Interview – Tom Jomby : “Les mecs du top 100 se gavent et derrière on se tape les miettes”
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Interview – Tom Jomby : “Les mecs du top 100 se gavent et derrière on se tape les miettes”

Actuellement classé 395ème à l'ATP, Tom Jomby nous a accordé une interview et nous parle sans détour de son parcours atypique, de sa Roche-sur-Yon natale à son aventure américaine à l'Université du Kentucky, en passant par les galères du circuit secondaire, de la hantise de la blessure mais aussi son rêve de percer un jour sur le circuit ATP. Le joueur français de 25 ans se livre, sans langue de bois et en toute décontraction, à l'antillaise.

Salut Tom, alors pour les gens qui ne ne connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

En quelques mots je suis un tennisman de 25 ans né a la Roche-sur-Yon en Vendée. J’ai obtenu mon bac à l’âge de 19 ans et à cette époque là au tennis j’étais alors classé -4/6, Deux possibilités s’ouvraient à moi : j’avais le choix entre tenter l’aventure sur le circuit pro ou continuer mes études. J’ai coupé la poire en deux et j’ai opté pour une options me permettant de faire les deux, tennis et étude. Voilà comment j’ai poursuivi mes études aux États-Unis via l’University of Kentucky que j’ai pu intégrer grâce à une bourse sportive. Sur place, j’ai pu jouer au sein du championnat universitaire NCAA – la National Collegiate Athletic Association est une association sportive américaine organisant les programmes sportifs de nombreuses grandes écoles et universités aux États-Unis -. Après avoir obtenu mon bachelor en communication en mai 2014 je me suis lancé sur le circuit pro dans la foulée, circuit que j’arpente donc depuis bientôt deux ans.

Justement, tu as beaucoup fait parlé de toi avec ton aventure américaine au sein de l’Université de Kentucky – L’émission Enquête Exclusive de M6 lui a consacré une partie de son reportage « la folie des campus américains » en février 2014 -, comment s’est présentée cette opportunité pour toi ?

C’est directement la chaîne en question – M6 – qui m’a contacté et m’a proposé le projet, ils cherchaient un jeune français qui avait intégré une université américaine reconnue. J’en ai ensuite parlé à mes entraîneurs et ma famille avant d’accepter, et on en a conclu que cela pouvait être une opportunité intéressante. Ils sont venu me filmer sur le campus en août 2013 pendant 10 jours et m’ont suivi dans mon quotidien.

Comment se déroulait une journée type pour toi à Lexington (ville qui abrite l’université) ?

A Lexington, les journées étaient bien réglées : je commençais avec 3h de classe le matin et j’enchaînais avec 4h d’entraînement en équipe l’aprem, parfois l’inverse. Certaines fois, selon ce que me permettait mon emploi du temps, je réussissais à me dégager de petits créneaux supplémentaires pour aller m’entraîner, et mon coach me donnait un programme individuel en plus à faire. Pour vous donner une idée, lors de mon dernier semester – de son passage aux USA, Tom a gardé l’habitude de quelques mots ressortis en anglais – mes journées étaient assez intenses : debout vers 7h15 ensuite classe de 8h a 10h, puis entraînement individuel de 10H30 a 11h45 ; Pause lunch de 12h a 13h et entraînement d’équipe de 13h30 a 17h30, avec 3h tennis et 1h de physique comprenant les étirements et la récupération musculaire dans le bain de glace. Puis on terminait avec encore 1h15 de classe de 18h30 à 19h45 ! Enfin, à partie de 20h on avait « quartier libre », on pouvait se détendre avec les copains et relâcher la pression avant de dîner et d’aller se coucher, jamais après minuit car le lendemain ça recommençait, et ça tous les jours de la semaine.

A ce moment là, comment vois-tu le reste de ta prometteuse carrière ?

Ce n’est vraiment qu’au bout de ma 2eme année a l’université du Kentucky que je me suis mis dans la tête que je voulais et pouvais devenir joueur pro et que j’ai par conséquent commencé a faire tout les efforts nécessaires qui vont de pair avec le de désir de réussir dans le tennis pro. Non pas que jusqu’ici je ne faisais pas d’effort, car je m’entraînais déjà dur tous les jours, mais je parle de tous les petits détails du quotidien comme faire attention à son alimentation, aux heures de sommeil, à sortir un peu moins, à tout ce qui peut faire la différence et influer sur ta performance et ta progression à l’entraînement. Ma première année, j’avoue que je me laissais un peu aller, je découvrais le système, la fac made in USA. En même temps, tu quittes ton pays et tu te retrouves au paradis, tout seul livré a toi même, il y a forcement un temps d’adaptation nécessaire, et j’avoue que si tu n’as pas la chance d’être bien entouré tu peux vite t’écarter de tes objectifs et ne pas faire tous les bons choix…

Dans le documentaire, on voit clairement que tu « vis » déjà comme un joueur pro – infrastructures, soins, équipementier, notoriété avec les filles – alors que tu ne l’es pas, ce décalage avec la réalité du circuit n’est-il grisant pour les jeunes joueurs ?

