Le French des années 70 : Paris n’est pas une fête
Photo Panoramic

Le French des années 70 : Paris n’est pas une fête

Suite de l'esquisse sur le tennis professionnel des années 70, consacrée cette fois à Roland Garros. Une période cruciale puisque, au-delà de l'ouverture aux joueurs professionnels, cette période est contemporaine de l'essor du tennis à la télévision et a imprimé la rétine collective.

Chris Schenkel

L’autre soir je visionnais une petite rétro sympa sur l’US Open 1976. Disputée sur le har-tru de Forest Hills, cette levée déboucha sur la victoire finale de Connors sur Borg en quatre sets. Au cours du reportage, Björn Borg est présenté comme un champion « émergent ». J’ignore si le commentateur, Chris Schenkel de son patronyme, savait de quoi il parlait, ce qu’il avait fumé, ou s’il se foutait délibérément de la gueule du monde. A l’US Open 1976, Borg avait déjà remporté deux titres à Roland Garros et un à Wimbledon, soit autant de Grands Chelems que Connors. Pour Wimbledon, Schenkel peut plaider la panne d’oreillette ; pas pour Roland Garros.

Je n’ai jamais été un fan des commentaires tennistiques de France Télévisions, et j’avoue que je les troque désormais systématiquement pour un bon vieux James Brown lorsque je regarde mon sport préféré. Mais en 1994, lorsque Sampras s’est présenté Porte d’Auteuil en quête d’un Pete Slam, ni Michel Drhey, ni Jean-Paul Loth, ni Lionel Chamoulaud n’ont présenté l’Américain comme un « champion émergent » au prétexte qu’il n’était pas Français et ne s’était jamais imposé sur l’ocre parisien.

Une fois ma rate dilatée, je me suis dit que ce Chris Schenkel en disait sans doute beaucoup plus long qu’il n’en avait probablement conscience. Il n’a pas été évacué du continent américain sur un rail habillé de goudrons et de plumes, et ce qu’il disait en creux était tout simplement une opinion largement répandue outre-Atlantique. En gros, Roland Garros est un gentil tournoi de plage, Borg est un joueur venu de Laponie Herzégovine qui se nourrit de blattes communistes dans des pièces obscures, et de toute façon peu importe si je me trompe ou si j’exagère, puisque ce qui se passe à l’est des Bermudes, personne n’en a strictement rien à faire.
Et ils étaient nombreux à l’époque, vraiment nombreux, à partager l’opinion de Chris Schenkel.

Paris compte-t-il ?

En 1974, l’Afrique du Sud remporte la Coupe Davis, l’Inde ayant refusé de disputer la finale en guise de protestation contre l’apartheid. Mais c’est aussi la première fois qu’une nation « hors Grand Chelem » remporte le Saladier d’argent, alors que la Vieille dame du tennis fête ses 74 ans. Pendant 73 ans, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la France auront donc été les uniques nations ayant remporté la Coupe Davis, ce qui explique largement la notion de « Grand Chelem » puisque les stades construits (ou agrandis) pour accueillir le Challenge Round se devaient d’être à la hauteur de la compétition, c’est-à-dire les plus grands au monde. Rien d’étonnant à ce que ces mêmes stades soient voués ensuite à accueillir les plus grands tournois individuels, en particulier Roland Garros et Wimbledon.

Dans ce quartet mythique, deux tournois ont longtemps été à la traîne, pour des raisons différentes. Je ne détaillerai pas ici le cas du Grand Chelem australien, qui en gros a souffert de son éloignement géographique et de sa position problématique dans le calendrier.

Le « French » n’a pas ce double handicap. Mais le tennis, sport aristocratique né en Angleterre, est longtemps resté la chasse gardée des trois autres grandes nations. En remportant la Coupe Davis en 1927, la France s’est invitée au concert des grandes nations du tennis, et elle a construit pour cela un stade à la hauteur de l’enjeu, Roland Garros. Le choix de la terre battue, logique du point de vue français, n’en était pas moins une singularité visuelle et technique qui allait distinguer pendant longtemps le tournoi français de ses trois alter ego. Car en effet, pendant près d’un demi-siècle encore, les stades qui accueillaient les autres piliers du Grand Chelem seraient en gazon, surface originelle et reine du tennis. En plus d’être les seuls à table à ne pas parler Anglais, ces incorrigibles frenchies se permettaient en plus d’avoir leur propre surface, radicalement différente du gazon !

Après la parenthèse des Mousquetaires, suivie d’une courte période de domination britannique dans les années 30, la suprématie du tennis allait repartir, pendant plus de 30 ans, entre les mains des Américains et des Australiens, les principaux étant, chronologiquement, Donald Budge, Jack Kramer, Pancho Gonzales, Ken Rosewall et Rod Laver. Kramer ne s’est jamais déplacé Porte d’Auteuil, et dans sa période de domination, le French Pro n’était pas organisé ; quant aux autres, leur participation a souvent été de courte durée avant leur passage chez les professionnels.

Dans la mesure où aucun joueur français, au cours de ces années, n’a été en mesure de se mêler à la lutte pour le titre (alors officieux) de meilleur joueur du monde, il n’est pas exagéré de dire que les champions de cette période n’ont que peu joué à Roland Garros, et que ce n’est donc pas du côté de Paris que s’est jouée la suprématie du tennis. Pour être précis, ajoutons quand même que le French Pro ne fut pas disputé entre 1940 et 1955, mais qu’entre 1956 et 1962 Roland Garros a été le théâtre de magnifiques empoignades entre Pancho Gonzales, Tony Trabert, Lew Hoad, Ken Rosewall et Andrès Gimeno. Entre 1963 et 1967, c’est le bois de Coubertin qui allait accueillir le French Pro.

En bref, lorsque les meilleurs joueurs du monde, Américains et Australiens à l’époque, ont joué à Roland Garros, c’était en terrain hostile, sur terre battue, une surface quasi-inexistante au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en Australie. Et quand arriva l’ère Open en 1968, le French n’était pas précédé de six semaines de compétition exclusivement dédiées à la terre battue et ponctuées de trois Masters 1000.

Roland Garros peut s’enorgueillir, pour des raisons de calendrier, d’avoir été le premier tournoi du Grand Chelem Open en 1968, qui s’est déroulé dans un climat de grande incertitude sportive, puisque pour la première fois amateurs et professionnels allaient s’expliquer directement. Ce fut un grand et émouvant moment de l’histoire du tennis, mais les années qui suivirent, comme expliqué dans un précédent article, ont été autrement plus compliquées.

 

Fucking clay

Au cours des années 1974-1988, c’est-à-dire au moment où le tennis s’est invité à la télévision et a imprimé l’imaginaire collectif, Roland Garros a couronné essentiellement trois champions : Björn Borg, Mats Wilander et Ivan Lendl. Si l’ocre parisien a été leur première terre d’élection, tous trois ont par la suite largement garni leurs étagères par d’autres conquêtes en Grand Chelem, et créé une illusion d’optique qui gommait la singularité et la spécificité de Roland Garros. Malgré les échecs répétés de Borg à l’US Open, et de Lendl et Wilander à Wimbledon, il fallait vraiment s’appeler Chris Schenkel pour ne pas prendre au sérieux ces trois immenses champions.

Après 1988, si l’on excepte les Américains Chang, Courier et Agassi qui se sont illustrés sur d’autres territoires, Roland Garros a couronné une succession de joueurs au profil taillé initialement, et presque exclusivement, pour la terre battue. Gomez, Bruguera, Muster, Kuerten, Moya, Costa, Ferrero et Gaudio ont rarement brillé en d’autres lieux, et sont restés relativement anonymes pour les publics anglo-saxons. Bien entendu, sur la même période, les grands champions qu’étaient Edberg, Becker et Sampras se sont tous cassé les dents sur la terre battue parisienne. Je ne traiterai pas ici la période la plus récente, celle de l’ogre Rafa et des miettes laissées à Federer, Wawrinka et Djokovic.

