Tennis : Quand la beauté prend le pas sur les trophées
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Tennis : Quand la beauté prend le pas sur les trophées

Nous sommes des privilégiés ! Parce que ce à quoi nous avons assisté dimanche dernier dépasse de loin le cadre strictement sportif. C'est avant tout l'histoire d'une incroyable résurrection. Celle d'une rivalité et d'un scénario qui nous tiennent en haleine depuis plus de 13 ans : le maître absolu du tennis, Roger Federer, faisant face à son meilleur ennemi, l’herculéen Rafael Nadal. Alors que l'on pensait que cette page du tennis était définitivement tournée, les deux hommes nous ont livré un chapitre tout nouveau de leur duel légendaire. Cette finale de l'Open d'Australie 2017 n'était peut-être pas la plus spectaculaire ou la plus disputée de leurs confrontations, mais c'est sans nul doute celle qui restera dans les esprits comme la plus belle de toutes. Parce qu'au delà du résultat final (la victoire de Roger) ou du jeu produit, ce match nous aura démontré une chose : dans le sport, rien n'est plus important que l'émotion !

«Je ne peux comparer ce titre à aucun autre, à part peut-être Roland-Garros en 2009. » Roger Federer, sur un nuage en conférence de presse, après avoir empoché son 18 ème Grand Chelem.

Jusqu’ici, c’était peut être là la plus grande réussite de l’immense carrière de Roger Federer : Gagner Roland Garros. Celui qui a dominé son sport sous tous les angles a toujours empilé les trophées avec classe, triomphant des plus grands et marquant l’esprit de celui qui compte le plus dans ce jeu : le spectateur.

Pourtant, le palmarès du Suisse a longtemps été entaché d’un goût d’inachevé. Comme si son règne n’était que partiellement reconnu. Et pour cause il existe un territoire qui a maintes et maintes fois résisté aux assauts de l’helvète : la terre sacrée de Rafael Nadal, les internationaux de France de Roland Garros.

En 2004, à Miami, un jeune espagnol de 17 ans défie Roger Federer, fraîchement numéro un mondial (depuis 1 mois). Il se nomme Rafael et n’est alors “que” 34ème mondial. A la surprise générale, c’est ce garçon aux cheveux longs et au look atypique qui s’impose (6-3 ; 6-3) et fait chuter le ténor. A cette époque, il aurait été difficile de deviner que c’était là la première joute d’un duel qui allait durer plus de 10 ans, et qui pour beaucoup restera comme la plus belle opposition de style de l’histoire du tennis. Si leur prochaine rencontre à Miami en 2005 relève presque de l’anecdote, la suivante sera un chapitre décisif de leur histoire. Nous sommes la même année, et les deux hommes s’affrontent en demi-finale des internationaux de France. Comme lors de leur première rencontre, c’est Nadal qui l’emporte, cette fois en 4 sets rondement menés (6-3, 4-6, 6-4, 6-3). Dans la foulée, le taureau de Manacor empoche son premier Grand Chelem Porte d’Auteuil (après sa victoire au Masters 1000 de Monaco). C’est ici que la légende est née.

En 2006, 2007 et 2008, c’est le même refrain qui tourne en boucle. Sur terre battue, personne ne peut vaincre l’ogre Rafael Nadal. Au sommet de son art sur la surface de son enfance (la terre de Majorque), Rafa va écrire, presque malgré lui, un nouveau chapitre de son histoire commune avec Roger. A la stupeur générale, le 31 mai 2009, le quadruple tenant du titre chute dans son jardin de Roland-Garros face à un fabuleux Robin Soderling, que personne n’attendait au tournant (6-2, 6-7, 6-4, 7-6). Rafa hors jeu, El Maestro Federer y voit une occasion unique d’enfin s’imposer en terre parisienne. Au terme d’une finale largement maîtrisée, en 3 sets (6-1 ; 7-6 ; 6-4) face à Soderling, le bourreau de Nadal, le suisse s’adjuge le dernier tournoi du Grand Chelem qui manquait à son palmarès. Ému aux larmes, sous les yeux de sa femme et de son clan, le suisse sait qu’il vient alors de remporter la victoire la plus importante de sa carrière. Seul sur le toit du monde, Roger avait enfin tout gagné. Il était déjà le plus grand de tous.

