Interview : un petit coup de fil à Alizé Cornet
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Interview : un petit coup de fil à Alizé Cornet

C'est pendant une pause dej' qu'Alizé Cornet a pris le temps de passer un coup de fil au Sport à l’œil pour une petite interview des familles. 20 minutes de conversation durant lesquelles sa carrière, la Fed Cup, l'évolution du tennis féminin et même le dernier album de Matt Pokora sont passés au crible.

Sport à l’œil : Tout simplement, pour commencer, quel regard portes-tu sur ta saison 2016 ? 

Alizé Cornet La saison 2016 avait super bien commencé mais elle a quand même été bien entachée par une blessure au dos, qui m’a handicapée pour au moins trois mois dans la saison. Après il a fallu que je me remette à niveau donc au moins quatre/cinq mois ont été gâchés à cause de ça. Ça m’a laissé un sentiment d’inachevé sur la saison, mais j’ai bien terminé en Asie, j’ai eu quelques bonnes victoires et ça fait du bien de finir sur une bonne note.

(SAO) Du coup, quels objectifs pour 2017 ? 

(AC) Du coup l’objectif en 2017, il est tout simple : rester en bonne santé et faire une saison complète. Parce que là, malgré tout, on est quasiment à la moitié de l’année gâchée et je finis 40ème (c’est toujours bon d’arrondir au-dessus, ndlr), j’ai bien sauvé les meubles au final. Je me dis qu’en faisant une bonne période foncière, une saison avec peut-être une programmation un peu plus intelligente et surtout pas de blessure, je pourrais atteindre un objectif de classement qui aurait un peu de la gueule… dans les 30 ou dans les 20 quoi.

(SAO) C’est tout le mal qu’on te souhaite. On suppose que le quotidien d’une tenniswoman est rempli de contraintes ; quelles sont les restrictions et sacrifices que tu fais au quotidien ? 

(AC) Restrictions, c’est un peu péjoratif. C’est plutôt des habitudes en fait. Je ne les ressens pas comme des restrictions vu que je n’ai jamais connu autre chose, ça me paraît juste naturel. Je suis déjà très fatiguée par mes entraînements donc je me couche tôt le soir et j’essaye de bien manger. Après c’est sûr, pendant les fêtes il y a des petits excès par-ci par-là, mais il faut aussi savoir se faire plaisir sinon c’est le bagne. Après, il s’agit juste d’être raisonnable dans ma programmation, ne pas faire d’excès c’est tout. Mais ça reste très correct, ça fait partie de mes routines et moi ça me va bien d’avoir un mode de vie sain, c’est un truc qui me convient.

(SAO) Si tu as l’air d’apprécier ton mode de vie, qu’est ce qui est le plus pénible dans ton quotidien dans ce cas-là ? Les voyages ? Les médias ? 

(AC) (Hésitation)… Il y a deux choses. Le stress des compétitions, parce que c’est vraiment un stress qu’on ressent tout le temps. On fait un minimum de cinquante matches par an et moi il y a très peu de matches où je ne ressens pas ce stress…  C’est vraiment un truc qui ne va pas me manquer quand j’arrêterai ma carrière, parce que c’est très prenant et très fatiguant. Sur un autre plan, ce qui est assez pénible pour moi, ce sont les réseaux sociaux ; tous ces gens qui se permettent de dire plein de choses vis-à-vis de tous les sportifs, tous les gens qui ont un petit peu de notoriété… On s’en prend plein la gueule et je trouve ça un peu pénible dans le métier. Mais j’ai bien compris qu’il fallait vivre avec son temps. Maintenant ça fait partie du décor.

(SAO) Tu embêtes, voire bats souvent les meilleures joueuses mondiales. Tu as notamment tapé Serena plusieurs fois, ce qui n’est pas donné à tout le monde… Question toute simple : si tu es capable de battre à peu près n’importe qui, qu’est ce qui te manque pour arriver au Graal, à savoir une victoire en Masters 1000 ou un dernier carré en Grand Chelem ? 