Cette singularité du palmarès parisien, observée entre 1989 et 2004, n’est en fait que le retour au galop d’une tendance largement visible dans les années qui ont précédé 1974, et qui corrobore le regard amical mais teinté d’inquiétude que les grands champions de l’après-guerre, qu’ils soient américains ou australiens, ont porté sur le tournoi parisien. Il était largement envisageable de briller à Wimbledon, à Forest Hills ou à Melbourne sans s’y présenter longtemps à l’avance, car les repères de surface, mais aussi linguistiques et culturels, étaient acquis d’emblée. Un coup d’avion le dimanche, on démarrait sur le gazon royal, et on ne restait, si tout se passait bien, que deux semaines à Londres. En revanche, viser la victoire à Paris, ça ne s’improvisait pas. Si l’on voulait maximiser ses chances de succès, il fallait partir en Europe continentale dès le mois d’avril, s’entraîner longuement, se prendre des raclées contre des crocodiles qui couraient partout et qui renvoyaient tout, manger son pain noir, recommencer, échouer Porte d’Auteuil, puis recommencer l’année suivante, sans en attendre forcément de résultats plus probants.

A la charnière des années 60-70, les grands champions qu’étaient John Newcombe, Stan Smith et Arthur Ashe ont connu sur la terre battue parisienne de grands moments de solitude, sans jamais trouver la clé du déplacement sur terre battue. Sans dresser une hagiographie supplémentaire à Laver et Rosewall, au-delà de leur formidable réussite à partir de 1968, les deux finales consécutives qui les ont opposées Porte d’Auteuil en 1968 et 1969 les placent loin au-dessus de leurs rivaux cités plus haut ; car eux, à la différence des autres, ont consacré leurs longues années chez les pros à écumer les villes européennes, à se familiariser avec la terre battue et finalement à l’apprivoiser. Les tournois parisiens de 1968 et 1969 étaient blindés de joueurs venus d’Amérique latine, des pays de l’Est, d’Espagne, d’Allemagne ou encore d’Italie, face auxquels aucune faille dans la science du déplacement sur terre battue n’était permise.

L’affaire des Intervilles

Si je dresse au préalable cette fresque d’ensemble, c’est pour tenter d’expliquer comment, en 1974, la lourde menace qui frappa Roland Garros passa, auprès de beaucoup de monde, comme un simple dommage collatéral. Et quand je dis « beaucoup de monde », je ne fais pas allusion qu’à des Chris Schenkel, je parle également des n°2 et 3 mondiaux, John Newcombe et Jimmy Connors. Et je parle enfin des collègues de Philippe Chatrier, les présidents des trois autres fédérations nationales majeures, qui ont observé cette affaire avec la neutralité et la distance de ceux qui ne se sentent en rien concernés.

La longue histoire de l’ouverture du tennis aux joueurs professionnels est contemporaine de l’émergence du sport-spectacle, notamment aux Etats-Unis. Au début des années 70, le succès médiatique croissant du tennis suscite un intérêt de plus en plus gourmand de la part des promoteurs d’événements sportifs. A l’instar des sports les plus populaires comme le baseball, le basket ou le football américain, des stades gigantesques devraient être susceptibles d’accueillir du tennis.

C’est ainsi qu’émergent deux structures destinées à organiser de grands événements tennistiques opposant des villes américaines sous la forme de matchs par équipes : la NTL en 1972, et l’IPTL en 1973. Très vite, les deux structures, qui partagent les mêmes objectifs, fusionnent pour former la WTT (World Tennis Team). 16 licences sont vendues à des villes américaines, chaque équipe (mixte) devant disputer 44 rencontres entre début mai et fin août. Les promoteurs du dispositif innovent à bien des égards, avec des courts bicolores dépourvus de lignes, des balles en couleur, et un système de comptage des points et des jeux n’ayant rien à voir avec le système traditionnel. De toute évidence, la qualité du spectacle a vocation à primer sur la pertinence sportive.

Mais l’aspect le plus problématique de cet événement rapidement surnommé les « Intervilles » est le calendrier. Une pause est bien prévue dans le calendrier WTT, afin de permettre aux joueurs et joueuses de disputer Wimbledon. Mais, pour les raisons évoquées plus haut, Roland Garros ne bénéficie pas du même traitement de faveur, pas plus que les autres tournois importants sur la terre battue européenne, en particulier Rome.

Le nouveau président de la FFT élu en 1973, Philippe Chatrier, se voit ainsi confier un dossier très lourd… Il va engager un long bras de fer avec les Intervilles, en excluant de Roland Garros tout joueur qui signerait avec la WTT. Afin d’attirer du public, les organisateurs de l’événement ont mis l’argent qu’il fallait pour recruter des têtes d’affiche. Passe encore pour Rod Laver, Ken Rosewall ou Roy Emerson, qui sont en fin de carrière. Autrement plus problématiques sont les signatures de John Newcombe, n°2 mondial qui signe avec Intervilles à l’été 1973, et de Jimmy Connors, le n°3 mondial, qui remporte, le 1er janvier 1974, l’Open d’Australie… Rendons tout de même hommage à Stan Smith et Arthur Ashe : si jamais ils ne parviendront à briller Porte d’Auteuil, ils ne tomberont pas non plus dans les filets de la WTT car ils ne la confondent pas avec un tournoi ordinaire, pas plus qu’ils ne confondent le spectacle des Intervilles avec du véritable tennis.

Engager une telle bataille ne va pas de soi. Les dirigeants européens perçoivent à juste titre la WTT comme une menace directe pour eux, mais aussi pour la Coupe Davis et plus généralement pour le calendrier tennistique. En ouvrant la porte à une initiative comme Intervilles, le tennis professionnel s’expose à d’autres projets analogues qui perturberaient d’autres périodes du calendrier, un précédent ayant été créé. C’est pourquoi les opposants à Intervilles, qui ne désarmeront pas pendant les 5 années d’existence de cette compétition, se battront pour un enjeu qui les dépasse de loin. Chatrier acceptera d’en payer le prix fort, à savoir priver son tournoi de plusieurs des meilleurs joueurs du monde : Connors de 1974 à 1977, mais aussi Borg en 1977 et Nastase en 1976. C’est un French Open appauvri en champions qui va traverser cette période, avec un tableau qui devra se passer (entre autres) du n°1 mondial Jimmy Connors…

Dans cette affaire des Intervilles, certains ont joué un rôle plus que d’autres. Je ne mentionnerais pas Billie Jean King si elle n’avait pas été aussi active et impliquée dans la mise en place du circuit WTT à l’été 1973. Son mari Larry est l’un des fondateurs de l’IPTL en février 1973, et elle-même prit la tête de l’équipe des « Philadelphia Freedoms » dans la compétition. A la même époque, Billie Jean créa la WTA et en devint la première présidente, dans le contexte d’un long combat – ô combien honorable – pour l’égalité des dotations entre hommes et femmes, ce qui explique les difficultés relationnelles qu’elle a entretenues à cette époque avec la Fédération internationale. De là à apporter sa caution à ce qui s’apparentait davantage à du cirque qu’à du tennis, il y a un pas. Le biopic consacré à Billie Jean King, centré sur la « Bataille des sexes », omet soigneusement ce détail de sa biographie, détail pourtant parfaitement contemporain (1973) de son match face à Bobby Riggs. Les grands champions comme Jimmy Connors ont leurs faiblesses, les grandes championnes comme Billie Jean King aussi.

En 1978, l’entreprise WTT devient nettement déficitaire suite à la faillite de deux équipes ; les promoteurs d’Intervilles mettent alors fin à cette compétition, qui aura constitué la dernière menace sérieuse pour le tennis professionnel. En 1979, Philippe Chatrier est élu à l’unanimité à la présidence de la FILT. La force de caractère qu’il aura déployée dans cette épreuve n’aura pas échappé à ses collègues, qui feront amende honorable en le portant à leur tête. Cette même année 1979, Jimmy Connors, après un retour avorté en 1978 pour cause de mononucléose, revient pour la première fois à Roland Garros, mais il ne remportera jamais le tournoi.

Jimmy Connors, hypothèque sur le French des années 70 ?

