoire était assurée contre cette Serbie, et malgré la perte du 1er point, j’ai vu un groupe qui s’est repris et s’est ressoudé. Alors oui, il n’y a pas eu de références sportives. Mais, je pense que ce week-end a été décisif dans la vie du groupe. Ça peut booster les joueurs pour la finale, qui plus est une nouvelle fois au stade Pierre-Mauroy !!!

  2. avatar
    21 septembre 2017 a 10 h 01 min
    Par Cullen

    On n’a pas à s’excuser d’être arrivé en finale sous prétexte que nos adversaires ont vu leurs têtes d’affiche renoncer pour des raisons personnelles ou physiques. Il faudra faire preuve d’humilité en cas de victoire, ça c’est sur (et notamment au sein de la Fédé) car le parcours aura en effet été plus aisé que prévu et les résultats d’ensemble des joueurs français n’ont vraiment pas été brillants cette année. Mais si l’on est en finale, c’est qu’on a réussi quelque part à fédérer nos meilleurs joueurs derrière ce projet, ce que nos adversaires n’ont pas réussi. Et au final, qu’est-ce-qu’on retiendra dans 10 ans ? Que Nishikori, Murray et Djokovic étaient absents ou que la France a gagné (si elle gagne) ? La réponse est évidente.

    Maintenant il faut se projeter sur cette finale. Le fait d’avoir choisi de la jouer sur dur est surprenant de la part de la FFT, tellement elle privilégie régulièrement la terre battue pour des raisons culturelles (la France étant associée – à tort – à cette surface avec Roland Garros) mais au final, c’est un bon choix, Darcis y étant un peu moins à l’aise tandis que Tsonga et Pouille y sont au contraire plus performants.

    Jouer cette finale à Lille me déçoit un peu en revanche, non pas (comme on l’a beaucoup lu ou entendu) parce que c’est proche de la Belgique car les Belges seraient venus en nombre également si ça avait eu lieu à Paris, Lyon ou Marseille mais parce que la demi-finale a déjà été jouée là-bas, comme la finale de 2014. Il y avait une belle opportunité d’inaugurer la U Arena (Nanterre) en grande pompe, et ça n’aurait pas lésé les 4 000 personnes qui avaient déjà acheté un billet pour le match de Rugby France-Japon, prévu ce même week-end à Lille. L’argument financier (27 000 places contre 20 000 à Nanterre) a une fois de plus été privilégié, c’est bien dommage.

    J’espère simplement que contrairement à 2014, les billets seront vendus au grand public et non offerts aux différents partenaires, que les supporters Belges ne seront pas placés tout en bas, proches des joueurs (si bien qu’on avait vu et entendu que les Suisses à l’époque), et que le public français ne viendra pas en touriste comme il a l’habitude de le faire, et que la salle sera toute bleue (on peut toujours rêver…)

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