(AC) Je pense qu’il me manque un peu de constance, peut-être un peu de confiance en moi. C’est vrai qu’une année j’ai battu Serena trois fois, j’ai battu Simona Halep l’année d’après… J’ai quelques bonnes victoires ; à chaque fois, ça veut dire que j’ai potentiellement le niveau de ces filles-là. Mais après, sur la continuité, il me manque un peu de constance à ce niveau.  Mais je ne sais pas comment ça se travaille (nous non plus…, ndlr). Après je pense que c’est plus une question de confiance en soi, de se dire que ma place est là et de l’assumer. C’est un peu dans la tête, mais tout le monde sait que le tennis c’est aussi et surtout très mental.

(SAO) Toi qui es sur le circuit depuis dix ans maintenant (ça ne nous rajeunit pas…), quelles évolutions as-tu pu observer sur le tennis féminin durant cette période ? 

(AC) Je trouve personnellement que le niveau a vraiment, vraiment beaucoup augmenté. Je me souviens à l’époque, quand j’ai commencé à 16/17 ans, j’ai fait des tournois où je jouais des filles qui étaient 50 (ème mondiale, ndlr) et qui ne faisaient que des ronds*. Là à l’heure actuelle, une fille qui est 50, elle ne va pas faire de ronds du tout, mais plutôt jouer très bien au tennis. Je trouve en fait que le niveau global est beaucoup plus homogène. Dans le Top 100, les filles jouent toutes bien. C’est pour ça qu’il y a autant de surprises dans le tennis féminin ; une fille 60 peut battre une Top Ten, ça peut arriver tout le temps. À l’époque, les dix premières têtes de série d’un grand chelem arrivaient en deuxième semaine sans trop de problèmes alors qu’à l’heure actuelle, c’est le cimetière des têtes de série en première semaine et on arrive rarement avec des quarts ou des demi-finales de grand chelem avec celles qu’on attend.

*(pour les non-adeptes: attitude de lâche visant à assurer tous ces coups avec des balles hautes en comptant sur la faute de son adversaire. Technique de voyou terriblement efficace jusqu’à un certain niveau, qui ne restera cependant pas impunie par le karma tennistique.)

(SAO) Toi qui étais en finale de la Fed Cup récemment avec l’équipe de France et qui a l’air de porter cette compétition dans ton cœur, comment expliques-tu que certains joueurs/joueuses snobent la Coupe Davis ou la Fed Cup? 

(AC) Ouais mais ça dépend quel joueur là, on l’a vu cette année. C’est vrai que les meilleurs joueurs la jouent un peu un an sur deux, mais cette année on a vu que Del Potro, Cilic s’impliquaient vachement, l’année dernière c’était Murray…. C’est très prenant comme compétition, parce que nerveusement et mentalement… et physiquement, c’est vraiment très dur. On y met tout notre cœur, même quand on passe le week-end sur le banc. Forcément quand on en sort, on est rincé. Après je pense que jouer pour son pays, c’est quelque chose d’assez exceptionnel. Je pense qu’on devrait un peu organiser sa saison en fonction de ces semaines-là, il n’y en a que deux dans l’année (trois en Coupe Davis) et tout le reste de la saison, tu joues pour ta gueule. C’est la seule occasion dans l’année qu’on a pour jouer pour une équipe, pour son pays et moi c’est un truc qui me tient vachement à cœur.

(SAO) Tu comprends donc moyennement la décision de Caroline Garcia de la zapper l’an prochain? 