En 1974, Connors remporte Wimbledon et l’US Open, réussit le Petit Chelem et s’impose comme l’incontestable n°1 mondial, ce qui renforce l’attention du petit monde du tennis sur l’affaire des Intervilles. D’aucuns pensent que, privé de Roland Garros cette année-là, Jimbo aurait pu réussir le Grand Chelem si Philippe Chatrier ne l’en avait empêché. On ne saura jamais ce qu’aurait donné alors une confrontation entre Connors et Borg, le jeune Suédois qui remporta en 1974 la première de ses six couronnes Porte d’Auteuil. L’Américain se posera en victime de la FFT, portera l’affaire devant la justice française et choisira Robert Badinter pour avocat ; mais il sera débouté.
L’attitude de Connors dans cette affaire des Intervilles est l’un des exemples les plus aboutis de ce que fût l’état d’esprit des joueurs au cours des années 70, et notamment de leur relation à l’argent. Quand bien même il eût remporté cette bataille juridique, Connors ne se serait pas davantage vu attribuer le titre à Paris, qui ne pouvait s’acheter. Tout au plus pouvait-il espérer un dédommagement financier ; et c’est précisément ce qu’il recherchait.

En 1975, et les années suivantes, Connors a-t-il mis de l’eau dans son vin, en sacrifiant son porte-monnaie pour le prestige d’une victoire potentielle Porte d’Auteuil ? Non. Cela ne l’intéressait pas, tout simplement. Et lorsqu’il daigna enfin gratifier Paris de sa présence, c’était alors un homme entrant dans une nouvelle peau, marié et père de famille ; un autre joueur, aussi, pour qui ce Roland Garros 1979 inaugura une période de (relatives) vaches maigres en Grand Chelem, au cours de laquelle il laissa la suprématie du tennis se jouer entre Borg et McEnroe.

Vaincu prématurément au French en 1973, Jimbo, tout comme Newcombe, Ashe et Smith, était conscient qu’une victoire sur l’ocre parisien allait lui coûter bien des efforts sur la terre battue européenne pendant les semaines précédentes, et donc une longue période loin de ses terres. Dans la balance avec les Intervilles si rémunérateurs, il a fait son choix. C’était son droit le plus strict, mais la règle du jeu était connue. Rien, dans les parcours ultérieurs de Connors au French, ne permet d’accréditer l’idée qu’il aurait pu empêcher Borg de s’imposer à Paris. Revenu aux affaires en 1979, il ne disputa jamais la finale. En particulier, entre 1979 et 1981, il ne croisa jamais la route de Borg, ni celle de McEnroe, s’inclinant avant de pouvoir les affronter. Parmi ses victimes Porte d’Auteuil, on notera un Orantès trentenaire en 1979, un Panatta trentenaire également en 1980, un jeune espoir, Noah, en 1980. Rien qui fasse de Jimbo un vainqueur en puissance du tournoi.

C’est pourquoi je n’émettrai, pour ma part, aucune réserve aux six victoires de Borg à Roland Garros. En revanche, la victoire de Vilas en 1977 est sujette à caution, car obtenue en l’absence du Suédois puni pour cause d’Intervilles. L’année suivante, Borg était bien là, en finale ; pour lever les doutes sur sa victoire de l’année précédente, Guillermo devait l’emporter. Il ne marqua que cinq jeux…

 

La terre des crocodiles

Suspendu au devenir des négociations avec la WCT, subissant directement les absences de Laver et Rosewall à partir de 1970, lointain et difficile pour les champions américains et australiens qui s’illustraient sur les autres surfaces, et soumis de surcroît aux défections liées aux Intervilles, tel a été le French Open des seventies.

Pourtant, pour les raisons invoquées plus haut, seule la cuvée 1977 apparaît clairement comme « douteuse ». Les années 70 ressemblent en fait aux années 90 du même tournoi, à savoir une période au cours de laquelle les tauliers du reste du circuit ont échoué, laissant le champ libre à des joueurs de terre battue, ces derniers ayant au contraire plus de difficultés à s’illustrer ailleurs. Tom Gorman, splendide demi-finaliste en 1973, sera l’unique exception confirmant cette règle.

Avant même l’épisode des Intervilles, cette réalité s’impose déjà. En 1970, c’est le Yougoslave Franulovic qui fait le spectacle en venant à bout successivement de Ashe et Richey, dans ce qui seront les deux plus beaux matchs du tournoi. Fatigué, il ne marque que six jeux en finale face à Ian Kodès. L’année suivante, il fera meilleure figure face au même adversaire en demi-finale, mais c’est l’ascension d’Ilie Nastase qui marquera l’édition 1971, ainsi que le quart de finale épique entre Arthur Ashe et son compatriote Frank Froehling. En 1972, Patrick Proisy fait tomber le tenant du titre Ian Kodès en quarts de finale, puis empêche brillamment une première finale 100% espagnole en domptant Manuel Orantès en demi-finale. 1972 est également marquée par l’ascension du Soviétique Alex Metreveli, qui pousse le futur vainqueur Gimeno aux cinq sets en demi-finale, après de superbes victoires sur Pierre Barthez et Adriano Panatta. En 1973, le French Open rassemble la majorité du gratin du tennis mondial. L’édition voit Nastase remporter enfin le tournoi de son cœur, mais c’est le finaliste Pilic, alors sous la menace d’une suspension par la FILT, qui fait parler de lui. Tom Gorman, vainqueur de Proisy au premier tour, porte fièrement les couleurs US jusqu’en demi-finale.

En 1974 arrive Borg… et la fausse rupture des Intervilles. Le divin scandinave va devenir la figure tutélaire et tyrannique du tournoi, à un moment où celui-ci s’invite à la télévision française. Les scores de 1978 laissent rêveur, avec 32 jeux perdus, une marge que l’on ne verra que des années plus tard avec Nadal.

Au final, ce sont quelques adversaires de Borg qui apparaissent comme les véritables héros de la décennie. Victor Pecci, dans la finale 1979, échappe de peu à une déculottée (il est mené 6/3 6/1 5/2), avant de contraindre le monstre à disputer un quatrième set. Vitas Gerulaitis ne vient qu’à partir de 1979, mais son tennis d’attaquant plein de panache séduit d’emblée le public parisien ; sa demi-finale 1979 et sa finale 1980 se solderont néanmoins par deux raclées face au maître des lieux : 10 jeux arrachés, en six sets !

C’est sans aucun doute la cuvée 1976 qui apparaît comme la plus belle de la décennie. Disputée sous une forte chaleur, elle voit le Roi Borg vaciller en huitièmes de finale, face à François Jauffret. Mené deux sets à rien, le Français joue crânement sa chance et remonte à la surprise générale face à un Suédois débordé ; il sert même pour le match à 6/5 au cinquième, mais son bras se met à trembler et Iceborg s’engouffre dans la brèche pour l’emporter 10/8 après 4h30 de jeu.
En quarts de finale, c’est un Borg fatigué qui s’incline en quatre sets face à Adriano Panatta. L’Italien, splendide attaquant de terre battue, montre la voie à ses collègues en agressant le Suédois par un cocktail de coups agressifs ponctués de montées au filet qui sortent en permanence Borg de sa zone de confort. Panatta, en état de grâce, poursuit sa route jusqu’en finale où il domine l’Américain Harold Solomon. Il reste le seul joueur à avoir battu Borg au French Open, et il l’a même fait deux fois puisqu’il était sorti vainqueur de leur duel en huitièmes de finale de l’édition 1973. La victoire de Panatta préfigure celle de Yannick Noah sept ans plus tard ; c’est avec un jeu similaire que le Français l’emporte sur Mats Wilander en 1983.

 

Conclusion

Le palmarès du French des années 70 est souvent présenté comme sujet à caution, car les principales têtes d’affiche ne se présentaient pas sur la ligne de départ. Ce procès, qui est en fait le procès en illégitimité fait au Grand Chelem français, est en grande partie injuste.

En 1971 et en 1973, rien n’empêchait les professionnels de la WCT de disputer le tournoi. S’ils ne se sont pas déplacés, c’est pour des raisons qui leur appartiennent. En outre, lorsqu’ils ont fait le déplacement, ils n’ont obtenu aucun résultat probant.
En 1977, en revanche, Björn Borg disputant les Intervilles s’est exclu lui-même du tournoi. Déjà net vainqueur de Guillermo Vilas lors de la finale de 1975, il récidiva face au même adversaire en 1978. La victoire de l’Argentin en 1977 est donc bel et bien discutable.

