Miami : le tournoi des autres français
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Miami : le tournoi des autres français

Nicolas Mahut, Adrian Mannarino et Jérémy Chardy ont été les têtes d’affiches françaises du deuxième Masters 1000 de l’année. Dans un tournoi amputé des deux meilleurs joueurs mondiaux, et notamment des meilleurs français, ces trois joueurs classés entre la 55ème et la 77ème place mondiale ont réalisé des prestations intéressantes. D’ailleurs, deux d’entre eux vont intégrer l’équipe de France en vue du quart de finale de Coupe Davis contre la Grande-Bretagne les 7, 8 et 9 avril prochain.

Étonnamment, cette édition 2017 du Masters de Miami est marquée par l’absence majeure de deux joueurs : Novak Djokovic, triple tenant du titre et vainqueur à six reprises, et Andy Murray, numéro un mondial et titré ici en 2009 et 2013. Pour les outsiders, il s’agit donc de saisir cette opportunité qui se présentera sans doute rarement durant la saison. Parmi ces outsiders, on aurait pu inclure les meilleurs joueurs français. Or, trois d’entre eux, et non des moindre, ont décidé de ne pas prendre part au tournoi floridien. Jo-Wilfried Tsonga tout d’abord, seul Français en activité à avoir déjà remporté un tournoi de ce calibre (Paris en 2008, Toronto en 2014). Il a toutefois souhaité faire une parenthèse tennistique afin de profiter de sa nouvelle vie paternelle. Pour Richard Gasquet et Gaël Monfils, la raison est physique. Le Biterrois, redescendu à la 22e place mondiale, se remet doucement d’une opération de l’appendicite. Quant à « La Monf », victime d’une double blessure à la jambe gauche, son forfait en amont du Masters de Miami se prolongera au moins jusqu’au quart de finale de Coupe Davis le 7 avril prochain. Si l’on ajoute les méformes que connaissent actuellement Lucas Pouille (15e mondial) et Gilles Simon (25e), ainsi que l’inconstance répétée de Benoit Paire (39e), il ne faisait pas bon d’être Français à Miami cette semaine. Excepté pour trois d’entre eux, certes moins connu, moins talentueux, mais qui se sont distingués par de jolies performances.

Nicolas Mahut, une première à 35 ans

Jouerait-on mieux à 35 ans ? On est en effet amené à se poser la question lorsque l’on voit le succès que (re)vit Roger Federer, encore en lice pour un triplé Open d’Australie – Indian Wells – Miami historique à 35 ans. L’exemple est connu pour le Suisse, mais beaucoup moins pour Nicolas Mahut. Le Français, également âgé de 35 ans, a pourtant joué son premier huitième de finale dans un Masters 1000 contre Rafael Nadal ce mardi. Même si la défaite, logique, est venue stopper net son beau parcours, ce match de gala a tout de même une saveur de victoire pour Mahut. Sa présence en huitième de finale lui prouve qu’il a la capacité de se confronter aux meilleurs, et notamment à Steve Johnson, un temps numéro un Américain et 28e mondial à ce jour, qu’il a battu en trois sets au terme d’un match solide. Son jeu efficace de service-volée et son revers à une main tranchant lui ont aussi permis de passer sans encombre l’Argentin Guido Pella, pourtant tombeur de Grigor Dimitrov au tour précédent. Cependant, les nombreuses fautes directes commises par l’Angevin sur le court central de Miami face au numéro un Espagnol ont véritablement miné sa prestation, bien qu’il soit parvenu a poussé le 7e mondial au jeu décisif dans la seconde manche. Il s’agit dans tous les cas d’une semaine charnière pour Nicolas Mahut, 55e joueur mondial, qui avait plus coutume de se retrouver à ce stade de la compétition en double qu’en simple. Retenu en Coupe Davis, le jeu chaleureux qu’il a proposé ne devra pas se gripper à Rouen face à la Grande-Bretagne, où il jouerait logiquement le double avec Julien Benneteau.