(AC) Je pense qu’une fille comme Caroline devrait peut-être avoir une programmation un tout petit peu plus intelligente. Cette année, elle a quand même fait le simple à fond, le double à fond… Je crois que c’est la fille du circuit qui a le plus de matchs joués cette saison. Ca veut dire quand même qu’en dehors de la Fed Cup, elle s’est un peu épuisée à la tâche sur le circuit. Après moi je la comprends, je comprends qu’elle veuille tenter le coup. J’espère qu’elle ne regrettera pas, parce que pour l’avoir fait moi-même à Marseille cette année, j’ai vraiment regretté. C’était dur d’être loin de l’équipe donc j’espère qu’elle assumera pleinement son choix, mais qu’elle reviendra vite dans l’équipe parce qu’elle va nous manquer. C’est notre leader et ça va être dur de jouer sans elle.

(SAO) Tu peux nous évoquer un peu l’avenir avec Yannick Noah? Est-ce que tu as pu échanger quelques mots avec le nouveau Capitaine ? 

(AC) Oui bah on est allés le chercher Yannick ! C’était une décision de l’équipe, surtout Pauline, Kristina et moi puisque Caroline était un peu à l’écart. C’est nous qui l’avons appelé et qui lui avons demandé d’être notre capitaine. On l’a appelé et on lui a dit “on te veut Yannick, on veut personne d’autre que toi”Je pense qu’il a été super touché par notre démarche de l’appeler et de lui demander directement et au final, quelques jours plus tard, il nous a annoncé qu’il était honoré d’être notre capitaine. C’était la meilleure nouvelle qu’on puisse avoir après Amélie qui avait mis la barre si haute, on ne voyait pas qui d’autre pouvait reprendre le flambeau. Je pense qu’on va avoir de super moments à ses côtés, il a l’air super impliqué et en même temps très “à la cool”, il a beaucoup d’humour, un peu dans la même veine qu’Amélie

(SAO) Revenons un peu sur ta carrière à toi. Quel est ton tournoi préféré ? On suppose que c’est Roland Garros mais…

(AC) Ahhhh non ! Moi ce n’est pas Roland mon tournoi préféré ! Ah non, non, non, non, non ! Roland, ils sont trop à la ramasse. Je ne veux pas dire du mal de Roland mais on n’a pas de places, on n’a pas de couverts, on n’a pas de lumière, on n’a pas d’espace pour les joueurs, c’est vieux… Roland on aime y être, parce que c’est la famille, c’est les amis, c’est en France devant notre public mais d’un point de vue technique, Roland est complètement à la rue. Pour nous les joueurs, ce n’est pas le confort de l’US Open ou de l’Australian Open. Même à Wimbledon, ils s’y sont mis. Du coup mon tournoi préféré… Moi j’aime beaucoup Indian Wells. C’est comme une petite parenthèse dans l’année. C’est dans le désert, dans un cadre complètement atypique et puis les installations sont démentes, on a plein de courts…

(SAO) … Ahh ces Américains, ils font tout mieux que les autres. Dans la même logique, quel est le plus beau trophée dans ton armoire ? A part le Tennis Frame Challenge… 

(AC) (Rires) Ah il est con (d’un ton amical, ne vous offusquez pas, ndlr) ! (Hésitation)… Quand même le tournoi junior à Roland-Garros, j’étais vraiment contente de l’avoir gagné. Pourtant ce n’est qu’un junior mais c’était un petit avant-goût avant de gagner les Grands quoi…

 (SAO) On espère, on espère. Toujours dans la même lignée, quelle est la plus belle victoire de ta carrière ? Si t’en as une en tête bien sûr…

(AC) Pour moi, c’est la victoire contre Serena à Wimbledon en 2014 pour me qualifier pour les huitièmes. Il y a quand même une petite histoire derrière cette victoire. Même une grosse histoire, peu de monde est au courant (sauf vous maintenant, chanceux lecteurs du Sport à l’œil, ndlr). Ma grand-mère est décédée la semaine avant le tournoi de Wimbledon et donc la veille du match contre Serena (rires)… Quand je me le dis, je me dis encore que c’était fou. La veille du match contre Serena, j’ai fait un aller-retour à Nice pour assister à ses funérailles. Je jouais le samedi contre Serena et le jour d’avant, je me suis levé à cinq heures du matin, j’ai pris l’avion de Londres pour aller à Nice, je suis allée aux funérailles et le soir je suis revenue. Donc je ne me suis pas entraînée, j’ai rien fait, j’étais cassée et le lendemain, je bats Serena en faisant un des meilleurs matches de ma vie. Et là je me dis qu’elle veillait sur moi, même si je ne suis pas du tout dans ce genre de trucs un peu spirituels…. Mais là, c’était quand même un peu magique.