Pour le reste, le French des années 70 marque la domination des Européens et d’un Argentin, Guillermo Vilas. En s’imposant en 1977, il ouvre la voie à un formidable essor du tennis dans le continent Sud-Américain. Gabriela Sabatini (7 ans en 1977), Alberto Mancini (8 ans), Guillermo Perez-Roldan (8 ans), Martin Jaite (13 ans) et tant d’autres, n’ont jamais oublié de mentionner Vilas comme figure tutélaire de leur parcours.

Plus globalement, le French ne s’est jamais vraiment débarrassé de sa couleur « universaliste ». Disputé sur une surface, la terre battue, quasiment absente du monde anglo-saxon mais très répandue partout ailleurs, il est depuis toujours le tournoi de cœur de nombreux joueurs issus de « petits » pays, auxquels il a d’ailleurs consacré une large place sur sa ligne de départ. Mais cette histoire dépasse de loin le seul cadre des années 70, et c’est une autre histoire…

  1. avatar
    12 mars 2018 a 17 h 00 min

    Superbe Enzo, merci pour cette belle série d’articles.
    Je comprends mieux à présent l’absence de Connors à RG. Et effectivement, bravo à Chatrier d’avoir lutté pour préserver le prestige (et donc le statut) de RG. Logique donc que le stade principal porte son nom.

    Petite précision, tu décris une exception de joueurs “non-TB” pour Chang, Courier, Agassi, mais Chang a remporté son unique GC à RG, et Courier a eu le plus de succès en GC à RG, avec 2 victoires, une finale et une demie. Donc même si ce ne sont pas des pur terriens exclusifs, c’est là qu’ils ont le plus brillé en GC.

    • avatar
      12 mars 2018 a 18 h 09 min
      Par Enzo29

      Salut Fabrice,

      J’ai été un peu vite sur Chang, Courier et Agassi. Ce que je voulais dire, c’est que tous les trois ont un palmarès de premier plan hors RG.

      Chang, même s’il n’a pas remporté d’autre GC, a tout de même une finale à l’AO, une à l’US, + quatre autres demi-finales sur dur, + 6 titres en Masters 1000, tous sur dur, + une finale au Masters.

      Courier a eu une malédiction à l’US qu’il n’a jamais remporté malgré une finale et deux demis, mais 2 victoires et une demi à l’AO, + une finale à Wimbledon, + 3 victoires en MS hors terre battue.

      Quant à Agassi, je n’y reviens pas…

      Compare ces trois palmarès à ceux des autres vainqueurs de RG pendant la même période, pour moi il n’y a pas photo. Hormis Kuerten et sa victoire au Masters, le Brésilien ayant ensuite été perturbé par de graves blessures à un moment où il s’affirmait sur les autres surfaces.

      • avatar
        13 mars 2018 a 8 h 54 min

        @Enzo, dans les vainqueurs de Roland capables de faire qqch en dehors de la terre parisienne, tu oublies Evgueni Kafelnikov, vainqueur en 1999 puis finaliste en 2000 à Melbourne, champion olympique à Sydney aux Jeux de 2000, demi-finaliste de l’US Open 1999.

        Pour le reste en effet, Gomez, Bruguera, Muster, Moya, A. Costa, Ferrero, Gaudio, énorme dependence à la terre battue …

  2. avatar
    12 mars 2018 a 17 h 59 min
    Par Cullen

    J’espère que la saga va continuer encore longtemps parce que c’est un vrai bonheur de te lire à chaque fois. L’attitude un peu hautaine de Chris Schenkel n’a rien de bien surprenante. Les Anglo-saxons ont toujours affiché cette posture vis-à-vis du monde latin. Et pour rester dans le Tennis, ils continuent à désigner le Grand Chelem français par le “French” au lieu de Roland Garros – ce qui atténue un peu son prestige – alors qu’ils ne font pas d’entorse lorsqu’ils évoquent Wimbledon… Maintenant, il faut remettre tout ça dans un contexte. Roland Garros était beaucoup plus récent à l’époque que Forest Hills ou Wimbledon, et les infrastructures porte d’Auteuil étaient déjà très en retard par rapport aux 2 autres GC (je mets volontairement de côté l’Australie). Le fait qu’il ait été moins considéré à cette période n’était donc pas complètement infondé.

    Je partage ton opinion ensuite quand tu dis que l’impact des “Intervilles” a été mineur et que le palmarès de RG n’a pas été vraiment affecté. En 1974, Connors marchait sur l’eau et Borg était encore très jeune, on peut donc penser qu’il y aurait eu match si l’Américain avait été convié cette année-là. En revanche par la suite le Suédois avait une telle marge sur son adversaire, y compris à Wimbledon et Flushing Meadows sur des surfaces rapides, que je n’imagine pas un seul instant Connors le mettre en échec sur la terre parisienne. Parce que si Borg n’a jamais gagné à New-York ça n’est pas à cause de Connors, c’est surtout parce qu’il a été victime d’une sorte de malédiction. En 1978 c’est une entorse au pouce qui l’empêche de défendre ses chances alors qu’il restait sur une victoire écrasante à Londres face à l’Américain. L’année suivante c’est le service surpuissant de Roscoe Tanner qui élimine le Suédois et en 1980 et 1981 c’est un autre Yankee, McEnroe qui va petit à petit prendre l’ascendant. Mais Connors, lui, n’a jamais vraiment su trouver la faille face à Borg, et en 1981 lors de leur dernier face à face sur le ciment américain, Borg lui avait infligé une nouvelle correction.

    Sinon, un mot sur la surface choisie pour disputer Roland Garros. C’était très bien de s’être distingué à l’époque, ça avait donné une particularité au Tennis français, et un style de jeu également très différent de celui aperçu jusque-là sur gazon. Seulement, avec une vitrine comme ce tournoi, la France aurait du ensuite développer les courts en terre battue, instaurer une culture de jeu dans les écoles de Tennis du pays. Mais aujourd’hui on en est bien loin avec seulement 20% des courts équipés de la sorte contre 90% en Espagne et presque autant en Allemagne. Même en Angleterre où le gazon est roi, il y a presque autant de courts en terre battue. On nous a expliqué à l’époque que c’était plus cher à entretenir mais des études ont prouvé le contraire, les joueurs passant eux-mêmes le filet entre les matchs par exemple. Et si on avait été plus cohérent, on n’en serait surement pas avec ce bilan famélique d’une victoire en plus d’un demi-siècle.

    Encore merci Enzo !

    • avatar
      13 mars 2018 a 11 h 46 min
      Par Enzo29

      Cullen, je t’avais fait un com de réponse hier soir, il s’est perdu dans les limbes.

      Je suis 1000 fois d’accord avec toi sur la culture de la terre battue en déclin en France. A ce sujet, le dernier Tennis Mag contient un dossier intéressant sur l’école espagnole, marquée (entre autres) par la prédominance de la TB et par la culture du quantitatif plutôt que du qualitatif. L’hypothèse de départ étant qu’il est plus facile de passer de la TB au dur (ou au gazon) que l’inverse. C’est on ne peut plus vrai.

      Par contre, pour le retard du stade, je ne suis pas certain, mais le RG des seventies n’avait-il pas la même superficie que celui d’aujourd’hui ? En gros, depuis, il y a eu le réhaussement des tribunes du Central, et la construction du Lenglen. Mais peut-être que je me trompe ? Ce qui est vrai par contre, c’est que les Français ont toujours eu du retard en termes de marketing, et que dans les années 70 le tournoi plafonnait à 200000 spectateurs sur la quinzaine. Ca sonnait creux dans les allées…

      • avatar
        13 mars 2018 a 17 h 00 min
        Par Cullen

        La différence était moins marquée qu’aujourd’hui bien sur (http://yourzone.beinsports.fr/roland-garros-un-heritage-culturel-en-danger-91773/) mais le Central de RG, qui n’avait pas encore été rénové à l’époque, faisait déjà pâle figure face au Center Court de Wimbledon ou encore à celui de Forest Hills et sa forme de fer à cheval. Et puis le court n°1 (qui va être détruit dans le projet d’agrandissement alors que c’était le seul à avoir un vrai cachet architectural, style arène de corrida…) n’a quant à lui vu le jour qu’en 1980.