Mais si la magie a operé, il le doit à une personne en particulier : Rafael Nadal. Car qui d’autre aurait pu lui barrer la route et le pousser dans ses retranchements toutes ces années ? Nolé ? Murray ? C’était trop tôt. On parle souvent de la rivalité entre Roger et Rafa, mais ce qu’on oublie trop souvent de dire, c’est qu’au delà d’avoir tenu en échec le suisse, Rafa l’a surpassé. En 34 confrontations (avant cet Australian Open 2017), l’espagnol s’est imposé 23 fois. Par le passé, Nadal a souvent été supérieur à Roger dans les grands rendez vous.

Peut-on alors parler de rivalité lorsque l’un des deux protagonistes l’emporte les 3/4 du temps sur l’autre ? Comment ces deux hommes ont-ils fait pour construire cette légende ?

La réponse se trouve bien au delà des chiffres et des statistiques. La magie ne se calcule pas en nombre de victoires ou de trophées. C’est quelque chose que l’on ressent, qui nous fait vibrer : l’amour du sport, du spectacle. Et l’envie. L’envie de gagner, de se surpasser, de donner au public. Une affiche entre Rafa et Roger, ça se vit à 200 % !

C’est exactement cela qui a permis au suisse de durer dans le temps et plus encore, de revenir au plus haut niveau, par deux fois. Chaque année, de nouvelles étoiles émergent dans le ciel du tennis, alors que d’autres ont enfin l’occasion de montrer leur lumière. C’est le cas du Djoker et de Murray, qui sont longtemps restés dans l’ombre du duel entre Rafa et Roger. Ces derniers ayant déjà conquis le cœur du public et des médias, n’ont laissé que très peu de place aux autres potentiels champions. Mais le poids des années a quelque peu eu raison de cette rivalité. “Le king Federer est d’une autre époque. Le taureau Rafa est devenu inoffensif . Ses blessures ne l’ont pas épargné “. C’est l’ère de Nolé et de Murray désormais, place au renouveau.” Voilà ce qu’une bonne partie de la sphère tennistique pensait il y a encore trois mois, lorsqu’un Roger Federer, sur une jambe, jouait au mini-tennis avec Rafa pour l’inauguration de son Académie à Majorque.

Mais les rois ne meurent jamais.

Six mois sans jouer. 5 ans sans victoire en Grand Chelem. Trente Cinq bougies au compteur. Et pourtant, dimanche dernier, c’est bien Roger Federer qui s’est présenté sur la Rod Laver Arena devant une foule en délire, pour tenter d’ajouter un 18 ème grand Chelem à son palmarès (et son porte monnaie) déjà bien rempli. En face de lui c’est un autre revenant qui salue la foule. Rafael Nadal est de retour. Rejoint dans sa quête de rédemption par l’ancien champion Carlos Moya, le taureau semble plus affûté que jamais. Comme si lui aussi n’avait pas connu ce petit coup de moins bien depuis que Djokovic, Murray et consorts dominent le circuit.

Dans les gradins ou devant notre télé, nous pouvions tous ressentir la tension qui régnait dans l’arène. Pas d’ondes négatives ou de pression, mais de l’excitation. Parce qu’avant même d’entrer sur le court, ces deux hommes avaient réalisé quelque chose d’incroyable : ils avaient réussi à remonter le temps. Dès les premiers échanges, nous étions en 2008 et cette finale magique sur le gazon de Wimbledon. Bien sûr, il y a eu des fautes de part et d’autres. Des points donnés et des contrecoups physiques. Mais l’émotion était à son paroxysme. Certains points nous ont cloué sur place, à l’image du rallye de 26 échanges conclu magnifiquement par Roger Federer. Ou du Hot Shot défensif de Rafa tout droit venu d’une autre planète. Le temps, lui, semblait complètement figé. Et soudain, au bout de 3h 37 de rixes et de combat acharné, et contre toute attente (mené 3-1 dans le 5 ème set), Roger Federer s’est imposé. 6-4, 3-6, 6-1, 3-6, 6-3. A 35 ans, le lauréat le plus âgé depuis 45 ans en Grand Chelem a écrit une nouvelle page de sa légende. Mais ce qui compte ce n’est ni la performance, ni le trophée. C’est le come back, l’inattendu, la magie dont on parlait précédemment.