Le décalage et le danger existent bel et bien oui, car comme tu dis je vivais déjà en quelque sorte comme un pro mais cette qualité de vie il faut avoir conscience que ce n’est pas anodin. Mais quand tu as un bon coach comme j’ai eu la chance d’avoir, il te rappelle tous les jours qui passent pourquoi tu es là et ce que tu dois faire pour réussir. Cédric Kauffmann – le coach de Tom – m’a en quelque sorte conditionné tout au long de mes deux années universitaires, afin de me préparer au mieux pour bien commencer ma carrière. Il a eu lui-même l’expérience du circuit ATP en tant que joueur – il a été classé 169ème à l’ATP, avec comme fait de gloire en 2001 une défaite en 5 sets avec 3 balles de matchs ratées au 1er tour de Roland-Garros contre Pete Sampras - et il a su me dire et m’expliquer comment ça allait fonctionner avant même que je ne commence ! J’ai aussi participé a des tournois futurs et challengers avant la fin de ma carrière universitaire au College, ce qui m’a permis de me mettre petit à petit dans le bain. En fait la différence entre la réalité du circuit pro (hors circuit ATP) et celle du College c’est juste au niveau du championnat dans lequel on joue. On participe au championnat NCAA où le niveau n’a rien à envier aux tournois futurs mais on s’entraîne tennistiquement et physiquement comme des pros, avec même de bien meilleures conditions que lorsque l’on est sur le circuit livré à soi-même…

Comment se sont passées tes études en parallèle du côté tennis ?

Mes études se sont super bien déroulées. J’ai « gradué » avec 3.0 de GPA (grade donné à chaque étudiant américain), ce qui correspond à la note de “B”– il a obtenu son bachelor, l’équivalent d’une licence, en communication - ce qui me permet de poursuivre un Master par la suite si je souhaite continuer mes études et si ma carrière ne se déroule pas comme je l’espère. Le système des « tuteurs » dans les universités américaines comme l’ University of Kentucky est une chance car c’est un système individualisé qui prend en compte les spécificités de chacun : les athlètes comme moi se voient offrir des heures de tutorats en plus des heures de cours collectifs, et c’est un sacré avantage par rapport au système français pour réussir ses diplômes !

Comment s’est passé ton retour en France?

Mon retour en France ne s’est pas déroulé comme je l’espérait car je me suis blessé – fracture du pied – juste avant de revenir, en mai 2014 lors des championnat nationaux NCAA qui étaient ma dernière compétition universitaire… La fracture a nécessité une opération et donc 3 mois d’inactivité juste avant le début de ma carrière, au plus mauvais moment ! J’allais entamer le circuit pro en juin 2014 et j’ai du attendre septembre 2014 avant de jouer mon premier tournoi professionnel…

Une fois sorti de l’université et remis sur pieds, comment s’est passé la transition avec le circuit « chez les grands » ?

La transition chez les pros s’est très bien passée puisque je suis passé de la 1500e place mondiale à la 337e place ATP en un an et demi – son meilleur classement, en octobre 2015 -, ma progression a été constante, je tenais le cap qu’on s’était fixé avec mon entraîneur, jusqu’à cette nouvelle blessure qui est venue couper ma progression.

Comment peut-on qualifier le niveau de vie des joueurs qui comme toi sont classés au delà du top 200 mondial ?

Le niveau de vie des joueurs classés au delà de la 200eme place mondiale n’est pas idéal loin de là, ce n’est pas celui d’un sportif pro, car on dépense plus d’argent que l’on en gagne !

Peut-on vivre correctement avec les prize-money du circuit secondaire (Challengers/Futures) ?

On ne peut pas vivre correctement avec les prize money des circuits futures et challengers. Tout les joueurs le savent. Les mecs du top 100 “se gavent” et nous derrière sur le circuit secondaire on se tape les miettes. Cependant j’ai la chance d’avoir trouvé de bons sponsors ! Depuis 2015 je suis devenu Ambassadeur de La ville de la Roche-sur-yon – “ma” ville – qui m’aide financièrement depuis. J’ai aussi eu l’opportunité de signer au Tennis Club Villemomble Sport cette année, et le club a mis en place une structure “haut niveau” en adéquation avec mes objectifs de progression. Ils financent mes entraînements au quotidien avec mon entraîneur Sebastien Louis, et je dispose également d’une aide financière de la Ligue de Tennis de Seine-Saint-Denis sous forme de remboursements des frais de tournois. Au delà de ça j’ai aussi la chance d’avoir un contrat textile avec Lacoste et avec Wilson pour mes raquettes de tennis. Je suis conscient que tous les joueurs qui ont mon classement ne bénéficient pas de tous ces petits “plus” c’est pour cela que je donne le maximum au quotidien pour ne pas décevoir tous ceux qui croient en moi et pour réussir a aller le plus haut possible dans le classement ATP.