  3. avatar
    13 mars 2018 a 8 h 52 min

    Salut Enzo,

    Excellent papier dans la série des precedents. Connaissais pas ce Chris Schenkel, en effet quel mépris pour ce French Open qui servait justement de contrepoids aux 3 autres levees sur gazon (exception faite de Forest Hills passé sur clay entre 1975 et 1977), donc de gage de polyvalence des meilleurs tennismen comme Rosewall ou Laver …

    Mais bon, Américains et Britanniques sont très nombrilistes c’est connu. Un joueur de foot qui n’a jamais les pieds en Premier League doit faire ses preuves, exception faite peut être d’un Lionel Messi.

    Pour Connors, peut-être aurait-il battu le jeune Borg en 1974 ou 1975 à Paris. En 1978, aucune chance. Par la suite, on a vu que Jimbo était incapable d’atteindre la finale Porte d’Auteuil.

    • avatar
      13 mars 2018 a 11 h 40 min
      Par Enzo29

      Salut Axel,

      OK pour Kafelnikov, que j’ai oublié en effet. Il a bien un pédigrée significatif ailleurs sur sur TB.

      Après, pour Connors vainqueur potentiel de Borg en 1974 ou 1975… On ne le saura évidemment jamais.

      Mais je vais te prendre un autre exemple, celui de Sampras en 94 (je l’ai d’ailleurs mentionné dans l’article, en parlant des commentaires). Imagine que Pete n’ai pas disputé RG cette année-là, il y aurait sans doute eu un paquet de monde pour discuter de la victoire de Bruguera obtenue en l’absence de Sampras. Le problème, c’est que rien dans le pédigrée de Sampras ne permettrait d’en faire un vainqueur potentiel à RG. Pour faire l’analogie avec Connors, imagine que Sampras ait été absent du French, disons entre 1993 et 1997. Le palmarès serait-il différent ? A priori non. Et l’analogie me semble pertinente, car pour le coup Sampras était aussi dominateur en 94 que Connors ne l’était en 74 !

      C’est pourquoi j’ai examiné avec soin les résultats de Jimbo au French quand il l’a disputé. Et rien ne me semble en faire un vainqueur potentiel.

      Evidemment la comparaison a ses limites car Connors et Sampras n’ont pas le même jeu.

      • avatar
        13 mars 2018 a 12 h 49 min

        Salut Enzo,

        Tout depend si tu juges sur le niveau d’information de 1994, pour Pete Sampras, ou de sa fin de carriere.

        Car avec le recul on a bien vu que Pistol Pete n’a jamais essayé de faire évoluer son jeu vers la terre, se contentant de perdre betement à Monte-Carlo ou Rome (exception faite de 1994 justement où il gagne au Foro Italico)

        Connors, lui, a gagné sur har-tru certes, mais avait de vraies references sur cette surface. Et il atteint quand meme 4 fois la demie à Paris dont 2 fois à plus de 30 ans (1979, 1980, 1984, 1985), contre 1 seule à Sampras qui jouait avec un “ange sur l’épaule” (de ses propres dires) après la mort de Tim Gullikson en 1996.

        Au niveau de connaissance en 1994, Sampras a deux quarts à Paris (1992 et 1993) et un titre à Rome. Donc oui à l’époque en cas d’absence certains auraient sans doute pu dire que comme Connors en 1974 il aurait rate le Grand Chelem.
        Mais seulement en juin 1994, pas après où ses seules vraies performances terriennes sont la finale de la Coupe Davis 1995 à Moscou contre la Russie de Kafelnikov et Chesnokov (que Sampras bat tous les 2 sur l’ocre russe), puis l’édition 1996 du French Open.

        Si tu veux faire de l’uchronie intéressante sur la generation Sampras, c’est sur Melbourne entre 1988 et 1994 avec Agassi qui ne vint jamais en Australie. Au vu du palmarès du Kid en Océanie entre 1995 et 2003, on peut se demander si parmi Mats Wilander (1988), Ivan Lendl (1989, 1990), Boris Becker (1991), Jimù Courier (1992, 1993) ou encore Pete Sampras (1994), certains n’auraient pas perdu un titre face à Agassi au pays des kangourous.

        Voire le double boycott de Lendl en 1990 et 1991 à Paris. A-t-il perdu l’occasion unique d’un 4e titre qui en aurait fait le seul dauphin de Borg dans l’ère Open jusqu’à Nadal, au lieu de partager le 3e étage avec Wilander et Kuerten ?
        Pour 1990 je dirais oui car Lendl était la bête noire de Gomez, pour 1991 moins convaincu face à Courier.

        • avatar
          13 mars 2018 a 14 h 40 min
          Par Enzo29

          Axel, je te trouve enfin (je t’avais repéré, faut pas croire…).

          Ton exemple avec Agassi à l’AO est justement intéressant. Penses-tu que les AO 1988 à 1994 soient à remettre en cause avec l’absence d’Agassi ? Si oui, il y a effectivement des billes, avec les 4 titres d’André à Melbourne. Mais je n’ai jamais entendu dire que les victoires de Lendl, Becker, etc. de cette époque étaient biaisées car obtenues en l’absence d’Agassi.

          Dans cette histoire de Connors en 1974, je reconnais que le personnage m’a été odieux du début à la fin de sa carrière. A l’US Open 1991, j’aurais préconisé la camisole. Mais je m’efforce de mettre ça de côté.

          Que ce soit Connors ou Sampras, c’est la caisse physique qui leur a manqué à RG. Je n’ignore pas leurs résultats sur terre battue, mais sur la durée de la quinzaine parisienne, ils avaient systématiquement brûlé leurs cartouches avant la finale. On peut d’ailleurs y rajouter McEnroe en 1984, qui a répandu avec succès l’idée qu’il aurait dû gagner cette finale contre Lendl, mais qui jamais ne s’est posé calmement pour réfléchir à son coup de pompe physique à partir du troisième set, pour le coup la VRAIE raison de sa défaite.

          Je te rejoins sur Sampras, qui a d’ailleurs fait son mea culpa après sa carrière. Il cherchait en fait à frapper ses coups comme sur dur, sans glissade, et ne glissait qu’après l’impact. Ce qui lui coûta probablement beaucoup d’énergie. Ca pouvait passer sur une semaine comme à Rome en 1994, mais à Paris sur deux semaines au meilleur des cinq sets ça ne pouvait plus passer. Il aurait peut-être dû passer à un grand tamis en fin de carrière, mais je comprends ses réticences à hypothéquer le reste de sa saison où il craignait de perdre ses sensations.

          Pour Connors, le long travail de sape que lui imposaient ses adversaires portait ses fruits vers le milieu de la deuxième semaine, où il n’en pouvait plus. Ses défaites contre Pecci et Gerulaitis ne s’expliquent pas autrement. Sans parler de Roger-Vasselin, Higueiras, Clerc, autant de seconds couteaux qui l’ont cueilli physiquement bien plus que tennistiquement.

          Voila pourquoi je faisais le parallèle avec Sampras. Et voila pourquoi je ne pense pas qu’une victoire sur Borg, même en 1974 alors que le Suédois n’était pour le coup qu’”émergent”, ne me semble pas à la portée de Jimbo. D’ailleurs Orantès, cette année-là, qui lui était un chevronné de la terre battue, coinça physiquement à partir du troisième set. Déjà se présentait ce tennis indéboulonnable de Borg, pas de faute, une aptitude à courir partout et à renvoyer la balle de trop. Björn n’avait pas encore un lift aussi agressif qu’en 1980, mais déjà il gagnait par KO physique.

          • avatar
            13 mars 2018 a 15 h 05 min

            @Enzo,

            Pour Agassi je ne fais que poser la question. Mais allez je me mouille et je te réponds.
            1988 Wilander injouable donc NON pas d’impact de l’absence d’Agassi
            1989 et 1990 Lendl trop expérimenté donc NON aussi
            1991 Becker NON car manque de maturité mentale sur les finales après défaites à RG et US Open 1990
            1992 et surtout 1993 Courier, possible OUI qu’il ait surmonté son blocage dans les finales majeures
            1994 Sampras, plutôt NON meme si possible car le Kid battra Petros deux fois à l’OA en 1995 (finale) et 2000 (demie)

            Pour McEnroe en 1984, le coup de pompe intervient au 4e et 5e set. Au 3e set il perd cette finale mentalement en se déconcentrant avec cette fameuse histoire de cameraman de NBC.