“C’est ce qu’il y a de moins important. L’essentiel, c’est le retour, ce grand match contre Rafa. Le fait que ça se passe en Australie, où tant de gens ont compté pour moi, comme Peter Carter et Tony Roche, que je puisse le faire à mon âge après cinq ans sans gagner un Grand Chelem, c’est ça qui compte. La dernière chose qui compte, c’est le nombre des trophées. » - Roger Federer

Il ajoute :

«  Il y a quelques semaines encore, aucun de nous deux ne pensait pouvoir être en finale de l’Open d’Australie. Le tennis est un sport dur. Il n’y a pas de match nul mais si cela avait existé, j’aurais été heureux d’en partager un.  »

En fait, monsieur Federer, il y n’y aura pas besoin de partager ce trophée. Ce n’est qu’un morceau de métal. Le cœur du public, la trace dans l’Histoire, voilà ce qui était en jeu ce dimanche. Et sur ce point il y a bel et bien eu match nul. Parce que les rois sont de retour, et que personne n’oubliera d’où ils reviennent. Peut-être était-ce la dernière étincelle de Roger. Sûrement pas celle de Rafa, qui à 30 ans, a encore quelques belles années devant lui. Il pourra en tout cas compter sur le roi Federer pour le motiver, lui qui est à la fois son meilleur ennemi et son plus grand fan.

Personne ne sait de quoi seront faites les prochains années, les prochains mois, les prochains tournois… mais grâce à vous messieurs, une chose est sûre, le tennis n’en sortira que grandi.

Rendez vous à Roland-Garros, un autre champion y a un titre à défendre.

Kings Never Die.

  1. avatar
    5 février 2017 a 1 h 16 min
    Par HAGARD MARTINE

    Tout est dit ! Maestros……

  2. avatar
    5 février 2017 a 4 h 31 min
    Par Nicolas

    Ce qui est surtout triste c’est de voir qu’en 13 ans le tennis n’a guère évolué et c’est un GROS échec pour la génération Zverev, Berdych, Raonic, Dimitrov Del potro et Cilic.
    Nadal, Federer, Djokovic et maintenant Murray ne laisse que peu de places aux autres et c’est regrettable comme les sœurs williams c’est de la dictature à ce niveau la.
    Je ne serais jamais satisfait quand cela restera tout le temps comme ça et cela va de la crédibilité des tournois joués.

    Je me demande si féderer pense à ça parfois

  3. avatar
    6 février 2017 a 21 h 25 min

    Beau texte, j’aime bien la conclusion.
    C’est vrai que la beauté de leur rivalité réside en grande partie dans l’opposition de leurs styles.

  4. avatar
    9 février 2017 a 12 h 13 min
    Par Perol

    Tout est dit, et em grand style.
    Bravo

  5. avatar
    13 février 2017 a 5 h 19 min
    Par Nicolas

    8 articles rien que sur Roger Federer pas mal pour un gars qui était quasiment à deux doigts de la retraite cela fait beaucoup trop.

    Je regrette le peu de place réservé aux autres c’est la qu’on voit que le tennis à un gros blême

  6. avatar
    13 février 2017 a 12 h 12 min

    Pas de panique Nicolas, Zverev a l’air determiné à se faire une place. Il faut juste lui laisser un peu de temps . Raonic et Dimitrov peuvent aussi bousculer l’ancien ” Big Four “, qui tente de se reformer . Quand à Roger Federer, on ne peut pas minimiser sa victoire à Aussie. Justement parce qu’il était à deux doigts de la retraite , c’est pas quelque chose de banal. Certes 8 articles , c’est beaucoup … mais c’est mérité .

  7. avatar
    14 février 2017 a 4 h 05 min
    Par Nicolas

    je ne m’inquiète pas pour Zverev, je remarque juste que ce sont toujours les gros joueurs qui ont toujours la même place dans les articles sur ce blog.

    La génération Nadal Federer écrase avec dommage toutes les autres

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