(SAO) Waouh… On va finir du coup finir sur deux/trois questions un peu random et moins sérieuses… (coupé)

(AC) Ah ben il faut que ça corresponde au Sport à l’œil quand même, parce que moi je lis des articles et ils ont un petit côté décalé quand même. (Oui, vous avez bien lu ! Alizé Cornet lit assidûment le Sport à l’œil… La classe !).

(SAO) On sait que tu es une fan inconditionnelle de Rafael Nadal, que tu es toute émoustillée quand tu lui fais la bise alors, à choisir : est-ce que tu préférerais faire une grosse saison et gagner un Grand Chelem où revoir Rafa au sommet? 

(AC) (égoïste) Ah non quand même ! Je privilégie ma carrière. Mais on va dire que si moi je fais une saison moyenne et que lui fait une saison magnifique, ça me réconfortera, parce qu’effectivement une saison sans Rafa ça manque, tu ne vas pas me dire le contraire.

(SAO) C’est que vrai Djoko, y’en a un peu marre… heureusement qu’Andy Murray était là.

(AC) C’est vrai. Moi j’ai trouvé la fin de saison passionnante, avec la place de n°1 qui s’est jouée au Masters. En plus, Murray sauve des balles de match en demi contre Raonic. C’était incroyable.

(SAO) On sait que tu es une grande adepte de variété française, on a donc envie de te poser cette question qui fait débat… Qu’est ce que tu penses du dernier album de Matt Pokora, reprenant le mythe Claude François? 

(AC) Et ben écoute (rires)… Mon entraîneur physique adore “Cette année-là”, du coup j’y ai droit tous les matins dans la salle de gym quand je m’entraîne à l’académie Mouratoglou. Et donc à force de l’écouter, je commence à bien l’aimerC’est la seule que j’ai écoutée de l’album pour tout te dire et je trouve que la reprise n’est pas si mauvaise, il y met sa personnalité. Après Claude François, c’est Claude François, il s’est attaqué à un mythe. Il assume et finalement les gens aiment, il a plutôt un bon retour donc il aurait tort de s’en priver.

(SAO) Dernière question, encore un peu plus bizarre… On dit souvent que Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut, ce sont des gars avec qui on a envie de faire un barbecue. As-tu déjà eu cette chance là ? 

(AC) Hum… un barbecue… euh… Je ne sais plus… Je sais qu’une fois, pendant une Coupe du monde où une coupe d’Europe, je crois qu’on avait fait effectivement des grillades à Wimbledon dans leur maison, parce qu’on loue tous des maisons à Wimbledon. C’était presque un barbecue. En tout cas, j’en ai passé des moments avec eux, surtout aux Jeux Olympiques, et effectivement ils sont très sympas. Surtout Nico, il est un peu fou… dans le bon sens du terme, hein ! Et ça fait du bien ! Il est très frais pour son âge, il a genre 30 ans et quelques mais parfois c’est un gamin dans sa tête et c’est excellent.

Voilà, voilà. Comme quoi en vingt minutes, on en dit des choses. Un grand merci encore à Alizé Cornet, qui ne s’est pas prêtée au jeu de l’interview à moitié. On espère que sa gentillesse sera récompensée par une jolie saison 2017.

  1. avatar
    3 mars 2017 a 4 h 50 min
    Par Nicolas

    Je verrais bien Alizé Cornet dans une émission de real tv style les cht’is à St Tropez elle a le niveau pour ça

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