            “je comprends ses réticences à hypothéquer le reste de sa saison où il craignait de perdre ses sensations. ”
            Je te plussoie, c’était pareil pour Bruguera dans l’autre sens, l’Espagnol avait peur de progresser sur dur car il pensait risquer de régresser sur ocre !

            Et j’ose meme dire que si Pistol Pete avait été au bout à Paris un jour, il aurait tellement lâche d’énergie physique et mentale, que indépendamment de l’évolutio nde son tennis, il aurait eu du mal à Wimbledon, là où il voltigeait entre 1993 et 2000.

            Sauf en 1996, où il a tant puisé dans ses reserves pour se hisser dans le dernier carré du French. Plus un Krajicek marchant sur l’eau en 1/4 de finale.

            Quant à Connors, je vote non vu la maturité de Borg dès 1974-1975 à Paris.
            Mais sait-on jamais.

          • avatar
            14 mars 2018 a 14 h 06 min

            Salut Enzo,

            Nous sommes bien d’accord sur la valeur ajoutée de Brad Gilbert coach d’Agassi à partir de 1994.

            Mais le genie du natif du Nevada était tel qu’on ne peut que se poser la question.
            Après en effet quelle immaturité face au Grand Chelem, à Wimbledon en début de carriere, face à Roland-Garros aussi qu’il avait menace de boycotter en riposte a un probleme avec un journaliste.

            Pour Lendl en effet c’était pour se donner plus de chances en vue de Wimbledon.
            En vain pour Ivan le Terrible.

            Pour Sampras, ce n’était pas qu’une question de zapper Wimbledon derrière, c’était une question de faire évoluer son jeu en pregnant un entraîneur specialiste de l’ocre, en apprenant à glisser, en travaillant son physique …
            Il ne l’a jamais fait, dommage …

            Pour Bruguera par contre, je ne suis pas certain qu’il aurait gagné Wimbledon, US Open ou OA simplement en changeant son jeu.

            Nous sommes bien d’accord pour la notion de palmarès brut, le contexte compte : niveau de la concurrence, blessure ou forfait de rivaux potentiels …

            C’est pour cela que j’ai longtemps, avant le 20e GC de Federer, attendu avant de lui donner mon vote pour le titre de meilleur joueur du XXIe siècle devant Nadal et Djokovic, au delà du débat sans fin du GOAT qui est bien plus compliqué.

      • avatar
        13 mars 2018 a 12 h 58 min

        Je ne peux que conseiller le documentaire “The French” de William Klein sur RG 1981 à ceux qui veulent revivre le Roland de cette époque. Disponible sur le site Arte en DVD.

  4. avatar
    13 mars 2018 a 19 h 27 min
    Par Enzo29

    @Axel,

    Pour Agassi je suis en gros d’accord, mais n’est-il pas devenu un autre joueur, tout simplement, à partir de l’été 1994, et surtout physiquement ? J’ai quand même quelques doutes sur sa condition physique sous les fortes chaleurs de Melbourne (dans ses jeunes années). Et par ailleurs, jusque-là l’AO n’entrait pas dans sa vision étriquée du calendrier tennistique, dans lequel il avait passé 70% de son début de carrière sur le sol américain. Là encore, c’était son droit, mais lui-même s’interrogea en 1995 en gagnant l’AO, sur le mode “mais pourquoi je ne l’ai pas disputé plus tôt ?” (c’est dans son autobiographie). Réponse : parce qu’il gérait sa carrière n’importe comment et qu’il n’en avait pas une vision à long terme. Il n’avait pas eu l’éducation nécessaire pour cela, et en plus son coach (Bollitieri) n’avait en tête que le potentiel financier d’André, heureusement que Brad Gilbert est venu mettre de l’ordre.

    J’ai beaucoup plus de respect pour les impasses de Lendl à RG en 90-91, car lui son défi c’était Wimbledon et il voulait maximiser ses chances en sacrifiant RG. Il n’y est pas arrivé, mais lui a pris un vrai risque pour sa fin de carrière, celui-là même que Sampras (et Bruguera, donc, si je te lis bien) n’a pas voulu prendre. Ivan n’a pas gagné Wimbledon, mais il a pu terminer sa carrière l’âme en paix vis-à-vis de ce tournoi, pour lequel il a tout essayé, contrairement à Petros.

    Ce qui renvoie, au final, à la validité des résultats en GC obtenus en l’absence de tel ou tel. Si un joueur se blesse ou se présente hors de forme, ou s’il ne se présente pas du tout, ce n’est pas la faute de ses rivaux. Et je dis ça aussi pour la période actuelle !

    Dans ma petite série d’articles sur les années 70, je tente d’expliquer le contexte dans lequel de nombreuses levées du GC ont fait face à des absences. Je ne mettrai pas sur un même plan les absences de Laver et Rosewall à RG en 1970, et celle de Jimbo à RG en 1974, à un moment où sa carrière prenait réellement son essor et où il avait autre chose à faire que de faire mumuse aux Intervilles. Et le reste de sa carrière à RG, fort honorable effectivement avec quatre demi-finales, n’en fait pas (selon moi) un vainqueur empêché en 1974 ou 1975.

    • avatar
      14 mars 2018 a 14 h 08 min

      Salut Enzo,

      Nous sommes bien d’accord sur la valeur ajoutée de Brad Gilbert coach d’Agassi à partir de 1994.

      Mais le genie du natif du Nevada était tel qu’on ne peut que se poser la question.
      Après en effet quelle immaturité face au Grand Chelem, à Wimbledon en début de carriere, face à Roland-Garros aussi qu’il avait menace de boycotter en riposte a un probleme avec un journaliste.

      Pour Lendl en effet c’était pour se donner plus de chances en vue de Wimbledon.
      En vain pour Ivan le Terrible en 1990 et 1991.

      Pour Sampras, ce n’était pas qu’une question de zapper Wimbledon derrière, c’était une question de faire évoluer son jeu en pregnant un entraîneur specialiste de l’ocre, en apprenant à glisser, en travaillant son physique …
      Il ne l’a jamais fait, dommage pour l’Américain …

      Pour Bruguera par contre, je ne suis pas certain qu’il aurait gagné Wimbledon, US Open ou OA simplement en changeant son jeu. L’Espagnol n’a jamais dépassé les 1/8 en dehors de Paris sur toute sa carriere … Difficile de faire plus terrien que lui !

      Nous sommes bien d’accord pour la notion de palmarès brut, le contexte compte : niveau de la concurrence, blessure ou forfait de rivaux potentiels …

      C’est pour cela que j’ai longtemps, avant le 20e GC de Federer, attendu avant de lui donner mon vote pour le titre de meilleur joueur du XXIe siècle devant Nadal et Djokovic, au delà du débat sans fin du GOAT qui est bien plus compliqué.

      • avatar
        15 mars 2018 a 10 h 33 min
        Par Enzo29

        Salut Axel,

        Je reviens sur le contexte et les absences des rivaux potentiels. Justement, c’est le coeur des débats récurrents sur ce forum.

        Les “absences” sont de plusieurs types. C’est pour cela que je me suis penché avec attention sur les années 60-70, parce qu’à l’époque c’est un contexte “environnemental”, et aussi un rapport différent aux GC, qui ont conduit à des absences qui en effet rendent discutables certaines lignes de palmarès. Pour comparer Federer et Laver, on ne dispose pas des outils “classiques” qui nous permettent de nous étriper autour du trio Federer/Nadal/Djokovic, et c’est pour cela que je ne les compare pas pour ma part.

        Les absences, toujours. On a déjà discuté d’Agassi à l’OA et de Lendl à RG. Le cas d’Agassi se rapprocherait davantage du cas de Connors à RG entre 74 et 78, car c’est un choix délibéré de leur part de faire une croix sur un GC, juste parce que ça les emmerdait de le disputer.

        Restent les absences (ou les défaites prématurées) pour cause de blessure. Et là je vais mettre les pieds dans le tajine de couscous : pour moi elles ne remettent pas en cause les titres obtenus par les autres.