Adrian Mannarino en relance sous le soleil américain

La tournée américaine de mars-avril réussit effectivement plutôt bien au Français Adrian Mannarino. Même s’il le répétera toujours, le gazon est sa surface favorite, le ciment américain tombe à pic pour se relancer dans le top 100. Le Français, 65e mondial avant le début du tournoi floridien, profite des deux premiers Masters 1000 pour battre des joueurs mieux classés que lui. C’est une tradition qu’il perdure au moins depuis le tournoi d’Indian Wells 2015, en Californie, pendant lequel le 38e mondial à l’époque avait battu successivement Fabio Fognini et Ernests Gulbis (tous deux membres du top 20). Même réussite au Tennis Center de Crandon Park à Miami, où l’an passé il avait écarté le citoyen de l’étape Sam Querrey, tête de série 28, au 2e tour. Cette année, pas d’exploit à Indian Wells (battu en deux sets par Bautista Agut, 18e mondial), mais un parcours très honorable en Floride qui va lui donner d’intéressants points ATP du haut de son 65e rang mondial. Son tournoi miamien prenait déjà une tournure charnière de par sa victoire au 2e tour sur l’Italien Paolo Lorenzi, dernière tête de série de cette édition, et qui se révèle à 35 ans (décidément). Son tournoi va prendre par la suite une valeur de référence à l’occasion du huitième de finale disputé contre l’espoir croate Borna Coric. Membre de ces « Futur players », des jeunes espoirs très talentueux, Borna Coric restait sur une bonne dynamique après sa victoire sur un autre Futur player, l’Autrichien Dominic Thiem, déjà 8e mondial. Néanmoins, Adrian Mannarino a livré un combat physique et mental, surtout au deuxième set lorsqu’il s’agissait de gérer sa frustration, pour conclure par un finish au tie-break du dernier set (6-4, 2-6, 7-6 [3]). Le natif de Soisy-sous-Montmorency, âgé de 28 ans, a donc pu se mesurer au tour suivant au Tchèque Tomas Berdych, sorti récemment du top 10 mondial. Même s’il n’avait rien à perdre, Mannarino a malgré tout montré ses limites, que ce soit sur les deuxièmes balles de service ou les coups neutres en fond de court. Des phases de jeu exploitables à merveille pour le numéro un Tchèque qui s’est finalement débarrassé du Français en 1h30 ce mardi (6-3, 7-5). Éliminé en huitième de finale, le huitième joueur français va donc bénéficier de 90 points ATP qui vont lui permettre de gravir une dizaine de places supplémentaires au classement mondial. Mais ses faiblesses, assez flagrantes ce mardi, ont sans doute eu raison de sa non-première retenue en équipe de France à l’instar du neuvième joueur français, Jérémy Chardy.

Un nouveau départ pour Jérémy Chardy

En pente douce depuis l’Open d’Australie 2017, et rétrogradé de quarante places en un an, le Français Jérémy Chardy traverse une période tennistique plus que compliquée. Le Français est pourtant adepte d’exploits, comme peuvent le témoigner Juan-Martin Del Potro en 2013 ou David Ferrer en 2015. Il y a cependant quelque chose qui s’est brisé chez le Français pour le voir disparaître des radars. Le Palois de 30 ans aujourd’hui a donc éminemment pour objectif de revenir au classement en jouant de nouveau un tennis offensif de haut niveau. Défait au second tour des deux premiers tournois majeurs de la saison (en Australie contre Kei Nishikori et à Indian Wells contre Dominic Thiem), Jérémy Chardy aurait pu, aurait même dû logiquement connaitre une pareille mésaventure au Crandon Park, dans un deuxième tour qui l’opposait cette fois-ci au neuvième joueur mondial, Marin Cilic. Mais ce vendredi, dans un combat de joueurs offensifs de fond de court, c’est bien le Français qui a pris l’avantage sur le Croate au retour de l’interruption due à la pluie. Son jeu du tout pour l’attaque s’est ensuite noyé dans les fautes directes, notamment en coup droit, son point fort le plus redouté par ses adversaires. Sa technique le pousse en effet à prendre des risques, et de la même manière qu’au service, lorsque la balle passe, elle pousse l’adversaire à se retrancher en défense. Le deuxième set ne fut néanmoins pas à l’honneur, tout à l’inverse du troisième. Une tactique plus prudente et des montées à la volée pertinentes du Français ont fait déjouer le Croate qui a rendu les armes sur un ultime break (6-4, 2-6, 6-3). Le cap du deuxième tour franchit, Jérémy Chardy ne connaîtra pas le même sort au tour suivant contre le facétieux Fabio Fognini, dans un match où il n’a pas démérité. L’Italien, mieux classé et favori du public, a arraché la victoire grâce à un break conquis en début de dernier set, et il est d’ailleurs parvenu à atteindre les demi-finales du tournoi qu’il jouera ce vendredi soir contre Rafael Nadal. Quant aux performances de Jérémy Chardy, elles ont tout de même retenu l’attention de Yannick Noah, sélectionneur de l’équipe de France de Coupe Davis. A 30 ans, cette première sélection récompense le travail accompli par le Français. Elle va également offrir une plus grande médiatisation nationale à celui qui l’a toujours joué discret.

 

Alors oui, comme le suggéreront les mauvaises langues, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’un Français inscrira son nom au palmarès d’un tournoi majeur. Il s’agit néanmoins ici de porter un regard nouveau sur trois Français qui s’illustrent avec leurs moyens. Malgré les défections, ces experts de Miami ont su porter le tennis français jusqu’en huitième de finale, et on ne peut que leur souhaiter une même réussite pour les échéances à venir.

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