Ne vaut-il pas mieux rester sur les tournois français pour renflouer les caisses et réinvestir cet argent sur le circuit mondial par la suite ?

C’est clair qu’il pourrait être tentant de rester sur les tournois français – issus des CNGT, les Circuits nationaux des Grands Tournois, qui dans la hiérarchie des épreuves amateurs homologuées FFT sont les compétitions les plus importantes. Certains le font, mais moi personnellement ce n’est pas cela qui me motive. Je vise autre chose, plus haut. Quand je sais qu’il suffit de te qualifier une fois pour le tableau final d’un Grand Chelem – et donc de gagner 3 matchs de qualifications – pour encaisser 30.000 euros, ça peut vite basculer du bon côté. Je pense que si tu crois en tes chances et en tes capacités, les tournois français ne doivent pas devenir une routine mais simplement une date supplémentaire pour remplir ton calendrier. Après oui c’est certain que tu peux très bien gagner ta vie en jouant uniquement sur le circuit CNGT et gagner 3000/4000 euros par mois ! Mais personnellement ce n’est pas de cette vie dont je rêve. Je rêve d’aller jouer à Acapulco, à Indian Wells ou à Monte Carlo. Quand t’es joueur de tennis, tu vas pas te coucher le soir en rêvant de gagner un tournoi CNGT…

Quel est le pire tournoi Future ou Challenger auquel tu aies participé ?

Sans hésitation, le tournoi future de Mostolles à Madrid en Espagne. Le club est pourri, en fait c’est même pas un club mais un parc perdu dans une banlieue de Madrid. Tu joues entre deux immeubles. Il n’y a même pas de club house mais deux tentes et pas de vestiaires pour te changer ou te doucher. J’ai perdu en quart de finale avec balle de match. J’ai terminé mon match a 14h et comme j’avais déjà rendu les clés de ma chambre d’hôtel je n’ai même pas pu me doucher avant de prendre mon vol pour Paris à 17h.

Est-ce que tu as déjà eu des péripéties ou anecdotes croustillantes lors de certains voyages sur des tournois ?

En Turquie, je m’étais engagé pour jouer en double. Juste avant le tirage au sort du tableau, quelqu’un travaillant pour le tournoi vient alors me voir en me disant « Tom, je suis désolé mais ton partenaire et toi vous ne faites pas partie des 14 équipes sélectionnées pour participer au tournoi » (dû au fait que mon partenaire n’avait pas de classement ATP) et il me propose alors d’acheter une Wildcard nous permettant de participer au tournoi. Le prix de départ ? $100 chacun. Je refuse, il baisse ensuite le prix à $50 chacun, je refuse une deuxième fois. Il me propose ensuite de nous « offrir » la Wildcard et en échange, si nous perdons au premier tour nous devons lui reverser notre prize money, soit la modique somme de 22$… Nous perdons au premier tour, et au moment de récupérer mon prize money, le même mec se pointe et me demande les $22… Pourtant c’était bien un tournoi “pro“ du circuit secondaire, qui n’avait de pro que le nom …

Ton meilleur souvenir sur le circuit ?

Mon meilleur souvenir sur le circuit reste mon premier titre en future à Palma del Rio en Espagne en juin 2015 (victoire en finale contre l’Espagnol Roberto Ortega, 6-2/6-4), un souvenir extra !

Le joueur qui t’inspire le plus au quotidien ?

Gaël Monfils et Juan Martin Del Potro.

Aujourd’hui, où-en es-tu avec ta carrière ?

Aujourd’hui j’en suis à un nouveau moment difficile de ma carrière puisque je suis blessé au genou. Je souffre d’une fissure du tendon rotulien depuis décembre 2015 et je ne pense pas remettre les pieds sur un court avant le début du mois de mai. C’est rageant car j’étais à mon meilleur classement lorsque je me suis blessé, 330e mondial en simple et 200e mondial en double avec 3 victoires en tournois Futures lors de la saison 2015. J’ai été coupé en plein élan. Mais je suis sur le chemin du retour et j’y crois plus que jamais.

Justement, que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Mon rêve serait de gagner un match dans chacun des 4 Grand Chelem dans la même année. Ce n’est que là que je pourrai dire que j’ai atteint mon objectif !

Propos recueillis par Geoffrey Lieutaud (@Geoffrey2b)

  1. Pingback: Tom JOMBY, interview sur BeInSport YourZone

  2. avatar
    30 mars 2016 a 9 h 03 min

    Sympa comme interview, merci!

  3. Pingback: ATP : pourquoi tout le monde se fout royalement du double ? - beIN SPORTS Your Zone - Partagez votre passion et votre expertise du sport

  4. avatar
    4 octobre 2016 a 11 h 07 min

    On souhaite du courage à Tom qui est actuellement en rééducation à Cap Breton pour se remettre d’une opération au genou, gageons qu’il reviendra encore plus haut et plus fort !

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