        Le cas Nadal est le plus abouti de ce que je vais dire : il a passé la moitié de sa carrière absent ou hors de forme dans les GC, car blessé de manière chronique. De mémoire, sur la période RG 2006-RG 2014, il ne compte que 6 défaites en GC en ayant été en pleine possession de ses moyens (Fed à Wim 2006 et 2007, Djoko trois fois en 2011-2012, et Tsonga à l’AO 2008). Le reste du temps, il n’était pas à 100%. Cette statistique est ahurissante.

        L’autre façon de voir les choses, qui n’est pas contradictoire, c’est que Nadal consomme deux fois plus d’énergie que Federer sur un match. Il court davantage, et il frappe plus fort. OK, mais quand il se blesse il ne faut pas non plus s’en étonner. Je vais faire l’analogie avec les courses automobiles : Nadal c’est le mec qui roule systématiquement à 300 quand les autres roulent à 200. Il les enrhume bien sûr en ligne droite, par contre il se plante régulièrement dans les virages et les autres n’ont plus qu’à en profiter.

        Il y a UNE saison au cours de laquelle Nadal ne s’est pas blessé : 2015. Il semble avoir eu un gros pb de raquette et de confiance, il jouait trop court, mais le corps, pour une fois, a tenu toute la saison. C’est sa saison la plus catastrophique en termes de résultats.

        Voila pourquoi je ne remets pas en cause les victoires de Fed, Djoko et les autres lorsqu’elles ont été obtenues en l’absence de Rafa. Ses blessures sont consubstantielles à sa carrière, en sollicitant sans arrêt la machine à 110% c’était écrit d’avance. Gérer sa carrière ce n’est pas seulement empiler les titres à RG par KO physique, c’est aussi savoir raccourcir les échanges et s’économiser par moments, réfléchir à son calendrier pour se ménager des plages de repos, etc.

        Le prochain RG, ne cherchez pas bien loin le vainqueur : si Rafa est présent et à 100% de ses moyens, il ira chercher son 11ème titre. La seule inconnue, c’est l’état de son corps. Et s’il flanche, en effet le tournoi s’ouvre. Mais qu’on ne vienne pas m’expliquer qu’un autre vainqueur que Rafa ne serait pas légitime car le titre aurait été obtenu en l’absence de l’ogre blessé.

        • avatar
          16 mars 2018 a 18 h 15 min

          Salut Enzo,

          Je ne suis pas en phase avec toi. Déjà ce n’est pas binaire, titre légitime ou pas légitime.

          C’est plus ou moins méritant selon le contexte.

          En 2009, Federer gagne RG sans croiser la route de Nadal, fauché par un Soderling en feu tout en étant blessé.
          Certes ce n’est pas la faute du Suisse mais la victoire aurait été plus belle s’il avait vaincu Rafa.

          Alors qu’un Sampras qui bat Agassi au top en finale de l’US Open 1995, c’est le summum de la légitimité.

          Et pour finir sur ce sujet, je n’ai pas de probleme à écrire qu’un Djokovic 2016 gagne un Roland diminué par la blessure de Nadal.
          Autant le Djoko Slam est immense car il s’étale sur 1 an, autant le titre parisien du Djoker manqué de grandeur en 2016 : Berdych Thiem Murray désolé mais sa victoire aurait été plus belle en 2011 (Federer Nadal), 2012 (Federer Nadal), 2013 (Nadal Ferrer) ou 2015 (Nadal Murray Wawrinka).

  5. avatar
    17 mars 2018 a 14 h 09 min
    Par the sampras

    Plus que la présence des meilleurs, c’est surtout la difficulté d’un parcours qui fait entrer une victoire en Grand Chelem dans la légende.
    Alors les 2 vont souvent de paire mais pas forcément. De ce point de vue là, la victoire de Federer à RG me semble avoir bel allure avec les victoires à l’arrache contre Haas et Del Potro.
    La victoire de Sampras à l’USO 96 reste à jamais marqué par son quart de finale contre Corretja, plus que par la finale contre Chang alors c’était les tsd n°1 et 2.
    L’idéal étant d’allier les 2 (les meilleurs et l’intensité du parcours) comme Edberg à l’USO 1992 qui reste pour moi la référence.

  6. avatar
    18 mars 2018 a 23 h 43 min
    Par Enzo29

    @Axel,

    Oui la victoire de Djoko à RG aurait été plus belle en 2016 avec une victoire sur Rafa. Sauf que ça ce n’est pas possible, et Djoko (6 défaites contre Rafa à RG) et Federer (5 défaites) l’ont largement prouvé. Le vrai Nadal, personne ne l’a battu à Roland. Nole s’en est effectivement approché en 2013, mais il lui manquait encore un bout.

    Combien de RG Nadal devra-t-il encore gagner pour vous en convaincre ?

    Par contre, je maintiens, quand on allie un lift de titan à une puissance de buffle, ça fait des ravages, mais ça fait aussi des blessures. Au départ d’un GC, ils sont 128, plus ou moins en forme, plus ou moins fatigués, plus ou moins blessés. Et ceux qui tombent en chemin parce que blessés, fatigués ou pas en forme, tant pis pour eux et tant mieux pour les autres. Et à la fin se retrouvent en finale les deux joueurs qui ont franchi tous les obstacles précédents. Point.

    En plus Axel, je crois que tu prends un mauvais exemple avec l’US 95 : Agassi était blessé sur cette finale, et elle n’est pas restée dans les annales. Par contre, pour rejoindre The Sampras, Edberg à l’US 92 c’est juste colossal.

    Celui qui cherche la victoire dans un GC se doit de la préparer. En particulier en gardant de l’influx en amont, et en sachant s’arrêter quand il sent qu’il commence à se blesser. Je reprends Toni Nadal quand il tape (à juste titre) sur le tennis français qui ne s’est jamais interrogé sur les raisons de son insuccès en GC. Il a raison. Mais lui-même, s’est-il demandé pourquoi Rafa s’était aussi souvent blessé, et gravement parfois, au point de zapper des moitiés de saison ?

    En 2016, Rafa avait-il réellement besoin de s’aligner à Monte Carlo, Barcelone, Rome, Madrid, pour se sentir compétitif sur terre battue ? Il s’est surtout flingué le poignet, qui donnait pourtant des signes de fatigue depuis des mois !

  7. avatar
    19 mars 2018 a 12 h 31 min

    Salut Enzo,

    Agassi était diminué mais bon il restait sur 26 matches sans défaite depuis Wimbledon. Et l’on parle du meilleur joueur sur dur outdoor des années 90 quand il était à son top !

    Pour Nadal en 2016, il cherchait surtout à retrouver des points au classement avant Roland. Je pense comme toi qu’il aurait du assurer Monte-Carlo, Rome et Madrid, c’était suffisant, Barcelone ne servait à rien (il l’avait zappé en 2010 année de son GC rouge).

    Pour Djokovic, n’oublions pas qu’il écrase Nadal en 2015. Certes Rafa était loin de son top cette saison là. Mais de là à prendre 3 sets secs. Il a fallu un Wawrinka monstrueux (et la pression psychologique) pour vaincre Nole en finale cette année là.

    Quant à 2013, Djokovic passé très près de sortir Nadal en 5 sets or c’était la plus belle saison de la carrière de Nadal (avec 2010), tout comme Federer en 2006 mais à Rome, pas à Paris.

    Mais LE grand regret c’est 2011 car Nadal retrouvait à peine sa confiance contre Soderling et Murray. Une finale Djokovic Nadal avec le Serbe fatigue en 5 sets par Federer aurait été incroyable à voir, avec une baston fantastique à n’en pas douter comme en 2013 au stade des demies seulement. Ce qui rendit les 2 derniers matches du tournoi, Ferrer / Tsonga et Nadal / Federer, bien fades …

    Mais je n’ai pas de probleme à dire que personne n’a battu le grand Nadal à Paris puisque c’est la vérité.
    Au contraire de Wimbledon où Federer au top a perdu bien des fois : 2008 contre Nadal, 2011 contre Tsonga, 2014 et 2015 contre Djokovic.
    Je retire bien entendu 2010, 2013 et 2016.

    • avatar
      20 mars 2018 a 10 h 55 min
      Par Enzo29

      Salut Axel,

      En fait je crois que tu parles de légitimité quand moi je parle d’intérêt. Les GC sont plus ou moins intéressants selon que les meilleurs (au sens large) s’y présentent au meilleur de leur forme ou pas. Et si ce n’est pas le cas, ça peut donner des fins de tournois peu intéressantes et peu marquantes, comme par exemple le dernier US Open. Cela dit, Anderson n’a pas volé sa place en finale, encore une fois ce n’est pas de sa faute si les grosses têtes de série de sa partie de tableau sont tombées comme des mouches.

      Et justement ton exemple sur l’US 95 illustre ce que je dis. Je sais qu’Agassi était archi n°1, qu’il sortait de 4 victoires en tournoi, etc., mais au tennis seule la vérité du jour compte. Et la vérité de ce jour-là, c’est qu’il n’était pas à 100%, entre autres parce qu’il avait laissé trop d’influx nerveux dans sa demi-finale contre Becker. Sampras n’a eu qu’à le ramasser à la petite cuillère. Ca donne une finale de rêve sur le papier, mais qui devient un match franchement ordinaire parce que l’un des deux était diminué. Je ne te parle pas des multiples “finales avant la lettre” qui ont opposé les deux favoris qui n’étaient pas TS 1 et 2…

      L’histoire du tennis est remplie de surprises, de blessures, de méformes de tous les joueurs, y compris les meilleurs. Alors OK, par exemple, lors du dernier open d’Australie, Federer s’est contenté de Cilic en finale, au lieu de Nadal. Ca a pourtant donné une finale magnifique, pour le coup vraiment intéressante. Dans le débat sans fin sur le GOAT, je ne vois pas pourquoi cette victoire de Federer devrait être dévaluée. Nadal et Djokovic ont aussi gagné des grands titres sans avoir de grand rival en face, et ces victoires doivent être comptabilisées aussi.

  8. avatar
    20 mars 2018 a 16 h 08 min

    Salut Enzo,

    Pour l’OA 2018, je n’ai jamais dit que la victoire de Federer était illégitime primo. Secundo c’est avec le recul qu’on verra la place d’un Cilic dans l’Histoire du tennis et s’il continue comme ça, la victoire du Suisse à Melbourne en 2018 sera tout sauf une imposture tant le Croate gagne ses galns de grand joueur avec régularité.

    Bien entendu que Nadal, Djokovic ou Federer ne vont pas s’excuser d’avoir gagné des GC plus faciles que d’autres. Au contraire un champion doit assumer tout type de statut : favori, outsider, hyper-favori …

    Si tu parles d’intérêt sportif pur, alors les plus beaux crus masculins du GC depuis 2000 sont les suivants selon moi (je parle du match phare cite pas du tournoi dans sa globalité) :
    - RG 2000 pour sa finale Kuerten / Norman
    - US Open 2001 pour son quart Sampras / Agassi
    - RG 2004 pour sa finale Gaudio / Coria
    - OA 2005 pour sa demie Safin / Federer
    - Wimbledon 2007 pour sa finale Federer / Nadal
    - Wimbledon 2008 pour sa finale Nadal / Federer
    - OA 2009 pour sa finale Nadal / Federer
    - Wimbledon 2009 pour sa finale Federer / Roddick
    - US Open 2009 pour sa finale Del Potro / Federer
    - RG 2011 pour sa demie Djokovic / Federer
    - US Open 2011 pour sa demie Djokovic / Federer et sa finale Djokovic / Nadal
    - OA 2012 pour sa finale Djokovic / Nadal
    - RG 2013 pour sa demie Nadal / Djokovic
    - Wimbledon 2014 pour sa finale Djokovic / Federer
    - OA 2017 pour sa finale Nadal / Federer
    - OA 2018 pour sa finale Federer / Cilic

    Voilà de très grands matches de tennis entre cadors, en demie ou en finale, sans remonter sur des pépites comme Borg / McEnroe 1980 (Wimbledon), Chang / Lendl 1989 (RG), Sampras / Corretja 1996 (US Open), Sampras / Becker 1996 (Masters Cup), Sampras / Ivanisevic 1998 (Wimbledon) …

    • avatar
      20 mars 2018 a 17 h 38 min
      Par Enzo29

      Salut Axel,

      Déjà je vois que tu mets 16 GC seulement où des titans au meilleur de leur forme se sont affrontés. Ce qui laisse une large place, sur cette seule période, pour le reste, qui n’est pourtant pas à jeter à la benne.

      Après, dans ta liste, tout dépend où l’on se place. Si on parle de niveau de jeu pur, certains n’ont pas leur place. Surtout pas le Gaudio/Coria de 2004 ! Ni, à mon avis, le Djoko/Nadal de l’OA 2012, incroyable par sa durée mais pas par son intensité. Leur duel de l’US 2011 me semble être leur sommet commun. Wim 2014 mouais… Djoko était un ton au-dessus, on était tout de même loin du Federer des années 2000…

      Par contre je crois que tu en oublies quelques-uns :
      – la 1/2 de l’AO 2000 entre Sampras et Agassi. Match monstrueux, avec un Agassi héroïque qui survit aux 37 aces de Sampras. Aussi beau que leur duel de l’US 2001, mais avec quelques breaks réussis des deux côtés.
      – la 1/2 de Wim 2013 entre Djoko et Del Potro. Novak ne s’en est pas remis physiquement !
      – la finale de RG 2015, avec un Wawrinka stratosphérique qui prend le dessus sur un Nole que l’on croyait indéboulonnable.
      – la 1/2 de RG 2017 entre Murray et Wawrinka, match hallucinant en défense de l’Ecossais, et le loup qui finalement le fait plier physiquement au cinquième.
      – Enfin, et même si on est hors GC, les deux plus beaux matchs de Nadal sur TB, selon moi, ce sont les deux finales à Rome, en 2006 face à Roger, mais surtout en 2005 face à Coria, Un bijour de tenacité et de combativité des deux côtés !

  9. avatar
    21 mars 2018 a 9 h 30 min

    Salut Enzo,

    J’ai pensé mettre tous ces matches tu vois donc on converge. En effet magnifiques batailles que Sampras / Agassi en 2000 à Melbourne, Del Potro / Djokovic en 2013 à Wimbledon ou Murray / Wawrinka en 2017 à RG.
    Pour Wawrinka / Djokovic, c’est surtout le niveau de jeu du Vaudois, car le Serbe a plunge mentalement après le 1er set, bloqué par la pression.

    Tu oublies le match le plus intense, à défaut d’être le plus beau, des M1000 : demie de Madrid 2009 entre Nadal et Nole !

    Pour Gaudio / Coria c’est le scenario qui est dingue plus que la beauté du match bien entendu … Car ce sont 2 matches en 1, Coria qui écrase Gaudio et ce dernier qui remonte lentamente en profitant des crampes de son jeune compatriote, qui aurait tellement mérité le titre en 2004 pourtant, avant l’ouragan Nadal.

    Dommage qu’on ait justement jamais vu Nadal vs Coria à Roland, car quel combat en 2005 à Rome en effet.

  10. avatar
    21 mars 2018 a 9 h 32 min

    Tant d’autres à rajouter au XXIe siècle …

    - Federer / Sampras (huitième de Wimbledon 2001)
    - Ivanisevic / Rafter (finale Wimbledon 2001)
    - Roddick / El Aynaoui (quart d’OA 2003)
    - Nadal / Soderling (huitième de RG 2009)
    - Djokovic / Federer (demie d’US Open 2010)
    - Djokovic / Wawrinka (demie d’US Open 2013)
    - Wawrinka / Djokovic (quart d’OA 2014)

  11. avatar
    22 mars 2018 a 20 h 43 min
    Par the sampras

    A choisir un Wawrinka-Djokovic, je prends le 8ème de finale à l’OA 2013 sans hésitation. Bataille de plus de 5 heures qui m’a laissé un grand souvenir tant le niveau de jeu était stratosphérique. Un match qui a sans douté compté dans la carrière du suisse malgré la défaite pour passe un cap mentalement et se convaincre qu’il pouvait battre les meilleurs.
    Reviens à ton niveau Stan, tu nous manques.

  12. Pingback: Les années 70, décennie critique pour la Coupe Davis - beIN SPORTS Your Zone - Partagez votre passion et votre expertise du sport

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter